Introduction

1. Manhattan

2. La JSA

3. Nathaniel Dusk

4. Superman & Batman

5. Supermen Theory


Manhattan

Si ce numéro est aussi important, c’est principalement parce qu’il porte en lui l’arrivée concrète du Dr. Manhattan dans ce récit débuté en 2016 avec le one-shot DC Universe Rebirth, jusqu’ici caché de tous, aussi bien des personnages de Watchmen dont il s’est éloigné que de ceux de DC Comics auxquels il apparaît comme une entité mystérieuse et déifique. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que l’on découvre dès la première case de ce numéro #7 une narration à la première personne effectuée par le Grand Bleu. Similaire à ce que faisait Alan Moore dans Watchmen, Geoff Johns exploite la particularité du personnage en narrant son histoire de façon décousue chronologiquement. Alors que l’interférence de Manhattan n’était depuis 2016 que fortement suggéré, on peut désormais lire clairement qu’il a bel et bien interféré avec l’univers DC, ici en empêchant Alan Scott de devenir le premier Green Lantern, et par extension de permettre à la Justice Society of America de voir le jour.

doomsday clock

A travers ce retour aux origines orientales de Green Lantern, toute une portée symbolique tracée depuis plusieurs numéros se fait voir. La lanterne, que ce soit celle de Green Lantern ou une ordinaire, représente depuis Doomsday Clock #4 la vérité, l’illumination, le sens, la réponse. Tous sont en quête de celle-ci, que ce soit Mothman, Rorschach ou même Manhattan, et ce dernier révèle ici avoir sciemment empêché Alan Scott d’y avoir accès. La métaphore de la lanterne semble d’ailleurs trouver une certaine conclusion quand celle-ci sert à le faire apparaître, à l’attirer littéralement par la force vers elle. Manhattan arrive pour enfin donner des réponses et faire progresser la quête de vérité des différents protagonistes, et notamment celle du nouveau Rorschach dont la perspective de son prédécesseur sera remise en question. Celui-ci n’était pas l’ami de son père mais l’a au contraire plongé vers sa fin. Ainsi meurt Rorschach qui se voit poser un sourire ensanglanté par le Joker sur son masque, directement en opposition à la larme de sang du badge du Comédien.

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C’est confirmé alors ? Manhattan est un salop qui veut simplement du mal à l’univers DC et s’en sert comme terrain de jeu ? Et bien non, comme vous vous en doutez, la vérité est bien plus complexe, et ce numéro ne nous la livre pas complètement d’ailleurs, mais on apprend tout de même énormément de choses sur l’histoire du personnage depuis son arrivée dans cet univers.  On sait notamment qu’il connait l’historique entier de l’univers DC, sans que l’on nous indique s’il le connait simplement par les comics publiés dans l’univers de Watchmen ou s’il était présent à chaque instant. On sait en effet qu’il est présenté comme capable de « voyager » dans le temps puisqu’il récupère le Comédien lors de sa chute dans Watchmen pour qu’il se charge d’exécuter Bubastis II, capable de retrouver Manhattan. S’il est concrètement décrit  dans ce numéro comme acteur quand il déplace la Lanterne Verte le 16 juillet 1940 (date de création du personnage d’Alan Scott), il se présente plus souvent comme spectateur présent sur place, notamment aux funérailles d’Alan Scott, mais aussi sur le tournage du dernier film de Carver Colman et sur sa scène de crime.

C’est ainsi que les récits « en abyme » de Nathaniel Dusk et Carver Colman s’inscrivent plus concrètement dans l’histoire principale. Sans que l’on nous décrive la connexion existante entre Manhattan et Colman, l’interprète de Nathaniel Dusk, on sait que la mort de l’acteur l’a affecté considérablement puisque cet évènement le fait revenir sur ses dernières paroles de Watchmen : « Nothing ever ends » se transforme ainsi en « Everything ends ». Comme preuve que Geoff Johns répond immédiatement à Moore en livrant une vision opposée, on ne peut pas faire mieux. Mais là où on pourrait tiquer, c’est que cette nouvelle réplique s’applique à… l’espoir, symbole de Rebirth. Carver Colman était plein d’espoir (à propos de quoi ?) et s’est vu tuer. Superman est l’incarnation même de l’espoir, et dans une vision, Manhattan le voit complètement dépourvu de celui-ci. On comprend donc que Manhattan a lui aussi perdu l’espoir qu’il avait retrouvé à la fin de Watchmen, ce qui va dans le sens de ses actions sur l’univers DC.

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Cependant, ce dernier affirme à demi-mot qu’il n’a pas tourné le dos à l’humanité, mais que ce n’est pas pour cette raison qu’il a épargné Marionnette dans DC #2 : l’un de ses enfants à naître aura un rôle à jouer. Serait-il un personnage connu de l’univers DC ? On apprend aussi que Manhattan est en plein milieu de quelque chose (dit-il en tournant la tête vers la gauche, que l’on associe souvent au regard vers le passé), qui est probablement ce à quoi faisait référence Wally West dans DCUR (le one-shot de 2016) lorsqu’il indiquait que la présence ayant chamboulé la chronologie s’apprêtait à frapper une seconde fois. Et cette réplique, l’air de rien, fait écho à une autre situation : celle des deux hommes qui jouaient aux échecs et qui furent tués avant que la partie ne puisse être conclue (on y revient après). Manhattan, sur le damier, présenté comme un roi noir, pourrait être en pleine partie d’échec avec un autre roi, Superman. Et ces deux personnages pourraient ne pas s’en sortir vivants.

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Si l’on ne sait pas encore vraiment ce qu’il tente de faire (et de prouver), on apprend qu’il est initialement venu dans cet univers dans l’espoir d’y trouver sa place (possiblement parce qu’il n’est pas le seul être à pouvoirs chez DC). Au bout d’un certain temps (la mort de Colman ?), il a regardé vers l’avenir et eut une vision de Superman, l’espoir même, se diriger vers lui complètement désespéré et furieux dans un monde apocalyptique. Puis rien, le néant. Ne sachant pas lui-même ce que cela signifie, la destruction du monde de sa main ou sa fin par celle de Superman, Manhattan dit se sentir rempli de curiosité pour la première fois depuis 1959, l’année où il rencontra Janey Slater (sa femme/ex-femme), prit la photo avec elle lors de la fête foraine (que l’on retrouve sur les trois dernières cases du numéro), et fut désintégré pour ensuite se restructurer en Manhattan.

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En tant que lecteur, nous savons que les deux issues proposées par le personnage n’ont que très (très) peu de chances de se produire : Superman ne tue pas, encore moins dans un tel récit, et l’univers DC ne peut pas être détruit (ça poserait problème, vous comprenez pourquoi). Si l’on peut imaginer une troisième issue tout aussi concrète, il pourrait tout simplement s’agir encore une fois de tachyons empêchant Manhattan de voir l’avenir (ou son suicide ?). Mais l’hypothèse la plus probable reste celle de la symbolique avec un espoir restauré, un retour de ce qui a été volé. C’est ce qu’affirme d’ailleurs Saturn Girl, qu’on apprend être ici pour nettoyer le flux temporel d’une menace (Manhattan), et qui dit connaître la fin de l’histoire puisqu’elle vient du futur : tout ira bien, les héros disparus reviendront. Tout du moins, c’est l’histoire telle qu’elle est censée se dérouler, mais on comprend à la fin du numéro #7 qu’Ozymandias est sur le point de changer le cours de l’histoire. De la même façon, Imra Ardeen se montrait terrifiée dans The Button alors qu’elle était confiante dans DCUR et l’est à nouveau dans Doomsday Clock jusqu’à la fin du #7. On peut donc supposer que la chronologie est en mouvement perpétuel, possiblement par l’intervention de Manhattan.