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Doomsday Clock #1-7 : Enquête sur les pistes semées par Geoff Johns

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Sommaire

Bien que le mois dernier, ce soit principalement Heroes in Crisis qui fut sous le feu des projecteurs de DC Comics, un autre récit majeur a dévoilé son septième numéro : Doomsday Clock. Avec celui-ci, le récit prend une nouvelle tournure, celle de la seconde moitié, celle des révélations. Si chaque numéro de l’histoire de Geoff Johns et Gary Frank porte en lui une richesse incroyable, Doomsday Clock #7 semble être le numéro opportun pour faire un point sur ce récit dont on ne parle que trop peu.

Manhattan

Si ce numéro est aussi important, c’est principalement parce qu’il porte en lui l’arrivée concrète du Dr. Manhattan dans ce récit débuté en 2016 avec le one-shot DC Universe Rebirth, jusqu’ici caché de tous, aussi bien des personnages de Watchmen dont il s’est éloigné que de ceux de DC Comics auxquels il apparaît comme une entité mystérieuse et déifique. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que l’on découvre dès la première case de ce numéro #7 une narration à la première personne effectuée par le Grand Bleu. Similaire à ce que faisait Alan Moore dans Watchmen, Geoff Johns exploite la particularité du personnage en narrant son histoire de façon décousue chronologiquement. Alors que l’interférence de Manhattan n’était depuis 2016 que fortement suggéré, on peut désormais lire clairement qu’il a bel et bien interféré avec l’univers DC, ici en empêchant Alan Scott de devenir le premier Green Lantern, et par extension de permettre à la Justice Society of America de voir le jour.

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A travers ce retour aux origines orientales de Green Lantern, toute une portée symbolique tracée depuis plusieurs numéros se fait voir. La lanterne, que ce soit celle de Green Lantern ou une ordinaire, représente depuis Doomsday Clock #4 la vérité, l’illumination, le sens, la réponse. Tous sont en quête de celle-ci, que ce soit Mothman, Rorschach ou même Manhattan, et ce dernier révèle ici avoir sciemment empêché Alan Scott d’y avoir accès. La métaphore de la lanterne semble d’ailleurs trouver une certaine conclusion quand celle-ci sert à le faire apparaître, à l’attirer littéralement par la force vers elle. Manhattan arrive pour enfin donner des réponses et faire progresser la quête de vérité des différents protagonistes, et notamment celle du nouveau Rorschach dont la perspective de son prédécesseur sera remise en question. Celui-ci n’était pas l’ami de son père mais l’a au contraire plongé vers sa fin. Ainsi meurt Rorschach qui se voit poser un sourire ensanglanté par le Joker sur son masque, directement en opposition à la larme de sang du badge du Comédien.

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C’est confirmé alors ? Manhattan est un salop qui veut simplement du mal à l’univers DC et s’en sert comme terrain de jeu ? Et bien non, comme vous vous en doutez, la vérité est bien plus complexe, et ce numéro ne nous la livre pas complètement d’ailleurs, mais on apprend tout de même énormément de choses sur l’histoire du personnage depuis son arrivée dans cet univers.  On sait notamment qu’il connait l’historique entier de l’univers DC, sans que l’on nous indique s’il le connait simplement par les comics publiés dans l’univers de Watchmen ou s’il était présent à chaque instant. On sait en effet qu’il est présenté comme capable de « voyager » dans le temps puisqu’il récupère le Comédien lors de sa chute dans Watchmen pour qu’il se charge d’exécuter Bubastis II, capable de retrouver Manhattan. S’il est concrètement décrit  dans ce numéro comme acteur quand il déplace la Lanterne Verte le 16 juillet 1940 (date de création du personnage d’Alan Scott), il se présente plus souvent comme spectateur présent sur place, notamment aux funérailles d’Alan Scott, mais aussi sur le tournage du dernier film de Carver Colman et sur sa scène de crime.

C’est ainsi que les récits « en abyme » de Nathaniel Dusk et Carver Colman s’inscrivent plus concrètement dans l’histoire principale. Sans que l’on nous décrive la connexion existante entre Manhattan et Colman, l’interprète de Nathaniel Dusk, on sait que la mort de l’acteur l’a affecté considérablement puisque cet évènement le fait revenir sur ses dernières paroles de Watchmen : « Nothing ever ends » se transforme ainsi en « Everything ends ». Comme preuve que Geoff Johns répond immédiatement à Moore en livrant une vision opposée, on ne peut pas faire mieux. Mais là où on pourrait tiquer, c’est que cette nouvelle réplique s’applique à… l’espoir, symbole de Rebirth. Carver Colman était plein d’espoir (à propos de quoi ?) et s’est vu tuer. Superman est l’incarnation même de l’espoir, et dans une vision, Manhattan le voit complètement dépourvu de celui-ci. On comprend donc que Manhattan a lui aussi perdu l’espoir qu’il avait retrouvé à la fin de Watchmen, ce qui va dans le sens de ses actions sur l’univers DC.

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Cependant, ce dernier affirme à demi-mot qu’il n’a pas tourné le dos à l’humanité, mais que ce n’est pas pour cette raison qu’il a épargné Marionnette dans DC #2 : l’un de ses enfants à naître aura un rôle à jouer. Serait-il un personnage connu de l’univers DC ? On apprend aussi que Manhattan est en plein milieu de quelque chose (dit-il en tournant la tête vers la gauche, que l’on associe souvent au regard vers le passé), qui est probablement ce à quoi faisait référence Wally West dans DCUR (le one-shot de 2016) lorsqu’il indiquait que la présence ayant chamboulé la chronologie s’apprêtait à frapper une seconde fois. Et cette réplique, l’air de rien, fait écho à une autre situation : celle des deux hommes qui jouaient aux échecs et qui furent tués avant que la partie ne puisse être conclue (on y revient après). Manhattan, sur le damier, présenté comme un roi noir, pourrait être en pleine partie d’échec avec un autre roi, Superman. Et ces deux personnages pourraient ne pas s’en sortir vivants.

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Si l’on ne sait pas encore vraiment ce qu’il tente de faire (et de prouver), on apprend qu’il est initialement venu dans cet univers dans l’espoir d’y trouver sa place (possiblement parce qu’il n’est pas le seul être à pouvoirs chez DC). Au bout d’un certain temps (la mort de Colman ?), il a regardé vers l’avenir et eut une vision de Superman, l’espoir même, se diriger vers lui complètement désespéré et furieux dans un monde apocalyptique. Puis rien, le néant. Ne sachant pas lui-même ce que cela signifie, la destruction du monde de sa main ou sa fin par celle de Superman, Manhattan dit se sentir rempli de curiosité pour la première fois depuis 1959, l’année où il rencontra Janey Slater (sa femme/ex-femme), prit la photo avec elle lors de la fête foraine (que l’on retrouve sur les trois dernières cases du numéro), et fut désintégré pour ensuite se restructurer en Manhattan.

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En tant que lecteur, nous savons que les deux issues proposées par le personnage n’ont que très (très) peu de chances de se produire : Superman ne tue pas, encore moins dans un tel récit, et l’univers DC ne peut pas être détruit (ça poserait problème, vous comprenez pourquoi). Si l’on peut imaginer une troisième issue tout aussi concrète, il pourrait tout simplement s’agir encore une fois de tachyons empêchant Manhattan de voir l’avenir (ou son suicide ?). Mais l’hypothèse la plus probable reste celle de la symbolique avec un espoir restauré, un retour de ce qui a été volé. C’est ce qu’affirme d’ailleurs Saturn Girl, qu’on apprend être ici pour nettoyer le flux temporel d’une menace (Manhattan), et qui dit connaître la fin de l’histoire puisqu’elle vient du futur : tout ira bien, les héros disparus reviendront. Tout du moins, c’est l’histoire telle qu’elle est censée se dérouler, mais on comprend à la fin du numéro #7 qu’Ozymandias est sur le point de changer le cours de l’histoire. De la même façon, Imra Ardeen se montrait terrifiée dans The Button alors qu’elle était confiante dans DCUR et l’est à nouveau dans Doomsday Clock jusqu’à la fin du #7. On peut donc supposer que la chronologie est en mouvement perpétuel, possiblement par l’intervention de Manhattan.

La Justice Society of America

C’est donc un retour lent mais sûr qui s’effectue pour la Justice Society of America et la Legion of Super Heroes, que Johns nous annonce depuis 2016 tout de même. Et si l’on en croit Ozymandias, la rencontre des différentes générations n’est pas accidentelle, mais voulue par Manhattan qui aura sciemment guidé Rorschach vers Batman, un héros de la génération actuelle, puis vers Saturn Girl, de la génération future, et enfin vers Johnny Thunder, héros de l’ancienne génération. Une hypothèse bien possible étant donné la présence de Manhattan à l’asile d’Arkham quand Saturn Girl aide Rorschach à s’évader. Si Ozy (pour les intimes) dit vrai, les actions de Manhattan se montreraient quelques peu paradoxales, puisqu’après avoir détruit, il reconstruirait.

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Durant la petite réunion intergénérationnelle et inter-univers qui prend place dans la seconde page du numéro #7, Johnny Thunder semble encore une fois faire preuve d’une certaine démence en s’exclamant :

« I was only trying to protect them. Cei-u ! Thunderbolt ? I said the magic word… »

Une réplique que l’on a déjà pu lire en partie dans DCUR quand Wally rend visite au vieil homme, lequel dit au rouquin :

« McCarthy yelled, ‘Take off your masks !’ You know I was only trying to protect them. I’m sorry for what I did ! (…) Thunderbolt ?! Thunderbolt, where did you go ? Cei-u! Cei-u, Thunderbolt! Come back, please! I didn’t mean to throw you away”

Johnny fait ici référence à un vieux numéro d’Adventure Comics, le #466, qui raconte une histoire passée de 1951 où le sénateur McCarthy demande à la Justice Society of America de révéler leur identité. L’équipe refuse et disparaît alors pendant plusieurs années avant de se reformer. Un parallèle troublant avec Watchmen où les Minutemen, la première génération de héros, s’était vu obligée de se retirer par le Kenee Act en 1977. Geoff Johns fait justement à nouveau référence à AC #446 dans Doomsday Clock #7 à travers Manhattan qui affirme que dans la chronologie originale, Alan Scott refuse devant « the house un-american activities committee » le 8 janvier 1950 d’impliquer qui que ce soit. L’auteur a simplement décalé les faits d’une année, mais il s’agit bien du même événement, désormais effacé de la chronologie par Manhattan. Si dans cette nouvelle chronologie la JSA n’a pas existé, Johnny Thunder, lui, semble bien de souvenir de son équipe et de son partenaire, le génie Thunderbolt qu’il pouvait appeler en prononçant la formule « Cei-u ».

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Mais l’imparfait est de mise, puisque l’ancien héros semble ne plus en être capable, et pire, pense être responsable de sa disparition et de celle de la JSA. Cette dernière ayant disparue pendant quelques années dans la chronologie originale suite à l’affaire McCarthy, Johnny Thunder semble avoir voulu empêcher cela de se produire mais aurait au contraire effacé la JSA « à jamais ». Quant au génie Yz/Thunderbolt, une théorie voudrait qu’il soit maintenant possédé par le petit-fils de Johnny, décrit dans DCUR comme le seul croyant aux histoires de son grand-père, et qui pourrait être Jakeem Thunder, le successeur de Johnny. Mais puisque l’on sait que le génie provient de la cinquième dimension comme Mr. Mxyztplk, qui a été enfermé par Manhattan dans Superman Reborn car considéré comme une menace, il pourrait en être de même pour Yz.

Johnny Thunder est-il comme Barry une marionnette qui se blâme pour quelque chose dont il n’est en fait pas vraiment responsable, ou partage-t-il les torts avec Manhattan ? Peut-être ce dernier a encore une fois profité de l’ouverture pour manipuler le temps.

Nathaniel Dusk

Johnny Thunder n’est pas le seul personnage de l’ancienne génération à faire son retour. Comme évoqué précédemment, les films de Nathaniel Dusk parsèment l’œuvre de Geoff Johns, et plus particulièrement son dernier film, The Adjournment. Et comme vous le savez depuis, Nathaniel Dusk est en fait un ancien personnage qui était publié par DC Comics dans les années 80. L’auteur effectue alors une mise en abyme en intégrant un personnage de l’éditeur au sein de l’univers DC tel qu’il l’est pour nous, un personnage de fiction. Mais une nouvelle couche s’y ajoute, puisqu’une intrigue parallèle et liée est également menée au sujet de Carver Colman, l’interprète de Nathaniel Dusk, vivant donc dans le monde DC au même niveau que Superman par exemple. Si le lien entre Colman et Dusk est jusqu’ici assez ténu, il est principalement porté par la notion de meurtre.

Dans The Adjournment, le dernier film de Colman en Dusk, le détective doit enquêter sur une étrange affaire : deux hommes ont été tués pendant leur partie d’échec sans que l’on sache qui était la cible et qui est le dommage collatéral. En tant que tel, on s’en balance un peu me direz-vous, mais à l’instar de Marooned dans Watchmen, cette histoire sous l’histoire représente probablement une métaphore ou une allégorie dans l’univers DC. La première victime est Alastair Tempus, un banquier retraité, riche et veuf qui laisse derrière lui trois enfants, alors que la seconde victime est Bentley Farmer, un urbaniste divorcé, pauvre et sans enfants. Si on cherche à faire ressortir des caractéristiques, on pourra dire que le premier représente un passé qui laisse derrière lui un héritage, alors que le second représente un présent sans amour et héritage. Vu comme ça, ces personnages pourraient être chacun une allégorie pour le pré-New 52 (et/ou de la JSA) et pour le New 52,  des allégories de l’avant et de l’après Manhattan. Dans le numéro #3, on apprend que l’une des deux victimes est un tueur, sans que l’on sache s’il est le meurtrier de cette affaire ou a tué précédemment.

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Quant à l’histoire de l’acteur Carver Colman, elle est principalement raconté en back-up du numéro #3 (c’est pour ça qu’il ne faut pas les sauter). Fils unique d’immigrants Irlandais s’étant installés dans l’Indiana, Carver travailla dans la ferme familiale jusqu’à ce qu’il se lance dans une carrière d’acteur, puis fut remarqué en 1940 (année de la création/mort d’Alan Scott), ce qui le mena à incarner Nathaniel Dusk.

Cependant, il fut retrouvé mort le 9 juin 1954 sur le sol de son salon, tué avec le trophée qu’il gagna pour l’un de ses films (Hollis Mason fut tué de la même façon dans Watchmen). L’année 1954 correspond dans notre monde à la publication de Seduction of the Innocent et l’application du Comics Code Authority, destiné à réguler le contenu des comics jugés trop subversifs. En considérant une réplique de Doomsday Clock #3Carver Colman est décrit comme un héros américain par un retraité et comme un déviant par une autre, on peut retrouver là encore une analogie.

Après la mort de Carver Colman, est retrouvée chez lui une pièce secrète remplie de montres et d’horloges, ainsi qu’une lettre de sa supposée vraie mère qui tente de le faire chanter (avec de l’argent, pas de la musique). Ce qui est particulièrement intéressant et qui saute aux yeux ici, c’est la présence de d’horloges et de montres, mais aussi que celle que portait Carver en permanence a disparu. Dès lors, on peut imaginer que cette montre transmise par son père ait atterrie d’une façon ou d’une autre dans les mains de Barry Allen, qui l’offra lui-même à Wally avec la mention « Every second is a gift », et que Manhattan récupérera à la fin de DCUR pour la restaurer (et la nettoyer du sang de Colman ?).

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Une théorie voudrait ainsi que Carver Colman soit en fait le super-héros Hourman de la JSA après que Manhattan l’ait empêché de devenir un héros, tout comme Alan Scott. Déplacé de sa famille et placé dans une autre, son destin aurait été alors modifié. Rex Tyler n’aurait alors pas travaillé à Bannermain Chemicals et n’aurait pas développé la pilule lui donnant ses pouvoirs avant de prendre le contrôle de l’entreprise et de la renommer. Elle serait donc restée au nom de Bannerman, le patron de Rex, comme on peut le voir dans Doomsday Clock #2.  De plus, la pièce remplie d’horloges est appelée « ticktock room », et le surnom de Rex Tyler est « Tick Tock Tyler ».

Bien entendu, une autre hypothèse est plus flagrante : Carver Colman serait Manhattan qui aurait tenté de refaire sa vie et se serait vu assassiné froidement, le faisant perdre espoir. Une théorie qui se voit corroborer par le passé de Jonathan Osterman, fils d’horloger et qui se destinait initialement à faire ce métier, sans compter que la notion de temps est primordiale chez ce personnage.

Doomsday Clock #1-7 : Enquête sur les pistes semées par Geoff Johns 34Et si cette hypothèse sonne un peu folle, il suffit de voir encore une fois le back-up du troisième numéro pour constater qu’il ne serait pas le seul personnage de Watchmen à avoir intégré le passé de l’univers DC. On découvre en effet qu’un certain Frank Farr a participé au tournage du troisième film Nathaniel Dusk, nommé Murder at Home. Comme on peut le constater, ce personnage ressemble comme deux gouttes d’eau au Comédien de Watchmen. Et comme pour confirmer à demi-mot qu’il s’agit bien de lui, la partie droite de son visage sur laquelle est tracée sa balafre est ici cachée. Le titre du film dans lequel il a joué avec Carver Colman est révélateur, ainsi que la petite biographie qui nous en est donné : entretenant une relation hors-mariage avec une autre actrice, il l’a mise enceinte. Le fruit de cette union se nomme Rita Farr, que les fans de DC Comics connaissent comme l’héroïne Elasti-Girl, membre de la Doom Patrol.

Doomsday Clock #1-7 : Enquête sur les pistes semées par Geoff Johns 35Et Eddie Blake n’est pas le seul à apparaître dans ce back-up, puisqu’on retrouve également le portrait d’un homme ressemblant parfaitement à Ozymandias, ici nommé Randy Booth, un soldat et acteur ayant connu le Sergent Rock (un autre ancien personnage de DC) et qui considère que la mort de ce dernier est liée à une conspiration plus grande. Que font ces personnages dans un univers et une époque qui ne sont pas la leur ? Manhattan a-t-il joué avec eux comme il l’a fait dans Doomsday Clock #3 avec le Comédien ? Ou s’agit-il de répliques créées par le Grand Bleu ?

Dernière figure à apparaître sur cette série de portraits : John Law, le scénariste du film The Adjournment et premier suspect dans l’affaire du meurtre de Carver Colman jusqu’à ce qu’il présente un alibi. Il ne faut pas chercher du côté de Watchmen mais de DC, puisque Jonathan Law est le nom d’un ancien héros nommé Tarentula. Il semble ainsi qu’à l’instar d’Alan Scott, celui-ci ait été empêché de suivre sa voie de héros, ainsi que Ted Grant, dont il est fait mention comme champion de boxe. Jay Garrick, en revanche, semble avoir connu un sort différent de ses collègues puisque celui-ci a fait une apparition dans The Button où l’on découvre qu’il est bien Flash mais est coincé dans la force véloce de la même façon que Wally dans DCUR.

Finalement, on retrouve dans le même back-up un nom intéressant : celui de Ring Lardner Jr, présenté comme le scénariste de Murder at Home. Cet homme a en fait réellement existé, et comme décrit dans Doomsday Clock, a été emprisonné pour avoir refusé de répondre devant la « house un-american activities committee » (HUAAC). Dans les années 40 était mené aux États-Unis la politique du McCarthysme, nommée d’après le sénateur McCarthy, et qui consistait grossièrement en une chasse aux communistes. Cela comprenait ainsi des personnes travaillant à Hollywood, regroupés dans la “Hollywood blacklist”. En 1947, dix de ces personnes, dont Lardner Jr., ont refusé de répondre devant la HUAAC et ont été surnommé “The Hollywood Ten”. Autant de similitudes avec la JSA ne peut pas être un hasard.

Superman & Batman

Au cœur de Doomsday Clock, on retrouve bien évidemment le Docteur Manhattan, qui est au centre de bien des mystères. Mais le point de Geoff Johns, c’est de contrebalancer la vision qu’avait dépeint Alan Moore des super-héros dans son Watchmen, dont le porte-étendard est ici Manhattan. Pour faire face à cette vision sombre, pessimiste, qui de mieux que le plus grand des super-héros, le symbole d’espoir de chez DC : Superman ?

On sait ainsi que Doomsday Clock mène un combat idéologique entre ses deux visions, un combat qui se fera plus concret avec la rencontre de ces deux figures. Si Manhattan est clairement traité chez DC comme un dieu, Superman, lui, qui est parfois utilisé comme une figure christique, est traité d’une façon inverse. Dans le contexte de Doomsday Clock, il est le super-héros le plus proche du peuple, le seul en qui ce dernier fasse vraiment confiance. Un propos paradoxal avec le temps de présence de l’homme d’acier, qui n’a été le sujet que de quelques cases jusqu’ici, dans les numéros #1, #5 et #7, et qui est à chaque fois passif par rapport à l’histoire se déroulant.

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A l’inverse, Batman est lui bien plus présent, et ce dès le deuxième numéro, mais décrit comme le reste des « supers » : détesté. Rien ne va plus pour le chevalier noir, qui enchaîne les mauvaises décisions et se voit devenir spectateur, et parfois même victime. Une image bien différente de celle que l’on a habituellement du super-héros surpuissant, toujours maître de la situation et même capable de vaincre Superman comme dans The Dark Knight Returns. A l’instar de Watchmen, cette œuvre de Frank Miller a considérablement marqué son temps et l’avenir des comics en général, présentant un héros très sombre.

Et c’est justement cette vision que Geoff Johns tend à renverser avec Doomsday Clock, notamment en replaçant Batman comme un héros loin d’être invincible et en renversant littéralement certaines répliques de TDKR. Quand dans ce dernier on peut lire « Diana went back to her people. Hal went to the stars”, Doomsday Clock dit “The Lantern’s other adversaries have left for the stars. And there are rumors that the Amazons kidnapped Wonder Woman and dragged her back to Themyscira.” Quand dans TDKR, Batman exprime “Not him. Not now” en voyant Superman arriver, c’est le Sphynx qui exprime ces mêmes mots avec l’arrivée du Joker dans DC #6. Après avoir été tabassé par une foule en colère et trainé dans un fauteuil roulant par le Joker (qui veut le prendre en photo à la Killing Joke), le héros reprend enfin du poil de la bête dans DC #7, mais pour mieux se faire battre encore une fois.

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Mais si Superman est jusqu’ici relativement absent de ce récit, il ne l’est pas pour autant de l’intrigue globale Rebirth puisque Manhattan s’acharne sur lui, vraisemblablement à cause de la vision dont il fait mention dans Doomsday Clock #7. Retour sur les différentes épreuves que Manhattan a imposé à l’homme d’acier jusqu’ici.

Au lancement de Rebirth, un mystérieux Clark Kent sans pouvoirs fit surface au Daily Planet jusqu’à ce qu’on apprenne dans Superman Reborn qu’il s’agissait en réalité de Mr. Mxyzptlk. Celui-ci avait été emprisonné par le fameux Mr. Oz mais avait finalement réussi à s’échapper et se faire passer pour Clark Kent dans le but d’échapper à son geôlier. Après avoir retrouvé la mémoire, le vilain s’en prit à Superman en lui enlevant son fils, Jon, pour le punir de l’avoir oublié et de ne pas l’avoir sauvé des griffes de Mr. Oz. A la fin du récit, on apprend finalement que Superman avait été séparé en deux lors du Flashpoint : sa version pré-New 52, et sa version New 52. Une solution à une question que posait DC Universe Rebirth : s’il ne s’agit pas d’une nouvelle Terre, mais simplement de New Earth à laquelle on a volé, entre autres, dix années, pourquoi y aurait-il deux Superman ? Réponse trouvé, Superman redevient complet, les dégâts de Manhattan sont peu à peu réparés alors que d’après Mr. Oz, il ne l’en pensait pas capable.

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Vient plus tard le récit The Oz Effect, qui lève le voile sur l’identité du mystérieux personnage éponyme. Il s’agit en fait de Jor-El, le père biologique de Superman, qui fut retiré de Krypton par Manhattan dans les dernières secondes de vie de la planète. Manhattan manipula ensuite Jor-El pour lui faire voir uniquement les atrocités qu’a commis l’Homme depuis sa création, le transformant en Mr. Oz (dont le symbole ressemble fortement à celui du parfum Nostalgia de Watchmen). Jugeant la Terre non digne de son fils, il déchaîna un vent de violence à travers le globe pour que Superman prenne conscience de cela. Le but ultime de Jor-El est en fait de convaincre Superman et sa famille de quitter la planète pour un monde idyllique, une grande menace pesant sur la Terre, une menace face à laquelle aucun héros de la Terre ne fait le poids. Lors de l’affrontement final entre Superman et Oz, la faux de ce dernier est brisée et l’on apprend que cette arme servait à la fois à empêcher Jor-El de mourir, mais également à le manipuler. Avant d’être repris par Manhattan, Jor-El enjoint son fils à se battre, plutôt que de fuir comme le voudrait le Grand Bleu.

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Finalement, dans les dernières pages de Doomsday Clock #1, Geoff Johns nous propose de revivre la mort des Kent sous forme de cauchemar. Seulement, un point important est à soulever : pendant tout le numéro, et même avant dans The Button, Manhattan est désigné sous le nom de « Dieu ». Lors de la séquence flash-back, les Kent discutent de l’arrivée de Clark dans leur vie et du fait qu’il n’ait malheureusement pas eu de frère ou de sœur pour lui éviter cette pesante solitude. Jonathan Kent utilise alors une phrase bien particulière « But this is God’s plan… », et se fait tuer l’instant d’après. Aucune coïncidence possible : la mort des Kent lors des New 52 est bien l’action de Manhattan, c’est son « plan ».

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Supermen Theory

Nous parlions précédemment du contexte de Doomsday Clock, il est maintenant temps de s’y pencher.  Le récit, comme cela est indiqué dès le second numéro, se passe un an dans le futur du DCU actuel, donc en 2019. D’ici là, la situation aura bien changé puisqu’une méfiance générale autour des super-héros et super-vilains se sera établie dans le monde entier. Pour cause : une théorie expliquant la forte concentration de méta-humains aux États-Unis, 97% pour être exact. Si ce fait se justifie, pour nous, par le fait que DC Comics est une entreprise américaine, cela n’est pas une raison recevable in-universe. C’est donc ici qu’intervient la Supermen Theory, lancée par le Dr. Jace, l’homme ayant déclenché les pouvoirs du Prince Byron de Markovie, aka Geo Force.

Selon lui, seul Superman est un « méta-humain » naturel, son origin-story étant bien connue et reconnue. Avec son arrivée sur Terre, le gouvernement américain aurait décidé de construire sa propre armée de méta-humains. Geoff Johns revient ainsi à un élément introduit en 1988-89 avec l’arc Invasion ! : le méta-gène. Celui-ci se cacherait en certains individus, et il ne resterait ainsi plus qu’au gouvernement de les identifier, puis de déclencher un traumatisme chez eux afin que leurs pouvoirs émergent. Ils serviraient ensuite d’agents dormants auxquels le gouvernement peut faire appel. Les combats entre super-héros et super-vilains ne seraient en fait que des couvertures narratives pour le public. Une fois cette Supermen Theory révélée au grand public, différents méta-humains de pays variés ont décidé de la confirmer, alors qu’une grande partie l’infirme.

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En plus d’une grande méfiance créée envers les héros, se lance alors une course à l’armement similaire à celle que dépeignait Watchmen en pleine Guerre Froide. Néanmoins, ici, il ne s’agit pas d’une course à l’armement nucléaire, mais d’une course aux méta-humains. Chaque pays veut se construire son armée en ralliant des méta-humains déjà existants ou en créant les leurs. Luthor Corp leur facilite la tâche en ayant créé un dispositif permettant de repérer le méta-gène, qu’il soit dormant ou non. Mais Lex Luthor ne s’arrête pas ici, puisque des recherches intensives sur ce méta-gène sont menées, avec en grand concurrent Wayne Enterprises.

Geoff Johns ne s’en est pas caché : si Watchmen s’inscrivait pleinement dans son époque, c’est le cas aussi pour Doomsday Clock, qui s’inscrirait dans un climat de fake news. C’est ainsi avec quasi-certitude que le lecteur aborde cette fameuse Superman Theory, avec comme idée qu’il s’agit bien d’une campagne mensongère créée dans l’unique but de créer le trouble. Mais voilà que le récit prend à revers son lectorat avec le numéro #6, qui annonce dans ses dossiers de fin de numéro que certains méta-humains ont bien été fabriqué par le gouvernement américain et servent d’espions, à l’instar de Typhoon, tué par le Comédien. Des espions qui servent dans ce contexte à s’introduire au Kandaq, le pays de Black Adam, qui accueille à bras ouverts tout méta-humain. Pur altruisme ou volonté de créer lui-aussi sa propre armée ? Nul ne le sait jusqu’ici.

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Et maintenant que cette théorie se voit en partie confirmée, il s’agit de savoir qui mène vraiment les opérations. Si les suspicions de Lois Lane se portent sur Lex Luthor dans le numéro #5, ce dernier affirme qu’il n’en est rien, mais qu’il a des indices sur l’identité de l’Homme derrière tout cela. Badaboum… Il s’agit d’un méta-humain qui a fait partie de la Justice League à un moment donné de l’Histoire. Les paris sont ouverts, mais si la vision de Manhattan dépeinte dans DC #7 est réelle, ce climat de tension mènera à une apocalypse digne de celle de Watchmen.

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