Il est loin le temps où l’on regardait nos séries américaines préférées à la télévision et non en streaming. Smallville fait partie de ces séries qui ont marquées toute une génération. Beaucoup ont grandis avec, des personnes pour qui elle a été l’une des premières approches de l’immensité de l’univers DC. En effet, aussi imparfaite soit cette série, elle a tout de même eu le mérite de développer un grand pan du DCU, de la Justice Society of America à la Legion of Super Heroes, en passant par les New Gods et même par la Justice League, l’objet de cet article. Eh oui, le film sorti ce mercredi 15 novembre n’est pas la première incarnation live-action de cette équipe malgré ce que l’on pourrait croire, et Smallville ne l’est pas non plus d’ailleurs. Pour l’occasion, j’ai ressorti l’intégrale reposant fièrement sur mon étagère, et visionné les trois épisodes mettant en avant cette équipe : Justice (06×11), Odyssey (08×01) et Patriot (10×09), pour vous proposer un retour sur la construction de cette version de notre Ligue des Justiciers adorée.

Bien entendu, quand on se replonge dans cette série, il ne faut pas le faire avec les yeux d’un spectateur de 2017, la qualité ayant fortement augmentée, que ce soit au niveau technique, d’ambition, ou même de la narration. C’était une autre époque, et c’est à prendre en compte. Ainsi, ce que l’on pourrait considérer comme kitsch désormais, comme l’image ci-dessous qui est véritablement tirée d’un épisode (Justice), l’était un peu moins à l’époque. Un temps où les super-héros ne connaissaient pas encore l’essor que l’on connait aujourd’hui, où l’on n’embrassait pas complètement encore l’héritage comics pour différentes raisons, budgétaires notamment, et parce que les scénaristes étaient encore timides, cette culture n’étant pas encore implantée comme elle peut l’être aujourd’hui. Désormais, nous pouvons suivre une multitude de héros en tout genre assumer leur costume, leur nom, leur univers. En cette évolution, Smallville n’est pas étrangère. Elle a participé à transmettre cet amour du super-héros, de l’univers coloré et loufoque, tout en le remaniant à sa manière.

Justice : la naissance d’une proto-ligue à la sauce Smallville

C’est dans ce contexte que la série a introduit différents héros DC au fil des saisons, en plus de son héros principal destiné à devenir Superman. Ainsi, après avoir fait connaissance avec Victor Stone, Arthur Curry, Bart Allen et Oliver Queen, nous assistions à la fondation d’une proto-Justice League dans l’épisode Justice, le onzième de la sixième saison. L’instigateur de cette alliance n’était nul autre qu’Oliver Queen, le seul humain de la bande (et millionnaire qui plus est, ce qui peut toujours aider). Une fondation un peu old-school puisqu’elle ne repose pas sur une menace immédiate sur le monde, mais d’avantage sur une envie commune d’utiliser leurs compétences pour aider leurs semblables, menacés par Lex Luthor. Ce qui est intéressant à noter dans une optique de comparaison à la version cinématographique de Zack Snyder, est que Superman, d’une certaine manière a poussé la création de cette alliance en inspirant chacun de ses membres, ici personnellement, tout en étant absent du roster premier.

Le but de cet épisode est clairement de lier ce que la série a introduit jusqu’ici pour l’emmener à un nouveau stade de grandeur, agrandir l’univers, se rapprocher des comics, tout en continuant de développer Clark, le personnage étant intrinsèquement lié à l’équipe depuis toujours. Ainsi, Steven S. DeKnight, aussi bien à la réalisation qu’au scénario de l’épisode, nous propose une mission simple, mais permettant de faire travailler en cohésion ces héros, d’exploiter le potentiel d’une telle alliance, de par leurs différents pouvoirs et personnalités. Un mélange action/infiltration rythmé par des effets spéciaux corrects pour l’époque, des plans inspirés des œuvres du genre, et des costumes qui respectent au moins le code couleur, ainsi que les noms qui leur sont associés. Ainsi, on retrouve Green Arrow, Aquaman, Cyborg, Impulse (et non Flash), et Boy Scout, le nom de code donné à Clark qui marque déjà son rôle au sein de l’équipe. Moins que de véritables noms de héros, ce sont pour le moment des noms ayant pour but de communiquer sur le terrain sans dévoiler son identité. Une manière d’amener le mythos qui se marient bien avec l’ambiance de la mission et que l’on retrouvera dans d’autres œuvres.

Mais derrière cet essai se cache une ambition plus grande : celle de développer une série Justice League se déroulant dans le même univers, avec les mêmes acteurs, et développée par le même Steven S. DeKnight. Avant que le projet ne soit abandonné, il était prévu qu’Oliver Queen y conserve son rôle de leader et d’entremetteur, puisqu’il était prévu qu’avec l’aide d’Impulse et Cyborg il réunisse une équipe de jeunes méta-humains de Metropolis à qui il aurait offert un refuge, à la manière d’un Professeur X. Un rapprochement qui peut également s’effectuer par le fait que les X-Men étaient à l’époque la seule franchise de super-héros en équipe à être adaptée sur les écrans. La tendance n’existait pas encore réellement, et il aura fallu attendre 2017 pour voir la ligue enfin avoir droit à une adaptation qui porte leur nom, puisque même la CW, malgré ses nombreux crossovers, n’a encore jamais osé créer l’équipe malgré un certain teasing.

Une grande odyssée vers la formation de la Justice League

Après avoir participé à cette dite mission, Clark refuse finalement de joindre les rangs de cette ligue à en devenir : il se refuse un nom de code, un costume, une équipe. Pour autant, il ne manquera pas de continuer à se battre aux côtés de ces coéquipiers par la suite, même si eux ont pris une autre route en décidant d’embrasser une cause commune. C’est le cas du premier épisode de la saison 8 : Odyssey, où cette proto-ligue cherchera à retrouver Clark, disparu avec sa Forteresse de Solitude. Malgré un roster restreint, ici composé de Green Arrow, Aquaman et Black Canary (qui ne sera cependant pas la compagne d’Oliver, une erreur que la CW semble aimer perpétuer), on retrouve cet aspect d’équipe qui s’organise et s’agrandit en parallèle des aventures de The Blur.

Il ne manquera finalement plus que ce dernier s’y joigne, ainsi que le nom soit clairement lâché, ce qui ne se fera jamais dans la série malgré qu’Oliver déclare à la fin de Justice qu’il aimerait justement que ce mot fasse partie du nom, entre autres références au fil de la série. L’ambition première est déjà là, et ce n’est que dans la suite comics, nommée Smallville Season 11, que Tess Mercer donnera à leur équipe le nom de Justice League, ainsi que le satellite Watchtower, qui existait déjà, mais sous la forme d’un loft situé à Metropolis. Ses rangs compteront la présence de Superman, Green Arrow, Black Canary, Aquaman, Cyborg, Stargirl, Zatanna, Batman, Supergirl, et Martian Manhunter, dont la collaboration avec eux sera déjà teasée dès Odyssey. C’est là aussi la force de Smallville : elle sait être une grande origin-story, et par conséquent que les spectateurs savent déjà en partie où tout cela mènera ultimement, elle peut donc jouer sur cela pour lancer des références à la pelle.

La série ne se privera pas de déjà bien amorcer les choses, parfois peut-être un peu trop quand on voit que Clark a déjà combattu une bonne partie de sa galerie de vilains avant même de devenir Superman. Ainsi, ce dernier n’attendra pas de porter son costume emblématique pour rejoindre les rangs de l’équipe et d’en devenir un leader, ce qu’il fera à partir de la bataille contre Doomsday, qui mobilisera l’aide de l’équipe. Les missions se multiplieront et la série deviendra de plus en plus une série d’équipe. Ainsi, à certains égards, on pourrait dire que la Justice League a vraiment eu droit à sa série live-action dans les années 2000. Cette multiplication de héros travaillant main dans la main dans le but de rendre justice et mènera même dans la saison 10 à une inquiétude publique sur leur présence, à travers la volonté d’un acte de recensement des justiciers. C’est ce à quoi nous assisterons lors de l’épisode 9 de la dernière saison, Patriot, qui permettra à l’équipe de se positionner par rapport aux lois, et de demander par l’intermédiaire de l’armée s’ils représentent réellement la vérité, la Justice et l’Amérique. Face à cette menace directe envers leur existence, la tentation de lutter à l’extrémisme par l’extrémisme est grande, mais il est choisi de suivre la voie de Clark, et de mener par l’exemple plutôt que par la résistance. Une étape cruciale dans la construction de l’équipe. Cela marque aussi la reconnaissance publique d’un lien entre justiciers, d’une union protectrice, d’une ligue de héros qui permettent d’appliquer la justice là où elle n’est pas rendue, là où on a besoin d’eux.

Ainsi, même si on l’oublie trop souvent, la Justice League a eu droit à une réelle adaptation live-action bien avant 2017 à travers Smallville. Profitant de sa pérennité pour développer toujours plus son univers, elle finira par franchir le pas du team-up en créant petit à petit sa Ligue des Justiciers, qui verra de nombreux héros la rejoindre, que ce soit de façon permanente ou passagère. Il sera facile de regarder cette version avec un regard moqueur, mais force est d’admettre que la série a su tenter sa chance pour donner toujours plus à ses fans et a su respecter l’essence de l’équipe : une volonté d’union pour la justice, un respect et une solidarité entre chacun, une grandeur inspirante.

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Adam
Adam

Rassurez moi la photo « cool guys don’t look at the explosion » c’est un fake n’est ce pas ???
J’ai jamais regardé smallville même si j’ai été tenté pendant un moment en apprenant que d’autre membre de la la ligue ferait leur apparition.

knightwing
knightwing

Malheureusement, non.

knightwing
knightwing

Quand on pense qu’avant d’avoir un film Aquaman avec Jason Momoa, on a failli avoir une série Aquaman avec Alan Ritchson…

Watchful

Morale de l’histoire : Rien ne sert de gueuler, il y a toujours de quoi relativiser.

narrateur
narrateur

La série devait être avec Justin Hartley il me semble.

Par contre Alan Ritchson est un super acteur, je te conseille de regarder Blue Moutain State avec lui ;)

Bilalbey
Bilalbey

Vraiment cool ce Off My Mind. Ca me rappelle tellement de souvenirs, Smallville ça a beau être ringard je pouvais pas m’empêcher de regarder et de kiffer.

trackback

[…] devenu Superman, rencontrant Batman, Wonder Woman et d’autres pour former la Justice League (déjà amorcée dans la série). Une série animée pourrait alors tout simplement adapter ces histoires, ou y donner suite. […]