Après vous avoir parlé de la série Krypton, qui a elle été diffusée sur Syfy, voici le tour de Black Lightning, série de la CW qui est elle aussi restée dans l’ombre, si ce n’est plus encore. Pas besoin de chercher très loin pour en trouver la raison : il s’agit de la cinquième série de super-héros de la CW, dont le style ne plaît pas à chacun (c’est un euphémisme). Ainsi, les personnes n’aimant pas les précédentes séries de la chaîne ne se sont pas donné la peine de tenter cette nouvelle aventure. Une autre raison serait le héros de la série lui-même, Black Lightning, qui n’est pas un personnage de premier plan dans les comics, il est donc inconnu au bataillon du grand public, et souvent méconnu même parmi les lecteurs. On pourrait aussi justifier ce manque de bruit par la couleur de peau du héros (et du reste du casting), mais je refuse de croire que cela puisse être une raison possible pour des fans de super-héros. Bref, autant de justifications possibles, mais qui font certainement passer à côté d’une très bonne surprise, et d’une des meilleures séries super-héroïques actuelles. Voyons pourquoi Black Lightning mérite qu’on y jette un œil attentif, d’autant plus que la première saison est disponible dans son entièreté sur Netflix.

Une série épargnée par les défauts CW

La CW, pour ceux qui ne le savent pas, il s’agit d’une petite chaîne de télévision américaine qui diffuse bon nombre de séries plutôt destinées à un public adolescent. Pour ce qui est de DC, elle a tout d’abord diffusé Smallville, qui a ensuite ouvert la voix à Arrow, The Flash, Supergirl et Legends of Tomorrow. Si vous vous intéressez à DC (ce qui est à priori le cas vu que vous êtes ici), vous avez forcément entendu parler de ces séries, et il est quasiment certain que vous en ayez essayé au moins l’une d’entre elles. Leur appréciation vous appartient, mais il existe un consensus pour dire que les deux premières saisons d’Arrow sont ce qui se sont fait de mieux pour cet univers, ainsi que la première de The Flash. Au fur et à mesure que ce qu’on appellera le CW-verse, Arrow-verse ou Berlanti-verse se construira, ces séries s’assumeront de plus en plus, et tout logiquement, reproduiront les schémas qui fonctionnent, les éléments qui plaisent à la majorité de leur public. C’est principalement là que la scission se fait, car des défauts, ces séries en ont bel et bien.

Black Lightning

On pourrait lui imputer son écriture plutôt ciblée « teen », ce qui n’est en fait pas un défaut en soit, mais qui ne plait certainement pas à chacun. Dans ce sens, la CW est bien connue pour ses fameux « triangles amoureux », et plus généralement pour consacrer beaucoup de temps d’écran à des relations amoureuses plus ou moins bien écrites. Au-delà de cette question de tonalité, il y a également le soucis de format, la CW faisant ses séries « à l’ancienne ». A l’heure où les séries TV se consacrent davantage à une seule grande histoire, on retrouve majoritairement un schéma plus traditionnel dans les séries de la chaîne. C’est ce qu’on appelle notamment le « freak of the week », littéralement « vilain de la semaine », c’est-à-dire que chaque semaine, une nouvelle histoire s’ouvrira à travers un nouveau vilain, ne permettant pas de développer vraiment les enjeux et thématiques. Toujours dans cette optique de confort, de classicisme, ces séries auront du mal à réellement prendre des risques, à changer le statu quo sur la longueur, à expérimenter. Fort heureusement, nombre d’épisodes donnent tort à ce constat, mais on ne peut le nier pour autant.

Black Lightning

Bref, autant de défauts qui peuvent rebuter, et qui ont surtout eu le temps de s’inscrire dans l’ADN de cet univers DCW. Et pourtant, Black Lightning, la dernière arrivée, ne souffre d’aucune de ces tares. La série se veut en fait trancher dans l’éventail proposé par la chaîne, créer une rupture, mais tout en assumant son héritage. On pourrait en fait la voir comme l’héritière de deux autres séries : tout d’abord, Arrow, la première série de cet univers, qui renouvella à l’époque le genre (à son échelle), s’assumait comme très sombre, héritière dans la tonalité de la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan. On ressent dans Black Lightning ce retour aux sources, à une approche plus terre-à-terre, plus sombre (et plus mature ?). La deuxième série que l’on pourrait considérer comme une inspiration est une de la « concurrence » : Luke Cage, oeuvre du MCU diffusée sur Netflix. Encore une fois, on retrouve l’aspect terre-à-terre, mais surtout, il s’agit des thématiques et du contexte qui y sont relativement similaires. On retrouve un héros noir, dans un quartier noir d’une ville américaine, avec un casting quasiment intégralement noir, un rapport très fort au racisme, à la discrimination, et ainsi, à l’union et la protection d’une communauté. Mais ce ne sont pas pour autant les mêmes séries, loin de là, notamment par les personnages que l’on y suit, qui sont une énorme force de Black Lightning.

Une série portée par ses engagements et ses valeurs

Jefferson Pierce est un quarentenaire, un père de famille, et le proviseur du lycée Garfield. Rien que par ce portrait bref du héros, on constate qu’il s’agit d’une approche assez inédite du super-héros sur écran, et qui tranche avec les jeunes héros que l’on suit dans les autres séries CW. C’est sur ce plan que l’on pourrait considérer Black Lightning comme plus mature que ses aînés (ou cadets ?) : le personnage n’a pas à se construire, mais à poursuivre un combat, et éventuellement à se reconstruire, ce qui permet d’éviter tous les lieux communs des origin-story. Dans le même temps, on peut dire au revoir aux histoires d’amour qui prennent trop de place : Jefferson a déjà construit sa vie, et même s’il est divorcé, il est établi d’office que son cœur ne bat que pour une personne, dont il se rapprochera à nouveau par les circonstances. Ces circonstances, ce sont leurs enfants, car il s’agit bien d’une série familiale, qui fait la part belle à toutes les valeurs positives provenant de la famille. Si je parlais d’une série assez sombre, Black Lightning est avant tout feel-good, profondément positive, mais jamais de façon déplacée, toujours justement. Les Pierce, ce sont une famille noire, bien entendu, mais qui ne sont pas définis que par cela, bien que cette caractéristique ait une place d’importance, Jefferson et Anissa (sa fille aînée) étant très engagés politiquement (si l’on peut dire, puisqu’il s’agit surtout d’une question de tolérance). La position de proviseur de Jefferson nous donne immédiatement un indice sur la situation de la famille Pierce, qui, plus que d’être assez aisée, est très cultivée et le montre, mais jamais de façon agaçante, toujours dans un esprit positif. Cela peut paraître bateau à noter, mais il fait énormément de bien de suivre une famille portant autant de bonnes valeurs, tout en restant bien réelle.

En effet, chaque Pierce connaîtra son propre développement et ses propres difficultés à surmonter, souvent en famille (tout en respectant l’individualité de chacun). Anissa, l’aînée, découvre rapidement ses pouvoirs dans la série et souhaite les mettre à profit pour aider son prochain. Elle, veut apprendre à courir avant même de marcher, et cela par investissement politique, par vocation. Quant à sa sœur, Jennifer, elle découvre ses pouvoirs plus tard, et à l’inverse de sa sœur, souhaite s’en séparer. Il n’est déjà pas facile de vivre en étant afro-américaine, ces pouvoirs l’éloigne encore davantage d’une vie normale. Autant de problèmes que devront gérer Jefferson et Lynn, qui se sont eux-mêmes séparés il y a des années à cause du danger que représentait cette lutte contre le crime, avec lequel Lynn ne pouvait plus vivre. Voilà que son ex-mari reprend le costume, et que sa propre fille suit ses pas. Autant de problématiques familiales développées au cours de cette saison, qui met ainsi en avant une notion fondamentale du super-héros, celle de la transmission.

Si Black Lightning est une série qui fonctionne autant, c’est aussi en grande partie parce qu’elle s’engage, elle porte un message, développe des thématiques précises. Elle utilise au maximum ses particularités, que ce soit le héros retraité, la paternité, ou surtout, son contexte. Comme dit précédemment, la communauté afro-américaine est bien mise en avant : c’est sur elle et tout ce qu’elle implique, notamment ses combats, que se construisent les personnages et les enjeux. Si Jefferson est proviseur de son lycée, c’est pour aider les jeunes à suivre le bon chemin quand il est si facile de tomber. S’il est Black Lightning, c’est pour combattre une criminalité qui s’instaure bien trop facilement dans un tel contexte, et parce que les habitants de son quartier ont véritablement besoin d’une protection contre la discrimination (dont il n’est lui-même pas protégé, bien au contraire). L’intelligence de cette série est de tout lier habilement, de livrer un ensemble cohérent et de le rendre fluide et naturel sans ses divers développements. Rien n’est gratuit, tout a une importance, tout se justifie d’une façon ou d’une autre. Au contraire du schéma traditionnel dont on parlait précédemment, Black Lightning ne combat pas un vilain haut en couleur chaque semaine, il se bat avant tout contre une idée, et en même temps contre une organisation (plus ou moins) criminelle qui profite du climat ambiant pour tirer un certain profit. Si les comportements racistes sont évidemment pointés du doigt, il ne s’agit pas d’une série accusatrice à caractère culpabilisant, mais une série qui se confronte à une certaine réalité de façon terre-à-terre et tente d’apporter un message d’espoir à travers les Pierce.

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Tim Drake4
Tim Drake4

Personnellement, je trouve dommage que le format 22 épisodes tend à disparaître. Les séries d une dizaine d’épisodes sont plus des films rallongés que des vrais feuilletons ( j’en aime quand même certaines comme 13 Reasons Why ou Stranger Things). Pour moi le cinéma se charge déjà de raconter une histoire par film. Si la série parvient à se démarquer grâce à ses multiples intrigues annexes tournant autour d’une intrigue centrale. Mais c’est mon avis…

blackchab
blackchab

il y a peut etre une frustration pour seulement 13 épisodes mais
quand tu as une saison de 22 épisodes tu as bcp de remplissage

cosmos

J’AIME CE GENRE D’ARTICLE <3

Skaikru
Skaikru

Cool comme article !
Personnellement je connaissais pas du tout Black Lightning, mais comme je suivais les autres séries de la CW, il fallait que je suive celle-là aussi, et bien j’étais pas déçu ! Et ça change, une série bien plus mature que les autres, c’est cool.

trackback

[…] y a quelques jours, je vous présentais un article vantant les qualités de la série Black Lightning. Il apparaît que je ne suis pas le seul convaincu par cette adaptation, puisque le créateur du […]

thekomkiller
thekomkiller

le pilote est très bien puis le 2 ieme épisode une cata on retombe dans de l’amourette cw si la série etait axé sur le père et non sur les filles cela serait vraiment sympa

myDC
myDC

Moca’, mon p’tit Moca’… Pourrais-tu arrêter de me prendre par les sentiments avec tes articles ? Black Lightning, mon petit chouchou du moment, se fait brosser dans le sens du poil par mon ami le Mocassin !

Van Deyd
Van Deyd

Agréablement surpris par cette série. Je n’ai décidé de la regarder que ce week-end, et j’ai tout vu en 2/3 jours. Le trailer, la CW, le blason du costume… pas grand chose ne m’avait donné envie de regarder Black Lightning. Mais j’ai tt de même fini par laisser une chance à ce projet, et franchement je ne suis pas déçu.
Outre quelques défauts, BL est beaucoup plus supportable que nombre de projets superhéroïques ! C’est frais, bien emmené, les persos sont attachants. Même moi qui déteste les histoires d’amours reloues et la mièvrerie des ensemble familiaux, je me suis laissé prendre.
Il y a quelque chose de très équilibré dans cette série : bonne dose de discours ou subtext politique, social, baston, humour camp et mise en scène « cartoonesque ». Pour moi, il y a certes des imperfections, mais c’est LAAAARGEMENT regardable. Je suis aussi (voire plus ?) emballé que lors de la 1ère saison de Flash. Espérons que Black Lightning ne se crashe pas en route niveau qualité comme son ainée.