Ce deuxième tome de Final Crisis prend place juste après les événements du premier pour nous raconter la suite des aventures des sept soldats de la victoire. Ceux-ci sont donc en pleine guerre contre les Sheedas, des êtres maléfiques qui viennent moissonner la Terre pour en voler ses ressources.

Si, dans l’ouvrage précédent, on s’intéressait au chevalier étincelant, au Gardien de Manhattan, à Klarion le sorcier et à Zatanna (les deux derniers ayant vu leurs aventures réparties sur les deux tomes par soucis d’équilibrage), celui-ci nous introduit Mister Miracle, Frankenstein et Bulleteer.

On y retrouve également, en conclusion, l’épisode Seven Soldiers #1 comme point d’orgue de toute cette mise en scène établie par Grant Morrison depuis le départ.

TROIS NOUVEAUX SOLDATS

Le premier protagoniste à nous être présenté est Shilo Norman, alias Mister Miracle. C’est un célèbre professionnel de l’évasion qui s’est lancé le défi de survivre à son entrée dans un trou noir. Et il y arrive. Cependant, tout son monde est transformé : il n’a plus aucun souvenir des New Gods qu’il a un jour côtoyé et, pire encore, un usurpateur lui vole tous ses tours pour les exécuter avant lui, ramassant toute la gloire. Bien que ce récit soit le plus éloigné de la trame narrative principale, il n’en est pas moins prenant. Au contraire, il nous prépare à ce qui va suivre dans le tome 3, à savoir la menace que représente Darkseid et les conséquences de sa Sanction Omega.

Bien évidemment, l’ombre de Jack Kirby pèse sur le travail de Morrison tout au long de ces chapitres (comme c’était déjà le cas pour le Gardien de Manhattan). Et l’auteur s’en sort bien. Le personnage est respecté tout en lui ajoutant des détails le rendant encore plaisant malgré sa longévité. Le choix de Shilo Norman au lieu de Scott Free, le plus célèbre Mister Miracle, est intéressant et permet d’étendre encore l’univers des Nouveaux Dieux créé par le King.

On passe ensuite à Alix Harrower, une jeune femme de 27 ans qui, après que son mari ait tenté de les transformer tous deux en super-héros, se retrouve veuve et recouverte d’une peau métallique impénétrable. N’ayant pas voulu cette vie héroïque, Bulleteer va devenir, entre autres, garde du corps lors d’une convention d’anciens justiciers. Grant Morrison en profite alors pour donner son point de vue sur la pop culture actuelle, la popularité de certains qui se fait au détriment d’autres. Bien que son propos soit quelque peu caricatural, il n’en reste pas moins plein d’humour et très agréable à lire.

Puis vient le tour de Frankenstein. Sorti tout droit de l’imaginaire de Mary Shelley, il est ici un guerrier féroce prêt à tout pour déjouer les menaces pesant sur la Terre. Dans cette quête, il croisera ses anciens collègues du S.H.A.D.E. qui l’aideront à pourchasser les troupes Sheedas à travers l’espace et le temps. Ce récit d’action/aventure est directement reliée à la trame principale développée dans le premier tome et dont la conclusion nous emmène directement au dernier numéro de cet événement.

Pour chacun de ces personnages, l’histoire est passionnante à découvrir. L’auteur nous raconte sept tranches de vie qui n’ont en commun que le monde dans lequel l’action se déroule. Cette diversité est mise en avant par les différents artistes qui travaillent sur la série. Dans ce tome, on retrouve Pasqual Ferry et Freddie Williams II sur Mister Miracle avec un style proche de celui des dessinateurs des années 1970/1980, Yanick Paquette et son trait caractéristique de la période moderne sur Bulleteer et Doug Mahnke dont les travaux mettent en avant l’univers gothique développé dans Frankenstein.

LE HASARD FAIT BIEN LES CHOSES

Mais un détail est perturbant lorsqu’on parcourt cet ouvrage. L’ordre de lecture des différents singles (qui est également celui voulu par Grant Morrison) fait s’enchevêtrer des histoires complétement indépendantes. Certes, quelques détails peuvent être retrouvés dans plusieurs récits mais les lire individuellement, l’un après l’autre, semble être une manière bien plus confortable pour le lecteur d’appréhender ces récits.

Puis vient Seven Soldiers #1, admirablement composé et dessiné par l’artiste J.H. Williams III, qui vient remettre en question tout ce qu’on a lu jusqu’à présent. A une exception près, aucun membre des sept soldats ne se rencontre et pourtant ils arrivent, ensemble, à défaire la menace Sheeda. Et on se rend compte que tout ceci n’aurait jamais été possible sans le parcours que chacun a vécu dans son titre solo. Chaque choix, chaque action a mené à ces événements et le moindre écart aurait condamné la Terre. Tout était lié sans qu’on en ait eu conscience explicitement (si l’on connait l’œuvre de l’auteur, ceci peut cependant très facilement être deviné).

Cependant, là où la majorité des scénaristes aurait abusé gratuitement de ce hasard pour résoudre miraculeusement leur intrigue, Grant Morrison en fait le point clé de tout son récit, la clé de déchiffrement de toute la série. La menace Sheeda est prétexte à questionner la notion de hasard dans l’univers super-héroïque contemporain : Est-il possible de laisser une place au hasard dans un récit imaginé et écrit de toute pièce par son auteur ?

Ainsi le hasard n’a plus lieu d’être et laisse place à quelque chose de bien plus grand : le destin. Chacun de ces sept héros était destiné à vivre ce qu’il a vécu : la découverte d’un monde inconnu, la perte d’un être proche, l’indépendance forcée, la rencontre avec une jeune inconnue, la métamorphose en quelque chose de nouveau, les retrouvailles avec une vieille amie ou le dépassement de ses limites. Tout est écrit d’avance. Et l’œuvre n’est alors plus une simple histoire. Elle devient également un message de l’auteur au lecteur.

Et en fin de compte, l’ordre de lecture devient évident. L’auteur nous a raconté des destins qui, bien que sympathiques indépendamment, n’ont un sens que s’ils sont liés à celui des autres. Comme sept pièces de puzzle formant une fresque majestueuse et nous livrant un seul et grand message.

Au final, ce n’est pas tant l’événement dans son entier qui nous marque mais plutôt le développement de chacun de ces personnages et le discours passé par l’auteur à travers celui-ci.

Grant Morrison redéfinit complétement ce qu’est une équipe de Super-héros. Il ne s’agit plus d’en faire une seule et même force de frappe avec une stratégie commune établie par un leader désigné. Il s’agit plutôt d’un ensemble de personnalités individuelles et différentes qui œuvrent pour un but commun. L’idée d’utiliser des personnages de seconde zone lui a permis de monter toute cette histoire comme il l’entendait, sans contrainte pour nous livrer une œuvre magistrale.

On retrouve dans cet ouvrage tout ce qui fait l’essence du travail de Grant Morrison à savoir un récit mystérieux dont les clés sont distillées au compte goute jusqu’à une fin où tout devient limpide accompagné d’une réflexion inspirée sur le monde moderne et les gens qui le peuplent.

Je ne peux que vous conseiller de lire les deux premiers tomes de Final Crisis afin de (re)découvrir le travail de cet auteur qui compte parmi les plus inspirés de cette époque.

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- Des personnages peu connus mais très intéressants
- Des dessins cohérents et souvent très beaux
- Un récit mystérieux avec un sous texte très bien pensé
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- La lecture conjointe de ces histoires peut rebuter
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alphacharliecho
alphacharliecho

Il y a un message caché derrière la representation très sexualisé de bulleteer ou c’est juste une question d’epoque ? C’est quand meme assez poussé par rapport au 6 autres perso du recit