Scott Snyder a accouché de sa Multiversity monochrome, et après seulement trois numéros, les premiers avis se font entendre. Entre sentiment d’horreur et génie divertissant, les sites de comics pullulent d’avis divers et variés. Outre le fait d’un jugement d’une série en cours puisse être qualifié d’avis, et puisse évoluer, bon nombre de ces lecteurs se contenteront de premiers numéros. Compréhensible ou non, la division est relevé par beaucoup avec les Etats-Unis où une sorte d’admiration s’est créé autour de Snyder et de ses créations.

Quelles prétentions pour un event ?

Off My Mind #56 - Metal : Quelle réception aux US et en France ? 1Pour essayer de comprendre cet événement j’ai du lire énormément d’interviews, et vous n’imaginez certainement pas à quel point le bonhomme peut être bavard. Outre les contre-sens pour la promotion de son événement et les joies de la langue de bois, Scott Snyder mise encore une fois sur l’absence de prétention. L’origine de Metal tiendrait d’un repas entre lui et Greg Capullo, où Snyder a juste dit avoir l’idée d’un événement qui s’appellerait Metal et Greg Capullo, avec l’unique connaissance du titre, voulait d’office travailler sur le titre. Réelle information ou non, Snyder joue la carte de la modestie avec un certain humour le rendant le plus agréable possible aux yeux de ses lecteurs.

D’un autre côté, il va dire lors d’autres interviews que Metal est le résultat de longues recherches, d’une volonté d’utiliser la mythologie de l’univers DC, qu’il s’agit d’une idée datant d’il y a très longtemps en rapport avec des recherches relevant de la physique qu’il aurait voulu intégrer en liant le tout à Batman. A ce propos, c’est sur le site de la chaîne SyFy qu’il dira avoir besoin de toucher à d’autres personnages, et que Metal est un moyen d’intégrer la Justice League dans son histoire, qu’il avait « besoin de nouveaux jouets« . Evénement de longue date ou délire à grande échelle réalisé sur un coup de tête ?

Ce sont d’autres artistes qui nous informent de la chose comme avec Jeff Lemire qui arrivera sur Hawkman personnage que le scénariste désire depuis 2013. L’auteur récompensé gracieusement cette année fait son retour fait son retour chez DC suite à l’événement de ce que Lemire dit être une personne qui lui est très proche. Joshua Williamson (Flash) dit lors d’une interview que Metal était planifié entre les scénaristes juste avant le lancement de Rebirth. Or, dans cette même interview, Jeff Lemire dit que lors de sa collaboration avec Scott Snyder lors du crossover entre Animal Man et Swamp Thing au début des New 52, Snyder avait déjà eu quelques idées à propos de l’événement actuel. Mais entre l’aspect décontracté et intellectuel des propos de Scott Snyder, comment définir un juste milieu ? Un problème qui va s’incruster jusque dans les réalisations de l’artiste. Où s’attendre à un divertissement sans prétention, et où s’attendre à une réflexion ?

Pour un divertissement de masse ?

Off My Mind #56 - Metal : Quelle réception aux US et en France ? 2Passons aux choses sérieuses avec les retours américains. Pour cela, j’ai épluché beaucoup de reviews US, des sites les plus populaires aux blogs divers de jeunes lecteurs. Je suis tombé sur tout et n’importe quoi. Allant du simple fait de voir Hal Jordan de retour dans la Justice League faisait de Dark Nights Metal #1 un numéro parfait, à une autre personne affirmant n’avoir rien compris du numéro, mais l’a adoré comme aucun autre écrit par Scott Snyder.

Parmi la multitude d’avis positifs – et il y en a beaucoup – les éléments revenant le plus sont d’inclure Batman face à des dinosaures, des Megazordes DC dans une arène, et autres élément du genre. Ce qui revient à cette idée généralisée selon laquelle, aux Etats-Unis, le public cherche un divertissement, et rien de plus. Ce public est tellement large que regrouper ces avis mène à de lourds contre-sens. Ainsi j’ai pu lire que cet événement était modeste, ou alors faisait redite par rapport aux anciennes productions de l’auteur. Un élément positif qui s’affirme de plus en plus, et fait le lien avec la prétention de Snyder d’un événement décomplexé, avec un fort rapport au genre musical. Car derrière ce style assez douteux des Evil Batmen, du Dark Multiverse, et d’autres éléments nous poussant à nous éclater la tête sur le bureau, le rapport au genre musical permettrait d’accepter ces éléments pour ce qu’ils sont, et par leur simple appartenance au style qu’il souhaite dégager.

Ce qui n’empêche pas certains américains de porter un jugement tout autre. Un lecteur américain, que nous allons appeler Alex, avec lequel j’ai pu discuter, n’aime pas ces premiers numéros. Et fonde cet avis sur des éléments plus généraux que ceux que nous avons pu voir jusqu’ici. Pour lui, Scott Snyder n’est l’auteur que de blockbusters faussement intelligents, imitant les films d’action populaires pour plaire au plus grand nombre. Il utilise des techniques déjà vues depuis les premiers mois des New 52, c’est à dire un Batman invincible, torturé physiquement, blessé mortellement, mais parvenant toujours à sortir victorieux – ce procédé issu du Shônen, où le héros doit déguster pour ensuite achever son ennemi.

Batman est le personnage le plus populaire depuis 2011, et Scott Snyder l’engage dans une succession d’histoires de plus en plus improbables, et ce jusqu’à cet événement où tout va tourner autour de lui. L’odeur de l’industrie se fait sentir à plein nez, et nous savons dors et déjà que Batman se sortira tout seul de cette aventure dark-cosmique parce qu’il est Batman, et que Scott Snyder le fera juste souffrir à l’excès. Pour Alex, Dark Nights témoigne de la mauvaise évolution du comic-book. D’une forte régression, passant d’un objet artistique à celui d’une histoire commune d’action massive, et au final, sans aucune réelle consistance. Si une majorité se fait entendre des deux côtés de l’atlantique, des nuances sont à définir. En témoigne notre cher Alex que je remercie pour son analyse intéressante de la situation chez DC Comics, et à propos des comics en général.

We really do not need a violent, gritty, crappy noire version of Sandman. We just need good stories to make the artform as legitimate as other media.

Français râleurs et rabats-joies ?

Off My Mind #56 - Metal : Quelle réception aux US et en France ? 3Ce n’est qu’à travers les critiques/reviews françaises que j’ai pu croiser ce problème des trois introductions. The Casting, The Forge, puis un Dark Nights Metal #1 bénéficiant d’une introduction dans une arène, sans rapport, c’est pourtant dans ce numéro que se trouve la réelle introduction à l’événement. Il faut ensuite attendre le second numéro pour voir apparaître les premiers éléments pertinents. Une fatigue d’attendre, là où un public américain serait plus sensible à cet effet de teasing acharné, ou réelle lassitude face à une industrie multipliant les numéros pour finir dans le top des ventes ?

On relève en dehors de cela beaucoup de points communs entre la critique américaine et française. La perception d’une accumulation d’éléments étouffants, pour créer une complexité injustifiée, la faute à un manque de profondeur. Tout le monde s’accorde, qu’il s’agisse des critiques françaises ou américaines, des plus positives aux plus négatives, pour affirmer que Greg Capullo livre un travail peu convaincant. Certains remettent en question l’engagement de l’artiste dans l’événement (ce qui est assez peu envisageable vu l’enthousiasme manifesté par l’artiste), d’autres pensent à un encrage trop fin, d’autres trop épais. Personne n’est d’accord sur les causes, mais tous s’accordent sur un résultat très mitigé.

Chose amusante, chez l’un comme chez l’autre, les critiques glorifient les références utilisées et la présence d’une playlist pour accompagner le titre. Une playlist soutenant ce lecture du second degré. Il n’est alors plus question d’avoir une lecture au premier ou au second degré, mais bien d’accueillir ou non un événement bien décidé à faire du n’importe quoi tout en influençant fortement le futur de l’univers de DC, et plus particulièrement de Batman – sans parler d’autres personnages dont on ne souhaitait pas vraiment le retour, du moins pas dans cet univers.

Ce fossé dont une grande partie des lecteurs parlent à propos de Metal laisse surtout une majorité perplexe. Un cas qui pourrait laisser penser que les lecteurs américains accepteraient plus facilement ce second degré majeur, comme si nous, français, étions plus attaché à l’univers passé (et pourtant américain) et refusions ce changement. On ne parle plus du titre Batman, mais bien d’un univers entier en pleine mutation/destruction. Et l’importance que pourrait avoir l’événement actuellement en cours peut faire peur. Nous ne nous dirigeons pas vers un comics au fond réfléchi et développant une logique à travers une aventure, mais vers une aventure qui chercherait une logique complexifiée sans fond. Quoi qu’il en soit, l’événement n’est pas terminé, et les tie-in vont se multiplier. Il ne tient qu’à vous/nous d’y prendre plaisir ou d’en faire abstraction.