Introduction

1. Manhattan

2. La JSA

3. Nathaniel Dusk

4. Superman & Batman

5. Supermen Theory

 

Superman & Batman

Au cœur de Doomsday Clock, on retrouve bien évidemment le Docteur Manhattan, qui est au centre de bien des mystères. Mais le point de Geoff Johns, c’est de contrebalancer la vision qu’avait dépeint Alan Moore des super-héros dans son Watchmen, dont le porte-étendard est ici Manhattan. Pour faire face à cette vision sombre, pessimiste, qui de mieux que le plus grand des super-héros, le symbole d’espoir de chez DC : Superman ?

On sait ainsi que Doomsday Clock mène un combat idéologique entre ses deux visions, un combat qui se fera plus concret avec la rencontre de ces deux figures. Si Manhattan est clairement traité chez DC comme un dieu, Superman, lui, qui est parfois utilisé comme une figure christique, est traité d’une façon inverse. Dans le contexte de Doomsday Clock, il est le super-héros le plus proche du peuple, le seul en qui ce dernier fasse vraiment confiance. Un propos paradoxal avec le temps de présence de l’homme d’acier, qui n’a été le sujet que de quelques cases jusqu’ici, dans les numéros #1, #5 et #7, et qui est à chaque fois passif par rapport à l’histoire se déroulant.

A l’inverse, Batman est lui bien plus présent, et ce dès le deuxième numéro, mais décrit comme le reste des « supers » : détesté. Rien ne va plus pour le chevalier noir, qui enchaîne les mauvaises décisions et se voit devenir spectateur, et parfois même victime. Une image bien différente de celle que l’on a habituellement du super-héros surpuissant, toujours maître de la situation et même capable de vaincre Superman comme dans The Dark Knight Returns. A l’instar de Watchmen, cette œuvre de Frank Miller a considérablement marqué son temps et l’avenir des comics en général, présentant un héros très sombre.

Et c’est justement cette vision que Geoff Johns tend à renverser avec Doomsday Clock, notamment en replaçant Batman comme un héros loin d’être invincible et en renversant littéralement certaines répliques de TDKR. Quand dans ce dernier on peut lire « Diana went back to her people. Hal went to the stars”, Doomsday Clock dit “The Lantern’s other adversaries have left for the stars. And there are rumors that the Amazons kidnapped Wonder Woman and dragged her back to Themyscira.” Quand dans TDKR, Batman exprime “Not him. Not now” en voyant Superman arriver, c’est le Sphynx qui exprime ces mêmes mots avec l’arrivée du Joker dans DC #6. Après avoir été tabassé par une foule en colère et trainé dans un fauteuil roulant par le Joker (qui veut le prendre en photo à la Killing Joke), le héros reprend enfin du poil de la bête dans DC #7, mais pour mieux se faire battre encore une fois.

Mais si Superman est jusqu’ici relativement absent de ce récit, il ne l’est pas pour autant de l’intrigue globale Rebirth puisque Manhattan s’acharne sur lui, vraisemblablement à cause de la vision dont il fait mention dans Doomsday Clock #7. Retour sur les différentes épreuves que Manhattan a imposé à l’homme d’acier jusqu’ici.

Au lancement de Rebirth, un mystérieux Clark Kent sans pouvoirs fit surface au Daily Planet jusqu’à ce qu’on apprenne dans Superman Reborn qu’il s’agissait en réalité de Mr. Mxyzptlk. Celui-ci avait été emprisonné par le fameux Mr. Oz mais avait finalement réussi à s’échapper et se faire passer pour Clark Kent dans le but d’échapper à son geôlier. Après avoir retrouvé la mémoire, le vilain s’en prit à Superman en lui enlevant son fils, Jon, pour le punir de l’avoir oublié et de ne pas l’avoir sauvé des griffes de Mr. Oz. A la fin du récit, on apprend finalement que Superman avait été séparé en deux lors du Flashpoint : sa version pré-New 52, et sa version New 52. Une solution à une question que posait DC Universe Rebirth : s’il ne s’agit pas d’une nouvelle Terre, mais simplement de New Earth à laquelle on a volé, entre autres, dix années, pourquoi y aurait-il deux Superman ? Réponse trouvé, Superman redevient complet, les dégâts de Manhattan sont peu à peu réparés alors que d’après Mr. Oz, il ne l’en pensait pas capable.

Vient plus tard le récit The Oz Effect, qui lève le voile sur l’identité du mystérieux personnage éponyme. Il s’agit en fait de Jor-El, le père biologique de Superman, qui fut retiré de Krypton par Manhattan dans les dernières secondes de vie de la planète. Manhattan manipula ensuite Jor-El pour lui faire voir uniquement les atrocités qu’a commis l’Homme depuis sa création, le transformant en Mr. Oz (dont le symbole ressemble fortement à celui du parfum Nostalgia de Watchmen). Jugeant la Terre non digne de son fils, il déchaîna un vent de violence à travers le globe pour que Superman prenne conscience de cela. Le but ultime de Jor-El est en fait de convaincre Superman et sa famille de quitter la planète pour un monde idyllique, une grande menace pesant sur la Terre, une menace face à laquelle aucun héros de la Terre ne fait le poids. Lors de l’affrontement final entre Superman et Oz, la faux de ce dernier est brisée et l’on apprend que cette arme servait à la fois à empêcher Jor-El de mourir, mais également à le manipuler. Avant d’être repris par Manhattan, Jor-El enjoint son fils à se battre, plutôt que de fuir comme le voudrait le Grand Bleu.

Finalement, dans les dernières pages de Doomsday Clock #1, Geoff Johns nous propose de revivre la mort des Kent sous forme de cauchemar. Seulement, un point important est à soulever : pendant tout le numéro, et même avant dans The Button, Manhattan est désigné sous le nom de « Dieu ». Lors de la séquence flash-back, les Kent discutent de l’arrivée de Clark dans leur vie et du fait qu’il n’ait malheureusement pas eu de frère ou de sœur pour lui éviter cette pesante solitude. Jonathan Kent utilise alors une phrase bien particulière « But this is God’s plan… », et se fait tuer l’instant d’après. Aucune coïncidence possible : la mort des Kent lors des New 52 est bien l’action de Manhattan, c’est son « plan ».