Un éditeur comme DC Comics a un passif immense. Toute évolution implique des changements, et alors qu’un esprit conservateur voudrait que tout se fige, une entreprise en plein vacillement va chercher des bases sûres où atterrir pour mieux décoller. Étrangement, c’est quand l’un des Big Two voit que ça fonctionne chez le voisin qu’il va l’appliquer à sa manière. Voyez le parallèle mince entre No Justice de Scott Snyder et les Avengers de Jason Aaron.

L’importance inavouée du Golden Age

Le Golden Age dans l'univers moderne, retour aux sources ?Il y a peu, DC Comics avait annoncé vouloir réintégrer des personnages que l’éditeur considérait comme datés : Legion of Super Heroes (Silver Age), Jay Garrick, et autres. Pour rappel, la Justice Society of America a disparu des radars depuis 2011, laissant place à une Earth-2 bien plus appréciée pour les libertés prises par les scénaristes. Le titre tenait plus d’un défouloir que d’un réel titre de la JSA. A chaque échec, DC semble se retourner vers ses premières créations de l’âge d’or. Un phénomène qui s’observe du début des années 90 avec le titre The Golden Age par James Robinson, à la fin de la même décennie avec une vague de numéros spéciaux censés rappeler les années 40 avec une vague de premiers numéros spéciaux revisités.

Se retourner vers l’époque créatrice des super-héros est comme revenir aux puits de Lazare. Mais ce sont surtout des facteurs différents qui portent ce retour en arrière permanent. Tout d’abord, concernant les années 90, il s’agissait de faire du pied aux nostalgiques. L’éditeur jouait la carte des bons souvenirs, tout en espérant raviver l’intérêt du super-héros moderne et/ou classique. Il faut dire que le lecteur sortait de la passionnante épopée All-Star Squadron et Inifinity Inc. de Roy Thomas, qui était lui-même un fan nostalgique.

Le Golden Age dans l'univers moderne, retour aux sources ?La JSA a ensuite trouvé sa place, avec une modernisation ayant opéré grâce à James Robinson, puis Geoff Johns. L’équipe a maintenu une certaine présence jusqu’en 2010. Les lecteurs n’appréciaient pas tant les personnages, mais les aventures et les relations. Un domaine dans lequel Geoff Johns brillait – à l’époque. Son Infinite Crisis était une ode aux Bronze Age. Au fond, les années 2000 ont été une synthèse modernisée du passé de l’éditeur chez DC Comics. Une conclusion d’un univers certes complexe, mais cohérent.

Le Golden Age ne cessait d’être présent : Starman par James Robinson (toujours lui) était une réécriture inscrite dans l’histoire du personnage d’origine, la JSA vieillissante tenait le rôle de mentors. Et ce rôle s’inscrivait dans la réécriture de certains personnages, notamment avec Wildcat. Le boxeur super-héros tenait tantôt le rôle de mentor de Black Canary, tantôt celui de Batman. Et c’est encore aujourd’hui à travers cette fonction que se présente l’équipe (cf. Justice League Unlimited, Batman The Brave and the Bold).

Avec la disparition de la JSA, puis la modernisation et la volonté de partir sur un nouvel univers pleinement moderne, les héros ont perdu en profondeur. Les relations étaient coupées, l’action prédominait, mais surtout, cet univers avait perdu ses fondations. Depuis 2011, les comics DC n’ont plus que cet objectif : chercher l’origine de leur univers. C’est à dire, la pièce manquante depuis le reboot de leur univers. En France avec Le Badge et en VO avec Doomsday Clock, les héros courent après un passé perdu. Le rapport au Golden Age n’est plus, et était jusqu’alors primordial sans être pour autant considéré comme tel.

Réintroduire le Golden Age : Bonne ou mauvaise idée ?

Le Golden Age dans l'univers moderne, retour aux sources ?Il est vrai que sans le Golden Age, l’univers DC n’est plus le même. Il manque de chaleur et d’humour que seules les différences de caractères et de tempéraments peuvent apporter, en témoigne la Justice League International. L’univers DC, avec Rebirth, vise à panser les plaies, rassembler les morceaux. Mais cela suffira-t-il ? On l’a vu avec les New 52, les héros, malgré leur stature, leur aura, n’ont pas suffis à maintenir l’univers DC. Est-ce en assemblant une série de pièces que l’univers retrouvera sa stabilité d’antan ? Un doute s’immisce.

Et ce, faute à quelques incertitudes. Sous quelle forme va nous revenir la JSA ? Que deviendra Wally avec le retour de Jay Garrick ? Quelles seront les fonctions de la Legion ? Bien plus que rassembler les pièces, il faut un scénariste pour tenir le rôle d’architecte et réintroduire 75 ans de comics DC aux 5 années difficiles qui ont suivies. Là où on aurait pu dire que Geoff Johns en avait les capacités dans les années 2000 de par sa gestion et sa capacité à moderniser le personnage sans renier ou cacher les éléments moqués, il semble aujourd’hui bien plus porté sur la dimension spectaculaire que sur la gestion d’un contenu complexe.

Si on ne peut être à l’abri d’une bonne surprise, nous pouvons être sûr que la réinsertion des éléments représentatifs du Golden Age ne peut être que bénéfique. Ils apporteront non pas le retour au DC Universe d’auparavant, mais bien quelque chose d’inédit. L’évolution des univers fictifs DC et Marvel prouvent qu’on ne peut effacer le moindre fragment d’existence de cet univers – exception faite des origines de Batman par Marc Guggenheim.

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Watchful
Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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urbanvspanini10
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Alors c’est intéressant comme Off My Mind (comme toujours) mais de là à dire que « l’univers DC n’est plus le même. Il manque de chaleur et d’humour que seules les différences de caractères et de tempéraments peuvent apporter,  »
Autant admettant que l’univers DC n’est plus le même (moi j’ai commencé DC avec les comics New 52 et les dessins animés DC, j’ai pas vraiment en tète le même univers que d’anciens lecteurs, donc la vision du DCU depuis les New 52 ne m’a pas tant dérangé que ça)
Mais de là à dire que la Chaleur et l’humour ont disparus du DCU est un peu exagérés, l’humour existe toujours, après si c’est pour les relations entre persos je pense qu’il fallait attendre qu’elle se reforme vu que lors des New 52 on était dans un reboot.
Mais bon je comprends qu’on n’est pas envie d’attendre des années pour que les relations entre personnages se reforme.

Par contre la Legion of Super Heroes ça serait un point compliqué si ça devait revenir dans le DCU. Déjà que ça exister pendant les New 52 faut croire que Johns veut ramener sa version de la Legion.