La nouvelle semble avoir bouleversé tout un lectorat. Après Panini Comics, c’est au tour d’Urban de s’écarter en partie du marché du kiosque. Et bien « en partie ». Plutôt que de « délocaliser » ses formats kiosques, Urban Comics a décidé de reprendre ses séries phares et de les rassembler dans un seul et même magazine. Avant d’exécuter votre envie soudaine d’arrêter définitivement les comics (tout éditeur confondu), creusons la situation dans laquelle se trouve le milieu du kiosque, et l’avenir possible du comics.

Comprendre la situation et l’effort

Bien plus qu’un simple choix éditorial, un rapport à Presstalis se cache là dessous. Presstalis est le service de distribution des contenus presse vers les points de vente. Il s’agit donc du passage obligatoire pour les kiosques. Face à de nombreuses difficultés (concurrence émergente par Internet, fraudes,… ) Presstalis demande aux éditeurs concernés de s’engager à une contribution de l’ordre de 2,25% sur le chiffre d’affaire, d’une part pour combler le déficit de la société. Ceci aurait entraîné une augmentation des prix – qui est envisageable pour d’autres magazines/revues. D’autre part, il s’agit surtout pour Presstalis de se préparer au pire (qui est toujours à venir).

Presstalis se voyait aidée, grandement, par l’État qui lui versait l’équivalent (selon plusieurs sources) de 10% de son chiffre d’affaire annuel. Malgré cette aide, Presstalis a failli déposer le bilan en décembre dernier. La nouveauté est donc de laisser cette distribution dépendre de sociétés privées, et de laisser les kiosques et buralistes décider de ce qu’ils souhaitent vendre. Tout ceci serait une révision de la loi Bichet qui imposait aux buralistes la vente des produits proposés. Demain, il possédera le droit de refuser la vente de n’importe quel produit, aussi bien par intérêt que par envie. Du côté des éditeurs, ils devront s’associer aux sociétés privées émergentes.

La situation dépasse bien les comics qui trouvent refuge et persistent à moindre frais dans ce système en mutation. Alors que Panini Comics a radicalement décidé de camper la librairie à travers un nouveau format justifiant (son prix ?) sa place, Urban Comics décide de tenir son engagement à ne pas quitter l’espace kiosque et de conserver une présence, certes, réduite, mais persistante. Le sommaire du Batman Univers d’octobre prochain est la nouvelle formule de survie du format kiosque. Effectivement, la rentabilité est le mot premier. Mais vendriez vous à perte au risque de couler un éditeur avec son distributeur ?

Effectivement, Urban Comics aurait pu opter pour telle ou telle option à la manière de Panini Comics. Et c’est certainement un choix, venant de l’éditeur, que de tenir une promesse de rester dans les kiosques, et de le proposer dans des points de vente accessibles à une majorité. Parce que c’est ça, aussi, les comics. Ce n’est pas qu’un rythme de parution, mais un format et une accessibilité à tous.

La fin des comics en kiosque ?

La question se pose bel et bien. Nous ne devons pas en avoir peur – mais avons le droit d’en être déçu. À voir la masse de commentaires sur les réseaux sociaux blâmant les éditeurs, c’est bien un problème d’information qui persiste, alors que les communiqués (autant chez Urban que chez Panini) tentaient de cacher les difficultés des structures internes par respect. Effectivement, la colère est compréhensible. Ce sont, encore une fois, de nouvelles formules qui se présentent. Encore une restructuration du magazine qui met de côté certains titres (Nightwing, Hal Jordan & the Green Lantern Corps et Flash) – alors que personne n’a pleuré Suicide Squad.

Au risque de passer pour un vieux con, l’époque où DC Comics appartenait à Panini, DC Universe était l’option d’un univers étendu où se joignaient les titres. Le magazine était accompagné d’un autre dédié à Batman, effectivement. Mais lorsqu’une série s’arrêtait définitivement car l’éditeur décidait qu’elle ne « marchait pas », aucun autre format ne pouvait vous permettre de lire la suite. Seulement, le problème actuel est tout autre, et amplement plus grave. C’est le format kiosque qui risque de disparaître. Il ne s’agit pas d’un problème venant de l’éditeur, mais un problème impliquant des valeurs sociales relevant de décisions politiques.

Plutôt que d’attaquer les éditeurs, nous ferions mieux de les défendre, et essayer de conserver un accès aux publications pour tous – incluant nos comics. Car ce sont nos comics qui disparaissent, mais peut-être bientôt des magazines, et à termes, des éditeurs.