En 2005 sort ce one-shot qui a pour but de raconter la première rencontre entre Batman et le Joker dans la chronologie post-Crisis. C’est donc à Ed Brubaker, bien rodé sur Batman depuis plusieurs années maintenant, que cette tâche revient. Accompagné par Mahnke aux dessins, Brubaker va nous délivrer une de ces histoires polar/film noir dont il a le secret. Certes classique, l’histoire va gagner en intérêt sous la plume de l’auteur. The Man Who Laughs se lit directement après Batman: Year One dont il adopte la narration avec justesse.

Bienqu’il existe une petite incohérence (How the Joker got his name), les personnages sont très bien caractérisés, dans la veine de ce que nous a donné Miller dix-sept ans plus tôt. Batman tout d’abord. Ce dernier est visiblement plus expérimenté que lors de la première rencontre avec Gordon. Bien plus prudent, il observe avant d’agir alors que les cases de pensées nous permettent de suivre le cours de sa réflexion. On se retrouve immergé dans l’enquête avec Batman. On suit tout ce qui se passe à Gotham selon son point de vue. Le Chevalier Noir est assez froid mais n’est pas antipathique pour autant grâce à sa proximité avec le lecteur avec qui il partage tout ce qui lui arrive, en bien ou en mal. De plus, retrouver un Batman qui agit dans l’ombre, qui étudie avec attention les indices qu’il trouve, qui réfléchit avant d’agir et qui enquête méthodiquement est simplement ce qui permet à un tel récit d’acquérir un contexte de vraisemblance plutôt poussé.

Review VO - Batman: The Man Who Laughs 1

Le tandem avec Gordon est intelligemment écrit. En effet, quand on ne suit plus l’enquête du point de vue de Batman, c’est avec Gordon qu’on se retrouve. Cela nous permet d’avoir une vision plus terre à terre d’un monde aussi fantaisiste que Gotham City. Maintenant amis, le capitaine de police et Batman ne dépendent pourtant pas l’un de l’autre. Ce sont deux hommes brillants qui collaborent afin d’être plus efficaces dans ce qu’ils font. Batman n’est pas invincible, il ne prévoit pas ce qui arrive, il est humain et c’est ce qu’il y a de mieux à faire surtout pour un tel récit.

Car, si Batman et Gordon sont centraux dans ce one-shot, le véritable personnage principal est le Joker. Répondant directement à l’origin story établi par Moore, ce Joker est très réussi. Terrorisant Gotham par tous les moyens, semant chaos et désordre, il est ce que Gotham City peut donner de pire. Certains trouveront que Brubaker le démystifie et, par conséquent, le rend vulnérable mais il s’agit d’un excellent compromis. De cette façon, ce Joker correspond au Batman humain présenté dans ce comics. Aucun n’aura vraiment l’ascendant sur l’autre, ce qui permet de donner le ton qu’aura leur future relation. Par ailleurs, ce Joker a clairement été une source d’inspiration pour Nolan mais ce n’est pas ce qui nous importe ici.

Review VO - Batman: The Man Who Laughs 2

Ce qui est intéressant par ailleurs, c’est le caractère synthétique de l’histoire. En effet, en peu de pages, on arrive à saisir toute l’essence de Batman et de son univers. Beaucoup de concepts semblent naître de ce qui arrive ici tout en étant des pistes déjà explorées par le passé. L’exemple le plus frappant étant le célèbre postulat que toute bonne adaptation du Batverse se doit obligatoirement d’adopter (ahem), à savoir le fait que Batman crée ses ennemis. A peine évoqué, ce point est pourtant fondamental et finit par être quelque chose qui prendra réellement de l’importance une fois l’œuvre refermée. Loin d’être la seule caractéristique induite par ce titre auto-contenu, ce dernier lance pourtant plusieurs pistes qui peuvent potentiellement être explorées par la suite.

Les dessins de Mahnke quant à eux sont bons et posent une ambiance qui convient à ce type d’histoire. L’artiste arrive à modifier son style habituel pour se rapprocher davantage de ce que peut faire un Risso. La mise en scène est également excellente, à telle point que le scénario est parfaitement limpide en ne regardant que les dessins. La colorisation de Baron, qui joue sur les tons tantôt bleutés, tantôt orangés en passant par le violet, parvient aussi à créer quelque chose qui se met au service de l’histoire. On se retrouve complètement plongé dans ce polar qui n’est certes pas aussi incroyable que peut l’être The Long Halloween par exemple, mais qui reste une œuvre qui restera marquante.

Review VO - Batman: The Man Who Laughs 3

The Man Who Laughs est un récit indispensable tant qualitativement qu’éditorialement. En effet, si The Killing Joke est important en ce qui concerne la relation entretenue par un Batman et un Joker qui ont vu les années passer, il est intéressant de voir comment cette relation a débuté. Force est de constater qu’il s’agit d’un projet que Brubaker et Mahnke ont su mener jusqu’au bout sans aucune fioriture. La force de ce récit réside autant dans ce qu’il représente que dans la qualité de son écriture et de ses dessins. Tout Batfan se doit de le lire au moins une fois dans sa vie.

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Des personnages très bien caractérisés
L’intelligence et la finesse de l’écriture
Les dessins et l’ambiance créée
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Un Joker que certains pourraient
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18 COMMENTS

  1. Merci les gars !

    Voici une anecdote sur Death of the Family de Snyder (attention au spoil pour ceux qui n’ont pas lu The Man Who Laughs) :

    “The New 52 Death of the Family references the story during Batman’s part of the arc, in that Joker was recreating all of his first crimes, but with a twist on how he did it last time. For example, the news report that plays on TV is a man dressed up as the Joker to announce his next crime shortly before being shot. It is revealed that he was John Claridge, son of Henry Claridge, who Joker murders first in The Man Who Laughs. When Batman believes he is going after the Mayor, it turns out that he poisoned the mayor’s security instead, but instead of smiles they all wear mutilated frowns. When they finally face off at the reservoir, Batman makes a guess that the Joker is going to poison it, and then Joker goes on to detail what would have happened if it played out exactly like last time, but instead reveals that since the people closest to the reservoir would have been poisoned before Batman or Nightwing detonated the viaduct anyway, he took the liberty of drowning the residents of nearby condos prior to Batman’s arrival, and detonated the aqueduct while Nightwing was still on it. He not only recreated the crime, he stopped it before Batman did so that they could have time to talk.”

  2. Pour info, il s’agissait en fait de la deuxième version post-Crisis de la première rencontre entre Batman et le Joker. Dennis O’Neil en avait déjà écrit une dans Legends of the Dark Knight #50. L’histoire était franchement pas terrible, bien loin derrière le comic de Brubaker, mais le numéro bénéficie d’une superbe cover de Bolland.

  3. Merci pour la revue. Ca ne me rajeunit pas des masses mais je me souviens qu’à l’époque, l’histoire bien que non déplaisante m’avait quand même laissée sur ma faim. Cependant il y avait une seconde histoire dans le bouquin que j’avais acheté, où Batman faisait équipe avec Alan Scott (“made of wood” si je ne me trompe pas) dont le final avait qd même réussi à me tirer quelques larmes. J’ignore si cette histoire figure également dans cette ressortie.

    • Ce n’est pas une réédition, j’avais juste envie de faire la review de cette histoire vu que la deuxième n’a rien à voir.

      Sinon oui le team-up c’est dans Detective Comics #784-786.

  4. Jai une question “the bat” cest bien le nouveau pseudo de “batman293” ou rien a voir?
    Sinon cest cool de parler de classique qui ne sont pas ceux quon nous ressort a toute les sauces.

  5. Un excellent récit que j’ai pu découvrir grâce à l’édition de Batman année un d’eaglemoss qui est suivie directement par celui ci et ce, dans le même recueil

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