– Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’on fait ici Blue ?  C’est quoi cette maison ?
– J’ai des trucs à régler ici, Billy.
– Au Connecticut ? On… On aurait au moins pu utiliser le Portal Gun pour s’y rendre au lieu de prendre l’avion.
– Le Portal Gun ne fonctionne plus.
– QUOI ?!! C’est… C’est  pour ça que nous sommes ici, pour le faire réparer ?
– Magnifique démonstration de ce qui saute aux yeux, mon grand !
– Et… Et à qui est cette maison ?
– Une… amie. Ouaip, c’est ça, une amie.
– T’as pas l’air très convaincu ! C’est qui cette amie ?
– Je t’en pose moi des questions ?
– Non mais…
– Voilà, « non », alors laisse-moi réfléchir !
– Dis, pour… pourquoi on ne sonne pas ?
– Parce que je réfléchis !
– Ca fait 15 minutes que tu réfléchis !
– MAIS TU VAS LA BOUCL…..
– Hey, les garçons, vous vous décidez à entrer où je dois venir vous chercher ?
– Bon… Bonjour Madame… Qui… Qui êtes-vous ?
– Mantis. Enfin actuellement…


Steve Englehart

Steve Englehart est un homme étrange intrigant, ayant transité par pas moins de dix maisons d’édition ( DC, Marvel, Deluxe, Malibu, Eclipse, Warren Publishing, Epic, Valiant, Topps, Star Reach) entre les années 80s et 2000s, et qui de temps en temps, s’évade en écrivant des bouquins sur l’histoire de l’aviation dont un a d’ailleurs été reconnu comme une référence par la NASA. L’auteur a aussi bossé dans des studios d’animation sur les séries Street Fighter et G. I. Joe ainsi que sur les film Atlantide de Disney, et est, pour l’anecdote, astrologue de temps en temps depuis qu’il s’est découvert une passion pour ce métier après avoir bossé sur Doctor Strange.

Né en 1947, le Monsieur n’est pas tout de suite destiné à faire carrière dans le comics, et part en fac de psycho dans laquelle il entre dans la Kalpa Alpha Society, considérée comme le précurseur de toutes les autres fraternités  « modernes » en Amérique du Nord. Et autant dire que lorsque l’on comprend ce qu’induit le terme « moderne » surtout au regard de l’état actuel de ces institutions, et qu’on se rappelle qu’il était à la fac pendant les années hippies, il est facile de réaliser qu’entre la drogue et l’alcool, Steve Englehart a du bien se mettre sa race. Il obtient par la suite un diplôme en arts et devient en 1971 l’assistant de Neal Adams alors sur le titre Vampirella chez Warren Publishing –on y revient toujours-.

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Et ça, c’est les dernières cases du premier numéro de la série Doctor Strange

Toujours en 1971, Roy Thomas, qui deviendra un an plus tard éditeur en chef de Marvel, vient trouver Neil Adams car un de ses scénaristes a décidé de quitter l’industrie pour un temps, et embauche Englehart comme simple correcteur. Petit à petit, l’auteur gagne la confiance de son boss qui lui accorde quelques numéros pour lesquels il ne sera néanmoins pas crédité. Dans le lot, du Iron Man, du Hulk et deux histoires d’amour qu’il écrira sous le pseudonyme d’Anne Spencer. Puis, voyant son envie d’écrire, Roy Thomas le teste en lui confiant le titre The Beast –mais si, la boule de poils bleus dans X-Men-, test que l’auteur passe haut la main. Ainsi, lui est confié le titre The Avengers qu’il assure pendant près d’une cinquantaine de numéros de 1972 à 1976, 1976, année où il créera dans un long numéro titré Marvel Preview #4, un anti-héros qui deviendra plus tard célèbre : Star-Lord.

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Néanmoins, en 1973, dans Avengers #112, Engleghart crée un personnage plus important encore dans l’histoire du comics, un personnage qui traversera les maisons d’éditions sous divers pseudonymes : Mantis.

Mantis, Madone Céleste et Reine des pseudonymes

Vous la connaissez très probablement grâce au deuxième volet cinématographique des Gardiens de la Galaxie dans lequel elle est incarnée par la québécoise Pom Klementieff, il est maintenant temps de s’attaquer à sa backstory comicsbookienne.

Et dès le début, ça déconne zéro. Sur fond d’Indochine –non, pas les émo-goth qui chantent comment pécho trois nuits par semaine-, l’allemand Gustav Brandt, un soldat aux pouvoirs psychiques, tombe amoureux d’une femme nommée Lua. Seul problème, le frère de cette dernière à quelques problèmes avec les étrangers. Une petite recherche sur internet vous apprendra que plus d’un millier de soldats allemands se sont battus à Diên Biên Phù sous le képi blanc de la Légion étrangère, dont d’anciens parachutistes du IIIe Reich et des spécialistes de la lutte anti-guérilla. Il est loin l’esprit Coubertin. De ce fait, ledit frère, de son doux prénom Khruul, chef de la pègre locale, se met en quête de faire la peau à Roméo et Juliette, l’un étant un chleu et l’autre une traîtresse. Fuyant pendant plusieurs mois, Lua finit par accoucher d’une petite fille, mais la mafia les rattrape et incendie leur maison, ne laissant au père que le temps d’attraper son enfant et de s’enfuir, laissant sa femme périr dans les flammes.

Gustav Brandt l’emmène alors au temple de Pama, lieu de résidence de Krees  pacifiques, ce qui est important de préciser vu que leurs congénères du style Ronan l’Accusateur ont tendance à être taquins. Là, il est séparé de sa fille afin de ne pas influer sur le développement de cette dernière, les prêtres voyant en l’enfant la future Madone Céleste, ayant pour mission d’enfanter une sorte de Jésus cosmique dont le père devra être un Cotatis, une espèce végétale télépathe. Pendant des années Mantis apprend l’art du combat et la télépathie, et à sa majorité, sa mémoire est effacée et des faux souvenirs lui sont implantés, lui laissant croire qu’elle a toujours été une orpheline errant dans les rues de Saïgon. Le but est de la tester afin de voir si elle est effectivement prête à devenir la Madone Céleste. Malheureusement, tout part en vrille pour les prêtres qui n’ont à aucun moment prévu que la jeune femme puisse avoir des difficultés à s’intégrer surtout avec ce faux passé. De ce fait, sans argent, sans famille, et sans possibilité d’avenir, Mantis tente de survivre comme elle peut, travaillant comme prostituée, puis comme barmaid à la solde d’un mafieux qui n’est autre que son bon vieux oncle Khruul, bien qu’ils ignorent tous les deux ce lien de parenté. Dans son bar, elle tombe sur Swordsman, un héros de dixième zone travaillant pour la pègre, totalement alcoolisé.

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Elle finit néanmoins par le convaincre de retrouver son honneur et de l’aider, et les deux protagonistes s’affranchissent du baron du crime en lui mettant une dérouillée. Par la suite, Mantis et Swordsman font équipe avec les Avengers, et la jeune femme rencontre enfin son père, qui lui révèle ses véritables origines. Refusant d’y croire, elle se rend au temple où elle a grandi. Après divers événements, pour accélérer un peu  parce que tout ça devient trop long et qu’on n’a pas toute la journée, Swordsman meurt, le Cotati –la plante verte télépathe- ranime le cadavre de ce dernier, et Mantis est considérée comme digne de devenir la Madone Céleste. Les deux se marient, et quittent la Terre 616, nom employé pour désigner la Terre sur laquelle se déroule la continuité principale de l’univers Marvel.

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Ps : le mec en vert, c’est le cadavre de Swordsman possédé par la plante verte

– Alors, qu’as-tu à me raconter depuis le temps Blue ?
– Pourquoi poser une question dont tu connais déjà la réponse. Tu es dans ma tête depuis que j’ai passé le pas de ta porte.
– Je préfère l’entendre de vive voix.
– J’ai voyagé, pas mal, exploré des contrées inconnues, des univers que même les plus grands connaisseurs du Multiverse n’ont probablement pas visités. La routine en somme.
– Tu sembles avoir muri.
– Possible.
– Vous… Vous vous êtes connus comment tous les deux ?
– Ici, sur Earth-33, Earth Prime, votre Terre. J’ai acheté exactement la même maison que sur Earth-616. À force de changer constamment d’identités et de mondes, il me fallait une ancre à laquelle me raccrocher.
– C’est… C’est un peu particulier quand même !
– Oh non, Billy, pas plus que la période où elle parlait d’elle-même à la troisième personne et qu’elle était hautaine avec tout le monde.
– Je n’étais pas hautaine !
– Oh que si tu l’étais, je t’assure que oui !


Ce que ne pouvait pas prévoir Marvel, c’est que Englehart, pourtant poids lourd de l’industrie, en a au bout d’un moment marre des comics, et se tire de la maison des idées en 1976 pour écrire des romans. Néanmoins, au même moment, Jenette Khan, alors âgée de 28 ans, devient éditrice de DC Comics et réussit à convaincre l’auteur de reprendre le titre Justice League of America. Eglenhart, ne voulant pas lâcher le personnage de Mantis, et ne pouvant l’utiliser, ce dernier appartenant à Marvel, décide tout simplement de l’introduire dans l’univers DC sous le nom de Willow afin de continuer les aventures de la Madone Céleste. Ainsi, elle apparaît dans le numéro #142 de Justice League of America.

Alors qu’Aquaman, Elongated Man, et The Atom sont en pleine mer, un vaisseau spatial se crashe juste à côté d’eux. S’introduisant à l’intérieur, ils font la rencontre d’une jeune femme à la peau de couleur verte, parlant d’elle à la troisième personne –Alain Delon style- usant des noms Willow -rien à voir avec le nain- et « Celle-ci », « This One » en VO.  Interrogée sur ses origines, elle répond en ces termes : Celle-ci vient d’un endroit qu’elle ne doit pas nommer, pour atteindre un endroit que nul ne doit connaître.

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Malheureusement, les héros n’ont pas le temps de faire connaissance car une armée de robots débarquent sur la planète bleue pour en finir avec la télépathe –et au passage, tuer tout le monde, comme tout méchant digne de ce nom-. Willow choisit Atom pour assurer sa protection au cas où, et laisse Elongated Man et Aquaman partir affronter la menace. Le duo se fait attaquer par des machines et alors que le plus petit héros de l’univers réussit à en défaire un, Mantis s’en mêle et les massacre tous jusqu’au dernier, blessant terriblement Ray Palmer dans son égo, comprenant qu’il a été choisi comme protecteur par la jeune femme car il était largement moins utile que l’homme élastique et le fer de lance de Sea Shepherd –qui n’est pas un groupe de métal, comme quoi on en apprend tous les jours-.

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Au bout d’un certain temps, voyant ses troupes se faire massacrer, le grand méchant se montre enfin, logique, et Willow se prend une raclée. Manquant de s’évanouir, elle murmure à l’oreille d’Atom d’utiliser sa petite taille pour gagner. Ce dernier rapetisse jusqu’à justifier pleinement son identité super-héroïque, s’infiltre dans le robot, et le fait exploser de l’intérieur. Après cette victoire, la jeune femme révèle ce qu’il est advenu d’elle après avoir quitté l’univers Marvel. S’envolant dans l’espace, elle a fusionné avec son mari Cotati, ce qui a eu pour effet de la mettre enceinte, sa peau devenant verte dans le processus. Après ces explications, elle fait promettre à Atom de garder le secret, et part vers un autre univers afin d’accoucher sans crainte de se faire attaquer.

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– Mais… Et… Et votre enfant, qu’est-ce qu’il est devenu ?
– Oh, ce n’est plus un enfant maintenant, il doit avoir une quarantaine d’années maintenant.
– Mais… Vous… Vous avez quel âge ?
– Oh, plus d’une centaine d’années selon le référentiel Earth-Prime, les années se comptent différemment selon les univers.
– Woaw, vous faîtes si jeune !
– Merci, jeune homme.
– Ouais, enfin, après, le fond de teint aide un peu aussi !
– BLUE !
– Ça va, on peut plus rien dire avec vous ! Bref, revenons-en aux raisons de ma venues. Peux-tu oui ou non avoir l’extrême obligeance de voir ce qui cloche avec mon Portal Gun ?
– Moi qui croyais que tu étais venu par plaisir. Enfin, pour répondre à ta question, oui je le peux, mais en échange, finis de raconter mon histoire à ton petit acolyte !
– Pffff… Si c’est la seule à faire pour te convaincre, allons-y. 


En 1983, Mantis manque à Englehart, et l’auteur n’a pas vraiment l’occasion de la réutiliser chez DC Comics. Par ailleurs, il garde un très bon souvenir de ses deux dernières années de travail, ayant pu bosser sur le premier numéro de Madame Xanadu pour DC, et ayant commencé à écrire en parallèle chez Eclipse, maison d’édition aujourd’hui disparu.

La suite, vous la sentez venir. Eclipse accepte de laisser Englehart créer une autre série, Scorpio Rose, une réinvention dans l’univers Eclipse de Madame Xanadu. Là encore, le ton est très vite donné.  Une jeune gitane tombe amoureuse d’un certain Igor Gravesend venu visiter le camp où elle vit. Celui-ci la repousse, quitte le camp en proférant d’étranges paroles, et la jeune femme tente de le retrouver dans toute l’Europe. Problème,  lorsqu’elle finit par tomber sur lui, Scorpio Rose est en couple avec un certain Zachariasz, un homme un peu stupide et jaloux, qui décide de prendre Igor en 1v1. Le truc, c’est que ledit copain n’a pas prévu de la jouer réglo, et sort un couteau ce qui a pour effet de faire péter un câble à son adversaire, qui se révèle être un démon. Le démon le tue, puis viole Scorpio Rose, brisant son âme et la rendant immortelle. Vous suivez toujours ?

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Non mais il y en a vraiment pas un pour sauver l’autre dans cette histoire

Pendant 300 ans, la jeune femme s’exerce aux arts magiques, jusqu’au jour où Igor est forcé par son maître de retourner sur Terre sous sa forme démoniaque qu’il ne peut toujours pas contrôler. Subissant une attaque de démon, Scorpio Rose utilise une carte de tarot magique pour se téléporter au Purgatoire où elle retrouve son ex-petit-ami. Les deux protagonistes, lassés de toutes ces histoires, décident de se téléporter dans une dimension alternative où ils se remettent ensemble. De son côté, Igor réussit à revenir sur Terre sous une forme humaine, et s’émancipe de la domination du Seigneur des Démons grâce à un artefact ancien. Mais cet objet a aussi une autre fonctionnalité dont il ignore l’existence, il permet de téléporter son utilisateur. Ainsi, Igor se réveille dans la cuisine d’une femme à la peau verte, parlant d’elle à la troisième personne, et se faisant appeler « Celle-ci » ou Lorelei. Ayant accouché depuis un moment, elle s’occupe de son enfant, à l’abri des conflits, le protégeant du monde extérieur. Il est par la suite établi que la maison dans laquelle se trouve Mantis se situe à Willimantic, petite ville du Connecticut (USA), d’une superficie totale de 11,65 km2, dont 11,40 km2 de terre et 0,35 km2 d’eau (2,23 %), laissant comprendre au lecteur que l’héroïne est finalement retournée vivre sur la Terre principale de l’univers Marvel.

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Malheureusement, le troisième numéro de Scorpio Rose est aujourd’hui impossible à trouver. La série a été réimprimée par Image dans ses tomes Coyote Collection, mais là encore, difficile de mettre la main dessus. Il semble néanmoins que Englehart n’en ait jamais fini avec l’héroïne à la peau verte, allant même jusqu’à y faire référence dans son roman The Long Man dont l’histoire se situant au début des années 1980, voit un vétérinaire/ DJ –l’un n’empêche pas l’autre- vietnamien du nom de Max August faire la rencontre du magicien Cornelius Agrippa qui décide de lui apprendre à se rendre « intemporel ».

À noter que la société Marvel, bonne joueuse, inclura dans le guide officiel de ses personnages deux pseudonymes à côté du nom Mantis : Willow et Lorelei.


– Voilà, Blue, terminé, j’ai corrigé les bugs du Portal Gun.
– Merci, allez Billy, on s’en va !
– Mais… Mais… On n’est pas pressés !
– Oh que si nous le sommes ! Allez, on décampe, et surtout, pas un mot de tout ceci à Joanie. PAS UN MOT !
– Pour… Pourquoi ?
– Portal Gun activé ! Ne pose pas de questions et entre dans le portail, allez dépéche! Voilà, à mon tour !
– Blue, juste, avant que tu partes…
– Oui ?
– Une, je suis heureuse de t’avoir confié ce Portal Gun, deux… ça… ça m’a fait plaisir de te revoir !
– Tsss… Tu sais quoi ? C’est partagé. Je pensais que ça allait dégénérer mais ça  s’est même plutôt bien passé au final.
– Mûrir, quel processus étrange.
– Bon, trêve de sentimentalisme, je dois y aller, tchao !
– Re Blue.
– Re Billy.
– Content de voir que les portails fonctionnent à nouveau !
– Oui… Moi, aus…
– Salut les garçons !
– Bonjour Joanie !
– Où étiez-vous encore fourrés cette fois ?
– On était chez une amie de Bl… Euh… Personne !
– Putain…
– Je vois, et comment elle s’appelle cette amie Billy ?
– Ben…
– Dis-le !
– Man… Mantis !
– Écoute Joanie, je peux tout t’expliquer ! Le Portal Gun était…
– Donc, tu t’es cassé deux jours de la maison pour allez voir ton ex… Très bien.
– Mais non, je… C’est purement professionnel !
– Mais je n’en doute absolument pas, c’est pourquoi je te laisse 5 secondes d’avance. Cours Blue, cours !


Beaucoup de travail pour celle-là, les comics étant parfois difficiles ou impossibles à trouver.
En espérant que cela vous aura plu.
Lisez des comics, du Marvel, du DC, et tous les autres, allez découvrir Mantis, et à une prochaine fois !