Disclamer : Si nous somme réunis ici en ce jour, c’est pour honorer une promesse faite à un rédacteur quittant le site, et attristé de voir des chroniques qui lui étaient chères tomber dans l’oubli. Il y a quelques mois, alors que le premier Sandman Theatre paraissait sur le site, et que je n’appartenais même pas à la rédaction, je ne pensais pas une seule seconde que le sale gosse que je suis aurait la lourde tâche de reprendre cette chronique. Et quelle tâche, l’ancien rédacteur étant à la fois une des raisons ayant motivé ma décision d’entrer à DCP, mais aussi une des personnes m’ayant fait découvrir Vertigo, label dont les défenseurs diminuent de jours en jours. Ainsi, dans un soucis de transparence, je me vois dans l’obligation d’avouer que cette chronique a failli ne jamais voir le jour, et que la reprendre en main n’a pas été chose aisée. Néanmoins, suivant les enseignement de Jessie Custer, en d’autres termes, « une promesse est une promesse », c’est avec une certaine émotion que j’ai l’honneur de vous présenter ce troisième numéro de Sandman Theatre. 


                                                     Avant-Propos

Mes doigts tapotent nerveusement sur mon clavier, la sueur perle sur mon front. Le sang bat dans mes tempes et une envie soudaine de foutre le feu au monde m’emplie. Une envie de secouer ses habitants, une envie de hurler : « Réveillez-vous ! »

Voilà dans quel état d’esprit devrait ressortir des salles obscures le spectateur après le visionnage d’un film Transmetropolitan. Témoignage historique d’une situation sociale qui n’est pas prêt de changer, l’œuvre de Warren Ellis étonne de part l’actualité de son propos et l’universalité de son message. Ainsi, à une époque où le 9ème art connait un second souffle via des adaptations cinématographiques multiples de plus ou moins bonne qualité, quoi de mieux pour porter ce message qu’un réalisateur de talent et une tripotée d’acteurs plus motivés les uns que les autres ?

Néanmoins, la tâche n’est pas aisée. Entre une politique d’aseptisation afin de toucher un public plus large, et la volonté des studios de se complaire dans des productions formatées à en devenir lisses et plates comme jamais, il était jusqu’à très récemment quasiment impossible de voir un jour un tel projet mis en chantier. Quand soudain, Preacher apparut, et d’une bien belle manière qui plus est. Car en effet, qui de mieux que des fans du comics original en la personne de Seth Rogen et d’Evan Goldberg pour produire une série adaptant une de leurs aventures subversives préférées ?

Depuis le début de la parution de la série, la côte de popularité de Transmetropolitan n’a cessé de croître, allant même jusqu’à ce que des singles se retrouvent dans des bibliothèques de stars d’envergures internationales en la personne de Johnny Depp, Darren Aronofsky ou même Patrick Stewart pour ne citer qu’eux. De ce fait, tous possédant une fortune dépassant le PIB de plusieurs pays d’Afrique, les fonds pourrait être assez aisés à trouver, et les investisseurs plus que faciles à convaincre. Par ailleurs, encore faut-t il avoir un projet intéressant à leur soumettre. C’est à cela que va s’atteler ce nouveau numéro de Sandman Theatre. Enjoy !


                                                        Réalisation

Terry Gilliam est un réalisateurs qui n’a eu de cesse de se renouveler durant ses cinquante années d’activités derrière une caméra. A l’origine membre de la célèbre troupe humoristique des Monty Python, l’homme est avant tout connu pour avoir plusieurs casquettes à son actif. Acteur, réalisateur, monteur, animateur durant le tournage de Sacré Graal et Flying Circus, ses petits films et séries devenus célèbres lui ont fait acquérir une expérience qui lui a servi tout le long de sa carrière.

Gilliam n’est pas ce que l’on pourrait appeler un réalisateur conventionnel. C’est un auteur qui surprend autant par les thèmes qu’il aborde, que par sa capacité à jongler avec plusieurs registres, toujours un pied entre un humour plus ou moins sarcastique, un pessimisme latent, et un message fort laissant un goût doux-amer dans la bouche de ses spectateurs.

Mais pourquoi lui et pas un autre, le monde actuel regorgeant de nombreux réalisateurs de talent ? Tout simplement pour sa capacité déjà établie à mettre en scène à la fois Spider Jerusalem, mais aussi le deuxième personnage le plus important de l’histoire du comics à mon sens : The City. Pour ceux l’ignorant, le défenseur de la vérité est inspiré de Hunter S. Thompson, grand ponte du journalisme moderne et figure de proue du gonzo, qui est, non pas une catégorie de vidéos pornographiques pouvant s’apparenter à un fast-food du sexe, mais un style rédactionnel basé sur l’ultra subjectivité. Et Thompson, Gilliam le connait plus que bien, puisqu’en 1998, un an après la sortie du premier single de Transmetropolitan, l’ancien membre des Monty Python réalisait Las Vegas Parano, biopic basé sur un des articles du journaliste : « Fear and Loathing in Las Vegas: A Savage Journey to the Heart of the American Dream ». Ainsi, le réalisateur ayant déjà démontré son aisance à gérer le personnage à l’écran, cet état de fait offre un plus non négligeable à la candidature de Gilliam sur le projet.

The City, regroupant le pire et le meilleur de cette société –mais surtout le pire- est le deuxième élément le plus important de l’œuvre de Ellis. Aussi fascinante que terrifiante, véritable ode au transhumanisme cyberpunk, la ville est le témoignage de la crise à laquelle le monde est en proie. Et cette ambiance si particulière, Gilliam y est habitué depuis longtemps. Que ce soit avec le chef d’œuvre Brazil que vous vous devez de regarder pour la science, L’Armée des Douze Singes (Twelve Monkeys) et son pessimisme latent, ou bien The Zero Theorem qui à défaut d’être un grand film, possédait des visuels saisissants, le réalisateur a démontré son savoir faire pour créer des univers convaincants, mais aussi pour traiter ce type de sujets. D’ailleurs, je ne saurais trop lui conseiller de passer un coup de fil à Philippe Rousselot, directeur de la photographie sur de nombreux films à succès (Sherlock Holmes, Charlie et la Chocolaterie, Entretien avec un Vampire) et compétant à tous les niveaux.


                                                         Scénario

Et c’est là bien entendu que tout se complique, car en effet, regrouper l’intrigue d’un comics de 60 numéros en un seul film n’est pas chose aisée. L’idéal serait bien entendu de réaliser deux films, le premier allant jusqu’à l’élection du Smiler, et l’autre dépeignant le combat de Spider et de ses sordides assistantes contre le nouveau président en place à la Maison blanche. Mais ne soyons pas gourmands et contentons-nous de peu.

Le film démarrerait alors que The Smiler vient d’être élu. Spider, assis sur un toit, et accompagné de Channon et Yelena, contemple des manifestants en train de se faire rouer de coups par la police en contrebas. L’écrivain réclame sa machine à écrire et alors que la caméra le filme de face en train de pianoter, cette dernière se retourne vers les émeutes et plonge doucement vers le bas. Dans un long plan séquence, l’objectif se déplace entre les manifestants se faisant passer à tabac pour se diriger progressivement vers une télévision diffusant des images du Smiler en train d’expliquer que le monde est plus calme que jamais sous sa présidence.

Bonne manière d’accrocher le spectateur, mais le plus dur reste à faire : Que raconter dans ce film, et comment le faire ?
Une idée pourrait être, à l’image du cinéma de Tarantino, de diviser le film en chapitre afin de ne pas perdre le spectateur, mais aussi de retranscrire cet affrontement constant entre le journaliste et le président, telle une succession de rounds. Il serait par conséquent préférable que l’action se déroule sur un intervalle d’une semaine maximum afin que le tout ne s’étale pas trop en longueur, tout en restant réaliste – un président ne peut être destitué en 3 jours, surtout aux USA.

Alors qu’il sera évidemment passé sous silence un bon nombre d’éléments scénaristiques faute de temps, il est nécessaire que certains événements marquants constituant le coeur de la série soient présents. Parmi eux :
– Le meurtre de Rita Severn, de préférence évoqué via une scène au Memorial Rita afin d’éviter un flashback inutile
– La grippe bleue et le massacre des journalistes lorsque Spider commencerait à poser trop de questions.
– La révolution étudiante éradiquée par l’armée. Dans le contexte actuel, cela ferait surement réagir.

 – La romance avec Yelena, car il en faut bien une, bien qu’il serait préférable qu’elle ne soit que sous-entendue, comme le faisait le comics.
– Une rencontre avec The Beast permettant une critique sur les réelles ambitions des hommes que le peuple place au pouvoir.
– L’assassinat de la famille du Smiler par lui-même.
– La maladie de Spider permettant à Gilliam de s’amuser avec des phases hallucinées –Las Vegas Parano, on y revient. De plus, le dialogue du journalisme, coincé dans sa propre tête pendant son coma et brisant le quatrième mur serait véritablement intéressant. Il se réveillerait ensuite chez le père de Yelena, et le dernier acte pourrait enfin débuter.

La fin du film serait sans aucun doute la plus simple à réaliser et à imaginer. L’avantage étant que l’écriture de Ellis couplée au découpage de Robertson, déjà quasi cinématographique, permettrait de remplir le dernier acte en faisant pratiquement du case par case à partir du moment où Callahan retourne à la City dans l’optique d’abattre Spider.


                                                         Casting

Spider Jerusalem – Joseph Gilgun
Bien que beaucoup de personnes l’aient découvert avec la série Preacher dans laquelle il crève l’écran, cela fait maintenant plusieurs années que le britannique sévit à la télévision. En effet, c’est avec le genre super-héroïque que sa carrière internationale commence à décoller. Interprétant le rôle de Rudy à partir de la saison 3 de Misfits, sa performance est saluée par la critique et lui ouvre la voie vers d’autres productions . Pour les intéressés, la série dépeint le quotidien d’une bande de jeunes, forcés de réaliser des travaux d’intérêt général, et qui se retrouvent dotés de super-pouvoirs à la suite d’un mystérieux orage. Et puis, sans avoir à m’étendre en discours élogieux, regardez-le, l’homme à la gueule de l’emploie avec son sourire narquois et sa capacité à passer de la violence à la tendresse en un clin d’œil. De plus, lui donner la chance d’avoir enfin le premier rôle donnerait un coup de pouce non négligeable à sa carrière.

Channon Yarrow – Emilie Blunt
Et je dois bien avouer que ce rôle a été le plus difficile à attribuer car, alors qu’Hollywood regorge de bimbos préformatées, les actrices d’une trentaine d’années pouvant interpréter des femmes fortes ne sont pas légion. Pour être honnête, il y a quelques années, je n’aurais certainement pas parié sur Emily Blunt, l’actrice étant alors cantonnée à des rôles de jeune assistante (Le diable s’habille en Prada) ou de love interest dans des comédies romantiques peu innovantes. Et pourtant, depuis 2010, la jeune femme a progressivement opéré un changement dans le choix de ses rôles, que ce soit avec Looper, un bon film de SF très mal vendu par ses bandes-annonces, ou plus récemment Sicario. Néanmoins, c’est le visionnage de Edge of Tomorrow dans lequel elle joue le rôle du Sergent Rita Rose Vrataski qui m’a convaincu de la retenir pour incarner la garde du corps de Mr Jerusalem.

Yelena Rossini – Aubrey Plaza
Découverte dans la série Parks and Recreation, un spin-off de The Office dans laquelle elle incarnait la cynique April Ludgate, c’est actuellement avec la fantastique série Legion que l’actrice a gagné ses lettres de noblesse. Correspondant parfaitement à la grinçante et sordide assistante qu’est Yelena, ce rôle permettrait à la jeune femme de s’épanouir et de voir sa carrière décoller. Elle le mérite, je vous assure, et pas seulement pour avoir joué dans le Scott Pilgrim d’Edgar Wright – Ahhhhh… Edgar. A noter que dans tous les cas, Aubrey Plaza finira un jour ou l’autre dans une adaptation de comics au cinéma au vue de ses récentes déclarations sur la question, et en particulier sa volonté d’incarner un jour Catwoman à l’écran.

Mitchell Royce – Johnny Depp
De tous les choix de casting que vous auriez pu imaginer, il est peu probable que vous ayez vu venir celui-ci. Alors pourquoi ? Jouant depuis le début de sa carrière sur son image de playboy, ce rôle pourrait être l’occasion pour Johnny Depp de se diversifier. Admirateur de H S. Thompson dont il ira même jusqu’à financer son enterrement, si il y a bien un acteur qui serait ravi de trouver une place au casting de ce film, c’est bien l’interprète du Capitaine Jack Sparrow –pour ne citer que ce rôle. Pour le reste, il n’est pas vraiment nécessaire de vous présenter cet acteur de talent qui, actuellement, a du mal à se réinventer bien qu’il continue de livrer de très bonnes performances.

Oscar Rossini – Patrick Stewart
Bien qu’Oscar, politicien aguerri et maintenant à la retraite, ne soit ni plus ni moins que le père de Yelena, il pourrait être intéressant et sympathique de modifier légèrement le personnage et d’en faire son grand-père. Pendant longtemps, il a été admis que Patrick Stewart, acteur que l’on ne présente plus et habitué des adaptations de comics de part son rôle de Professeur Xavier dans la saga X-Men, était le plus apte a camper un Spider Jerusalem crédible. Malheureusement, les années passant et le projet ne voyant pas le jour, l’acteur de 77 ans n’est aujourd’hui plus en mesure d’incarner le journaliste incendiaire. Néanmoins, sauter un palier dans la généalogie des Rossini permettrait au britannique de participer à un projet auquel il est véritablement attaché, ayant lui-même signé la préface de plusieurs éditions de Transmetropolitan.

The Beast – Kevin Spacey
Tom Hanks aurait pu lui être préféré mais, il était premièrement difficile de l’imaginer en ennemi et, secondement, la perspective d’une référence méta à la série House of Cards était diablement amusante. Kevin Spacey est un acteur qui sait choisir ses rôles. Star du film Usual Suspect sous la direction d’un Brian Singer qui partira par la suite tourner ses X-Men, l’année 1995 marquera un tournant dans sa carrière, l’acteur apparaissant également à l’affiche d’un autre succès critique et commercial : Seven. Le gagnant de l’oscar du meilleur acteur pour American Beauty ne s’en cache lui-même pas, il se plait à incarner des salopards. Et qui de plus vaniteux, gonflé par l’orgueil et manipulateur que The Beast ? The Smiler peut-être ?

The Smiler – Bradley Cooper
A l’origine, je dois l’admettre, Emmanuel Macron aurait été parfait pour le rôle. Malheureusement, son emploie du temps semblant être légèrement chargé ces derniers temps, c’est à Bradley Cooper que revient la lourde charge d’incarner l’antagoniste principal de ce film. Parce que Bradley Cooper, outre son sourire ravageur et ses magnifiques yeux bleus, est un homme qui en une dizaine d’années, a multiplié les tournages en tentant constamment de se renouveler. Un acteur qui, à l’instar d’un Jake Gyllenhaal, a refusé de se laisser enfermer dans un classique rôle de beau gosse, et s’est mis à s’investir dans des projets dans lesquels le public ne l’attendait pas. Passant successivement d’un dealer survitaminé dans la comédie Hit and Run, à un dépressif cherchant un but à sa vie dans Happiness Therapy pour ensuite revenir à l’écran en tant que Rocket Raccoon tout en étant la même année à l’affiche d’un film de snipers réalisé par Eastwood, on peut dire que l’acteur a fait du chemin. En 2016, reprenant son rôle de Eddie Morra dans la série Limitless -dérivée du film du même nom-, les spectateurs ont pu découvrir un Bradley Cooper manipulateur et dangereux, faisant carrière dans la politique. Bien que son personnage ne soit pas aussi fou qu’un Callahan, il pourrait être intéressant à la fois pour le public, mais aussi pour lui-même de se laisser tenter par ce nouveau défis.

En espérant vous avoir vendu un peu de rêve. J’attends avec impatience vos retours et vos suggestions afin que nous puissions en débattre, être du même avis, ou tomber d’accord sur notre désaccord. 
Sur ce, lisez des comics, allez voir des films, et à une prochaine fois !