Vous le savez forcément, nous fêtons cette années les 80 ans du premier super-héros : Superman. S’ajoute à cet anniversaire déjà fort symbolique une célébration qui l’est tout autant : celle du millième numéro d’Action Comics. Tout cela en dit long sur la prospérité du personnage et du genre super-héroïque dans sa globalité, une inscription sur la durée qui a su marquer différentes générations de lecteurs, y compris nous autres, rédacteurs de DC Planet. C’est pourquoi chacun d’entre nous (ou plutôt certains) s’est livré à un exercice : dégager parmi 80 ans de publication un récit de Superman qui nous a particulièrement marqué, que ce soit notre préféré ou pas, que ce soit un arc ou un numéro particulier. En espérant vous voir vous prêter au jeu également, car cette célébration nous concerne tous !


Lex Luthor : Man of Steel – Sledgy

Oui, mon récit favori de Superman s’intéresse à son plus grand ennemi Lex Luthor, ce qui n’est pas très surprenant quand on connaît mes goûts, mais il faut dire que la mini-série que nous propose Brian Azzarello et Lee Bermejo est tout bonnement excellente. Si déjà elle est magnifique à regarder (quoiqu’il ne s’agit pas du travail le plus abouti de l’artiste selon moi), elle retranscrit à merveille le point de vue de ce qui est considéré comme l’un des plus grands méchants de comic books, créant ainsi une sorte de dissonance cognitive chez certains lecteurs, d’autant que Lex tente de se/nous convaincre qu’il représente l’espoir, symbole que l’on octroie habituellement au Man of Steel. Cette histoire apporte en effet de l’empathie à Luthor et surtout beaucoup de compréhension quant à sa vision de Superman, nous poussant à questionner également la nôtre. Ainsi, c’est cette mini-série qui m’a le plus marqué grâce à son originalité et sa pertinence, sans compter le fait qu’elle se consacre à l’un des meilleurs personnages de DC Comics.


Superman : American Alien – Twelve

Ce n’est certainement pas la *meilleure* histoire de Superman, mais American Alien m’a réconcilié avec le personnage maintenant âgé de 80 ans, que j’avais complètement délaissé au profit de l’autre partie masculine de la trinité DC. Si American Alien suit assez classiquement les étapes de la vie du Kryptonien au slip rouge, suivant plutôt le voyage du héros, la mini-série s’intéresse aussi et surtout à l’humain qui se cache derrière le costume : Clark Kent. Ainsi, American Alien a ce côté touchant évoquant autant les épreuves traversées par le jeune Clark, quand il vit encore à Smallville dans la ferme Kent, que les questions d’amitié avec les connaissances du collège/lycée, ou l’imperfection chez ce personnage qui est considéré comme un Dieu parmi les hommes, dont le tout est retranscrit avec talent par des artistes au style bien identifiable comme Joëlle Jones, Francis Manapul ou encore Jock. American Alien ne raconte pas l’histoire d’un super héros classique, et de l’image, disons, de boy scout utilisée pour dépeindre Superman. American Alien permet ainsi de suivre le quotidien de l’homme de demain, et de Clark Kent par essence, amené à se poser des questions sur son identité, et à en provoquer chez les autres personnages DC Comics. L’oeuvre de Max Landis présente une époque dans laquelle Clark Kent devient Superman, tandis que le monde qui l’entoure construit sa mythologie.


Superman : Red Son – Harley

J’aurais pu parler de Lex Luthor : Man of Steel mais on m’a coupé l’herbe sous le pied. Alors, je parlerai de l’autre récit de Superman qui m’a le plus intéressé : l’emblématique Red Son. Ce récit diffère des autres lectures que j’ai pu avoir du personnage et me correspond beaucoup plus. Bien que je prenne plaisir à dire que je n’aime pas Superman, et son côté boy-scout, il a parfois réussi à me toucher, surtout pour son histoire avec Lois Lane. Mais pour Red Son, c’est un tout. J’aime la revisite des origines du personnage de l’Homme d’Acier, l’écriture de Mark Millar est assez incisive, il va droit au but et ne se limite pas vraiment. J’aime l’idée que Superman ne soit pas un petit texan qui devient le symbole de l’Amérique. Les sujets du communisme, de l’Union soviétique, les craintes des puissances mondiales, et les autres héros qui se mobilisent sont très bien travaillés.

En fait, ce récit fait de Superman une gangrène pour le monde. Il se pense en bienfaiteur, mais malheureusement fait tomber le monde dans un enfer, et seuls certains héros menés par Lex Luthor s’opposeront à lui. On s’éloigne du personnage qui dégage une image de petit saint à travers un récit mordant et riche que tout le monde se doit de lire au moins une fois.


Superman : For The Man Who Has Everything – Darthfry

Compliqué de trouver ou de sortir un récit sur l’Homme d’Acier en particulier. M’est venu à l’esprit dans un premier temps “La Mort de Superman” pour son côté coup de poing, mais je dois dire que je trouve le récit un peu rapide et le choix m’a paru un peu facile. Je suis rappelé d’une lecture récente, qui m’avait estomaquée et elle est l’oeuvre de deux des maîtres du comics moderne : Alan Moore et Dave Gibbons.

Bien plus que l’histoire, c’est l’exploration des désirs profond de Superman qui fait la force de ce récit, où ce derniers se retrouve plongé dans une illusion lui donnant ce qui lui manque le plus : une vie sur Krypton. Mais ces désirs donnent lieux à une réalité loin d’être parfaite…

Néanmoins lorsque Batman et Robin le tirent de sa léthargie, Superman se met dans une rage folle contre Mongul, le responsable de ce faux espoir.

Un récit qui tire sa force dans les origines du héros et explorant une de ses rares failles, son monde d’origine. S’il a toujours été évident de comprendre ou était la faiblesse de Batman qui lui donne toute sa colère, il était beaucoup moins évident d’en dégager une pour l’Homme de Demain. Et Moore se permet même de présenter un Superman fou de douleur et violent, tout en restant convaincant car Mongul a plus que passé la ligne rouge.

Bref, lisez-le et découvrez-le si ce n’est déjà fait (en VF dans Les derniers jours de Superman qui contient d’autres pépites…), vous ne pourrez pas le regretter.


Superman For All Seasons – MadAsAHatter

Alors que la popularité de l’Homme d’Acier a gravement diminué depuis l’arrivée de son équivalent nocturne, un groupe d’irréductibles lecteurs de comics parvient encore et toujours à reconnaître le personnage à sa juste valeur. Bienveillant, honnête, courageux, intelligent, il a des qualités humaines que les amateurs d’action ont du mal à valoriser. Moi, Superman, je l’aime. Pas de la même manière que Batman, mais je suis contente qu’il existe et qu’il soit aussi différent de ce dernier. C’est le genre de personne avec qui j’aimerais être amie et qui me donnerait un peu d’espoir au quotidien, histoire de faire une pause avec mes pensées négatives et pessimistes la plupart du temps. Ce récit m’a apparu comme très doux, apaisant, poétique sans pourtant être ennuyeux. En plus, c’est du Jeph Loeb et Tim Sale, et j’avoue volontiers une appréciation particulière de cette équipe créative dont le talent n’est plus à montrer. Les couleurs sont belles, moi c’est aussi quelque chose qui me fait du bien. C’est pas non plus naïf pour autant et le récit est construit de manière originale puisqu’à chaque saison, un autre membre de l’entourage de Superman en parle, ce qui inclue aussi son pire ennemi à l’intelligence inversement proportionnelle à l’abondance de sa capillarité.


Superman #39 – Mocassin

Boum ! Choix choc ! Les New 52, période qui n’a pas vraiment fait de bien à Superman, et je choisis pourtant un numéro de cette époque. Pourquoi ? Parce que Geoff Johns y était revenu sur Superman le temps d’un arc, et que, comme à son habitude, il a livré une caractérisation exemplaire du personnage. Dans ce numéro #39, épilogue à l’arc Men of Tomorrow, Superman se voit privé de ses pouvoirs l’espace de 24h. Passant sa journée avec Jimmy Olsen à qui il vient de révéler son secret, il expérimente la vie d’humain et d’être vulnérable, mais cela ne l’empêchera pas pour autant d’être Superman, d’aider son prochain. C’est ainsi qu’il se mettra en danger en tentant un bluff mortel : se placer devant un malfrat armé, et le convaincre de se rendre. Même au péril de sa vie, Clark continuera de croire en la bonté de l’être humain, de voir le meilleur de l’humanité. C’est grâce à cette foi que le criminel en devenir a évité de commettre un acte sans retour, sans elle, sans cette confiance que lui accorde Superman (qui reste honnête sur le temps de prison qu’il devra néanmoins réaliser), il ne l’aurait pas fait. Comme il le confiera à Jimmy à la fin du numéro : être humain pour un jour n’était pas différent de son quotidien, il est déjà ce qu’il y a de plus humain, au sens noble du terme. Pas nécessairement mon numéro préféré du personnage, je n’en ai pas. Mais un numéro représentatif d’un aspect essentiel de Superman, un aspect qui me fait profondément aimer le personnage.


Action Comics #461 – Watchful

Ce numéro n’est certainement pas le meilleur numéro de Superman, et ne peut représenter Superman. Aucun numéro ne le peut. Ce numéro relève de plusieurs avantages. Il rappelle combien le comics est capable, malgré un aspect kitsch, d’éveiller les consciences à travers un pitch assez absurde. Clark Kent devient l’homme le plus apprécié, reconnu comme le plus grand héros de tous les temps au point même que Superman soit rejeté par la population. Il présente une situation inversée entre Clark Kent et Superman et relève d’une originalité : que le scénariste ne s’inquiète pas de la cohérence et se focalise sur son sujet plutôt que sur la vraisemblance. Un autre facteur important en lien avec la mythologie de Superman est l’équipe artistique présente sur le titre. Curt Swan est certainement le plus grand dessinateur de Superman de tous les temps, et un des plus grands artistes de comic-book. Il est ici accompagné de l’une des grandes figures des histoires les plus farfelues et non dénués d’intérêt dans l’univers de Superman, Cary Bates. Il ne s’agit pas tant de mon numéro préféré, mais de celui qui m’a fait prendre conscience que les années 60 n’étaient pas que des histoires folles et censurées, en plus de me faire découvrir deux artistes talentueux. Si la censure existait, c’était pour la contourner. Si le comic-book s’était résolu à ne raconter que des histoires stupides, il ne serait certainement plus. Ce numéro est certainement l’un des meilleurs traitant de la double identité de Clark Kent, bien plus que tout événement ou changement de statut-quo moderne pseudo-original n’ayant pour seul argument les publicités placardées. Les comics n’ont rien de neuf, et ont survécus grâce à des artistes comme ceux-ci. Bien plus qu’un numéro, c’est l’oeuvre de deux artistes de renom que je vous recommande chaudement.


Action Comics #293 – Blue

Bon, je ne vais pas vous mentir, je n’ai jamais lu d’Action Comics à l’exception d’un numéro par-ci par-là au détour d’une crisis ou d’un crossover avec une autre série. Mais voilà, Superman, c’est un peu le héros préféré de Mocassin, et il semblait attaché à ce projet. Du coup, j’ai fait les choses simplement. J’ai trouvé un générateur de nombres aléatoires sur internet et programmé le logiciel pour qu’il me donne un résultat compris entre 1 et 950, ce qui nous amène à cette situation : Moi, vous parlant des origines secrètes de Comet, le cheval magique de Supergirl. Et quel animal ! Avec sa crinière aérodynamique, sa robe blanche -oui, j’ai essayé de sortir avec une fille qui faisait de l’équitation, je me suis renseigné sur les termes techniques-, sa vitesse de vol qui humilierait un Boeing A380, et sa résistance à la kryptonite. Mais avant de traiter de ce champion PMU hors norme, le numéro s’ouvre sur un Superman se scindant en deux, Clark d’un côté, et Superman de l’autre, sous l’effet de la kryptonite rouge. Et non, vous ne rêvez pas, n’allez pas chercher plus loin pour savoir d’où sort la seule scène potable de Superman III. Maintenant que la partie Superman du numéro est terminée, attaquons-nous à la partie Jolly Jumper. Supergirl repère Comet volant dans le ranch.  Elle décide alors de le marquer avec un rouge à lèvre. Elle utilise ainsi sa vision laser dessus afin d’en modifier la structure et le faire ressembler à un marquage au fer rouge. “Mais bien sûr…” comme dirait Zemmour. Par la suite, les deux personnages faisant une virée, le scénariste en profite pour consommer abusivement des substances illicites. Comet commence à parler à Supergirl par télépathie et lui révèle qu’il était à l’origine un centaure nommé Biron. Le centaure tomba amoureux d’une magicienne, Circé. Et ouais, le cheval de Supergirl se tapait la sorcière à une époque. Maintenant que le mind fuck est terminé, continuons l’histoire. Circé tenta de transformer le centaure en humain, mais exacerba son côté animal et en fit un poney. Essayant par la suite de le soigner, mais ne sachant combien de temps elle aurait pour le faire avant que son amour ne meure, et lui fit ingurgiter une potion lui donnant tous les pouvoirs des dieux ainsi que l’immortalité. Malheureusement pour Comet, alors qu’il dormait, un vieux magicien qu’il avait précédemment empêché de faire du mal à sa dulcinée vint la nuit et lui jeta un sort. N’atteignant pas l’intégrité physique du cheval, le maléfice le condamna néanmoins à errer dans l’espace. Bien des années plus tard, le vaisseau de Supergirl, alors qu’il s’écrasait sur Terre, frola Comet et le libéra de l’aura magique qui le retenait prisonnier des étoiles. L’ancien centaure décida de rejoindre la planète bleue et de se dissimuler parmi ses congénères. Alors que les deux héros finissent de tailler le bout de gras, le numéro réalise qu’il faut quand même justifier le mot “Action” dans le titre et fait débarquer des aliens en forme de boules de billard sur la planète. Les nouveaux ennemis tirant des rayons de kryptonite, Kara se fait logiquement péter la gueule. À noter qu’étrangement, la première image présentée de Kara Zor El sur google est un fan-art plutôt bien fait de Chloë Grace Moretz en Supergirl, me faisant me dire que 1) elle serait parfaite pour incarner le personnage 2) On ne la voit plus trop à la fiche ces derniers temps 3) Elle et moi, dans un autre univers, pourquoi pas… Évidemment pour notre héroïne, Comet vient à sa rescousse, encaisse le rayon de kryptonite sans sourciller, et d’une ruade, envoie valser la boule de pétanque spatiale loin de la Terre. Une fois de retour au ranch, Supergirl apprend que son nouveau cheval préféré a été vendu pour mille dollars à un entraîneur hollywoodien. Ce dernier n’est pas au bout de ses peines…  

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knightwing
knightwing

Personne pour parler de All-Star Superman ?! Curieuses méthodes… Moi sinon j’aurais envie de dire – mais je ne sais pas vraiment si on peut dire que c’est un récit simplement sur Superman- Kingdom Come. (Dois-je vraiment dire pourquoi ?! ;-) )

Watchful

Comme je le dis je préfère favoriser une approche classique du personnage et permettre une découverte ayant justement permis la création de All Star Superman ;)

mavhoc
mavhoc

Merci pour cette sélection, quelques choix surprenants mais bien justifiés et intéressants.
Pour ma part, c’est évidemment All-Star Superman et Kingdom Come, les deux ax-eaquo. Etonnant d’ailleurs de ne pas les voir chez vous je trouve :) J’ajouterai aussi volontiers Crisis on Infinite Earths qui valorise totalement le Golden Age Superman ainsi que Action Comics #600 qui est et reste un excellent numéro.

Dan Didio

Très jolie sélection. Que ce soit Luthor, For All Seasons ou encore American Alien, c’est bien vu d’avoir choisi et des récits accessibles, et en même temps des récits qui synthétisent bien l’essence du personnage. Beau boulot.

Joff
Joff

du classique et du beaucoup moins..belle sélection !

Moonsorrow
Moonsorrow

Je n’ai pas lu des tonnes de récits de Superman, et j’avoue que ça me tente de plus en plus. Mais dans ce que j’ai lu, ce qui survole le lot pour ma part c’est Identité Secrète. Un récit atypique d’une beauté fulgurante avec un trait qui a tapé au centre de ma rétine. Je pense qu’il est sans problème dans mon Top 5 de mes meilleures lectures de comics.

TheRiddler

Pour moi ça se jouerait entre All-Star Superman et Superman For All Seasons, deux récits partageant l’ambition d’embrasser le personnage en long et en large. Mention spéciale au Hitman #34 ‘Of Thee I Sing’ qui, s’il développe une unique facette bien particulière de Superman, fait office de lettre d’amour pour le personnage d’une sincérité inouïe, d’autant plus étonnante qu’elle nous vient de Garth Ennis.

urbanvspanini10
urbanvspanini10

ça va paraître bizarre, mais pour moi le récit de Superman qui m’a vraiment marqué c’était pendant la mini-série Infinite Crisis, notamment l’affrontement dantesque entre les 2 Superman et Superboy-PRIME, et de ce qu’est un vrai Superman. Je sais pas peut-être parce que c’est l’un des premiers récit que j’ai lu avec Sup’ qui a un rôle centrale.

Sinon si je devais en citer 2 autres ça serait Kingdom Com et le dernier numéro de Superman: American Alien. (Surtout les dernières pages avec Lois que j’ai trouvé très touchant)