En 2016, Telltale s’appropriait l’univers de Batman dans un nouveau jeu épisodique dont ils ont le secret, et une seconde saison nommée Batman : The Enemy Within a débuté l’été dernier et vient de se conclure. Il est donc l’heure de faire une critique globale de cette nouvelle aventure que l’on espère meilleure que la précédente, qui jouait beaucoup sur le fait d’être une bonne surprise.

L’aspect technique

Commençons par ce qui fait mal et qui malheureusement frappe en premier lorsqu’on lance le jeu : les jeux Telltale sont à la ramasse techniquement. Si j’ai subi peu de ralentissements, le moteur est très en retard et certains souffriront de quelques bugs. De plus, la traduction en VF est certes présente mais certaines phrases ne sont soudainement pas traduites, sans compter que le premier épisode est à faire avec les sous-titres anglais sous peine de ne pas avoir de son, ni de texte. Le jeu n’est pourtant pas visuellement si immonde grâce à une bonne direction artistique et un regain de fluidité que l’on remarque surtout dans les scènes de combat, bien chorégraphiées d’ailleurs. Enfin, vous ne serez pas étonnés que le gameplay du jeu soit très pauvre, se suffisant à des QTE ne demandant aucun effort et quelques scènes de point & click qui se font ici trop rares.

L’aventure

Maintenant qu’on a râlé, nous pouvons passer au véritable intérêt de Batman : The Enemy Within, le scénario. À l’instar de son prédécesseur, l’histoire du jeu prend la forme d’un thriller très immersif qui s’amuse avec les personnages de Gotham City en les modelant d’une manière parfois inattendue mais toujours bien amenée. Ainsi, vous verrez un vieux Riddler dépassé, un Joker en devenir instable et collant mais encore sympathique ou encore une Harley Quinn dominante avec ce dernier, et vraiment stylée au passage. D’autres personnages sont plus fidèles à leur version papier quand ils ne sont pas inventés de toute pièce (Iman Avesta par exemple), mais le Batverse est en tout cas bien représenté dans l’histoire, et on y notera l’importance de Tiffany Fox qui change un peu des habituels sidekicks (si vous en faites une sidekick bien sûr) et les super-vilains qui sont bien écrits et crédibles en tant que criminels grâce à une certaine violence. Le récit est très ambitieux puisque plusieurs camps s’affrontent et qu’on ne sait jamais vraiment à qui faire confiance, et ce n’est pas les différents rebondissements qui vous aideront. Ce n’est certes pas original de faire une planque au sein du groupe de criminels, mais malgré quelques facilités, l’écriture rend cette histoire prenante et les personnages attachants, ce qui est rendu plus simple grâce à notre dernier point.

L’interactivité

Il est clair que la trame se déroulera peu importe vos choix et vous vous en rendrez vite compte si vous recommencez l’aventure, cependant cette illusion de pouvoir réellement influencer le récit est vite effacée par notre crédulité une fois absorbée par son déroulement. Certains choix restent importants pour le futur des personnages secondaires, par exemple Tiffany Fox peut vous rejoindre ou non dans votre croisade contre le crime, mais le plus évident est le cas de John Doe que vous pouvez changer drastiquement avec l’un de vos choix (et seulement un, malheureusement). En effet, l’entièreté de l’épisode 5 change en fonction de votre réponse à John à un moment bien précis, ce qui est tout de même assez remarquable pour ce genre de jeu, et les deux versions sont vraiment touchantes et bien écrites à leur façon. Outre cet exemple et les choix de fin de jeu, la trame ne bouge donc pas des masses, mais cela ne veut pas dire que l’interactivité est inutile ou frustrante puisqu’elle vous permettra plutôt de gérer les relations sociales de Batman. Vous choisirez qui sont vos alliés et qui sont vos ennemis, mais vous devrez en subir les conséquences lorsque vous devrez faire des choix moraux atroces.

Vous allez devoir mentir et trahir des gens, et peut-être que comme moi vous comprendrez que vous n’êtes pas faits pour être agent double car vous vous attacherez à tous les criminels, sans oublier que vous revivrez ce genre de moments nuls de votre vie où il a fallu choisir entre votre copine et votre meilleur pote. Si les dilemmes sont difficiles, surtout avec cette barre de temps qui défile bien trop vite, leurs conséquences sur les autres le sont aussi, car eux aussi font des choix. La relation que vous avez avec John influencera celle que vous avez avec Harley et vice versa, il en est de même avec Waller et Gordon, d’autant que ce dernier agit parfois à l’encontre de Bruce en pensant aider Batman. Surtout venant de votre alliance avec John Doe, le jeu vous questionnera sur les responsabilités d’un héros auprès de ses proches, des victimes et de la loi, notamment dans la fin « Vigilante » qui impose beaucoup de remises en question puisque vous avez involontairement inspiré un homme dangereux, ce qui prouve que Batman n’a pas qu’une bonne influence. The Enemy Within utilise souvent cette sorte d’anti-manichéisme, opposant l’humanité des vilains et en particulier de John et l’ignominie de Waller, avec en son centre notre propre point de vue.

Les habitués des jeux Telltale ne seront donc pas surpris de voir un gameplay absent et des choix souvent illusoires, menant inexorablement à certaines conséquences, le joueur ne pouvant finalement diriger que les relations sociales entre Bruce et les différents personnages de Batman : The Enemy Within. Cependant, Telltale propose un jeu sans manichéisme avec de vrais dilemmes moraux et des choix cruels qui sauront garder votre attention et jouer sur votre empathie, sans oublier un cinquième épisode complètement différent selon le choix final du précédent, et excellent dans les deux cas, arrivant même à être original avec la relation Batman/Joker. Il en ressort également une aventure très prenante – assez pour permettre une suspension consentie de l’incrédulité quant à ces fameux choix – et une réappropriation réussie du lore du Batverse (coucou la série Gotham), ce qui en fait un jeu à la fois riche émotionnellement et pauvre techniquement, surtout conseillé pour les amateurs du genre.

Très Bon / 10 Notre avis
{{ reviewsOverall }} / 10 Votre avis (0 votes)
Les +
-Un thriller efficace
-Un Batverse riche et réinventé
-Les dilemmes moraux
-Deux versions distinctes de l'épisode final
Les -
-Des bugs de traduction
-Le niveau zéro du gameplay
-Certains choix illusoires
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Amesephis
Amesephis

J’apprécie ta conclusion qui rattrape la critique du gameplay car en effet c’est l’habitude des jeux telltales. Je dirais même que il y’a des phases enquête qui même si elles sont peu présentes sont quand même plus complexe que ce que le studio propose d’habitude. Si on prend le jeu Borderlands pour exemple (qui est le meilleur de leur catalogue) il n’y à que des QTE. C’est un studio qui à décidé de nous raconter des histoire interactives. On aime le gameplay ou on passe c’est selon. Cependant leurs histoire sont souvent captivantes ce qui fait oublier le manque gameplay.

Overlord
Overlord

Pour ça qu’on a tendance de parler de jeux narratifs

Amesephis
Amesephis

oui c’est ce que je soulignais, vu la simplification des gameplays, certains parleraient de casualisation, les points and clicks ont tendance a disparaître pour laisser la place aux narratifs. Ce qui peu être moins frustrant certaines fois.

Zephiranth
Zephiranth

A un moment donné, il va falloir arrêter de reprocher leur gameplay simplistes aux jeux narratifs.
C’est inhérent au genre, et c’est un parti pris. On aime ou non, mais c’est le genre qui veut ça.

Amesephis
Amesephis

+1. J’ai adoré leur bordelands, bien aimé leur wolf among us. Par-contre je connais des personnes, tu les colles devant ce genre de jeux, ils s’endorment.

Arkham Luci1
Arkham Luci1

Plutôt d’accord avec ce test. A l’exceptio notable du fait que je ne comprend pas pourquoi tout le monde voit cette « Harley » (avec de très grosses guillemets) comme un point positif. En dehors de son apparence, je considère qu’elle est tout à fait ratée, en particulier son écriture même au-delà de son aspect fidelité.