En ce mois qui précède la sortie du film Wonder Woman de Patty Jenkins, l’éditeur français Urban Comics a mis les bouchées doubles sur l’Amazone et propose plusieurs albums centrés sur cette super-héroïne, avec notamment la suite du run de Greg Rucka sur le personnage. Le premier tome (notre review par ici) était une belle entrée en la matière pour suivre le personnage dans sa mission diplomatique, avec une installation assez lente des différentes manigances des protagonistes, jusqu’à une explosion finale très intéressante. On reprend ici le cours du fil, avec une Veronica Cale notamment, qui n’a pas fini de s’en prendre à Wonder Woman.

Un mélange de genres bienvenu

Et puisque la diffamation n’a pas suffi, Cale va devoir employer au final d’autres moyens pour briser l’Amazone. Les motivations du personnage permettent de mieux comprendre sa jalousie on ne peut plus maladie, et quelque part Rucka rend le personnage intéressant car ce sont des motivations très personnelles et qui ne font pas de cette « méchante » une méchante par défaut. De façon générale, Greg Rucka arrive à comprendre l’essence de ses personnages et reste au plus proche d’eux, ce qui permet de s’attacher à chacun et de ressentir les rebondissements de l’histoire au mieux. Même dans la façon d’écrire, comparé à ce qu’on peut retrouver dans les comics actuels, on sent que l’auteur à l’époque avait (certainement) les moyens de tenir ses plans sur plusieurs numéros, et ça se ressent dans la structure, avec un fil narratif qui se déroule sans artifices ou effets de redite (cliffhanger – explications de début de numéro, si courant aujourd’hui) malgré une écriture assez dense.

Mais quand je parle de densité, c’est simplement parce que Rucka explique les choses correctement et prend le temps de développer ses scènes. Ainsi, le premier arc proposé continue l’opposition entre Wonder Woman et Cale, qui en plus des tours idéologiques, permet de continuer l’utilisation par l’auteur d’un Dr. Psycho qui est redoutable malgré un temps de présence au final pas si important. Le côté psychologique, et l’influence des émotions sur ce que peuvent penser les gens de l’Amazone est également très important, car au-delà de son statut de super-héroïne, on n’en oublie pas qu’elle est l’ambassadrice d’une nation entière. Les évènements du fin de tome dernier ont d’ailleurs une incidence sur cet aspect, et on peut retrouver actuellement beaucoup de ces éléments dans les histoires récentes d’Aquaman, preuve que l’opposition des nations n’est pas une marque attribuée à un seul personnage. Par ailleurs, l’aspect politique et diplomatique qui était très présent dans le premier tome va progressivement disparaître – ce que je regrette un peu – pour laisser place à la dimension mythologique de Wonder Woman.

Si je n’étais pas apte à faire partie de la ligue, j’aurais déjà démissionné. – Diana

Brian Azzarello reprendra à son compte les divinités grecques bien plus tard lors des New 52, et Greg Rucka avait déjà ses propres idées en les représentants comme des personnes très sournoises, manigançant dans le dos de chacun pour continuer de se mêler des affaires des mortels, et causer du tort aux Amazones et à leur représentante. Rucka s’appuie aussi sur des fameux contes mythologiques pour les rapporter à son univers et y inclure Wonder Woman. Le second arc, qui donne son titre à l’ouvrage (Les Yeux de la Gorgone) plonge dans la mythologie avec un retour de Medusa bien décidée à se venger de son sort. En résulte une histoire qui, pour le coup, verse plus dans le super-héroïque classique, mais avec une très grande efficacité, notamment parce que Rucka n’hésite pas dans ses idées et offre quelques moments particulièrement dramatiques (dans tous les sens du termes), tout en reprenant à son compte des éléments bien connus du lore de Wonder Woman (par exemple, le retour de Circé).

Un ouvrage qui frôle l’excellence sans y parvenir

Le dernier arc, un peu plus court, continue de mettre en avant les capacités physiques de Wonder Woman et en exergue les manigances de l’Olympe, pour un résultat bien plaisant et surtout du teasing pour la suite, qui montre que Rucka va s’essayer dans une autre direction encore. L’auteur fait donc petit à petit le tour du personnage, et c’est pour l’instant un véritable plaisir à lire. En vérité, si je trouve la lecture plaisante, je vous avoue que j’ai entendu tellement du bien de ce run que je m’attendais à quelque chose de fantastique à la Morrison sur Batman (ou Moore sur Swamp Thing), mais ce n’est pas non plus une redéfinition complète du personnage que l’on observe, ou des arcs qui arrivent à nous emmener à des frontières de l’imaginaire folles. Mais j’aime aussi énormément ce côté plus « terre à terre » (dans la mesure du possible), et proche des personnages, sans qu’il y ait besoin de faire de folies dans tous les sens – de même l’approche diplomatique/politique du personnage est une particularité que j’ai vraiment appréciée, et la façon dont Rucka en profite pour mettre en avant les valeurs du personnage reste excellente. Je m’attendais simplement à être encore plus satisfait de la lecture.

Concernant les dessins, ce sera à votre goût d’en juger car si l’ensemble est assez séduisant, il n’en reste pas moins un style qui semble, d’une part, un peu daté (années 2000 oblige ? je n’ai pas forcément envie d’en faire une telle affirmation), mais surtout qui manque un peu de charme, de personnalité. Il en reste malgré tout que les dessins sont solides, et proposent quelques planches terriblement belle (l’arrivée de Wonder Woman en tenue guerrière est pour moins incroyablement classe), mais il ne faudra pas s’attendre non plus à un gros décrochement de rétine.

Urban Comics continue sa très bonne stratégie éditoriale sur Wonder Woman. Le run de Greg Rucka est extrêmement plaisant à lire, parce qu’il ne se cantonne pas qu’à un seul genre, que l’écriture est juste et développée, qu’on se retrouve au plus proches des personnages, et que l’auteur va au bout de ses idées. Aidé par des artistes solides, bien qu’un peu classiques, ce second tome de Wonder Woman s’avère donc être une très bonne lecture, que tous les fans du personnage se feraient bien de lire avant de retrouver l’Amazone au cinéma. Ce n’est peut-être pas une perle rare non plus, mais de quoi passer un très bon moment. Et qui ne veut pas passer un bon moment avec Diana ?

Très Bon / 10 Notre avis
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Les +
Des récits proches de l'héroïne
Une écriture dense mais sans artifices
Les affrontements qui vont au delà du physique
Une partie graphique solide...
Les -
... mais qui manque de personnalité
Le côté politique plus en retrait
La réputation de l'auteur qui met
beaucoup d'attentes
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