Autant dire que le nouveau travail de Busiek, annoncé dans le même style que son Superman: Secret Identity, était très attendu. Le pitch est assez prometteur : un jeune garçon nommé Bruce Wainwright est passionné par Batman qui n’est ici qu’un personnage de comicbook. Son amour pour le personnage transparaît dans sa vie, à travers ses occupations, ses échanges avec sa famille et sa vision du monde. Mais lorsque ses parents se font assassiner par des cambrioleurs, et qu’il se retrouve gravement blessé par balle, sa vie change radicalement. Une seule chose reste inchangée : son attachement pour les comics de Batman. Mais il se pourrait que ce dernier ne soit plus un simple personnage sur papier…

Busiek irréprochable

Comme dit précédemment, Kurt Busiek est connu est reconnu chez les amateurs de DC pour son Superman: Secret Identity. Batman: Creature of the Night est une origin story assez semblable. Ici, Busiek va délivrer l’histoire selon une narration double, se complétant, se répondant. D’une part, on a le récit par Alfred, tel un narrateur présent tout au long du numéro, s’adressant directement au lecteur, d’autre part, Bruce raconte son histoire, via un journal et se retrouve ainsi plus distant du lecteur. Cette double narration a deux avantages non négligeables. Premièrement, le rythme est maintenu et on ne s’ennuie pas. Deuxièmement, et plus important, cela permet de donner du relief au scénario. Une perspective qu’on ne pourrait ressentir, ou beaucoup moins, si l’auteur s’était laissé allé à la simple narration. Déjà vu me direz-vous ? Eh bien non, pas vraiment. A la différence d’un Year One par exemple, la narration reste focalisée sur Bruce. Et ces allers-retours entre narration externe et interne permet de développer Bruce à un niveau supérieur. Ce qui est intéressant, c’est que c’est la narration externe qui est plus proche de nous, alors que la narration de Bruce reste un minimum distante. Ce contraste permet de renforcer la qualité de l’œuvre. Mais ce n’est pas tout. Une intrigue secondaire est de temps à autre abordée et rend vraiment, mais alors vraiment curieux. On peut dire qu’on a juste ce qu’il faut comme histoire pour ce premier numéro avec ce qui est nécessaire pour nous donner envie de nous plonger dans la suite.

Brumeux et malsain

Plus on s’enfonce dans cette lecture, plus on se sent intrigué, mais aussi quelque peu perdu et oppressé par l’histoire. Si le style de Busiek est plutôt irréprochable, il n’est pas évident à appréhender pour autant. On ne sait pas toujours vers où on se dirige et c’est sans doute à la relecture que l’on tient vraiment l’histoire et qu’on l’apprécie davantage.  L’auteur alterne entre des pages très bavardes et des pages plus légères en texte. Ces dernières sont toujours présentes dès que Batman entre en scène. Comme pour souligner sa monstruosité, qui atteint ici des sommets. En effet, retirez-vous de la tête le Batman discutant avec Alfred dans la Batcave, prenant des poses sur un toit, enquêtant dans les ruelles. Non, ici, Batman est un monstre n’agissant qu’en justicier et protecteur de Bruce. Enfin…c’est plus complexe que cela et c’est ce qui fait le charme de ce comicbook. Il faut absolument le lire pour bien saisir cette approche. Et puis, il ne faudrait pas gâcher la découverte de cette version du personnage !

Quand il ne s’agit pas de Batman, c’est que Bruce est mis en avant. Mais là encore quelle ambiance ! C’est très sombre dans l’approche et l’enfance que va connaître cet orphelin va toucher le lecteur par son extrême dureté, rappelant que, si dans les comics existants dans ce monde, et par extension le nôtre, Bruce Wayne devient Batman après un événement qui n’est souvent qu’évoqué ou développé afin de justifier ce que le personnage devient, c’en est autre chose de la réalité. Un enfant vient de perdre ses parents. Quand cela se produit, le trou entre cette perte et l’âge adulte n’est pas à négliger. C’est cela que vient corriger ce comics. En attaquant de front un sujet qui n’est jamais développé, Busiek délivre quelque chose de peu commun avec un réalisme frappant, et ce, dans un monde fantastique et le tout avec brio.

Sublime

Ce qui permet d’achever la réussite de cette œuvre, ce sont les merveilleux dessins de John Paul Leon. Un dessinateur assez méconnu, bien qu’il ait réalisé des couvertures pour Sheriff of Babylon, sûrement choisi pour sa capacité à coller au style de Gerads. Ici, le dessinateur va délivrer un travail remarquable. Au-delà des sublimes traits sur lesquels je reviendrai, c’est l’encrage de l’artiste qui permet de donner une véritable identité au numéro. En effet, un encrage important est présent en permanence, permettant de renforcer le travail de Busiek en installant une ambiance pesante. Les ombres jouent un rôle primordial dans cette histoire et sont utilisés au service de ce qui est raconté.

Quant aux traits, on en distingue les finesses mais aussi toutes les « imperfections », témoignant d’un travail non corrompu par toutes les retouches numériques, ou alors très peu. On se retrouve dans un style proche de Gotham Central en étant beaucoup plus lourd, notamment grâce à, tout d’abord son encrage comme dit plus haut, mais aussi par des traits épais et des couleurs restant dans le même ton bleuté, si ce n’est une scène cassant le déroulement du numéro et introduisant le cœur de l’histoire. Ces différentes teintes de bleu restent ternes, et aucune couleur ne sera vraiment vive. Quand je vous dis que c’est sombre et pesant ! Enfin, Leon a cette caractéristique de minutieusement détailler le premier plan pour laisser le reste en quelque sorte négligé, notamment des personnages. Ce n’est pas un défaut ici. En détachant la scène de son environnement, cela permet de mettre en exergue la terrible solitude vécue par Bruce. Il s’agit d’un travail tout simplement remarquable.

La conclusion sera brève. Sans doute la lecture de l’année en ce qui concerne Batman. L’écriture irréprochable de Busiek, associée aux traits, à l’encrage et aux couleurs de Leon annoncent un chef d’œuvre dans la droite lignée de Secret Identity. On y retrouve les caractéristiques, mais l’univers ici présenté est extrêmement sombre et ne plaira pas forcément à tout le monde. Néanmoins, il serait dommage de passer à côté de cette pépite rare.

Chef-d’Œuvre Notre avis
0 Votre avis (0 votes)
Les +
Dans la lignée de Secret Identity
Narrativement sublime
Caractérisations solides
Visuellement magnifique
Une ambiance extraordinaire
Original, sérieux et intrigant
Les -
Pour les allergiques, très, mais alors, très, très sombre
Peut-être un peu difficile à aborder
Ce que vous en pensez... CONNECTE-TOI POUR DONNER TON AVIS !
Trier par :

Sois le premier à donner ton avis.

User Avatar
Vérifié
{{{ review.rating_title }}}
{{{review.rating_comment | nl2br}}}

Voir plus
{{ pageNumber+1 }}

Poster un Commentaire

9 Commentaires sur "Review VO – Batman: Creature of the Night Book One"

Me notifier des
Trier par:   plus récents | plus anciens
50 nuances de Vitto

Tu fais bien de mentionner la narration en deux temps qui fait/fera, j’imagine, tout le charme de la série : Alfred racontant l’action au passé laisse deviner toute la tragédie derrière le parcours de Bruce, et Le journal de l’enfant, au présent, permet de suivre lentement mais sûrement l’action dévorante exercée par le Batman. Comme tu le dis, c’est particulièrement malsain et c’est ce qui permet de prendre le lecteur aux tripes. Merci pour la review, en espérant que ça donne envie à plus de lecteurs de soutenir ce genre de projets.

Reptile

Ok, une VF prévue?

50 nuances de Vitto

AAAAAAAAYYYYYYYYYYYYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! YATANGAKI !!! LA CHANKLA !!!

Overlord

Y’a pas une Terre sans le 18-25 ?

TheHolyBat

Risitas ! Khey !

td1801

Je suis d’accord avec chaque mot de ta review. J’ai adoré. J’ai failli ne pas le lire tant la typographie d’alfred m’a dérangée. Heureusement que j’ai persévéré !

Laurent

C’est très alléchant. J’espère que cette histoire sortira chez Urban d’ici peu.

mavhoc

Critique chef d’oeuvre. Tu as su mettre en avant point par point et avec minutie les qualités de ce premier numéro.

wpDiscuz