Il y a comme une douce odeur des éditions Semic chez les libraires cette semaine, avec cette réédition reprenant l’intention de Panini, il y a déjà un moment, d’offrir au travail de Morrison une forme plus prestigieuse. Puisqu’en France il a fallu un bon moment se contenter des derniers Strange, et du magazine JLA – et de sa courte vie. Urban a déjà commencé avec un premier volume déjà très bon, et on touche ici, à mon sens, au meilleur morceau.

Toujours avec Morrison aux commandes, cet album comprend deux arcs et un crossover entre la JLA et les WildC.A.T.S. de Wildstorm. On retrouvera comme dans le volume précédent Howard Porter aux dessins. Pour ces deux artistes, JLA sera un monument important dans leur carrière, une ascension d’une ligue qui se perdait dangereusement, et l’arrivée sous les projecteurs de Morrison et de Porter qui signent une série destinée à un large public et au succès hors norme. Un succès justifié et qui reste encore pertinent aujourd’hui. D’ailleurs, la relecture de ce volume entraîne une réflexion de son possible impact sur les dernières créations chez DC Comics.

L’histoire principale commence par une sorte de confrontation de membres de la ligue face à des doppelgänger des sept membres fondateurs de la ligue. Ce qui pourrait laisser déjà penser à un récit d’action basique, du réchauffé. De ce prologue, on découle vers une intrigue bien plus complexe où la ligue se verra dépassée, où Morrison s’inscrira en temps que Lex Luthor dans ce récit pour modifier complètement la perception primaire du duel gentil/méchant face à un désastre. Lex Luthor en tant que scénariste de cette histoire. A la fois la meilleure façon d’écrire Luthor et le meilleur moyen de manipuler cet univers à travers le plan du grand chauve au costard noir. Loin des récits les plus complexes de Morrison, celui-ci a en premier lieu le mérite d’écrire à la perfection Lex Luthor, respecter les personnage utilisés (et par personnages, je parle de personnages qui n’ont pas toujours eu le respect mérité) et surtout d’amener la ligue dans une situation des plus critiques. Comme toujours, le défaut peut être celui de perdre le lecteur, même si le scénariste donne ici tous les éléments pour une bonne compréhension de l’histoire pour préparer quelques retournements de situation bien amenés.

Certains héros vivront une sorte de futur, retournant ainsi cette manie du Silver/Bronze Age (encore présente dans les comics actuels), de présenter le climax avant de commencer l’histoire dans le but d’inciter le lecteur à se plonger dans le récit pour comprendre pourquoi le héros se trouve dans telle situation, et comment réussira-t-il à s’en sortir. Morrison retourne le procédé, plongeant les héros dans une situation de climax constant et inattendu pour user de cette technique qui se révélait souvent n’être que de la poudre aux yeux. Puisque les résolutions étaient bien souvent très simples. Ce qui n’est pas réellement le cas ici. La résolution sera un parcours long et difficile pour les héros, et dont la solution les dépassera. De même on retrouvera des scènes qui souligne comme un sentiment de déjà vu pour ceux qui auront lu Final Crisis, ou Darkseid War. A croire que cet arc est bien plus qu’un petit élément parmi le run de Morrison.

Le deuxième arc comprend deux numéros de JLA et un numéro spécial présentant un ennemi assez peu connu (car massacré lors de Cry For Justice) : Prometheus. Et on reconnait tout l’esprit bien anglais de Morrison, à l’époque où il traînait avec Millar, qui co-écrit Secret Files and Origins dans cet album – lisez Skrull Kill Krew, c’est très barré. Prometheus est un dégénéré issu d’une famille de dégénérés qui use d’outils dépassant l’être le plus normal faisant de lui un être des plus dangereux. Ce court récit n’est ici que pour témoigner des dégâts qu’il peut causer et vous comprendrez rapidement de quoi est capable le bonhomme. Cette histoire est peut-être plus classique en ce qui concerne le premier contact entre la Justice League et lui, mais comme le premier arc, la tension est présente, et puis ce n’est pas un personnage commun qui est introduit. Les plans sont grands, les idées également, et Morrison peut compter sur Howard Porter pour sublimer ses histoires.

Porter est le designer des sensations. Il soigne ses plans comme personne, donne au titre un effet de blockbuster soigné, où le frisson est atteint et provoqué par un plan choisi relevant du genre du cinéma. Il concentre l’attention sur un élément. Cette concentration dépasse cependant la mise en avant d’un élément précis, par un plan rapproché puis large. Porter concentre l’attention sur un point précis, mais ne le situe pas forcément au centre. Il peut aller jusqu’à distordre le décor (très légèrement, ne paniquez pas) de sorte à ce que le regard soit attiré vers cet élément (cf. la course poursuite en avion dans le second épisode). On peut lui reprocher d’exagérer ses formes, ses postures, mais c’est un style qui réussit à conserver l’esprit de chacun des héros. Où la noirceur de Batman n’est pas compromise par un esprit d’équipe de plus en plus présent. Howard Porter est sur Justice League la quintessence des comics sur série régulière des années 90. Il porte sur lui son époque, la marque des évolutions subies et témoigne de la fin d’une époque difficile. Et il illustre à la perfection la vision d’une Justice League moderne, dans des aventures de qualité.

En somme, c’est un album regroupant certainement deux histoires parfaites, et un petit crossover (oui, j’ai oublié d’en parler, et alors ? ) qui ravira les fans de Wildstorm de l’époque et qui laissera, ou indifférent, ou donnera le goût de la découverte aux autres lecteurs. Quoi qu’il en soit, c’est un must-have, un coup de cœur. Amoureux de Morrison, de Porter ou de la Justice League, cet album est l’album du mois.

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Grant Morrison signe deux histoires parfaites
Howard Porter, la sensation illustrée
Une JLA encore instable
Les -
Un crossover un peu classique ?
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