En 2008, Brad Bird sollicitait des studios de production pour mettre sur pied un film d’animation adulte concernant le personnage de The Spirit, inspiré de la bande dessinée du même nom, et dont DC Comics détient des droits d’édition. Quatre ans plus tard, le réalisateur voit quelques uns de ses scripts d’un projet intitulé 1906 (en association avec Pixar) rejetés par Warner Bros qui se montrait frileux à l’idée du premier film live-action du bonhomme surtout connu pour son succès dans le cinéma d’animation. 2018, le studio à deux lettres de Burbank propriétaire de DC Films devrait reconsidérer l’idée de confier – en live action ou pour un film animé de grande ampleur – un projet Superman à Brad Bird vu l’état de service et les thèmes abordés par le réalisateur.

Le géant de fer : hommage à Superman

Bien plus que de simples clins d’œil formels, comme les quelques postures supermanesques, les yeux lasers ou l’utilisation d’Action Comics pour expliquer la différence entre le bien et le mal, le Géant de Fer est une référence à l’homme d’acier (géant de fer-homme d’acier, tu vois ?) sur le fond.

Assez simplement d’abord par son pitch : un extra-terrestre se crashe sur Terre, et reste à l’abri du public. À juste titre puisque la population le redoutera et le craindra, à l’exception du jeune Hogarth (un peu aussi à la manière d’Elliott et de E.T., reconnaissons-le). Si le petit garçon saura trouver l’humanité pas si cachée à l’intérieur de ce robot taille XXL, les Américains, dans un contexte de guerre froide, ne verront en cet énorme mangeur de tôles qu’une arme de destruction massive. Mais Brad Bird ne s’est pas contenté de reprendre l’idée de base d’un film du Man le Tomorrow, et de mixer avec la plus célèbre des productions Amblin.

En effet, le réalisateur reprend au sein de son Géant de Fer une des caractéristiques qui fait de Clark Kent Superman : le sens du devoir et surtout du sacrifice. Alors que la notion s’est autant retrouvée dans les comics du Kryptonien que dans les dernières itérations cinématographiques de Zack Snyder, Brad Bird la met essentiellement en avant (attention, spoiler) dans la fin du film, et lui rend grâce avec cette si simple citation et pourtant lourde de sens “You are who you choose to be”. Il choisit non seulement de se révéler au grand jour mais aussi et surtout d’être le héros qu’il est et qu’il doit être pour sauver les humains grâce au grand pouvoir qu’il possède. Il n’est pas Atomo, il est Superman.

Mais, là où le talentueux réalisateur sublime une fois de plus ce conte d’à peine 1h30, c’est dans le message. La transmission. L’héritage en somme. Si l’homme d’acier (celui de DC) est toujours au top après 80 ans d’exploitation, c’est parce qu’il continue d’inspirer les gens comme vous et moi, en même temps que les jeunes enfants. Pour celles et ceux qui ont un jour accroché un long drap rouge à leur cou, et même qui sont pour certains devenus les super-héros, porteurs du bien, Superman reste et restera un symbole d’espoir. Un symbole qui ne s’arrête pas au seul signe kryptonien que Brad Bird se chargera de représenter à maintes reprises.

L’optimisme au coeur de ses réalisations

S’il apparaît évident que le Géant de fer tient l’espoir en son centre, le réalisateur américain consacre régulièrement dans ses longs-métrages une des valeurs chères à Superman : l’optimisme. Il le fait de manière finalement assez peu flagrante dans Ratatouille dont il signe l’histoire et la mise en scène avec comme idée d’élever un rat au rang de cuisinier. L’idée selon laquelle même un animal souvent mal vu dans les couloirs d’un restaurant peut se trouver devant les fourneaux, (en l’occurrence sous la toque d’un chef) respectant ainsi l’adage de Auguste Gusteau “Tout le monde peut cuisiner”, est exploitée. Une façon de donner de l’espoir aux débutants, et plus généralement de dire qu’il faut commencer par croire en ses rêves pour les réaliser.

Petit clin d’oeil à un film qui a bien failli s’appeler 1952 dans la signature edition du Géant de fer, Tomorrowland est un des programmes que le jeune Hogarth regarde à la télévision. Blockbuster sous-estimé de Disney, À la Poursuite de demain en français dans le texte, avant d’être une fable futuriste, retrace l’histoire d’une fillette (encore un gamin qui sort de son quotidien pour un destin moins ordinaire) férue de science qui croit en un lendemain qui chante, en un monde meilleur, promis par sa passion. Un des propos de ce métrage tient dans la volonté d’une personne de sauver le monde face à ceux qui n’attendent que de le voir brûler. Brad Bird intègre non seulement le rejet du fatalisme dans son film, en opposition au discours de Hugh Laurie, mais place une fois encore l’optimisme au centre de son œuvre, faisant de cette notion philosophique le moteur de l’initiative.

Une incroyable gestion de l’action et des superhéros

Par chance, Brad Bird soigne aussi sa réalisation quand il s’agit d’action, même quand il doit imposer son style dans une franchise cinématographique comme Mission Impossible. Dans le quatrième volet des aventures d’Ethan Hunt, le réalisateur parvient à accrocher le spectateur à son Protocole Fantôme malgré un scénario moyen. Brad Bird réussit à rendre l’action lisible, tout en travaillant et même en inventant des set pieces plutôt époustouflants, à la mesure des plus grandes scènes d’action.

Ce que Brad Bird sait faire dans un live action il peut aussi le mettre en œuvre dans un film d’animation dès 2004 avec les Indestructibles (alors que la suite arrive prochainement). Au niveau des meilleures productions de super-héros empruntant par la même occasion quelques codes à James Bond, les tribulations de la famille Parr démontrent une fois encore le talent de Brad Bird pour l’action, avec à la clé un méchant digne d’un film de ce genre. Le metteur en scène convainc par ailleurs en proposant une famille soudée (EL, oui pensons-y) de super-héros avec un fond tout aussi intéressant : les personnes en costumes moulants familières avec les super-pouvoirs existent, et même si elles n’en veulent pas, la population reconnaît que les super-héros sont essentiels à la société.

À un moment où DC Films est en pleine restructuration, que Walter Hamada fait le grand ménage avant l’arrivée du printemps et des films déjà annoncés (Aquaman, Flash, Wonder Woman et Shazam), Warner Bros compte redonner du temps de présence à l’écran aux membres de la ligue des Justiciers, et il serait peut-être l’heure pour les studios de redonner de l’importance au grand bleu de Krypton, n’en déplaise à Mark Millar. Que ce soit afin de permettre une suite au Man of Steel de Zack Snyder ou d’oublier l’échec de Excalibur, l’épée magique censé lancer la branche animation de Warner Bros. Enfin, soyons pragmatiques : Michael Giacchino, proche collaborateur de Brad Bird sur les Indestructibles et Tomorrowland, sur la bande originale d’un film Superman, ça aurait de la gueule non ?

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Mayto
Mayto

Il y a zack snyder pour ca.

Blue

Oh seigneur…
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emynoduesp
emynoduesp

« Pas Atomo! Superman! »
Un des rares films d animation qui m ait fait chialer. Character design particulier, mais une fois dans le film, on se marre et on (je) chiale.

Billy Batson

Brillant article. Maintenant, on attend un Sandman Theatre sur le sujet. Et mon dieu, Giacchino sur la musique d’un Superman, please…
https://www.youtube.com/watch?v=7Fj71cgG9cU

Mocassin

Très chouette papier, on sent la passion. En plus tu m’as fait réaliser que j’avais vu plus de film de Brad Bird que je ne le pensais. Faut juste que je vois Le Géant de Fer et Tomorrow Land en fait. Et c’est vrai qu’il pourrait être un bon choix pour un film Superman, bonne idée.

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