En Septembre 2007, les amateurs de productions animées et de comics ont pu assister à l’ouverture de ce qui est désormais appelé le DCUAOM (DC Universe Animated Original Movies). Leur seul lien réside dans la production officielle de films animés. Bruce Timm a pu ouvrir le défilé comptant aujourd’hui trente-deux films, avec Superman : Doomsday. Après l’arrivée du Sneak Peek et les premières images d’une nouvelle production de films dédiés au récit culte de la mort du personnage (cette fois-ci en deux parties), l’évolution de cette collection de longs métrages soulève bien des questions concernant la manière de concevoir cette production.

Des rêves entre les doigts

Superman : Doomsday n’avait pas convaincu tout le monde. Le public était perturbé et connaisseur. Il n’était pas question de créer un succès, mais tirer une balle à blanc à travers un projet qui tenait à cœur à son réalisateur, Bruce Timm qui maîtrisait le sujet et assurait la présence d’un certain public. Il n’en reste pas moins une réussite commerciale suffisante, et obtient de bonnes critiques de la part les lecteurs de comics. La violence présente visuellement ne gène en aucun cas. Seul le manque de fidélité divise. L’adaptation est pensée pour certains. Les libertés prisent rendent l’histoire bien plus claire sans la dénaturer. Une décision qui sera revue puis adaptée selon l’histoire, sa considération, comme cela peut être le cas du second film Justice League : The New Frontier, qui pousse plus encore la forme de l’adaptation. Il n’est plus simplement question d’adapter une histoire mais une identité visuelle. Et sur ce point, Jusitce League : The New Frontier se dresse comme l’un des plus grands films de la collection. La collection tient une définition très flexible à travers ses premiers films. Après Justice League : The New Frontier, qui dévoile une adaptation rigoureuse, Superman : Doomsday qui présente un compromis efficace et Batman Gotham Knight qui relève d’essais esthétiques liés au symbole de Batman et sa perception, le DCUAOM se définissait bien plus par une qualité de réalisation que par un concept ou un univers partagé.

Cette ascension n’est cependant visible qu’aux US, et seuls les fans les plus hardis ont eu vent de ces projets. Les longs métrages ne sont ni traduits ni distribués en DVD. Ce n’est que trois ans plus tard avec le projet d’adaptation de Batman/Superman que la collection commence à s’exporter. Ce film amène la production à s’interroger sur la possibilité d’adapter une série de comics plutôt qu’un arc exclusif et adaptent Public Enemies, puis Apocalypse avec deux directions artistiques différentes les rendant tout autant complémentaires que différentes. Le succès commercial souvent mitigé coupe net les espoirs d’une suite initialement prévue. Cela vaut pour les films brièvement inspirés de comics originaux comme les films Wonder Woman ou Green Lantern. Les projets ne cessent d’apparaître, les spéculations sont nombreuses et on se retrouve rapidement avec une production animée tous les cinq mois. Bien moins appréciés, Wonder Woman et Green Lantern First Flight restent des réussites, Wonder Woman se dressant parmi les dix films les plus rentables de la collection.

Pour rappel, Marvel tentait de s’implanter sur le marché en animant son jeune univers Ultimate et bénéficiait d’une exportation dès son premier film. Si les Ultimate Avengers n’étaient pas disponibles en France, ils l’étaient en Belgique et/ou en Suisse. Ultimate Avengers intrigue avant de s’écrouler avec un second opus moins réfléchi sur la conception d’équipe et sur la confiance. Malgré son Hulk VS qui en a ravi et surpris plus d’un, Marvel s’écrase après Planet Hulk en 2010 face à une production rapide de son concurrent. Après quoi, Marvel tente le tout pour le tout dans un partenariat avec les studios MADhouse pour une collection de trois séries animées qui seront également un échec. A savoir, Sam Liu réalisait la plupart des films d’animation Marvel tout en travaillant pour les projets DC. De même, Jay Oliva réalisait des films pour Marvel. C’est après avoir réalisé Next Avengers : Heroes of Tomorrow qu’il entre pour réaliser les deux parties de The Dark Knight Returns.

DC passe outre la concurrence et poursuit son chemin avec de grands projets ayant vu le jour (The Dark Knight Returns, Batman Under the Red HoodChritopher Nolan faisant la part belle et assurant un certain succès aux films centrés sur le chevalier noir, alors que d’autres étaient bien trop ambitieux (Kingdom Come, Joker) ou incertains (Batgirl : Year One) voir complètement impossibles (JLA/Avengers ou encore Crisis on Infinite Earths évoqués par Bruce Timm). Si certains films animés s’écartaient quelque peu du produit original (Justice League : Doom, Justice League : Crisis on Two Worlds), on pouvait s’assurer d’un certain travail concernant l’animation pour un rendu proche de l’artiste concerné : Ed McGuiness pour Superman/Batman Public Enemies, Michael Turner pour Apocalypse, Doug Mahnke pour Superman VS The Elite, etc. On relève des écarts comme pour All Star Superman. Les productions de Bruce Timm et de son équipe assuraient une qualité d’animation en plus d’un design singulier, rendant le film unique autant de par son scénario que de par son rendu visuel. C’est ce rapport concordant entre ces deux facteurs qui définissait les films DCUAOM et leur réception.

« J’ai arrêté de faire des efforts, j’suis que le monstre qu’ils sentent en moi »

Peut-être par souci de rentabilité, peut-être par l’envie de développer cette mode de l’univers partagé à travers divers films, DC se lance dans un univers animé rappelant celui qu’a su dressé Bruce Timm. On peut tout de même se demander quel est l’intérêt d’un univers partagé lorsqu’un film Batman associé aux films Justice League ne subit aucune conséquence du film précédent sur le film présent. Peut-être que la mort de Superman aura des répercutions sur un ou plusieurs films animés, mais cela justifie-t-il cette production en masse de récits modernes ne faisant en rien la part belle aux comics ? Derrière toutes ces questions résident peu de réponses. On ne peut désigner un coupable sinon ce projet d’univers mainstream partagé entre un design à première vu moderne car rappelant la douleur des New 52, et une animation bien moins fluide que d’autres projets réalisés dix ans auparavant.

Plusieurs facteurs expliquent ou peuvent expliquer cette situation. Avec l’adaptation de Flashpoint Paradoxe censé présenter l’univers partagé, James Tucker devient Superviseur de la production. James Tucker est déjà connu chez la Warner puisqu’il a assisté à la production de Batman Beyond, Batman The Brave and the Bold, et a réalisé Superman : Brainiac. Or, avant l’arrivée de Flashpoint, les projets étaient indépendants et n’étaient pas supervisés par ce type de producteur. Bruce Timm et Alan Burnett étaient, avec Sam Register et Bobbie Page, les maîtres de la collection en accord avec DC et Warner. Le simple fait qu’il puisse s’agir d’une décision commune d’un univers partagé pour accentuer le profit généré par les films animés semble d’autant plus probable que les studios d’animation vers lesquels sont dirigés restent les mêmes (Moi Animation, JP Animation).

Une autre influence est supprimée, celle de l’artiste. On notera que J.M. Dematteis a travaillé sur l’adaptation des histoires de Batman pour Batman VS Robin et Batman : Bad Blood, mais l’artiste d’origine n’a plus son mot à dire. Pour Justice League : The New Frontier, Darwyn Cooke a tenu une part active dans la réalisation du projet, et son passé de storyboarder en est pour quelque chose. Joe Kelly a participé à la création de Superman VS The Elite, on ne saurait calculer l’impact de l’intervention du scénariste et/ou dessinateur sur le projet, mais assure une certaine légitimité à l’adaptation et à ses modifications par rapport à l’oeuvre originale. Ceci simplement parce qu’il ne s’agit plus d’oeuvre importante ou majeure. Il ne s’agit que de récits factuels, déjà dépassés depuis longtemps, dans l’ombre des classiques. La réelle adaptation se fait en marge désormais, et est de plus en plus décevante par une erreur commise (The Killing Joke), ou simplement par l’accumulation d’éléments gênants de l’univers actuel du personnage dans une oeuvre qui n’en a aucunement besoin (Batman : Gotham by Gaslight).

Les productions animés conservent leurs titres fondamentaux, fidèles, marquants, et leur lot de scènes emblématiques. Pour autant, sans vouloir crier à l’échec total, le DCUAOM peine à retrouver une production d’aussi bonne qualité qu’auparavant. Certainement par manque de moyens qu’ils pouvaient s’octroyer autrefois, car entraîné par une machine destinée à multiplier les longs métrages moyens dans un univers animé moyen. Seulement, alors que des créations comme The New Frontier ou The Dark Knight Returns ont pu voir le jour, pouvons-nous croire en l’adaptation de projets comme le très probable Superman : Red Son, ou le fantasmé Crisis on Infinite Earths ? La collection du DCUAOM a subie une évolution néfaste pour la qualité de leurs films, et certainement nécessaire pour perdurer – la faute au système industriel. On ne peut clairement qualifier l’ensemble de ces productions comme étant des échecs, ni même l’initiative d’origine. Le catalogue recèle de pépites et de chefs-d’œuvre. Mais actuellement, ces longs-métrages laissent tout de même un sale goût en bouche.

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Watchful
Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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urbanvspanini10
urbanvspanini10

« la douleur des New 52 »
Euuh, certains designs étaient beaux X)

urbanvspanini10
urbanvspanini10

Et puis quand tu montre « Flashpoint Paradoxe » et « JL Dark » à des personnes qui n’ont pas apprécié BvS et JL, et qu’ils trouvent ces films excellents comparés a des films 20 fois plus chers.
Perso je me demande réellement si le DCUAOM ne produit pas un meilleurs travail que le DCEU. XD

stingrayfell
stingrayfell

Ah parce que si des abrutis disent que « Flashpoint Paradoxe » et « JL Dark » sont meilleurs que « BVS » et « JL » c’est à assez crédible pour toi pour leur accorder raison.

Mandalorwarrior

Nope, pas en terme d’univers partager (ni en temps que film, d’ailleurs… dire que JLD est bien mieux que BvS, c’est nawak)..Faut comprendre que tout ce qui a été introduit dans MoS et BvS ont une utilité pour les film a venir
(enfin, malgré le massacre de JL pas la Warner quoi) et c’est ÇA une univers partager ! Sinon, quel intérêt ?

DAZZ
DAZZ

C’EST NORMAL ILS ONT PAS LE MEME SOUCIE DE RENTABILITÉ

DAZZ
DAZZ

JE SUIS D’ACCORD NEW 52 JE COMPREND PAS LA CRITIQUE C’EST PARFATEMENT RACORD AVC LE TEMPS ON EST 2018 BATMAN OU SUPERMAN POUR CITER QUE EN SLIP HUMHUM TROP POUR MOI

Claygan
Claygan

Très bon article, je partage totalement ton avis. Ça fait bien longtemps qu’il n’y a pas eu un film d’animation DC que j’ai vraiment aimé. Par contre si jamais ils voulaient vraiment lancer un projet de Crisis on Infinite Earths par pitié qu’ils mettent un vrai budget dedans et qu’ils n’utilisent pas les designs actuels.

Olvers974
Olvers974

Je trouve également que l’âme des films est partie au fur et à mesure, dès qu’ils ont changés de compositeur.
Chrisotpher Drake et Robert J Kral ont fait un travail magnifique sur les précédentes oeuvres, qui apporté un réel souffle de fraîcheur, et de profondeur.
Le nouveau, est bien trop simpliste, étant efficace, mais sans plus.
Ce qui est dommage.

Moonsorrow
Moonsorrow

Jsais pas si je suis d’accord avec l’article. Je trouve que le DC animated movies est un excellent support sur lequel je ne crache pas. Je ne cherche ni la comparaison avec le comics original ni avec le DCEU (Serieusement?). Je passe toujours un très bon moment (ou presque, Killing joke pas terrible, et j’ai pas vu les 3 dernières prods) et c’est avec un plaisir non dissimulé que je les revisionne à loisir. Alors je veux bien qu’on se soit éloigné de la cible au départ avec Flashpoint, mais encore une fois, je suis vraiment satisfait de ce medium… Read more »

Arkham Luci1
Arkham Luci1

Alors là, je suis en majorité en désaccord avec cet article. Bien sûr, il y a eu des fautes de parcours (Throne of Atlantis notamment) et la plupart des films sont pour ainsi dire sympas mais sans être géniaux voir franchement moyens (JL War, JL vs Teen Titans, la trilogie de Damian) bref pas de l’excellent. Pourtant, il y a quand même de bons films là-dedans (The Judas Contract, JL Dark, SS Hell to Pay, Flashpoint). Et les projets originaux sont de loin les meilleurs : TKR I et II (surtout le II), Year One (même si c’est une simple… Read more »

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