La semaine dernière, DC Comics assistait à la sortie conjointe du neuvième numéro de Dark Knight III en kiosques et de Wonder Woman en salles. Chapitre final d’un de ses plus grands auteurs sur un de ses plus grands personnages d’un côté, et premier métrage dont on peut enfin revendiquer autant de défauts que de qualités de l’autre – quelque part, s’en aller sur une bonne note, c’est tout de même rassurant. Il y a des choses qu’on aimerait garder en interne, d’ordinaire ce serait le cas d’ailleurs, mais après avoir fait mes au revoir à la rédaction, difficile d’oublier que toute structure n’existe pas dans un écosystème fermé – et donc, lecteur, je suis venu te dire que je m’en vais. Ne serait-ce que pour éviter à Arnaud son habituelle gymnastique cérébrale du lundi matin, ça épargne au meilleur d’entre nous de paumer une bonne heure à chercher un sujet (qu’il aurait trouvé de toutes façons, mais vous attendrez la semaine prochaine).

Il y a cinq ans de ça, Nathko et Julien fondaient DCPlanet. Ils n’étaient à l’époque que deux, deux passionnés à répondre à un besoin que les New 52 et la révolution Urban étaient entrain de créer : une renaissance de DC Comics en VO comme en VF, et tandis que Christopher Nolan posait la dernière pierre de son désormais inoubliable édifice, se fomentaient dans l’ombre le relaunch d’un pool de séries TV a qualité variable (ou plutôt fixe, si on admet que c’était pas terrible) et d’un monstre d’ambition cinématographique encore en construction. Autant de raisons de fédérer autour d’eux une rédaction d’autres passionnés, pour faire vivre sur la toile francophone l’idée que, oui, peut-être bien, il est possible de ne parler que de DC sans lasser les gens. Pire, on peut soi même y prendre son pied.

Mais, comme tout organisme vivant, les rédactions vont et viennent au gré du problématique facteur humain. On grandit, on trouve un boulot, on fonde sa famille. Certains claquent des portes, d’autres reviennent, entre les creux des périodes d’examens (parce que la vraie vie a ceci de cruel d’être un bouffe temps sur les trucs superflus), et les remises en causes des uns et des autres. Pour ma part, c’était en quittant un site de jeu vidéo que je suis venu rédiger ici, content de connaître un rythme soutenu de rédaction à foutre sur mon CV, dans une période lointaine où je caressais l’idée d’intégrer la presse écrite ou culturelle, option critique ciné – et vu l’accueil que certains réservent aujourd’hui à ces papiers, je chéris la pensée que tout le monde a le droit de se réorienter.

Après un certain temps de services assidus, d’autres écrits étaient encore à faire, et tandis que c’était vers l’éditorial et la critique que je quittais mes alertes Google, Arnaud devenait rédacteur en chef. Malgré les difficultés, malgré les aléas et les baisses de régime, et grâce à l’engagement de ce bolide Alsacien plus V12 que Diesel dans la productivité, j’aime à penser que la ligne édito de DCP a valu qu’on y sacrifie une ou deux occasions de faire autre chose de son weekend. Là-dessus, je vous laisse juge, mais il est vrai que ces trois ans ne se passèrent pas sans les petites félicitées qui continuèrent d’alimenter la motivation comme des bûches au feu.

Or, il est temps. Temps d’évoluer, et faute de Steve Trevor sur mes côtes venu m’appeler à rejoindre le front, c’est la venue géographique d’un autre soldat de l’information qui m’a poussé à abandonner famille et foyer vers l’appel de ces contrées lointaines que je ne connais pas encore. Vous l’avez peut-être remarqué (et à nouveau, ri ou ragé, c’est selon), c’est sur les ondes de Comicsblog que j’ai exceptionnellement rendu à l’heure ma critique de Wonder Woman tombée récemment – ce qui ne sera à l’avenir plus un cas isolé, prenant mes quartiers dans la famille Arts dès cet été. Une opportunité de continuer le combat dans une perspective moins cloisonnantes, avec une exigence plus professionnelle – bref, quitter Gotham pour la Justice League, et une équipe internationale de héros talentueux. Ce qui passera peut-être pour certains comme un acte de trahison, mais après avoir supporté qu’on me traite d’anti DC, d’anti Gotham ou de pro puis d’anti CW (oui oui, ça aussi, c’est arrivé. La vie est pleine de surprises !), je compte évidemment sur vous pour entretenir le mythe. Aux autres, je dirais seulement qu’une page se tourne, et que vous allez me manquer.

Le parcours de ces trois années, qui se résument finalement à un type en pyjama qui écrit depuis un PC portable deux trois papiers que personne n’a vraiment lu entre le chocapic et la saison un et deux de Bojack, il en restera plein de bons souvenirs. L’impression d’avoir été utile à mon niveau, d’avoir forgé de belles rencontres avec les membres de cette rédaction bénévole (qui ne touche toujours pas de pognon pour dire du bien d’Urban, les vrais savent et sauront), vécu mes premières conventions et interviewé des artistes sur lesquels rien n’est à redire. Pour la génération des Watchful et des Blue, nos Super Sons locaux, j’essaye de croire avec sans doute un chouilla d’ego qu’ils reprendront le flambeau des édito’ mythologiques et de Vertigo, pour connaître eux aussi la joie d’un petit commentaire paumé et d’un compteur de vue dérisoire, parce qu’on bosse plus pour la gloire que la fortune, et que les petits gars ont aussi dans leur besace nombre de choses importantes à vous enseigner.

Sur ce, je n’oublie pas Julien, Nath, Harley, Darthfry, Deiimo, Zeppeli, MFW, n00dle, SuperAudy, JamesEdgeGrayson, Maddy, le Riddler, Sledgy (ou Alex), Leonidas, ceux tombés au combat contre la vie sociale et importante, mes commentateurs préférés et bien entendu la majorité silencieuse qui mérite qu’on ait continué d’avancer dans le silence. Quelques papiers bouclés, vous me retrouverez sur d’autres enseignes, au détour d’un autre quartier, en définitive rien n’aura changé. Comme le disait si bien un personnage à l’éternel sourire figé, parce que Frank Miller nous a appris que c’est par lui que se terminent les meilleures histoires, « je crois que vous et moi sommes destinés à faire ça pour toujours ».

L'humeur du lundi #36 - Rien ne finit jamais 1