Dans l’histoire des comics, on vous parlera forcément de ces gros événements qui ont en quelque sorte, instaurés ce système de continuité. Les premiers d’entre eux étaient novateurs. Le regroupement d’autant de personnages importants, dans un contexte critique faisait vibrer chaque lecteur. Je fais allusion au premier d’entre eux Secret Wars, premier du nom, et Crisis on Infinite Earths. L’événement s’est démocratisé à en devenir le cauchemar du jeune lecteur par le nombre de numéros à acheter. L’événement regagne en intensité et atteint rapidement une certaine régularité. De ce fait, Marvel a enchaîné au début des années 2010 une succession d’événements tous censés changer la face de l’univers partagé à tout jamais. Le mensonge n’aura fonctionné que peu de temps, suite aux retours critiques incendiaires de l’époque à propos de Secret Invasion.

Humeur du lundi #63 - Quel(s) événement(s) 2018 ? 1

Catalogue indigeste pour plaire à tous

« Encore un pro-DC qui tape sans retenue sur Marvel !  » me direz-vous. Absolument pas ! Au contraire, si Marvel a joué sur la publicité massive d’événements annuels, DC a tenté de prendre le train en marche, avec des succès (Blackest Night, Flashpoint) et des échecs (Convergence). Rien n’a su arrêter la machine infernale. Devenu un rituel, une part entière reconnue au sein de l’industrie, l’event touche des éditeurs indépendants. Dynamite s’est cassé la figure à plusieurs reprises en tentant d’instaurer son univers partagé. Chose réussite pour Valliant, qui a su s’implanter en France (merci, Bliss Comics).

Avec le temps, les events ont permis de relever certains problèmes. L’event censé rassembler l’ensemble des lecteurs divise de plus en plus. Le succès commercial est garanti par cette habitude du « On ne sait jamais » ou du « Je vais juste voir le premier numéro pour me faire une idée« . L’idée ne se forge qu’à mi-chemin, comme pour un bon nombre de séries du genre. DC semble maintenir la notion d’event, et les multiplier, ce qui tend plus à nous perdre entre les événements qu’à nous rendre encore plus concentré qu’à notre habitude sur ces différents pans de cet univers. Une multiplication qui trouve justification sur plusieurs points. Metal est destiné à un public plus large, où Scott Snyder tient par la main, le lecteur alpagué depuis le relaunch de 2011. Il faut dire que la promotion de Metal a été une réussite avec le macaron imprimé sur nombre de numéros spéciaux et tie-in, sans parler des tweets et partages du scénariste.

De l’autre côté, Doomsday Clock joue sur le côté nostalgique, censé ramener les vieux de la vieille et les élitistes (mais pas trop) pour cet argument novateur de « l’événement qui changera DC à tout jamais ! » Il est vrai que le plot soutient ce discours qui paraissait aux premiers abords bien prétentieux, de vouloir changer la face d’un univers partagé. Si Doomsday Clock est définitivement beau, il n’en reste pas moins vide, et en dehors d’un jeu entre le scénariste et les fans consistant à se faire rencontrer certains personnages, les numéros sont jusqu’à présent pauvres en contenu.

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Le choix est fait

Entre deux events croisés, au milieu de tout ça (avec le No Surrender de Marvel) Milk Wars se présente de manière très discrète, comme destinée à un petit lectorat. Pas de communication sinon une annonce via les sollicitations, Milk Wars se faufile dans les comic-shop, et peut-être dans votre sac hebdomadaire de comics. Un petit lectorat qu’est celui de Young Animal, le nouveau label. Et Milk Wars commencé il y a maintenant deux semaines avec JLA/Doom Patrol Special #1. Gerard Way a révélé que l’idée de croiser les titres pour un événement venait bien de DC et que l’idée lui paraissait bonne. Milk Wars tient du parfait compromis entre intention de l’éditeur à amener un événement, et parti pris artistique de l’équipe créative qui s’adapte selon le ton recherché. On reste avec le premier numéro sur un ton très proche de Doom Patrol (pour mon plus grand plaisir), seulement, certains se plaignent d’un événement trop complexe, qui n’est pas abordable. Une habitude qui se confirme avec des numéros plus légers, s’accordant plus à l’esprit du titre Young Animal et tournant plus autour d’une réécriture du personnage de Batman pour Mother Panic/Batman Special #1. Depuis quand un événement est-il censé être un point d’entré parfait ?

Young Animal ne livrera jamais de récit simple et lambda. Et jusqu’à maintenant, jamais je n’ai pu relever de numéro différent de la série et ce sur tous les plans. Il ne s’agit pas d’un fil rouge différent pour chaque arc, il s’agit d’un même courant passant d’une histoire à une autre en toute logique. Des titres ne répondant à aucun schéma, et là est la première complication rencontrée chez le label. Milk Wars tient d’une construction similaire. Connaître l’univers DC, les personnages invités dans le crossover ne vous permettront pas d’aborder plus simplement Milk Wars. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas Young Animal qui est invité chez DC, mais DC qui est invité chez Young Animal. On le répétera encore une fois, mais pour bien préparer Milk Wars lisez au moins les dix premiers numéros de Doom Patrol. Et ce n’est clairement pas une plaie que de lire de bons comics.

En somme, Milk Wars c’est le gros doigt aux big two, tout en respect, baignant dans la passion des super héros. Parce que c’est bien ça, le véritable événement comics actuel.