Alors qu’Urban Comics avait fait le choix de commencer sa publication de Wonder Woman version Rebirth par l’arc Year One, retraçant les origines de l’amazone, ce second tome nous narre ses aventures présentes. Quel que soit votre avis sur le volume précédent, celui-ci est fait pour vous, car il permet notamment de lui donner un tout autre sens.

De la découverte du mensonge à la quête de la vérité

Il parait évident de parler tout d’abord de la forme de ce récit, qui fait le choix de ne pas reproduire le schéma qu’avait emprunté la version originale, qui voyait le passé et le présent s’alterner à chaque numéro. Cela, pour la simple et bonne raison que les deux sont intrinsèquement liés, se faisant directement référence et écho. C’est donc avec un certain handicap que se retrouve les lecteurs français, puisqu’ils ne pourront pas forcément apprécier de la meilleure manière l’intelligence du récit de Rucka. Cela dit, ce format présente aussi ses avantages : il permet tout d’abord de ne pas se perdre entre les deux chronologies, mais aussi d’avoir une certaine fluidité dans la lecture. Deux manières d’aborder ce run donc, avec chacune ses avantages et inconvénients.

Creusons d’avantage en explorant en quoi les deux intrigues sont aussi liées. En réalité, ce n’est qu’avec ce second tome que le lecteur pourra le réaliser, puisqu’il s’inscrit directement dans la ligne directrice de Rebirth. Ainsi, on découvrira une Wonder Woman façon New 52 qui sera en proie au doute. Le retour de Wally West a chamboulé le DCU, dont les personnages prennent peu à peu conscience du mensonge qui les entoure, et particulièrement Diana, pour qui la vérité est une valeur fondamentale. C’est donc en retrouvant des souvenirs d’une époque pas si révolue que ça, celle précédant les New 52, que celle-ci remettra en question sa vie entière, jusqu’à la signification même de son nom. Un point de départ diablement efficace qui nous lancera dans une quête de vérité, faisant douter aussi bien le personnage que le lecteur, qui voudra sans aucun doute lui aussi démêler le vrai du faux et découvrir quels éléments de ses dernières années de lecture font partie du mensonge flairé par Diana.

Si cela n’était pas assez, la partie graphique accompagne elle aussi cette transition, ce passage de relai entre deux époques. Comme chacun l’aura constaté, au bout de quelques pages dessinées par Matthew Clark dans un style plutôt mainstream qu’on associera aux New 52, c’est un nouvel artiste au style bien personnel qui fait son entrée : Liam Sharp, qui accompagnera Wonder Woman dans son périple. Avec ce changement d’artiste, c’est également une nouvelle garde-robe qui s’impose pour notre héroïne, très semblable à la tenue que porte sa contrepartie cinéma, symbole d’un renouveau et porteuse d’une certaine grâce.

Un retour aux fondamentaux de Wonder Woman

La volonté de Rebirth, vous n’êtes pas sans le savoir, c’est de remettre au cœur du DCU l’humanité des personnages, leur cœur, leurs valeurs. C’est en fait un retour aux classiques, à ce qui a fait que les fans sont tombés amoureux de cet univers. Wonder Woman fait justement partie de ces personnages qui ont besoin de ce traitement, notamment après son désastreux passage chez le couple Finch, mais pas uniquement. Greg Rucka est ainsi l’auteur parfait pour ce renouveau : il a déjà écrit avec brio sur le personnage, et souhaitait compléter son run en racontant à sa manière les origines de l’amazone. Tout cela se marie parfaitement avec ses ambitions, puisqu’il lui est permis d’assouvir son désir tout en s’inscrivant dans l’intrigue Rebirth, et en rehaussant les couleurs de l’héroïne.

C’est ainsi qu’on retrouve dans ce tome une Diana expérimentée mais qui n’a pas pour autant perdue ce qui fait son essence. Fini le combat à outrance, Wonder Woman redevient une diplomate prodiguant des avertissements avant de frapper. Finie la déesse de la guerre, Wonder Woman redevient un symbole d’amour et de sagesse souhaitant avant tout renouer les liens entre les Hommes. En plus de ces éléments, Diana retrouve son message féministe, qui se fait très fort dans cet arc mettant en scène une figure masculine dont la force provient de son asservissement des femmes. Bien que l’intrigue se fasse finalement secondaire, semble mettre en pause la quête de vérité, et que sa résolution pourrait sembler aux premiers abords verser dans la facilité, c’est le symbolisme qui s’en dégage qui domine. Greg Rucka ne craint pas les reproches de niaiserie que certains pourraient lui adresser, il ne cherche pas à moderniser à outrance un personnage dont les valeurs pourraient paraître désuètes, non, il assume les particularités de Diana et les remets au cœur de l’intrigue.

Mais ces valeurs ne sont pas les seuls éléments de la mythologie de Wonder Woman qui font leur retour, puisque c’est aussi le cas de plusieurs personnages. On pensera principalement à Cheetah, aussi connue sous le nom de Barbara Ann Minerva (dans cette version). Si l’identité humaine du personnage avait déjà fait son retour dans le premier tome en participant à l’intégration de Diana, Cheetah, elle, n’était pas apparu dans le DCU depuis un certain moment. Pour l’occasion, nouvelle apparence des plus réussies signée Liam Sharp, et nouvelle origin-story directement liée à l’intrigue de ce tome, servant véritablement un propos, et qui garde sa part de mystère qui ne demande qu’à être découverte dans la suite.

Sans que cela soit réellement un retour, on pensera également à Etta Candy et Steve Trevor, ici repensés pour créer une nouvelle dynamique autour de Diana, mais aussi pour leur donner plus de personnalité et donner une certaine ampleur au récit. Ces personnages disposent d’une réelle identité bien affirmée sous la plume de Rucka, ce qui permet notamment d’offrir un récit multi-dimensionnel. En effet, lorsque l’on s’attelle à écrire du Wonder Woman, il est naturellement tentant de se pencher uniquement sur la mythologie grecque entourant le personnage. Ici, ce n’est pas le cas puisque l’on a un mélange entre récit mystique et récit militaire, les deux se mêlant très naturellement pour ne former qu’une seule histoire à plusieurs facettes.

L’artiste Liam Sharp, lui, brille particulièrement lors de compositions prenant place dans un contexte plus naturel, ici la foret où vit Cheetah, livrant des découpages astucieux et des personnages aux traits plus sévères que dans le premier tome, marquant une réelle opposition chronologique. Se dégage de ses planches un aspect mythique, gracieux, solennel. Cela est notamment du à ses poses souvent figées, ce qui pourrait être vu comme un inconvénient, mais apporte un certain cachet à l’ensemble, d’autant plus avec la merveilleuse colorisation de Laura Martin.

Ce second tome de Wonder Woman Rebirth, en réalité premier à se dérouler dans le présent, se montre être une franche réussite. Si l’on pourra déplorer l’absence de retranscription du format de publication voulu par l’auteur, l’intelligence de son écriture continue elle de transparaître à travers une Wonder Woman qui, tout en étant en proie au plus grand doute de son existence, voit ses couleurs être rehaussées pour notre plus grand plaisir. Avec un trio artistique aussi brillant, impossible de ne pas avoir envie de découvrir la suite, qui s’annonce au moins tout aussi savoureuse.

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Rebirth intelligemment utilisé
Un retour aux fondamentaux
Les dessins de Liam Sharp
Donne envie de lire la suite
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Le format de publication qui ne suit pas la volonté de l'auteur
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4 Commentaires sur "Review VF – Wonder Woman Rebirth Tome 2"

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urbanvspanini10

Malgré un tome 2 toujours aussi bon, j’ai toujours du mal a accepter ce que fait Rucka par rapport au run de Azzarello, Rucka n’aurait t’il pu pas faire cohabiter son run et celui des New 52 ?

Khajii

Entièrement d’accord avec toi. On dirait presque que le run d’Azzarello est un elseworld…

Sasahara

Pas encore acheté mais c’est dans mes priorités: j’ai aussi appris que Rucka réutilise ses anciens personnages comme Sasha Bordeaux (Checkmate) et Veronica Cale (de son ancien run sur WW) donc ça ne peut que me plaire!

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