Vous connaissez sans doute Superman, mais connaissez-vous ses créateurs ? La petite histoire est bien connue : Deux juifs issus de l’immigration cherchent désespérément à vendre leur projet de surhomme, profondément inspiré de la mythologie greco-romaine. L’histoire de Joe Shuster ne dément rien de tout cela, mais apporte un (grand) nombre de précisions, et bien des nuances.

Les marches de l’empereur

Le concept est pourtant dérangeant. Le fait d’inscrire son univers dans le réel, et qui plus est de prendre pour appui la vie de quelqu’un sans que celui-ci n’ait son mot à dire. Le simple fait de « faire parler les morts » sur le simple appui d’informations et de documentations peut paraître gênant. Et bien pas ici. Un grand respect se dégage de l’oeuvre même, mêlé à la forte passion de la vie et de la lutte menée par l’homme dont les artistes racontent l’histoire. Et cela passe certainement par le fait que le scénariste fait en sorte qu’elle soit racontée par Joe Shuster lui-même. A la manière du Roman d’un Tricheur, le scénariste s’efface complètement derrière son personnage-narrateur, jusqu’à s’effacer lui-même. L’album réussit à créer une immersion surprenante.

L’objet du récit n’est pas de prétendre livrer la biographie la plus complète sur le scénariste. Il est en réalité divisé en deux objectifs, délimitant l’album sur différentes périodes de la vie du scénariste. Chronologiquement, nous passons rapidement sur la jeunesse de l’auteur, tout en apprenant de ses origines, des fuites successives de ses parents, de leurs difficultés, pour aboutir à l’aube de la rencontre avec les Siegel. La première partie se concentre sur le procédé de création non pas de Superman, mais de leurs comics aboutissant à la création de Superman.

La guerre d’une vie

De cette création découle une lutte, parfaitement détaillée, Julian Voloj ne laisse rien de côté. Sans avoir besoin d’approfondir les sujets environnants, l’album est tout à fait compréhensible. Qui plus est, le lecteur trouvera suite au récit un dossier répertoriant toutes ces informations secondaires relatives à l’histoire du comics et l’ensemble des références faites par les artistes. Puisqu’on y relève des mentions à la création du comics, de la maison DC, des inspirations de Shuster, et même des réactions des créateurs face au drame. Un drame sur lequel va s’appuyer le scénariste, sans jamais tomber dans l’exagération et le pathos. La narration reste toujours dans un réalisme et une certaine pudeur, et la lutte menée par la suite – le second objectif de l’album – présente un contexte et des personnalités de la culture comics bien trop peu représentées en Europe. Une première accroche qui ravira tous les férus d’information comics.

Particulièrement instructif, cet album est d’une beauté surprenante. L’artiste Thomas Campi dénote avec un style particulièrement lumineux, souvent exagéré, évoquant de par cette lumière et l’époque, certaines toiles de Edward Hopper. Autant le dire, le style est des plus pertinents, et des plus soignés, de quoi faire pâlir les albums Rebirth. Tout en conservant sa dimension biographique, l’artiste se permet quelques effets et incrustation de personnages pour jouer sur les émotions. Il ne s’agit pas uniquement d’un récit à valeur documentaire, mais d’une création originale, particulièrement fidèle. Ces effets de style sont tout à fait justes, et créent un sursaut à la fois du point de vue narratif que du point de vue esthétique.

Nous avons affaire à une oeuvre magistrale qui se dresse à la fois comme un livre d’informations sur l’histoire du comics, comme une oeuvre à part entière, et dans une certaine mesure, une biographie riche. La narration ne se cantonne pas à débiter des informations. Elle les rend pertinentes. Et pour ceux venant de découvrir Thomas Campi, nous ne pouvons que vous recommander la lecture de « Magritte, Ceci n’est pas une biographie » et, dans un autre style, « Macaroni ! ».

Chef d\'oeuvre / 10 Notre avis
{{ reviewsOverall }} / 10 Votre avis (0 votes)
Les +
- Une documentation démente
- Genre d'écriture sensible mais parfaitement maîtrisé
- Un style idéal et époustouflant
- Motivé par la justice et la passion, la boucle est bouclée
Les -
- Mériterait un plus grand intérêt de la part du public
Ce que vous en pensez... CONNECTE-TOI POUR DONNER TON AVIS !
Order by:

Sois le premier à donner ton avis.

User Avatar
Vérifié
{{{ review.rating_title }}}
{{{review.rating_comment | nl2br}}}

Voir plus
{{ pageNumber+1 }}

Article précédentCassandra Jean Amell incarnera la femme de Mr. Freeze pour le crossover CW
Article suivantDécouvrez un nouvel extrait d’Anatomy of a Metahuman sur Martian Manhunter
Watchful
Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

Poster un Commentaire

Veuillez Connexion pour commenter

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S’abonner  
Notifier de