S’il y a bien longtemps que je n’avais pas rapproché la philosophie et les comics, la fonction des comics reste une problématique dont la réponse reste propre à chacun. Pourquoi « consommer » des comics ? Chez certains un divertissement, chez d’autres un besoin presque vital, que vous en soyez conscient ou non, les comics vous apportent quelque chose. Il est doté d’un nombre de fonctions variants selon le produit, les intentions et le statut de l’oeuvre concernée. L’objectif n’est pas de les énumérer toutes, mais les plus évidentes, pour vous faire prendre conscience du rôle que peut jouer la culture populaire sur le monde.

Objets de collection

Un comics est physique, matériel. En achetant un comics, vous obtenez un objet. Ceci intègre cette volonté de posséder/collectionner. Mais à l’heure d’un téléchargement de comics en expansion, le domaine de la collection ne réside plus dans le nombre, mais l’envie de posséder à travers une sélection propre à chacun. Objet presque obsessionnel pour le collectionneur, cette fonction est involontairement poussé par la système de numérotation présent depuis toujours pour chaque titre. Le numéro donne alors un sens à la collection, en lien avec son principe de création (début de run de tel scénariste), il devient également un repère pour tel événement et joue ainsi sur la côte.

Plus qu’une dimension économique, la collection est lié à la passion. Le principe d’un collectionneur ne se limite pas à entasser des numéros originaux, des premières éditions, ou collectors pour le simple fait qu’il s’agisse d’un objet rare. Il s’agit de rattacher à un objet un événement de sa propre existence, faire entrer sa propre vie parmi ses acquisitions. La fonction du comics ne dépend pas uniquement de l’éditeur ou de ses créateurs, il dépend également de ce qu’en fait le lecteur et de ce qu’il en retient.

Refléter le réel : Pour une valeur historique

Les comics s’implantent à l’aube du XXème siècle, aux côtés du Pulp. La bande dessinée devient objet de consommation populaire, procurant à l’enfant un décor imaginaire et des personnages créés pour lui. C’est dans l’entre-deux guerres que les super-héros font leur apparition. Superman devient rapidement un personnage à portée didactique, ainsi que ses collègues, par la suite. Destiné aux enfants, le super-héros a pour objectif (inconscient ?) de faire naître chez les générations futures une humanité prônant les mêmes valeurs saines, appliquées dans une vie quotidienne. L’apparition du super-héros n’est pas sans rappeler la sortie de guerre mondiale, et l’entrée dans une seconde qui se faisait grandement sentir. Tout un contexte historique qui justifie la valeur didactique/pédagogique des comics, de ses personnages, de ces aventures publiées encore aujourd’hui.

L’entrée en guerre des Etats-Unis va appuyer cette idée du comics comme reflet du réel. Chez Atlas avec Captain America, chez National Comics avec Superman et ses célèbres numéros l’opposant à Adolf Hitler, mais surtout, révélant la simplicité d’une résolution du conflit avec un surhomme bienveillant. Cette période marquera à jamais les personnages du Golden Age. On retrouve, entre autres, Batman opposé aux nazis dans des elseworlds comme Batman : Dark Allegiances. Support d’une propagande, les comics ne s’y résume pourtant pas. Ils font même preuve d’un recul critique (tardif). Sgt. Rock, censé représenter le G.I. américain bourru des plus héroïques, fera preuve de réflexions profondes concernant le thème de la guerre. Le comics a développé son format entre temps, et Will Eisner signe son fameux Last Day In Vietnam – témoignage fort humain et poignant.

Bien plus qu’une réflexion critique de la guerre et des problématiques réelles, les super-héros révèlent d’autres aspects plus profonds en nous, à travers un monde, lui même réfléchi. Les décors, les univers représentés sont tous rattachés à quelque chose d’existant dans l’imaginaire collectif, dans la perception commune du monde. L’art du comics (et de la fiction en générale) réside, en partie, dans le maniement de ces fragments du réel pour en créer un univers familier, mais suffisamment original et éloigné pour être aimé et désiré, à la manière d’un objet réel.

Philosophie et comics : Mythos

Hegel, dans Le premier système, présente la mythologie comme une nécessité pour une vie commune. Au risque de surinterpréter, on pourrait assimiler cette mythologie comme un mouvement culturel. Les comics rassemblent, au travers de festivals et conventions, comme bien d’autres secteurs culturels (jeux vidéos, cinéma, littérature). Mais Hegel insiste sur la notion de « savoir simplifié », d’instruire plus ou moins autrui. Il présente le mythe comme élément de savoir rassemblant l’être en quête de culture et celui désintéressé. Il confère au mythe cette fonction de pont entre les séparations sociales de l’époque : le cultivé et l’ignorant.

Si on se souvient des motivations du créateur de National Comics (devenu par la suite le petit éditeur qu’est DC Comics), Major Malcolm-Wheeler Nichsolson, les comics sont nés de la volonté d’instruire les plus démunis, de rendre accessible la culture sous une forme attrayante et simplifiée. Les comics rassemblent tout type de personnes, s’adressent à tous, et sont porteurs de messages, idées et valeurs. Une fonction instructrice est à considérer au sein des comics, chez les jeunes lecteurs comme les plus âgés. Cette fonction engage certains comics moralisateurs, dont le grand thème marquant et le rapport à la drogue dans Amazing Spider-man #96 ou Green Lantern/GreenArrow #85. Il touche également la notion de sensibilisation sur d’autres thèmes (protéger les plus faibles), et joue parfois d’un réalisme troublant (Amazing Spider-man # Traitement des valeurs exemplaires au travers de Superman (en plus d’un rapport théologique qui n’est plus à présenter), ou d’une réflexion sur le symbole patriotique de Captain America avec le run de Mark Gruenwald, le super-héros est capable d’introspection, et d’apporter au lecteur un recul critique sur son personnage et son contexte politique (cf. n’importe quel comics de Howard Chaykin).

Symbole culturel de l’objet artistique

Le single a été le premier élément de la culture populaire moderne, succédant au Pulp. Comics de l’âge d’or, ou de l’âge d’argent, mené à mal, il a toujours trouvé des failles au système de censure pour porter différents messages. Sous son image d’industrie vendeuse de divertissements, les comics existent au travers des artistes qui donnent vie aux personnages, à leurs univers (il ne s’agit pas que de comics populaires, mais de bande dessinée américaine tous éditeurs confondus). On retient aujourd’hui le très considéré Calvin & Hobbes, ou les Peanuts, marqués par leur intemporalité et le rapport à l’enfance qui parle à chacun.

Les comics suivent un procédé créatif s’appuyant sur des idées et une expérience narrative. Aujourd’hui plus ou moins en danger faute à un format conventionnel du comics mainstream, la narration n’empêche pas les idées de toucher un public ciblé par les scénaristes. On pense ici au Aquaman de Dan Abnett, aux problématiques émises par la Vision de Tom King, ou dans Alex + Ada de Sarah Vaughn, ou encore le très subtil Divided States of Hysteria de Howard Chaykin. Un comics n’a pas besoin de faire polémique pour répandre ses idées. Sa fonction première est très certainement celle-ci, d’élancer les idées en vogue, représenter les générations actuelles, les instants que nous vivons.

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Watchful
Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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Blue
Blue

Tu as oublié : « dépanner en cas d’absence de papier toilette ».
Convergence à pu enfin converger, mais dans les chiottes.

Mandalorwarrior
Mandalorwarrior

Fonction: LIRE. The End.

mavhoc
mavhoc

Toujours agréable de te lire pour ce genre de sujet, même si comme souvent j’aurais aimé en lire davantage… C’est mon côté prof : « Bon travail, mais à développer ».