Dossier – La mort chez DC Comics

Sommaire

La mort est de loin l’une des plus grandes blagues dans l’univers des comics. Lecteur de comics ou non, chacun est capable d’en rire. Un sujet qui ne tardera pas à toucher nos écrans avec l’arrivée imminente du film Justice League avec le « possible » retour de « vous savez qui » – et non je ne parle pas de Voldemort. Si ce sujet est drôle, d’une certaine manière, c’est uniquement en brassant des généralités et événements connus de tous. L’exemple le plus souvent cité est bien La Mort de Superman, mais lorsque j’entends rire de la mort dans les comics je pense bien plus à Ultimatum ou à Brand New Day. Et si je me sais capable de faire un grand aparté sur le ridicule omniprésent dans Ultimatum et la disparition de toute forme tragique malgré la boucherie s’étalant sur la multitude de pages et mon amour pour Jeph Loeb, le but sera bien d’éviter cette exagération et de dépasser ce préjugé dans les comics en général, et surtout chez DC. Dépasser le ridicule et le rire d’un sujet bien trop moqué – et pour cause – à l’aide d’autres exemples et d’autres analyses pour démontrer que la mort peut être un sujet fort dans les comics en passant par les formes que la mort a pu acquérir avec le temps. J’en profiterai aussi pour marquer l’opposition entre la mort et d’autres thèmes dans les comics.

1. Into the Dark Values of Death

La mort, chez les super-héros est surtout symbolique. Preuve de la détermination du héros à travers des valeurs qu’il porte généralement par le costume, les discours ou même par les actions passées. La mort donne et prend son sens dans le symbole du personnage. Si le personnage meurt, cette dernière action deviendra événement et marquera les esprits. Une dernière action qui amplifiera le sens de cette lutte même entre le héros et son ennemi. Si le héros tombe pour ses valeurs, ces dernières ne feront que gagner en force. Il s’agit d’une forme de résultat des années de service d’un super-héros. Sa réputation, son symbole, finissent par la mort de celui qui les portes, et cette mort ne fait que propager les valeurs portées par le défunt. J’ai beau avoir pris La Mort de Superman, ce récit n’en reste pas moins le plus connu, mais aussi le plus concerné des valeurs portées par le premier super-héros.

Loin d’être le premier super-héros à mourir, il reste le premier à avoir été aussi médiatisé, et ce à travers le monde entier, et ce même en France. On dépasse même le cadre du comics, et si il réside derrière la mort un effet purement économique, les ventes ayant chutées à l’époque, elle n’en reste pas moins symbolique. Le sens dépasse cet aspect et l’événement est créé. La mort de ce personnage fictif porte ses valeurs au delà de son univers. Il touche le lecteur, même le plus retissant à cet événement. Revenons à cet univers. Le symbole survie, et se propage comme le souffle d’une explosion à travers le monde. Et à titre d’exemple du bobo type, on a ce cher Bibbo Bibbowski, très influencé par Superman déjà auparavant et dont quelques numéros lui seront consacrés pour réaliser l’effet que produira la mort de Superman chez les habitants de Metropolis. Comme une forme de vigilance, la population se rendra compte d’un héritage important. Ce qui m’amène à l’épisode Superman Adventures 11 (présent dans Superman Aventures 2 pour les lecteurs VF) écrit par Scott McCloud où notre héros sait qu’il va mourir et tente de réduire ses efforts pour apprendre à l’homme à se débrouiller seul, à faire les bons choix et ne plus penser à lui seul. Une morale dans un comics destiné aux enfants qui ne manquerait à aucun adulte aujourd’hui.

Une réaction intéressante puisque la mort se fait attendre, comme dans le combat contre Doomsday au final, mais où notre héros essaie de ne rien laisser paraître mais d’aider à rendre l’homme autonome en appuyant sur la transmission de ses valeurs. De même la mort prend différentes formes. Deux récits majeurs sur la mort sont à retenir, en ce qui concerne notre héros servant d’exemple, il s’agit de La Mort de Superman, et Les Derniers jours de Superman. Le premier présente la Mort sous une forme bestiale et colossale. Un double destructeur démuni de parole et dont le seul but est de faire tomber le mythe de l’invincible kryptonien. Le second récit voit la mort comme une fatalité, ou une solution, à l’impasse dans laquelle se trouve notre héros. Malgré les chemins empruntés, avec plus ou moins de finesse selon le lecteur, ils mènent à un même sens déjà développé plus tôt. Ces chemins donnent au symbole une force toutefois différente. La Mort de Superman fait chuter le héros de manière brutale, et la lutte contre la mort se fait sentir à coups d’onomatopées et de bras et poings massifs. Dans Les Derniers Jours de Superman, cette lutte se fait sur la durée et uniquement à travers la réflexion du héros qui finira par accepter son sort et donnera au héros le statut de mythe qui survivra des siècles plus tard. Et c’est là toute la beauté de la mort dans ces récits. Mais aussi la preuve qu’il n’existe pas une mort parfaite, que le sens qui en découle ne provient pas d’une unique écriture mais bien d’un effet produit, d’une manière ou d’une autre, sur un lecteur encore attaché au personnage. De par cette mort, Superman a atteint une seconde vie en tant que symbole. Le héros tient toute sa popularité sur le fait qu’il soit double. Car il réussit à la fois à vivre en tant que sauveur, et en tant que symbole pour avoir bravé la mort. Portant plus haut encore les valeurs portées par le personnage.

La mort peut également trouver son effet dans la surprise, et de cette mort en découle le sens. Je pense à la mort de Ted Kord, nécessaire à Infinite Crisis. Elle crée un effet incroyable de par son utilité et son lien avec l’événement, alors que ce personnage paraissait très secondaire et ridicule aux yeux des autres super-héros. Un sens qui ne fera que s’accentuer avec le temps dans Booster Gold avec l’arc Blue and Gold dont je ne vous dirai rien de plus, si ce n’est de le lire. De même pour Sue Dibny dans Identity Crisis, dont la mort est aussi horrible, que parfaitement mise en scène par Rags Morales, qui lance l’intrigue de manière similaire. Cependant, en ce qui concerne Blue Beetle, le personnage meurt pour ses valeurs et ne laisse derrière lui rien au peuple qui ne l’a jamais reconnu, pour ainsi dire, à sa juste valeur. On touche ici à la limite entre personnage principal et personnage secondaire (cf. PanthaInfinite Crisis #4).

2. Opposition de premier degré

On touche un point des plus intéressants avec cette limite puisque là où la mort est l’opposition directe à la vie, on se souvient plus d’un personnage secondaire après avoir lu sa mort ou en l’ayant découvert, voir même remarqué pour la première fois, lors de sa mort dans tel numéro. La mort est donc plus importante pour certains que la vie elle-même. Et comme on a déjà pu l’expliquer, la mort d’un personnage secondaire est un outil plus ou moins utile pour l’histoire. Une première action qui entraînera l’ensemble des réactions jusqu’à une simple anecdote oubliée la page suivante. Toujours est-il que le super-héros ne meurt jamais. Il survit de par ses valeurs, il ressuscite, ou de manière plus critiquable, se fait passer pour mort. Pourquoi passer de la vie à la mort ? Comment expliquer le fait de vivre après avoir été mort ? Et de ce fait, pourquoi opposer la mort et la vie, si la mort n’est pas tout à fait une fin ?

L’homme a ce soucis de toujours voir la vie comme une chance un bienfait, alors qu’il s’agit plutôt du fait d’avoir la capacité de comprendre ce qui nous entour. Si la vie est belle, la mort est une conclusion tout aussi noble qu’on retrouve dans les rites suite au décès (funérailles, présence de nombreux cimetières). La théorie de la vie après la mort dépend de la religion, qu’on retrouve dans l’étymologie du mot théorie, mais qui entretient d’une certaine manière à supposer une vie après la mort. Comme pour contrer la finalité à laquelle nous sommes tous au final destiné. Ce qui rend le personnage du Joker tout aussi intéressant par un malaise constant d’un personnage mimant une impatience de mourir des mains du justicier auquel il est affilié, alors qu’il n’a de lien avec aucune religion. Je tiens tout de même à me contredire avec la pensée de Kierkegaard qui voyait à travers cette approche religieuse d’une vie après la mort non pas le moyen de repousser l’inévitable mais d’atteindre une vie éternelle de l’âme, une forme d’extase figeant l’âme dans un instant qu’on ne quitte plus. Une théorie illustrée par l’acceptation de la mort suite à cette délivrance d’une vie finalement pesante. Et cette théorie rejoint un peu cette immortalité étrange du personnage du Spirit. Il ne cesse d’accepter la mort, il la subit, elle se répète et finit toujours par revenir de manière assez étrange. Je sais que l’adaptation de Frank Miller est très critiquable, mais il réussit à retranscrire cette étrangeté d’un personnage à la fois immortel dans ses aventures, mais aussi en tant que personnage restant une création respectée encore aujourd’hui qui n’a jamais eu besoin de s’adapter à notre époque. Un personnage qui a toujours sur retranscrire, et même représenter, tout le charme du Pulp.

Ce qui est assez étrange au final, non dans le principe d’échapper à la mort, mais dans le genre du polar dans lequel le héros s’inscrit. Le Pulp étant un dérivé, en témoigne Fristwave. Le Spirit comme les héros liés de près ou de loin au genre ont besoin de la mort pour vivre. Qu’est ce qu’une bonne enquête sans cadavre ? Où est la tension d’une cavale d’un cannibale ne tuant pas ses victimes ? La mort est intouchable et peut se mêler à tous les genres possibles. Que serait Watchmen sans le meurtre du Comédien ? Pourtant, cette violence semble commune à cet univers. La victime n’est rien de plus qu’un tas de viande gênant le passage et dont la transformation de bon citoyen en ramassis de tripes recouvertes de mouches reste inexpliqué. L’état en lui-même ne surprend pas si celui-ci ne témoigne pas de la violence physique subie, comme dans les mini-séries de Matt WagnerBatman and the Monsters ou Batman and the Mad Monk. Seule l’identité de la victime, si elle est connue du lecteur ou du personnage, peut surprendre de par l’état de victime. Personne ne pouvait penser que Sue Dibny pouvait mourir de cette manière lors de Identity Crisis. Ce dernier exemple cumule ces deux situations de surprise, ce qui a permis au récit de créer l’événement lors de sa sortie. La sensation procurée par le meurtre était forte.

Au final, la vie et la mort ne sont pas réellement opposées, mais se complètent. Il n’y a pas de vie sans mort, sans quoi la notion de génération disparaît, mais surtout, il n’y a pas de mort sans vie. L’opposition entre la vie et la mort est pourtant très courante malgré ce rapport. On peut facilement y voir une peur de la mort chez chacun, et comprendre la difficulté à l’accepter. C’est cette perception de la mort qui a pu donner à Blackest Night cette forme d’angoisse et ce moyen de nous faire comprendre que la mort, même dans un univers fictif est omniprésente. Toutefois, on se mettra d’accord sur le point où la tension de Blackest Night, la peur créée s’est rapidement essoufflée, déjà pour des raisons scénaristiques, une certaine overdose du tie-in, mais aussi par d’autres formes de la perception de la mort. On va retrouver mon cher Kierkegaard qui voyait en l’angoisse une lueur d’espoir. La peur est un sentiment propre à la vie chez l’homme comme chez l’animal. Pourtant, d’après mes souvenirs les Black Lanterns avaient peur de l’anneau blanc. Ce qui montre que dans son rapport entre la vie et la mort, Blackest Night était très limité et conservait, au delà d’une mort se nourrissant des émotions (concept très intéressant), un traitement très limité à ce sujet.

Parce qu’il faut bien relativiser après tout cela, je voudrais rapprocher ces Black Lanterns à la pensée d’Albert Camus. Une pensée relevant de l’absurde, où la mort est une finalité et plutôt que d’espérer une vie après la mort ou de se donner la mort, il vaut mieux observer la vie sur ce monde et lutter. On pourra également le lier à l’identité même du héros luttant pour sa vie, ou celle des autres. Je dirais même que c’est ce qui fait le White Lantern et qui explique l’intégration de Sinestro – avec cette peur de mourir en tant qu’issue – et de bien des héros à ce corps luttant contre la mort. Peu importe le sentiment si ce n’est celui de vouloir lutter pour vivre. Peu importe si cette vie est courte ou bien longue, ces personnages luttent. C’est une pensée qui définit aussi bien la vie et le héros, mais surtout qui permet de mieux comprendre ces White Lanterns dont certains ont pu remarquer une certaine ambiguïté entre ceux-ci et les Blue Lanterns, représentant l’espoir.

Joseph Campbell dans son oeuvre la plus connue qu’est Le héros aux mille visages, tirera parmi ses multiples conclusions que la naissance est la première des oppositions à la mort. Ce qui est des plus intéressants alors que nous vivons à une époque où Marvel multiplie ses Marvel Now, jusqu’à en perdre sa notion d’actualité, où DC fait le bilan de sa première année de Rebirth et où même Valiant a eu droit à son relaunch. La jeunesse est autre problème lié au héros, mais une parade des plus efficaces pour éviter les méandres de l’âge dont les héros sont victimes pour la simple et bonne raison qu’ils vivent dans un univers très (trop ?) semblable au notre. Et la notion de temps est inattaquable (cf. Legends of Tomorrow, et si vous êtes un vrai lecteur Booster Gold, 2007). Revenir en permanence à une mort comme échappatoire pour rajeunir le héros à l’aide d’une quelconque pirouette devient commun. Peut-être la lassitude a-t-elle déjà eu raison de cette solution ? Ce qui expliquerait les New 52, comme étant un moyen plus efficace d’appliquer cet effet sur l’univers tout entier, malgré des années difficiles pour l’éditeur, sans passer par la mort de ces héros.

De même est-ce qu’on peut de cette manière les considérer comme morts. La mort est une disparition, et pas uniquement l’arrêt de l’enveloppe corporelle. Nul besoin de tirer une grande quantité de balles sur Bruce Wayne pour tuer Batman. Il suffit de faire appel à Geoff Johns et le temps d’un Flashpoint, il réduira votre univers à l’état de simple souvenir et fera de vous un nostalgique. Sentiment de deuil à retardement et retardé, l’éditeur réussit malgré tout à justifier cette action. Morale de l’histoire. Un univers est mort, le lecteur peut pleurer, il ne sera jamais maître de l’univers qu’il aime. Il revient cependant sous une forme légèrement différente. Sentiment d’une contrefaçon, pourtant ce n’est pas si désagréable de manger le fruit d’un noyau craché. Il ne s’agit de rien d’autre que du cycle de la vie – comme de l’Histoire – et de son éternel recommencement.

3. Braindead

Qui dit morts, dit vivants. Qui dit mort-vivant, dit zombie. Je ne pouvais pas m’atteler à un article sur la mort sans parler de ces créatures étranges et stupides dont le rapport avec la notion de vie éternelle de l’esprit laisse penser que celui-ci a été perdu. Les zombies, même si on peut en avoir une overdose aujourd’hui, ont une histoire. Rapidement assimilé aux nanars, les zombies ont pourtant connu, non pas un sursaut de popularité, mais bien une succession sur plusieurs décennies. Comme beaucoup, il était facile de croire que George A. Romero a sur créer à partir de quelques connaissances les mort-vivants. Il s’agissait là du premier sursaut d’un phénomène qui tendait à devenir de plus en plus populaire et est désormais inscrit dans la vie quotidienne de bon nombre de personnes. Pourtant son lien avec la culture populaire ne date pas d’aujourd’hui, ni de 1968 pour les fans du cinéaste. Je pensais la littérature ou les comics être les premiers à sauter sur le concept originaire de la culture Haïtienne, que je n’hésiterais pas à faire remonter jusqu’à l’ère Mésopotamienne pour la théorie de ses peuples à penser que les morts pourraient sortir de terre si la déesse Ereshkigal venait à se mettre en colère. Toujours est-il que le débat d’un Frankenstein zombie reste un débat intéressant sur l’origine du concept et les règles qu’il s’impose aujourd’hui.

1932, Victor Halperin réalise White Zombie (Les morts-vivants) un classique du genre, premier à utiliser le concept de zombie dans la culture populaire. Autrement dit, une sorcière prend possession d’un corps, celui de la femme du personnage principal dans le film, mais introduit également le concept d’enveloppe vide – qu’on retrouve dans la culture Mésopotamienne au passage. Un concept qu’on retrouve chez ce mythe originel où une dite sorcière détruit l’âme d’une personne pour posséder – ou plutôt contrôler – son corps. Le réalisateur conservera l’idée et en fera une suite, alors que celle-ci est dors et déjà exploitée par d’autres. C’est au cours de la seconde guerre mondiale qu’explosera le premier succès du zombie. Quoi de mieux pour diaboliser l’allemand que de le faire passer pour un savant fou nazi créant des mort-vivants. Et c’est là que nous nous arrêtons pour voir s’élever Solomon Grundy en fin 1944. Une date importante par la création du personnage dans All-Star Comics #61, mais aussi dans son rapport avec le cinéma.

Et c’est sur ce point que Solomon Grundy devient intéressant puisqu’il englobe toute l’ambiguïté du mort-vivant empruntant à la fois à Frankenstein et au zombie de l’époque, sans jamais avoir été réellement rattaché à celui-ci. Ce qui a permis à Grundy de ne pas évoluer avec ce qu’est devenu le zombie d’aujourd’hui. Une enveloppe se déplaçant en groupe, lié à un code que nous devons à George A. Romero et auquel beaucoup se sont attachés. Solomon Grundy est donc à mi-chemin entre la créature de Frankenstein, lui-même une forme de zombie créé par la science, et le zombie classique trouvant son origine par une forme de magie. Ce qui procure au personnage une forme terrifiante, on ne sait quel but il peut avoir, ni comment ou pourquoi il est revenu.

Il subira des développements intéressants allant à l’encontre même des tournants pris par le zombie du cinéma. On connait son rôle de mafieux, et si beaucoup ont limité Grundy à une simple masse de muscles. Brad Meltzer avec Tornado’sPath dans Justice League of America #1-5 (2006) a su introduire ce personnage et en faire quelque chose de neuf et d’osé en lui donnant l’intellect qui le limitait autant dans la caractérisation. Il est dommage qu’aucun auteur n’en ai profité, et on laissé Grundy comme un simple zombie. Une forme de contre-évolution d’un personnage tout aussi zombie qu’anti-zombie. Une forme qui se fera remarquer un peu plus tard dans Star-Spangled War Stories. Titre certainement oublié de tous, publié en Septembre 2014 mettant en scène G.I. Zombie, créé par Justin Gray, Jimmy Palmiotti et Scott Hampton. On se souviendra surtout des couvertures de notre regretté Darwyn Cooke, et aussi d’un élément perturbant. Notre zombie en question est un agent, a une personnalité, mais est mort. Et c’est bien la grande qualité du titre. Il se détache de tout ce que nous savons du zombie pour créer un nouveau code. Aussi audacieux que cela puisse paraître, l’idée est intéressante d’une arme efficace et dangereuse non pas pour le héros mais pour ceux qui l’entourent. Il est seulement dommage qu’on s’attarde sur le passé d’un personnage qui tend à mélanger émotions et intelligence.

4. Les Sentiers de la Mort

La guerre, dans les comics comme ailleurs, est toujours liée de près ou de loin à la mort. Qu’il s’agisse des romances des années 50/60 concernant un soldat, comme des grandes batailles du Sgt. Rock, les comics de guerre mettent plus ou moins en avant les nombreuses vies perdues, et même dans les comics, rarement retrouvées. Les comics concernant la guerre ne manquent pas. Le support ayant vu une augmentation des ventes lors de celles-ci, et même son âge d’or. Pourtant, la confrontation à la mort est loin d’être un sujet simple à traiter. En général les comics de ce genre se limitent à parler de blessés par des camions remplis de soldats étouffant sous le poids des bandages. Le Sgt. Rock forgera son mythe sur ce thème de la mort, créant une fiction dans une situation réaliste d’horreur. Et on ne remerciera jamais assez Joe Kubert pour ses travaux. On trouvera chez cet auteur/artiste, dans sa vision de l’horreur, un contraste étrange que j’associerais même avec une vision d’une génération passée – celle de nos grands-parents – où, par la guerre et la mort, l’histoire se concentre sur le soucis de vivre tout en dévoilant la fragilité humaine, et sa capacité à s’adapter entre les limites de son esprit. Peu importe l’horreur, il reste quelque chose de bien à faire, une personne à sauver. Et à travers un personnage aussi rude, aussi froid que le Sgt. Rock, Kubert réussit à y dévoiler un héros caché en une personne aussi commune d’apparence, qu’un militaire parmi d’autres au front.

Loin du symbole de Superman ou Batman, qui défendent la vie à leur tour derrière une bannière symbolisant la justice, c’est un atout concernant ce personnage assez méconnu du public et même des lecteurs. Derrière un regard froid représentatif de son caractère, et un statut de héros lui donnant un prestige semblable à celui d’un « super-héros », il finit par ne plus nous sembler humain. Et on le considère de ce fait comme immortel, de par ce statut de héros acquis. Un homme aux allures de demi-dieu caché, qui a pu sembler insensibles pendant des années, succombe et brille par ses actions passées, seuls témoins de l’humanité qu’il possédait suite à son sacrifice pour la vie d’autrui. Je pense aux générations précédentes, qui semblent avoir eu ce soucis de l’autre qui tend à se perdre face à un individualisme effrayant. La mort ne surprend plus lorsqu’on ne connait plus, on doit connaître pour défendre là où le personnage du Sgt. Rock se démarque encore plus aux yeux de notre génération, par la défense et les risques pris pour un inconnu. Valeur qu’on retrouve dans ces histoires plus ou moins patriotiques, puisqu’on retrouve ces valeurs liées au drapeau des Etats-Unis. Ce qui n’empêche pas le personnage de briser cette forme de propagande, ou de publicité pour rejoindre les armées, que pourrait avoir le titre. Puisque la vie défendue, et la drame de la vie retirée est présent à travers le soldat de chaque camp. En témoigne l’illustration plus haut.

Les conséquences de la mort sont souvent associées, je dirais même assimilées, aux conséquences de la guerre. On retrouve les thèmes de la vengeance suite à l’apparition d’un désespoir causé par le déchirement d’une séparation brutale. La notion de guerre apparaît d’elle même dans le monde des super-héros, on parle de Darkseid War, Sinestro Corps War, Civil War. Sans en employer le terme, le récit se focalise sur un duel allant jusqu’à ce statut de guerre, comme pour Battle for the Cowl, ou bien même pour l’événement Legends ou bien même lors de Infinite Crisis. Pour coller un peu plus au statut de guerre, je prendrai en exemple un récit de Garth Ennis lors de la publication chez Vertigo de ses War Stories. Celle illustrée par David Lloyd qu’on connaît pour avoir illustré V pour Vendetta (où une guerre idéologique fait rage). Un récit d’une trentaine de pages où l’impuissance et la peur règne. La mort y est secondaire puisqu’elle ne se manifestera que suite à cette longue tension. Cette mince place est pourtant intéressante et représentative de ce qui se fait sur les comics liés à la guerre. La mort est un problème supplémentaire. On perd toute forme tragique malgré l’effet de surprise ressenti lorsqu’elle surgit.

Le responsable protège ses hommes de retombées. La crainte n’est que déplacée. Si la mort a frappée, la peur se déplace vers l’image mentale et l’appréhension de la réaction des supérieurs. Si cette histoire est au finale commune et vu au travers d’un livre, d’un comics ou d’un film, ce traitement est réservé à ce genre. Cet exemple illustre parfaitement le propos puisqu’il repose là dessus et sur les réactions des jeunes recrues face à la mort, complément au cliché évoqué à laquelle cette recrue est généralement liée. Le tout créé un contraste entre le sujet humain et celui ayant perdu cette humanité. Un sujet formaté. Mais alors qu’il était possible de créer une passerelle entre ces antipodes, Garth Ennis fait le (mauvais ?) choix de lier l’humain à la mort une fois que celui-ci ait pu l’apercevoir. Derrière cette approche extrême qu’on connait du scénariste, réside une part de réalisme dans ce récit, ce qui n’est pas forcément le cas de ses autres histoires de guerre, comme bien d’autres. Je pense ici à G.I. Combat comme aux Blackhawks issus des New 52, comme des séries d’origine, mettant en avant un héros particulier. Ce n’est en aucun cas un défaut, sans quoi les comics seraient bien tristes, et l’aventure aurait un goût plus amer.

5. Dellamorte Dellamore

L’amour et la mort, une association qui peut surprendre, mais inévitable. La philosophie voit l’amour comme remède à la mort, un moyen d’échapper au suicide en sociologie, comme un sentiment destiné à nous tuer, pour revenir à la philosophie. Un rapport constant à la mort se fait par l’amour. Malgré un aspect doux et chaleureux, le sentiment amoureux est terriblement instable. Il peut être violent, un coup de foudre, comme un moment anodin ou le cœur s’emballe inexplicablement dans un moment de passion assez aléatoire, comme ce sentiment peut-être calme et apaisant. La mort de même peut arriver sans explication, se faire soudaine tout comme elle peut prendre son temps et créer l’agonie, ou avoir lieu dans le calme à travers un sommeil vivant pour un réveil au royaume des morts. Le personnage de Deadman est certainement le personnage le plus affecté par cette relation entre ces deux sujets, traités à plusieurs reprises mais dont le récit le plus évident est la mini-série en deux parties de Mike Baron : Love After Death. Evidemment, dessiné par Kelley Jones. Sans tomber dans la review, je me dois de souligner le dessin de Kelley Jones qu’on réfère souvent au style le plus lié au genre de l’horreur, et pour cause. Pour autant, ses personnages féminins ayant pour objectif de séduire sont d’une beauté fulgurante. On ne passera pas à côté de certains aspects anatomiques étranges liés au style de l’artiste et à la nature même du personnage, mais on ne peut pas dire que la beauté n’est pas présente dans le style de l’artiste. La présence de ce personnage dans cet univers, dans ce décor sombre et terrifiant est également représentatif d’une beauté dans la mort, comme la présence d’un amour.

Mike Baron développe quelques thèmes liés au personnage de Deadman dont le cirque, et à travers cette image du cirque, créé un lien entre la profession passée de Boston Brand et de Ann Wallechinskie, l’acrobatie aérienne mais aussi la mort en plein saut. Pourtant ce n’est là qu’une première forme d’attraction. Deadman n’est attiré que le fait qu’elle soit victime, qu’elle puisse lui tenir compagnie. Le déclic, Manara dirait que le mot est bien choisi, c’est le toucher. Le retour à la capacité d’aimer, de désirer, un remède à la solitude et à la mélancolie. Un nouveau tout auquel se raccrocher qui créera l’aventure. Preuve que la femme est bien une cause de folie chez l’homme et l’amour une force réelle donnant ici à Boston le courage de se dresser contre des créatures étranges issues du monde des morts. Par delà le sentiment, les corps fantomatiques qui s’enlacent créant un amour au final similaire avant et après la mort malgré cette situation exceptionnelle, expose la préciosité d’un être unique représentant le sentiment amoureux. Ann Wallechinskie est allégorie de l’amour et unique issue pour Boston Brand. Et je dois revenir au dessin de Kelley Jones, qui brille de par cette association entre l’amour et la mort à travers ces deux personnages, où une femme séduisante tombe amoureuse de Deadman et de son corps squelettique dans une relation dépassant la simple amourette que nous sert aujourd’hui l’éditeur comme les producteurs de séries TV.

Deadman est évidemment sujet à ce retour constant à la mélancolie. Alors que Ann est l’allégorie de l’amour, Boston Brand est allégorie de la mort. Cet amour est au final une façade, Ann cherchant à utiliser Boston Brand pour « passer de l’autre côté », laissant Deadman seul à nouveau. Deadman est un personnage de roman pittoresque, enchaînant les déceptions, ne luttant plus que pour les autres, n’espérant plus rien de la vie comme de la mort. En marge de tout, en quête de rien. Le confronter à une épreuve telle que l’amour ne pouvait que l’amener à une nouvelle déception à ajouter à son CV. Il était prévisible que cet espoir s’évapore et que cet amour ne soit que manipulation et désillusion malgré un sentiment sincère d’amour ou de reconnaissance chez le personnage de Ann, manifesté par une dernière action réalisée pour Boston Brand, mais qui n’apaisera pas sa souffrance. Au fond, Sylvie Vartan avait raison, l’amour c’est comme une cigarette.

Deadman ne s’est pas limité à cette relation. Il a profité de Brightest Day pour retrouver la vie et avoir une relation avec la jeune Dove. Une relation qui tendait à se concrétiser et créer une évolution chez les deux personnages. Mais on remerciera Rob Liefield pour l’avoir réduite à néant avec le titre Hawk & Dove en 2011. Encore une réussite pour les New 52. L’amour et la mort, touchent chaque héros, je vais arrêter de parler de Sue Dibny, parler de Kyle Rayner serait assez idiot pour un dossier qui se veut être une approche plus sérieuse de la mort dans les comics, mais les exemples ne manquent pas. Lois a risqué sa vie à de nombreuses reprises. Il existe plus d’un cliffhanger avec la célèbre reporter touchée par balle. Un exemple, hors des comics, oubliée des fans, la relation entre Andrea Beaumont et Bruce Wayne dans Batman contre le Fantôme Masqué. La Ann Wallechinskie de Batman, sa solution pour surmonter son traumatisme, et qui finira par le trahir avec des motivations plus compréhensibles et qui tâchera de se racheter. Deux grands exemples qui laissent réfléchir sur le rôle de la femme dans les comics.

Point final

La mort est à nos yeux une fin inévitable. La littérature, le cinéma et les comics, comme bon nombre d’autres créations artistiques, ont dépassé ce mur qui était bien la première limite à franchir par l’imagination de l’homme. Ne serait-ce que par la création de dieux ou de mythes. Le dépasser pour quelle raison ? Pour se créer un objectif au delà, se rassurer mais surtout imaginer un ailleurs, pour créer en nos esprits une force qui nous surpasse et éveiller les questions de cette possibilité brisant un autre mur : celui de l’impossibilité. Car si il n’y a rien, l’imagination saura créer et combler le vide dans lequel il se retrouvera grâce à cette création fictive. On nous a souvent rabâché que la première fonction de l’art était comme le beau, une forme d’inutilité, mais la mort, loin d’être représentée sous la plus belle des formes (Neil Gaiman étant une exception), loin d’être rassurante, a une forme de beauté dans sa cérémonie et le respect dans lequel elle s’exécute. Les comics se permettent d’aller encore plus loin, de transgresser les lois du monde réel – parce que c’est un peu ça la base du comic-book – et de ramener les morts à la vie pour les opposer à la force pure de cette vie, via les White Lantern en ce qui concerne Blackest Night.

Pour autant l’invraisemblance de ces récits laissent peu de personnes dubitatives quand au rapport général avec la mort de leurs héros. Combien de retours peu crédibles avons-nous pu croiser ? Est-ce qu’une raison crédible était nécessaire ? C’est toujours plus appréciable, mais dans un monde où des super-héros côtoient, et luttent contre la mort et des morts, le retour à la vie ne peut être que courant. Malgré ces explications un peu stupides, il réside dans ces récits une faculté à s’inspirer d’icônes, à trouver nos exemples tout en se familiarisant avec des codes, un tas de choses qui font de nos histoires, des histoires extraordinaires que rien ne saurait réellement expliquer. De même l’immortalité est un autre problème que le héros rencontre souvent au cours de ses aventures, en tant que quête en cours comme acquise. A vous de voir si vous préférez être plus Lobo ou Vandal Savage. On retrouvera d’ailleurs, chez le héros immortel, une lassitude de la lutte, un sentiment de bienfait accompli et d’avoir mérité sa mort une fois tout son courage épuisé. Mais devenir immortel, ce n’est pas être le plus célèbre, ni avoir la plus grosse collection de pots à moutarde. C’est savoir laisser quelque chose de bon derrière soi pour les autres. C’est savoir faire ce qui nous ressemble et agir de telle sorte à ce que cette action transcende le temps dans lequel on a vécu. C’est apprendre la reconnaissance à autrui pour les luttes passées, pour celles en cours, et celles à venir.

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Watchful

Rédacteur depuis 2015, j'écris dans le but de partager ma passion pour les comics et entretenir ce sentiment de découverte. Bercé par Batman, mon cœur se dirige toujours vers l'éditeur aux deux lettres capitales.
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urbanvspanini10
urbanvspanini10
7 années il y a

Un peu long, mais très bon dossier !

Greensmiile
Greensmiile
7 années il y a

Attention, petit problème de lien dans l’entête. Le lien de la page 5 revois vers la 1 ;)
Sinon super dossier :) Merci beaucoup du boulot.

mavhoc
7 années il y a

Dossier très intéressant bien que tombant parfois dans des sous-domaines un peu spécialisés, évacuant également certains problèmes qui m’intéressent personnellement (par exemple le rapport à la mort de héros que soit on n’a jamais connu, soit on sait qu’ils vont ressusciter, par exemple en lisant aujourd’hui CoIE, comment ce fait-il que l’on est encore captivé par ces morts?).
Peut être un peu trop de référence littéraire et philosophique spontané qui tombent ? (Et c’est l’historien de la philo qui dit ça hein :p)

Reste que le dossier est sérieux, bien fait, bien pensé et ose aborder avec une précision haut de gamme un sujet trop souvent traité de manière superficielle.

T]osh`iki
T]osh`iki
7 années il y a

As tu regardé le fossoyeur de film avant de faire ton article? ^^ (cf titre 5eme chap)
Article bien intéressant.

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superman
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