A une époque où les projets de séries tirées de comics indépendants, ou de titres Vertigo les plus connus (pour ne pas dire cultes) se multiplient, où la Warner ne sait plus où donner de la tête, ni quel personnage intégrer à son univers partagé, où même Geoff Johns ne se souvient plus si l’univers cinématographique est partagé ou indépendant pour tel ou tel film, ne trouvez-vous pas que nous manquons cruellement de super-héros old-school ? De costumes colorés ? D’une paire d’heures à perdre pour se plonger dans le charme de l’improbable et la bonne vieille science-fiction ?

Maintenant que DC a acquis les droits Hanna-Barbera, je profite de cette chronique pour évoquer un autre aspect du film de super-héros. Space Ghost fait partie de ces super-héros, condensé de clichés, dont il ne peut plus se séparer tant ils le définissent. Procédé signé Hanna-Barbera, où il vous est impossible d’imaginer un épisode de Scooby-Doo sans gag à coup de sandwich ou de Scoobiscuit. Et alors que Marvel Studios a lancé sa mode retro avec Guardians of the Galaxy, et séduit une jeunesse ne jurant que par Chris Pratt, imaginons un effet retro plus poussé encore avec une adaptation de Space Ghost.


Avant-Propos

Avec l’intégration de Hanna-Barbera depuis presque deux ans, et l’annonce de nouvelles séries tirées de la licence dans les suggestions de Janvier, il était temps de revenir sur ce qui semble être le grand héros de la licence : Space Ghost. J’en ai déjà parlé dans un Off My Mind consacré au personnage et à son histoire si particulière, où j’ai pu revenir très rapidement sur les projets présents dans les tiroirs hollywoodiens d’un possible film Space Ghost. Je me suis dit qu’il était temps d’imaginer la chose.

Mais Space Ghost, c’est qui ? Personnage aux origines mystérieuses, elles ne nous sont révélées que 40 ans après sous un ton bien plus dramatique, mais toujours aussi coloré dans la mini-série de Joe Casey et Ariel Olivetti. Space Ghost est un être torturé avide de vengeance envers Zorak leader d’un peuple d’insectes envahisseurs ayant détruit sa civilisation. Sa planète ravagée, sa famille assassinée, il se retrouve sans rien et décide de s’en relever plus fort. Il devient un super-héros intergalactique, sorte de Buzz l’éclair des années 60, pour éviter que cette tragédie ne se reproduise. Il vit alors des aventures aux quatre coins de l’espace avec ses jeunes protégés : Jane, Jace et leur singe Blip. Et si ce petit résumé évolue de telle sorte à sentir bon les clichés des années 60, ce n’est pas sans raison.

Le super-héros à la cape jaune et en body blanc a été créé par Alex Toth, cerveau créateur pour les séries animées Hanna-Barbera. Traduit dans nos contrées par Le Fantôme de l’Espace, la série compte une vingtaine d’épisodes de cinq minutes en 1966. La licence se décline en figurines, et se vend chez des éditeurs indépendants en comic-books. Le personnage fera son grand retour avec les autres héros Hanna-Barbera dans une programmation appelée Space Stars en 1981. On retiendra le nom de Mark Evanier qui a scénarisé les histoires emblématiques du Space Ghost en comics dans les années 70 et 80, avec en particulier le numéro spécial Space Ghost chez Comico. Un scénariste décidément passionné par ce personnage. Mais c’est dans les années 90 que Space Ghost atteint une popularité immense avec Space Ghost : Coast to Coast.

Après l’annulation (définitive) du talk-show animé culte aux Etats-Unis Space Ghost : Coast to Coast, les fans s’emballent. Où vont partir les droits du personnage ? Hollywood avait dans l’idée d’en faire un film face aux premiers succès de Marvel Studios. Le fantasme persiste pour autant. 2011, hollywoodinsider rapporte la rumeur selon laquelle une série de projets de films issus de la licence Hanna-Barbera fait sauter les fans de leurs sièges . Matthew Gagston aurait interprété Space Ghost, Justin Bieber aurait pris le rôle de Jace, et Dakota Flaming en tant que Jane. Je vous passe les détails des autres licences, mais tout était trop gros pour y croire : Bruce Willis, Johny Depp, Pamela Anderson, Ashton Kutcher et j’en passe. Un tas de noms sans direction, ni réalisateur, une information qui ne menait à rien, mais une rumeur suffisamment grosse pour qu’on puisse y croire un court instant. Depuis, plus aucun signe de vie concernant une adaptation. Mais qui sait, demain un quelconque site pourrait nous annoncer l’arrivée future d’un film Space Ghost.


Réalisation

Faute de pouvoir ramener à la vie Richard Fleischer, je pense que Denis Villeneuve est un choix des plus intéressants. Le réalisateur et scénariste Québécois  a fait ses armes dans le genre du drame, et une tonalité sérieuse et sombre qui empiète sur tout.

Il a commencé avec un court métrage expérimental, pour entrer dans un cycle touchant à ce domaine, mais déjà emprunt d’un fort regard sur la douleur intérieur. Il réalise son premier film en 1998 : Un 32 août sur Terre. Un film déjà marqué par un talent de réalisateur affirmé, et puissant. La critique reste perplexe quant à une histoire plate. Il poursuit dans l’étrangeté avec Maelström. Un film noir raconté par un poisson, très différent des productions qui suivront. Ce film sorti en salle en 2001 marque la fin de cette approche expérimentale, presque élitiste, de l’art cinématographique dans son écriture.

C’est huit ans plus tard qu’il reprend la caméra pour réaliser Incendies . Adaptation d’une pièce de théâtre, du même nom, écrite par le québécois Wajdi Mouawad. Une adaptation qui, comme son oeuvre d’origine, soulève la violence réalisée par les deux camps en Palestine et les horreurs commises à travers un drame aussi violent que troublant. Et malgré une minorité peu convaincue, on sent de suite le potentiel du réalisateur et ses capacités à donner une grande force à son image. Par la suite, il réalise des films accompagné d’acteurs connus à commencer par Hugh Jackman et Jake Gallahall dans Prisoners, son deuxième film. Un succès majoritairement critique, qui dévoile d’ores et déjà sa capacité à passer d’un genre à un autre, tout en conservant cette manipulation du genre dramatique. Il poursuit avec le second acteur cité, pour réaliser Enemy. Un film à la réception plus mitigé, qui conclut une sorte de cycle se concentrant sur le trouble de l’homme et son identité. Il enchaîne avec Sicario (dont une sequel semble être prévue), et frappe fort. Denis Villeneuve claque ici un sujet de débat dans un film dramatique, orienté vers l’action, et attirant le grand public. Le film est un succès sur tous les plans. Un succès qui lui a permis de se tourner depuis quelques temps vers la science-fiction, en réalisant Premier Contact en 2016, avec Jeremy Renner et Amy Adams en tête d’affiche, puis le récent Blade Runner 2049.

Denis Villeneuve a dans son parcours réussi à traverser le milieu du cinéma sans réellement réussir à percer, seulement intéresser, la faute à une écriture particulière qui a toujours divisée. Son retour avec Incendies, l’emmène jusqu’à Hollywood et ses grosses productions. Cercle vicieux, où beaucoup sont tombés, Denis Villeneuve se démarque par une fidélité à l’étude de son image se détachant radicalement aux codes du cinéma grand public tout en bénéficiant des moyens. De ce fait, Blade Runner a eu une suite de qualité, fortement appréciée par la critique, pour ne pas dire, adulée. Son expérience acquise à travers l’ensemble de ces films, de ces genres, de ces milieux, font qu’une certaine confiance est créée auprès du réalisateur. Il a su donner une suite acceptée par les spectateurs à Blade Runner, ce qui était loin d’être gagné. Ses projets s’accordent avec un ton toujours pessimiste, proche de la tragédie.

Drame intense et science-fiction intelligente, deux éléments qui définissent ce réalisateur au talent indéniable. Le rattacher à Space Ghost permettrait une modernisation dans la manière de le présenter, et non dans son esthétique. Space Ghost est un symbole à la fois kitsch et intemporel. C’est là toute la pertinence de ce choix, qui mêle à la fois cinéma travaillé et projet visant un grand public de par un thème super-héroïque destiné dans l’idée commune à un large public et répondant à certains critères. Critères qui se retrouveront certainement par la suite dans la réalisation du projet, à travers les codes du super-héros ou encore dans son aspect moralisateur. La tragédie se trouve liée à l’histoire de Space Ghost, qui de plus, s’accorde avec les divers genres rencontrés par le réalisateur au cours de sa carrière. Une sorte de quintessence qui pourrait joindre les divers « cycles » du réalisateur. Ce qui fait, que je ne vois aucun autre réalisateur actuel capable de tenir ce poste sans craindre un résultat moindre.


Scénario

Au scénario, je prendrais Joe Kelly. Le célèbre scénariste est le créateur des séries animées Ben 10 et Generator Rex. Il a donc un pied dans l’animation, et connaît d’une certaine manière les principes d’un projet visuel. De plus, sa vaste expérience dans le monde des comics pourrait donner quelque chose de très intéressant. Le critère fondamental est son travail réalisé sur la mini-série Space Ghost publié chez DC. Cette histoire est un scénario idéal, parsemé de quelques petites imperfections dues à quelques clichés. Il a su conserver tout le charme de la série animée des années 60, le costume de Space Ghost, son histoire, et lui donner une origin-story à la fois classique et moderne.

La série animée Space Ghost était une série pour enfants, donc avec des blagues brèves trouvées à la va vite puisque le prochain épisode devait être livré rapidement. Joe Kelly a su y intégrer un côté bien plus dramatique, contre-balançant totalement la vision du personnage, sans jamais le dénaturer. Ce drame profond provoque une suite logique vers le statut du Space Ghost. Opter pour une histoire plus sombre est un choix qui se défend sur divers points de vue. La présentation d’un personnage par ses origines, qui imposera une force colossale à l’écran, par un caractère développé dans ses origines – que je ne vous dévoilerai pas.

Il rencontrera par la suite Jace et Jane au cours de son périple, qu’il prendra sous sa protection. Jace et Jane sont frère et sœur et ont perdu leurs parents. Space Ghost devient leur seule chance de survie, alors que leur village a été détruit. La mini-série présente Zorak comme ennemi, envahisseur/colonisateur. Je pensais présenter un ennemi plus simple à introduire face au grand public comme Metallus. Seulement, cet ennemi pourrait avoir des motivations bien différentes. Problème majeur, s’il est le personnage qui est certainement le plus simple à introduire de par son design facilement adaptable, son histoire est très mystérieuse. Tout d’abord présenté comme un robot, Metallus semble être quelque chose de bien plus étrange, comme relevant de la magie. Chose que Jeff Parker vient justement de développer dans Future Quest Showcase #3. Omnikron aurait été le méchant le plus imposant, mais impossible à vaincre seul (peut-être pour un film Future Quest ?).

Si nous gardons cette optique d’invasion, Space Ghost ferait face seul à l’envahisseur comme dans la mini-série. Une fois l’ennemi vaincu, le film présenterait l’éternel statut-quo de la série animée. Costumes colorés, en contraste total avec la tonalité dramatique de la série, laissant à la fois une porte ouverte à une suite, tout en laissant planer un certain mystère de par son rapport et sa fidélité à la série animée. Satisfaisant à la fois le fan du personnage et le grand public en quête de découverte.

 


Casting

Karl Urban – Space Ghost

Pour le rôle principal, alors que je pensais à Mickey Rourke ou Josh Brolin, je me tourne plus vers Karl Urban. Loin d’être un acteur que j’apprécie particulièrement malgré sa présence sur la trilogie du Seigneur des Anneaux et plus récemment Star Trek, j’ai encore du mal à avaler Lock Out et Doom qui laissent des traces indélébiles quant à l’image que j’ai de l’acteur. C’est surtout Dredd qui m’a ouvert les yeux sur les capacités de cet acteur à dégager une puissance phénoménale à partir du moment où son physique s’accorde avec l’attente d’une adaptation d’un personnage. L’acteur a la mâchoire qu’il faut, et avec l’entrainement qu’il faut, fera un parfait fantôme de l’espace aux muscles bien moulés dans ses collants blancs. D’autant plus que dans cette optique de Space-Drama avec des personnages des années 60, Karl Urban connait déjà le terrain.

Noah Schnapp – Jace

Vous n’avez pas pu passer à côté de Noah Schnapp si vous avez vu Stranger Things. Ce jeune acteur incarnait Will Byers, et si on ne l’a vu que très peu par rapport à Finn Wolfhard, le prénom de son personnage était crié à chaque épisode. La seconde saison a su changer la donne, et a révélé complètement le talent de l’acteur dans des scènes efficaces et parfois même glaçantes. Son curriculum vitae ne s’arrête pas là, l’acteur a tout de même fait ses premiers pas aux côtés de Steven Spielberg et Tom Hanks dans Le Pont des Espions. Un jeune acteur qui a déjà croisé de grandes personnalités, et a un talent certain. De plus, son visage rappellerait de suite une époque antérieure auprès du public de Stranger Things, et concorde avec le physique de Jace, même si le personnage n’a pas de caractéristiques particulières en dehors du fait d’être jeune et d’avoir des cheveux bruns. La présence de Noah Schnapp dans ce rôle assure une certaine qualité du jeu, et une concordance entre le ton cherché pour le film et la retranscription à l’écran du personnage original.

Sophia Lillis – Jane

Avec la sortie au cinéma de It, les jeunes acteurs ne manquaient pas, et la jeune Sophia Lillis a pu surprendre. Rien d’étonnant puisqu’elle a fait ses premières armes aux côtés de Julie Taymor (réalisatrice de Titus, ou encore Frida) en 2014 avec la mise en scène complètement folle de A Midsummer Night’s Dream (Songe d’une nuit d’été). La choisir en tant que Jane s’accorde sur plusieurs points. L’un des problèmes majeurs de It était que l’actrice était un peu trop vieillie à côté des autres jeunes acteurs. Sa taille lui donne l’air d’une grande sœur protectrice, côté sur lequel Andy Muschietti semble avoir misé. Pour Joe Kelly, Jane se comporte comme une grande sœur rassurante auprès de Jace. Et là dessus, le rôle de Noah Schnapp dans Stranger Things rejoint complètement l’enfant effrayé et dépassé, statut complété par celui de Sophia Lillis qui y retrouverait ce rôle de grande sœur. Rôle assuré par la caractérisation du personnage, mais surtout par la taille de l’actrice supérieure à celle de Noah Schnapp.

Doug Jones – Zorak

Zorak est une sorte de mante religieuse, dirigeant une armée colonisatrice. Le souci étant son corps fin et particulier, par sa démarche animale, ses postures, ce qui m’a fait pencher pour Doug Jones. Ses performances incroyables en tant que Abe Sapien dans les Hellboy de Guillermo Del Toro, ou encore Fauno et le joyeux bonhomme jouant avec ses yeux dans Le Labyrinthe de Pan. N’oublions pas non plus qu’il a tenu le meilleur rôle dans le second film des 4 Fantastiques, celui du Silver Surfer. Cet acteur a cette capacité à adopter toute posture et faire perdre cette idée qu’un homme se trouve sous ce costume ou derrière ces capteurs. Doug Jones peut devenir animal, et peut tenir ce rôle à la perfection, si la caractérisation suit. Car Doug Jones représenterait le personnage dans son aspect esthétique, physique et s’adaptera aux capacités de son personnage. Facteur qu’on peut laisser de côté, en sachant que ce personnage ne peut que difficilement être sujet à transmettre une quelconque émotion, se limitant, du moins dans les comics et dans la série animée, à une nature destructrice.

Space Ghost, c’est un projet que beaucoup attendent, que beaucoup craignent pour son rapport avec un univers particulier déjà détourné dans Coast to Coast. Denis Villeneuve pourrait être le réalisateur idéal, rattaché avec un scénariste de comics qui a su prendre le héros au sérieux tout en le respectant. Un duo qui pourrait concilier le fan et le spectateur venu découvrir le fantôme de l’espace. En espérant avoir titillé votre esprit, et éveillé votre curiosité, c’est sur cette note d’espoir de voir un jour le cinéma maîtriser le genre du super-héros pour nous livrer une oeuvre digne de ce nom, que cette chronique se referme.

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Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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Jake… <3

Billy Batson
Billy Batson

Mmmmh quelle friandise cette chronique, un délice sucré. De par le scénario qui donne sacrément envie et qui serait jouissif à voir sur grand écran, et par le projet en lui-même. Doug Jones en Zorak est une idée exceptionnelle. Je vais néanmoins émettre des doutes quant à Villeneuve et Urban. Villeneuve car je ne pense pas qu’il soit un grand amateur de la SF Vintage. Quid de Brad Bird qui serait un bien meilleur choix à mes yeux ? Pour Urban je ne sais pas, mais je ne l’image pas du tout dans le rôle. Après, du moment que l’on a pas ça :
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