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Il est d’usage de dire que toutes les mamans sont des super-héroïnes, et que tous les papas sont des super-héros. Vision niaise et idéaliste, mais non dépourvue d’intérêt, d’autant plus quand on s’intéresse au big boss des super-héros : Batman Superman. Comme vous le savez si vous suivez Rebirth, bien que cela date d’un peu avant, l’homme de demain est désormais un père de famille. Marié avec Lois, il a eu avec elle le petit Jon, que l’on découvre à un âge déjà avancé (ne demandez pas pourquoi). Et l’on en vient donc à ce billet, qui devrait en réalité se nommer « Pourquoi faire de Superman un père de famille est la meilleure chose qui pouvait lui arriver ? ». Vous comprenez pourquoi j’ai choisi sobrement « L’héritage de Superman ».

Cet article ne contient aucun spoil VO, par conséquent les lecteurs VF ayant lu le one-shot DC Universe Rebirth (et accessoirement le premier tome de Superman Rebirth) n’ont rien à craindre.

Superman, un humain symbole d’humanité

Tout d’abord, il faut s’intéresser à Superman lui-même. Bébé enlevé à sa planète dès la naissance, élevé par un couple de fermiers, il s’élève comme un symbole d’humanité. Là est le paradoxe : le bougre est un alien, et pourtant il est plus humain que quiconque, d’où l’inspiration qu’il provoque. Et non, être humain en signifie pas être torturé, dépressif, pessimiste ou je ne sais quoi encore. Quand je dis qu’il est un symbole d’humanité, ce n’est pas « s’apparenter à un être humain », l’humanité est bien plus, elle est un idéal, elle est ce qu’il y a de meilleur, et n’est justement pas réservée qu’à l’être humain biologique. Ainsi, Superman nous inspire à prendre le meilleur en nous, à aspirer au Bien, à être la meilleure version de nous-même, à rendre le monde meilleur pour tous ceux qui sont là et qui sont à venir, mais aussi pour ceux qui ont été là avant. Il a des pouvoirs de dieu, est considéré comme un sauveur presque biblique, mais il n’en a pas la prétention ni la froideur. Bien qu’il sache voler, il ne se croit pas au-dessus de chacun, il garde au contraire bien les pieds sur terre et est capable d’accomplir des miracles comme de faire un geste aussi simple qu’aider un enfant dont le vélo serait crevé. Tout cela, c’est ce qui fait à mon sens la beauté du personnage, ce qui en fait un vrai super-héros plus que ses pouvoirs. Il n’est pas unidimensionnel comme certains pourraient le penser, il n’a pas besoin d’être rabaissé à ce que l’on pense être notre niveau, il est là pour faire en sorte que l’on s’élève.

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Superman, au-delà de représenter l’humanité, reste bien un homme. Il n’est pas le parfait petit boy-scout que certains imaginent (et quand bien même), il est simplement un gars du Kansas faisant de son mieux. Il fait des erreurs, il doute, aime, désire, craint. Et comme tout humain, il porte en lui ce désir de transmission, de laisser un héritage personnel. Lui donner une progéniture est un pas difficile à franchir pour différentes raisons, et notamment parce que l’on pourrait oublier son côté humain, ou même vouloir l’oublier. Mais c’est maintenant le cas, comme son ami Batman, il est désormais responsable de la chair de sa chair. Une manière de renouveler le personnage, de lui donner du relief si certains pensaient qu’il en manquait. Maintenant que Jon Kent est bien ancré, il est difficile de comprendre pourquoi ce pas n’a pas été franchi plus tôt. Après tout, quoi de plus logique pour un héros aussi inspirant que de lui donner un bambin qu’il pourra inspirer lui-aussi, lui inculquer ses valeurs. C’est à priori une position naturelle pour lui. C’est aussi une façon de donner un nouveau défi au héros, de voir ce qu’il vaut réellement quand il s’agit de s’attaquer à l’éducation d’un enfant, d’un être bien particulier dont il est complètement responsable, et d’autant plus son propre fils. À vrai dire, il ne lui manquait peut-être plus que ça pour s’intégrer complètement au moule humain. Mais aussi, Clark, au fond de lui, pense peut-être au futur, au passage de flambeau. Il a beau être quasiment immortel, il n’est pas invincible pour autant, une piqûre de rappel nous a été donnée il y a peu.

La notion d’héritage, une constante chez DC

Superman est le porte étendard de l’éditeur, c’est sa figure de proue. Ce qui touche DC touche Superman, c’est évident. Rien de surprenant alors à ce que l’homme d’acier soit en fait le premier touché par le relaunch Rebirth, avant même qu’il ne commence, et notamment par le retour de la notion d’héritage. Ce don d’un enfant à Superman, c’est une promesse, une façon de nous dire que l’avenir sera radieux. Bien entendu, cette promesse sonne fausse si l’enfant n’est pas à la hauteur, mais il n’y a qu’à voir à quel point les lecteurs ont déjà adopté le petit Jon pour voir qu’il l’est, à la hauteur. Jon est mignon, attachant, respectueux, c’est le fils de ses parents : il hérite des pouvoirs de son père et de la curiosité, de la fougue de sa mère, Lois. Cet enfant a déjà un grand sens moral quand on le rencontre, mais cela n’est pas génétique, cela passe par l’éducation. Une façon de nous dire que pendant ces années où nous n’avons pas suivi sa croissance, les Kent s’en sont plutôt bien tirés. Cependant, des défis sont encore à relever, et en grand nombre, que cela concerne les défis d’une éducation lambda ou les rapports à ses pouvoirs et origines, qui renvoient finalement toujours à des sujets plus terre-à-terre. À la manière d’un nouveau lecteur, Jon découvre le monde, le DCU. Petit à petit il l’appréhende, le confronte, le comprend, l’accepte et y trouve sa place. Son père lui sert de guide dans cet univers bien trop grand, même pour de super-épaules. Comme pour chaque éducation, tout n’est pas parfait, des conflits se créent, mais Clark et Lois font de leur mieux, et c’est bien assez.

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L’une des choses intéressantes avec Clark, c’est qu’il est le fruit de deux héritages : c’est un alien, élevé par des parents humains à Smallville, qui prendra toutes leurs valeurs, et qui a également cherché à connaître sa culture d’origine, celle de Krypton, afin de pouvoir incarner le meilleur des deux mondes. Avec Jon, l’équation est encore plus complexe puisqu’il est élevé par ce père à la culture hybride et par une mère à la culture humaine, mais qui a accueilli Krypton au sein de sa vie. Son éducation est donc à la fois similaire à celle de son père, mais également bien différente. Le travail de Superman ici, qui a synthétisé ses deux héritages, est de trouver à nouveau un équilibre, mais pour son fils. Il doit se porter témoin d’une civilisation qu’il n’a lui-même pas réellement connu, et faire profiter à Jon de ce qui est finalement une nouvelle culture, celle qu’il a développée en devenant Superman. Jon porte en lui cet héritage de façon biologique, ce qui est inédit, et lui vaut sa première menace dans le premier arc du titre Superman Rebirth, Son of Superman, où il sera considéré comme une aberration, un déshonneur à la pureté de Krypton. Le but est de remettre en question sa place dans cet univers, ce qui est finalement un thème universel pour un enfant. Une fois cet héritage de sang mêlé approuvé par l’esprit de Krypton, une étape est passée, une identité affirmée, mais de nouvelles questions identitaires restent bien évidemment à développer. C’est tout un parcours éducatif que nous suivons dans Rebirth, mettant à mal l’enfant comme les parents, dont les enseignements sont parfois rejetés pour en tirer une leçon meilleure encore.

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Une super-famille, avec des défis renvoyant à la réalité, mais toujours dans une optique inspiratrice, c’est la force de ce nouveau statu quo, permettant de renouveler le personnage de Superman en le voyant évoluer dans une nouvelle configuration et de montrer encore une fois toute sa force à travers un exercice plus personnel. Faire de Superman un père de famille, enfin, permet tout simplement de rappeler aussi d’où vient ce héros, comment il a été construit. Pourquoi écrire une nouvelle origin-story quand on peut évoquer de manière subliminale (ou plus évidente) les épreuves par lesquelles il est passé, les enseignements qu’il a tirés de ses épreuves, et l’éducation que lui ont donnés Jonathan et Martha Kent ? À la manière de la Justice Society of America formant la première génération de héros, la Justice League qui représente la génération actuelle et les Teen Titans l’héritage, ces trois générations de Kent déroulent une certaine histoire de DC. Une histoire de bonté, une histoire de Superman.

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Mocassin

Mocassin

Dernier représentant de la tribu des Mocassins, il prit le nom de celle-ci afin de la faire perdurer. Avant de s'exiler sur les terres dites civilisées, il trouva une pantoufle précieuse. Plus tard, il comprit qu'il avait en sa possession la pantoufle unique, la maîtresse des dix-neuf autres chaussons. Il était devenu le seigneur des godasses. Avec ce nouveau pouvoir, il fonda la communauté des fragiles, où seuls les braves osant exprimer leurs sentiments étaient acceptés.