L’aventure cinématographique de la Justice League aurait pu commencer dix ans plus tôt avec Justice League : Mortal. Projet de George Miller malheureusement avorté, à qui l’on doit la trilogie Mad Max, dans lequel la clique des superhéros DC (Wonder Woman, Batman, Superman, Flash, Aquaman, Green Lantern, Martian Manhunter) aurait dû fouler le sol australien pour donner vie au long-métrage sous les traits d’Armie Hammer ou encore de Megan Gale. Mais la grève des scénaristes de 2007 ainsi que le succès du Dark Knight de Christopher Nolan en ont décidé autrement puisque Warner Bros prendra par la suite la décision de relancer l’Homme d’Acier au cinéma. Sur les conseils de Christopher Nolan, qui a proposé les noms de Darren Aronofsky et de Zack Snyder, les studios finiront par choisir le réalisateur de 300. Ainsi fut posée en 2013 la première pierre du DC Extended Universe : Man of Steel. Pourtant trébuchant sur la route du succès critique, Warner Bros décide tout de même de redonner les clés de la maison DC à Zack Snyder. Trois ans plus tard, après un teasing des plus intenses, c’est donc au tour de l’affrontement des deux plus grands superhéros DC, et même de tous les temps soyons fous, de voir le jour avec Batman v Superman : Dawn of Justice, qui résonne encore aujourd’hui grâce aux commentaires des plus acharnés. Passons – oublions même – Suicide Squad pour arriver à Wonder Woman, et surtout au premier succès critique incontestable des studios Warner avec le DCEU. Même si la société de production reste sur une bonne note, les pontes de DC Films ont montré des signes d’hésitation à l’approche du premier film en team-up de DC. Déjà plus ou moins annoncé avec la fin de Batman v Superman, le film Justice League prend de nouveau forme entre les mains de Zack Snyder qui, suite à la perte tragique de sa fille, est remplacé à la réalisation au pied levé par Joss Whedon. La vision unique de ces deux artisans du superhéros sur grand écran comme le répète à l’envie Ben Affleck se retrouvera en salles dans quelques jours à l’heure où ces lignes sont écrites. Pour le meilleur, et pour le pire.

La Justice League à l’épreuve de la production

Quatre ans à planifier, quatre ans à préparer la réunion des plus grands superhéros DC (désolé pour les amateurs de Green Lantern), des dizaines d’heures travaillées sur le storyboard, tout ça pour en arriver à réécrire une partie du script – un tiers visiblement, et par conséquent retourner des scènes du film. Au-delà du MoustacheGate, sorte d’hommage au porn des années 70 comme le décrit promptement Ben Affleck, au-delà même des problèmes de poids de Batman, au-delà des cuts de personnages (et bien que la pratique soit courante) les reshoots cachent une vilaine difficulté à se positionner et communiquer. Une communication allant parfois dans des directions opposées.

Alors que le producteur Chuck Roven assure que la décision de photographies supplémentaires vient de Zack Snyder, proposant ainsi à Joss Whedon de voir le film et de réécrire certaines scènes, Abraham Riesman lui n’a pas le même son de cloche. Suite à un entretien avec Geoff Johns, le journaliste de Vulture affirme que la décision appartient plutôt au président de DC Films ainsi qu’à Jon Berg suite à des discussions internes. Alors qui croire dans cette histoire ? Un producteur devant laisser sa chaise vide à la table du DCEU depuis un bail ou l’instigateur du Rebirth de DC donnant une longue interview à un journaliste respectable ? Si on ne peut en vouloir à la position de Zack Snyder, force est tout de même de reconnaître que la communication officielle pêche à un moment où même les acteurs la réclament puisqu’il semblerait que ni Ezra Miller, ni Ray Fisher, ni indubitablement Ben Affleck ne sachent de quoi demain sera fait. Incertitude d’autant plus regrettable car d’après tous les membres de la ligue, un sentiment de camaraderie règne au sein du groupe. Malgré l’anxiété affichée et tous les soucis de production se murmurant depuis des mois, Warner Bros joue paradoxalement son va-tout avec Justice League, misant sur l’afflux incroyable de contenu. Ironiquement, la tagline du film, inspiré du poker, reflète parfaitement la situation des studios : All in.

Justice League

La Justice League à l’épreuve de la promotion

Adam Driver (Kylo Ren) suggérait lors d’une interview l’idée de promouvoir un film sans proposer de bande annonce, extraits ou autres clips. Si l’univers Star Wars peut uniquement jouer sur son nom pour vendre pléthore de produits dérivés, ce n’est pas le cas de tous les studios. Et si Warner Bros a suffisamment d’expérience dans la construction d’une mythologie (Harry Potter au hasard), tout automatisme s’est envolé depuis la mauvaise presse de Batman v Superman, et l’épisode Sound of Silence. Afin d’atteindre le taux de pénétration maximum, les studios publient (et ça ne se prête pas qu’à ce hit) une tonne de contenus chaque jour depuis plusieurs semaines. Statistiquement, pari réussi : Justice League est loin devant Thor : Ragnarök avec 106 millions de vues cumulées sur la plateforme YouTube. Artistiquement, le débat est tout autre.

Si certains reconnaissent encore la patte visuelle du réalisateur Zack Snyder, difficile de l’apprécier à un moment où les images proposées sont adaptées à votre téléphone cinq pouces et à votre couverture 4g. L’objectif s’affiche clairement : il ne s’agit plus de piquer la curiosité du spectateur, mais de lui imprimer sans cesse les mêmes images dans la tête. Mieux que ça : l’utilisation des bumpers, soit ces quelques secondes de cut très calibrées juste avant la bande annonce ; sorte de trailer avant l’heure. Par ce procédé de matraquage (osons-le dire), les studios ont sacrifié la qualité sur l’autel de la quantité. D’autant plus compliqué à défendre pour un long métrage dont la durée affiche au compteur moins de deux heures. Sans oublier les idées de partenariat tantôt incompréhensibles, tantôt juste ratées comme quand la Justice League rencontre le PSG dans un effet des plus, disons-le, laids. Tout ça pour parvenir à la même conclusion : une impression donnée au spectateur d’avoir vu le film avant de s’asseoir gentiment sur son siège pour profiter de l’heure quarante qui lui reste. Crédits compris.

Justice League

La Justice League à l’épreuve du temps

Votre calendrier affiche le 16 novembre, vous avez enfin vu Justice League après des mois d’attente et de privation, mais vous ne vous êtes toujours pas remis de la puissance émotionnelle/faiblesse de la narration (rayez la mention inutile) du film. Rassurez-vous : Warner Bros a déjà pensé à tout. Ou presque. Alors que les studios considèrent DC comme un des piliers de son business, Toby Emmerich annonce déjà presque cyniquement que 2018 sera l’année du reset, et donc de faire table rase du passé y compris pour un film qui n’est pas encore sorti en salles. Selon donc ce Monsieur Emmerich, le long métrage Aquaman serait le chef de file d’une nouvelle stratégie cinématographique, pariant sur le talent individuel des réalisateurs triés sur le volet. Des propos faisant écho à ceux tenus par Geoff Johns quelques mois auparavant. L’idée est simple : faire des stand-alone pour minimiser le principe du plan d’ensemble et a fortiori du DCEU – le choix étant laissé aux réalisateurs de s’attacher ou non à un but commun.

DC

Avec le recul, les vœux des pontes de DC Films s’accordent plutôt aisément avec les dires d’un certain Matt Reeves. Le réalisateur attitré de The Batman avait déclaré que son Chevalier Noir trouverait sa place hors de l’univers partagé, laissant poindre de nouveau des inquiétudes sur le rôle de Ben Affleck. Même si l’artificier principal du très réussi War for The Planet of The Apes est depuis revenu sur ses propos, il n’en reste pas moins qu’ils s’inscrivent parfaitement dans la liberté voulue par la branche DC de Warner Bros. Et ce n’est pas tellement le programme des studios et de New Line (une de ses filiales) qui contredira toutes ces hypothèses. Entre la création d’un label elseworld donnant un nouveau regard sur le Joker après la débâcle Suicide Squad, l’avancée des projets dans l’univers de Shazam, ou encore la possibilité d’un Flashpoint Paradox, il apparaît en tout état de cause difficile de contredire l’idée que le développement des personnages ne respectera pas un ordre particulier, et ainsi donc se trouver au service d’un univers partagé. Le DCEU est mort, vive le DCEU ?

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allhailstheking
allhailstheking

Un article excellent, bravo pour tout le travail fournit.

td1801
td1801

https://www.reddit.com/r/DC_Cinematic/comments/76lwgg/social_media_vultures_abraham_riesman_offers/
Par rapport a l’article de Vulture, il semble qu’il s’agit a moitié d’une pièce d’opinion et de vrais déclarations (pour ça que c’est contradictoire).

TheHolyBat
TheHolyBat

Succès déverrouillé : Vous avez réfléchi aux films DC pendant plus de 30 secondes

scouser76
scouser76

Un article qui résume bien la schizophrènie de WB, on va bien voir ou JL nous mènera…

ian0delond
ian0delond

j’aurais pas parié qu’il sortait cette semaine.
Si on me disais qu’il sortait dans un ou deux mois ma réaction ça aurait été « déjà ? »