Hauts les coeurs les amis, puisqu’il est temps de poursuivre cette rétrospective cinématographique : les grands films de DC que d’aucuns aimeraient oublier, leurs auteurs y compris. Vous aurez remarqué qu’il n’est pas d’usage d’être gratuitement méchant avec les oeuvres abordées ici (si, je vous assure, vous l’aurez remarqué), c’est pourquoi il va me falloir aujourd’hui oublier le différentiel comics/adaptation, sans quoi l’argument principal de cette critique serait un peu long à développer. Prenons donc La League des Gentlement Extraordinaires pour ce que c’est – encore que, même là, y a matière à débattre.

Fact Checking

Le film date de 2003, et adapte un comics qui a depuis changé d’éditeur. Lorsqu’Alan Moore se barre de DC Comics à la fin des années ’80, il se lance dans diverses entreprises parmi lesquelles son imprint à lui, America’s Best Comics, sous l’égide de WildStorm, elle-même boîte postale séparée du conglomérat Image Comics, pensé pour la protection des auteurs et de leurs droits. Patatra prévisible cependant, Jim Lee, président de la société décide de vendre en échange d’un poste influent à son acquéreur DC Comics, et sortent plusieurs décisions de l’échange : ABC est sensé rester indépendant, quoi que les œuvres seront ensuite récupérées par l’éditorial de DC puis de Vertigo, tandis que Lee devient l’un des responsables éditoriaux de l’éditeur, et que Moore part une seconde fois, sans doute écoeuré par cet alignement foireux des planètes qui, il faut bien l’admettre, ne l’ont pas à la bonne ces dernières décennies.

Mais, pour constituer son statut d’oeuvre à part, il faut le préciser : le film La League des Gentlement Extraordinaires, qui adapte l’oeuvre de l’auteur et de l’artiste Kevin O’Neil, n’est pas un produit estampillé Warner. Inexplicablement, ce sont les studios 20th Century Fox qui se chargent du massacre, pour un film qui déplut aux deux auteurs originaux (pour beaucoup, l’une des adaptations de Moore les plus traîtresses devant From Hell, mais je gage que ce public là n’a sans doute pas vu Swamp Thing 2), à son réalisateur Stephen Norrington qui se plaindra plusieurs fois des directives du studio, à son acteur principal Sean Connery qui se plaindra de son réalisateur et partira en retraite immédiatement après la fin du tournage (et ne reviendra jamais, plus jamais), et au studio qui regrette d’avoir du filer tout le pognon du casting à Sean Connery (soit dix-sept millions, autant dire que le bon James partait en retraite avec du bon gros flouze qui va bien). Sans compter un procès pour plagiat d’un autre auteur qui avait eu la même idée de croiser de grandes figures littéraires dans une oeuvre de fiction, qui coûta quelques millions à la Fox pour s’arranger à l’amiable hors du tribunal, bref, une bien belle loose, qui se planta sur les critiques mais devînt étrangement une oeuvre culte pour beaucoup de gens.

Ces considérations historiques mises de côté, de quoi ça s’agit, La League des Gentlemen Extraordinaires ? Comme le comics, l’idée est de reprendre le bon vieux concept de l’équipe de super-héros, mais plutôt que de choisir dans le terreau des justiciers costumés, aller vers l’idée que les héros de romans (populaires ou pas) existent dans un univers partagé comparable à celui de DC ou Marvel. Le tout empruntant à la fois à la tradition des comics qu’ABC et WildStorm en général avaient pour habitude de démonter à l’époque (via des séries comme Top 10Ex Machina et compagnie), et à la tradition du film d’horreur de genre qui aime généralement croiser toutes les idées nées du fantastique et de l’horrifique au ciné ou en littérature.

Le tout présenté ainsi : un certain M, comme celui des James Bond, veut recruter un mec qui a jadis été James Bond et est maintenant Allan Quatermain, le héros Pulp qui inspirera plus tard les aventures d’Indiana Jones, pour être le leader d’une équipe de gens « extraordinaires ». Parmi eux on trouve la fiancée du vampire Mina Harker, le Capitaine Némo de Verne, le Dr Jekyll et son Hyde, un Homme Invisible qui n’est pas l’Homme Invisible de H.G. Wells, parce que la Fox n’a simplement pas eu les droits, Dorian Gray et Tom Sawyer, un personnage que le studio a cru bon de rajouter pour séduire un public plus Américain.

Après la formation de l’équipe, on leur apprend l’importance de lutter contre un genre d’organisation terroriste qui cherche à déclencher une Guerre (ah, j’ai le compteur de cliché qui s’affole), qui provoque un premier attentat, puis trahison, escapade sur une forteresse isolée où, oh ! le méchant essaye de dupliquer les pouvoirs des gentils et tout ça était une mascarade depuis le début, jusqu’à ce que patatra, par le pouvoir de l’amitié et des bonbons à la fraise, les méchants soient terrassés par les héros vrais et que le monde reprenne son cours. Et tandis que Sean Connery crève à l’écran pour bien signifier qu’il n’avait pas envie d’être là et que quarante piges de carrière, c’est long donc foutez moi la paix, une fin ouverte est proposée, parce que Sean Connery ne vit que deux fois (et hop) et sera reprise plus ou moins stricto sensus à la fin de Batman V Superman – je le dis là pour ceux qui comptaient le placer en commentaires (haha, faites la gueule hein ?).

Less is Moore

Alors sans aller trop vite, qu’est ce qui est nul et qu’est ce qui est bien dans ce grand gâchis de potentiel ? D’abord, pour commencer, c’est un gâchis de potentiel. L’idée est cool et séduisante, faire du super-héros avec des personnages de fiction plus vaste, la Fox avait mis à l’époque le doigt presque avant les autres sur un concept courant en BD mais rare à l’écran : le crossover de têtes connues, et c’était bienvenu d’aller chercher un taff de Moore pour le détruire en en gardant la seule bonne idée. Quelque part ce n’est pas pour rien si certains continuent de se référer à ce film pour expliquer des trucs comme Penny Dreadful (avec un autre James Bond) ou le nouvel univers partagé des streum’ d’Universal : l’idée est la même et vient du même terreau, les comics et les premières rencontres de monstres dans l’âge d’or d’Hollywood, de l’horreur classique et des productions Hammer. Cela dit.

Cela dit le concept, aussi ludique soit il, n’est rien d’autre qu’un prétexte : on élude le fondement de chacun de ces personnages (à part Moriarty, éventuellement), chacun n’ayant grosso modo qu’une ou deux scènes pour justifier leur présence ou leurs origines. Le reste, si on met de côté la particularité de chacun, n’est qu’un blockbuster comme les autres. Un méchant complot, un film « historique » qui s’amuse des anachronismes à droite et à gauche (truc assez courant à une époque), un mélange d’humour et d’action, des relations inter-personnages assez creuses, on peut même trouver une ébauche de triangle ou de quatuor amoureux avec Mina Harker. Tout est déjà vu et réutilisable et la plupart des héros  ne sont que des archétypes. Celui qui s’en sort le mieux sera peut-être le Dr Jekyll qui propose une revisite du mythe qui densifie le personnage – mais, va complètement à l’encontre du message initial du bouquin et des films. Idem pour le Capitaine Nemo, on se demande bien ce que vient foutre cette interprétation étrange d’un capitaine utopiste et volontairement reclus du monde dans une organisation gouvernementale sous une quelconque autorité.

A ce sujet, on peut apprécier les efforts de designs faits pour donner vie au Nautilus (même si : au delà du fait que c’est ridicule, j’aimerais bien comprendre pourquoi Nemo aurait besoin d’une bagnole puisqu’il vit en théorie sous l’eau), ou du « twist » Moriarty si on est fan de ce proto-super-vilain machiavélique. Pour le reste, les acteurs ne volent pas haut, les dialogues non plus puisqu’on reste à échelle de blockbuster – le but des répliques n’est que d’exposer ou de faire rire – la réalisation molle ne se dépatouille pas de scènes d’actions qui ont en outre assez mal vieilli, et rien ne subsiste de la rencontre de ces héros qui aurait pu mener à une idée Pulp, d’épouser une réalisation où une photographie marquée pour rendre hommage à l’époque où ces films (enfin, les films adaptés des bouquins) ont pour la première fois vu le jour. Le scénario est haché, c’est vraiment du gros film estival sans grands moments, même si en ne le prenant que comme ça on arrive à trouver un peu de charme à deux trois idées. Le personnage de Skinner par exemple, où la scène de fin qui garde une petite énergie mystique pour le coup assez fidèle à ce qu’un film Pulp aurait pu donner.

Pour le reste, la League est surtout un film fidèle à son époque : ça ne va pas chercher loin, ça ne joue que dans la catégorie du dollar et de l’envie de surprendre, d’un Hollywood qui s’est lassé des films de SF futuristes dans les années ’80 et ’90 et cherche à trouver un accent nouveau en adaptant des codes à des films aux décors différents. Comme pour Wild Wild West ou Pirates des Caraïbes, qui sera au passage le concurrent direct de la League à sa sortie, et lui rétamera la gueule comme les avocats de DC avec les droits d’Alan Moore : avec violence et sans merci. Quelque part, une perte pour personne : film trop peu rentable pour motiver une suite, mais suffisamment pour que le concept reste en vie (et puisse inspirer des pitchs similaires à des décideurs modernes), d’autant que son existence a sans doute pu se retaper cordialement avec les ventes de DVD. Je l’ai eu, ne me jugez pas, j’étais jeune et maman pensait me faire plaisir.

Bref, la League des Gentlemen Extraordinaires, qu’est ce donc ? Un excellent comics, un blockbuster lambda. Le film a pour lui l’originalité de récupérer les qualités de la BD, d’en foutre une ou deux à la poubelle et de rajouter ça et là une greffe de super-production à l’ensemble, histoire que les cons de spectateurs trop débiles pour avaler une histoire intéressante ou des personnages travaillés puissent s’étouffer dans leur pop-corn et leur litres de coca – comme ça, le monde sera sauvé, les actionnaires contents, et tout continuera de bien tourner à l’ombre de la colline et de son beau travail. Sans être cela dit aussi négatif, difficile de reprocher à la League ce qu’on ne reprocherait pas pour les mêmes raisons à n’importe quel film à gros budget de ces années là, son seul crime aura été de ne pas saisir le potentiel entre ses mains – et d’avoir flingué la carrière de Sean Connery (qu’est ce qu’on ferait pas comme conneries pour 17 millions).

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Le Nautilus. Tu peux le garer n'importe où. Même dans 2 mètres de fond.
Le Dr Jekyll a le doubleur de Russel Crowe, méta-marrant.
Un concept qui fera recette à Hollywood.
La fin de BvS avec treize ans d'avance !
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Vieillit horriblement mal.
Un blockbuster lambda.
Personnages vides et archétypaux.
Alan Moore perd à chaque fois.
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Harle
Harle

Apparemment de nombreux changements et adoucissement du scénario, ainsi que le glissement du personnage principal de Mina à Quatermain, sont dus à Connery, qui a voulu modifier profondément ce scénario auquel il ne comprenait apparemment pas grand chose. Donc le film à peut être flingue sa carrière mais il en est en grande partie responsable !

mavhoc
mavhoc

Je retiendrai de ce film qu’il fut ma première rencontre avec Dorian Gray et dont le récit avait été changé fortement. Ici c’est voir le portrait qui le tue, on comprend également que blesser le portrait pourrait, peut être seulement, le blesser. En tout cas, ça dynamisait le personnage et lui donner un aspect intéressant dans le contexte de Blockbuster.
Par contre, la critique qui n’arrête pas d’hésiter entre le français et l’anglais pour le titre du film : soit c’est League of extraordinary gentlemen soit c’est La Ligue des Gentlemen extraordinaire. Mais on peut pas pas dire « la League des Gentlemen extraordinaires ».

Darkgunner
Darkgunner

Pour l’avoir vu il y a de cela 1 an environ, sans rien en attendre, je l’avais trouvé bien sympathique ce film. Un bon mélange de personnages, de l’originalité et des moments d’action, une intrigue moyenne mais correcte; non franchement je ne vois pas pas ce qui vaut à ce film une note aussi médiocre.

Alors oui, ce n’est pas un film transcendant, il a son lot de clichés (comme tant d’autres au passage), et constitue certainement un appauvrissement du Comics d’origine, mais comme je ne le connais pas peu m’importe. Les effets spéciaux ont vieilli, mais certains tiennent quand même la route: je pense à l’homme invisible, c’était pas mal foutu j’avais trouvé.
Bref, je serais moins sévère avec ce film que la plupart d’entre vous, et lui mettrais un 3/5 si j’avais à le noter. Car un film qui a en dessous, c’est que l’on ne passe pas un bon moment devant, et je n’ai pas passé un mauvais moment devant ce film.
J’ai bien aimé le concept de base, aussi j’espère une nouvelle version au goût du jour qui rassemble plus de monde et soit plus fidèle au comics pour gagner en qualité.