Dossier – George Reeves’ Superman : The American Way

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C’est dans l’excellent documentaire Super Héros : L’Eternel Combat que l’historien de la BD Américaine Arlen Schumer décrit la première adaptation de Superman sur les écrans de télévision, en ces termes : « Superman, le feuilleton télévisé des années ’50, reflète fidèlement la période Eisenhower. Les Etats-Unis étaient infaillibles, bons, justes : moralement, sains. » Et si le regard moderne porté sur des séries comme Loïs & Clark peut se montrer quelque peu moqueur devant la naïveté de ces VFX où le câblage n’est même pas masqué et où les premiers effets assistés par ordinateur ont de quoi faire sourire, on a tendance à oublier que cette continuité télévisuelle du héros en bleu remonte à très loin.

Depuis l’âge d’or des premiers postes domestiques, il n’y a pas une génération qui n’ait eu son Superman, depuis que George Reeves a pour la première fois enfilé le costume sous le regard des millions d’enfants des années ’50. Succès surprise, Les Aventures de Superman représentent à leur façon une sorte de première ère des séries TV et de la science-fiction des années ’50, déjà à l’époque considéré comme kitsch ou faite pour les gosses, basés sur des scripts expéditifs et un jeu d’acteur grossier. Si le cartoon des frères Fleischer a cette qualité de pépite de l’âge d’or, techniquement parfait et abouti jusque dans sa mise en scène, pour le public adulte de cette décennie, les aventures du kryptonien étaient à ranger dans le carcan des productions de série B.

1. Genèse et production

En 1948, Superman a disparu des écrans depuis quelques années, après la fin du contrat entre Paramount et Famous Studios, quoi que le héros reste très populaire dans les kiosques. La société Republic Pictures, qui avait par deux fois tenté d’obtenir les droits du personnage (une fois en 1940 et une autre l’année suivante), s’opposant au refus de National déjà engagé, était la cible privilégiée par le producteur Sam Katzman, qui finit par acquérir l’exploitation exclusive du héros en 1947 dans l’espoir de produire un sérial basé sur ses aventures. Devant le recul de Republic, qui ne souhaitait pas donner suite à sa « branche » super-héros après un premier succès dans Les Aventures du Captain Marvel, ce fut chez les studios Columbia que le projet finit par atterrir, pour une diffusion au cinéma. Ceci marqua le premier retour historique de Clark à l’écran, et rappela l’idée de sa popularité auprès des décideurs d’Hollywood.

C’est dans ce contexte que naît la série,  à l’initiative de l’excentrique producteur Robbert L. Lippert, un ancien guichetier projectionniste à ses heures, qui fit fortune pendant la Seconde Guerre Mondiale où il démarra son entreprise, en rachetant différentes salles de cinémas de Los Angeles via une stratégie très compétitive de projection 24 heures sur 24 heures, à des prix ramassés. En 1945, il ouvrit sa propre société de production, Screen Guild, qui devînt en 1948 Lippert Pictures Inc., qui s’offrit les services de quelques grands acteurs de l’époque, et investit dans la technologie Cinecolor pour populariser ses projets les plus ambitieux. En 1955, Lippert Pictures avait produit près de 130 films en sept ans, avec comme principaux faits d’armes les premiers films de Samuel Fuller, et un accord de distribution pour les célèbres films d’horreur britanniques de la Hammer Films Productions.

C’est à Lippert que l’on doit le pilote des Aventures de Superman, via un métrage de 58 minutes intitulé Superman & The Mole Men en 1951, qui fut plus tard coupé en deux parties pour sa diffusion télévisée. On y découvre George Reeves et Phyllis Coates en Loïs sur un fond de science-fiction rudimentaire, destiné à la jeunesse. Ce pilote grand-format débouche sur un début de production épisodique, avec des aventures d’une vingtaine, en partie auto-produite à l’époque de la télévision « syndicated », une méthode de création inventée par la radio pensé pour la création en libre-accès. Des séries crées par les studios pour être vendues aux chaînes de télé, qui cherchent à l’époque à remplir leurs grilles. Cette façon de faire, à l’époque où le business model télévisuel n’en est qu’à ses premiers pas, verra naître et mourir une quantité importante de séries TV, pas assez soutenues financièrement et ne possédant aucun fond de roulement ou d’assurances de financement. Après le pilote, c’est de la chaîne ABC que vient la télédiffusion concrète.

Le problème de l’incertitude financière contraint la production à se stopper en 1952, avant de repartir quelques mois plus tard lorsque le céréalier Kellog’s, partenaire historique de Superman en BD et dans le sérial radiophonique des années ’40, devînt le sponsor officiel de la série. Viennent s’ajouter à la fameuse introduction, qui reprend le pitch du cartoon des Fleischer et de l’émission de radio, les mots « Kellog’s, The Greatest Name in Cereals, presents The Adventures of Superman ! ». Les épisodes s’achèvent par des publicités pour la marque de corn flakges, et certains acteurs principaux viennent gonfler leurs fiches de payes en participant à quelques unes d’entre-elles. Ces promotions seront cependant retirées des rééditions ultérieures, lorsque Warner Bros. récupérera les droits après avoir acquis DC Comics en 1969.

Dans l’intervalle, cependant, l’actrice Phyllis Coates s’engage sur un autre projet, et est remplacée au pied levé par Noeil Neill, la première interprète de Loïs Lane dans le sérial cinématographique de Columbia. Et, quoi que le devenir économique du show soit désormais assuré, Kellog’s ne se montre pas aussi généreux que prévu. La série fera un effort économique durable durant toute son existence, plombée par les coûts de la prise de vue couleurs dès sa troisième saison. Les acteurs n’y feront pas fortune, relativement sous-payés compte tenue des très bonnes audiences, en plus de se révéler extrêmement chronophages durant ses nombreuses années de production (George Reeves se plaindra plusieurs fois d’avoir du refuser des projets pour tenir l’agenda chargé du show).

2. Costume monochrome, drapeau tricolore

Lorsque George Reeves enfile pour la première fois le costume du héros, la série est filmée en noir et blanc. Or, parce que la technologie de captation de l’époque rendait difficile le travail de contraste colorimétrique, la première tenue de Superman n’est pas rouge et bleue mais faite de nuances de gris, afin d’épouser le travail de rendu sur un écran monochrome. Les premiers épisodes accentuent la qualité des effets spéciaux, dignes des films de science-fiction de l’époque avec un Superman câblé filmé en frontal sur ses scènes d’envol, jusqu’à ce qu’un incident survienne dans la machinerie. Les câbles lâcheront sur le tournage d’un des épisodes, manquant de blesser Reeves qui demandera ensuite à ce que l’envol soit filmé de côté, à l’aide d’un trampoline et d’une fenêtre ouverte.

Par économie de moyens, la série est majoritairement tournée en intérieur, dans les studios de la RKO, Forty Acres. Plusieurs scènes en extérieur sont filmées dans les environs du bâtiment, certaines se tiennent également à la mairie de Los Angeles, et les bureaux de Loïs et Clark utilisent le même décor, où ne sont bougés que quelques meubles ou quelques détails pour maintenir l’illusion. Quand la série passe à la couleur, les coûts de productions sont décuplés, et on demande aux réalisateurs de faire de gros efforts pour réduire le budget général autant que possible. Des scénaristes moins payés feront moins d’efforts, le nombre d’épisodes (cadencés à un budget de 15 000 dollars en moyenne) est diminué de moitié, et une grosse plage de tournage occupe désormais les scènes tournées en un décor unique. Par exemple, toutes les scènes dans le bureau de Perry White de la saison sont tournées en même temps, afin de ne plus avoir à réutiliser le décor pour le reste des périodes de production.

La plupart des musiques sont issues de librairies sonores du domaine public, ou en libre accès pour les séries à petit-budget. L’ensemble des épisodes reste relativement silencieux, quoi que le thème d’ouverture, rebaptisé plus tard Superman March, sera plus tard réutilisé lors de quelques hommages postérieurs. L’une des musiques de l’épisode Peril By Sea sera de son côté réutilisée dans le film Plan 9 From Outer Space, du légendaire réalisateur de série B Ed Wood.

Superman récupère, en couleurs, son costume rouge et bleu des comics, quoi que les technologies de l’époque offraient encore un rendu chromatique insuffisant. Des étapes de post-productions sont ajoutées pour densifier les contrastes, la série étant encore diffusée sur les postes monochromes noir & blanc (qui ne distinguaient alors qu’un ensemble totalement gris sur la tenue du héros). Dans la même direction, Noel Neill se teint les cheveux en rousse afin de mieux ressortir à l’écran. Après que les premiers pas de la série aient osé un soupçon de mystère et d’ambiance récupérée des films noirs (avec le soutien de Kellog’s), les années couleurs vont cependant assagir le ton général.

A l’image d’une ère où les débats en BD vont donner lieu à l’établissement du Comics Code, la série tend à ne pas faire de vagues : si les premiers épisodes passaient pour sérieux, s’instaure rapidement un climat bon enfant. On réduit au maximum les scènes d’actions, les coups de feu se sont de plus en plus rares au fil des saisons, et aucun des grands adversaires du héros en bleu ne trouve sa place à la TV.

Celle-ci se concentre plutôt sur la vie au quotidien de Clark au Daily Planet. Un aspect volontairement naïf, basé sur une narration procédurale qui ne comprend en définitive que quelques minutes d’action ou de fantastique sur l’ensemble de chaque épisode. L’idée de la Damsell in distress s’installe avec Loïs, et la thématique de son amour supposé avec le héros en bleu donne lieu à quelques épisodes en parfait reflet des comics de l’époque. De son côté, Jimmy est le même Superman’s Pal que les lecteurs apprécient, et les trois héros entourés de Perry forgent l’image d’Épinal d’un Clark Kent fidèle à l’idéal Américain du boyscout fan de son pays. Contrairement au cartoon des Fleischer, l’introduction présente d’ailleurs Superman comme le combattant de la vérité, de la justice, et de l’American Way, une mention qui n’avait jusqu’alors été employé que dans le sérial radio pendant les années de Guerre.

En 1954, le département du Trésor Américain fait même appel à Superman pour la promotion des bonds du trésor public, dans le seul épisode à être entré dans le domaine public, Stamp Day for Superman. Le kryptonien devient un temps le porte-parole de la nation étoilée, pour faire auprès des jeunes la publicité du soutien financier à l’Amérique, à l’image des comics de propagande où un Clark de papier distribuait les bonds de soutien à l’armement entouré de Batman et Robin. A travers Stamp Day, on retrouve une grande partie de l’idéal naïf des années ’50 en direction de la jeunesse. Même l’un des vilains au coeur de l’intrigue accepte de se rendre à la police, considérant qu’il est mal de voler, qu’il regrette son geste et qu’il aurait aimé apprendre tout jeune à économiser son argent pour ne pas finir par devenir un malfaiteur – tout est là, et de nombreux autres épisodes poseront une morale similaire, en forme de conseils aux enfants pour respecter le symbole d’un Clark officiellement grand héros de sa nation.

3. La Destruction de Krypton

Malgré les réductions budgétaires, la série Superman est un réel succès, ce qui surprend au départ les équipes mais devient assez rapidement un rendez-vous usuel pour les familles des années ’50. En 1958, la série fête ses six années d’existence et les producteurs pensent avoir une marge suffisante pour tenir sur deux saisons supplémentaires. L’un d’eux, Whitney Ellsworth, prépare même de son côté un spin-off aux aventures du héros en bleu, intitulé The Adventures of Superpup, dont l’idée était d’adapter les aventures de Superman dans un monde peuplé d’êtres canins. Cet étrange projet, qui ne dépassera pas le stade de pilote, présentait ainsi un casting entièrement constitué d’acteurs nains, parmi lesquels Billy Curtis dans le rôle du Super Chien, et une version très parodique du Daily Planet, où des personnages aux noms déformés étaient grimés dans des costumes animaliers grotesques (Captain Carrot serait fier).

Ce sont cependant deux décès au casting qui vont précipiter les choses : le premier sera celui de l’acteur John Hamilton, interprète de Perry White dans la série, qui n’arrêta cependant pas le studio. Prête à tout pour sauver les meubles, la production partit sur l’idée de remplacer le ventripotent rédacteur en chef par un frère caché qui aurait pu prendre sa place, joué par Pierre Watkin. Comme Noel NeillWatkin avait interprété le personnage dans le sérial cinématographique de Columbia des années auparavant. Mais, difficile de faire sans le héros principal, puisqu’en 1959, c’est George Reeves lui-même qui meurt d’une balle dans la tête, rendant caduque l’idée d’une saison suivante.

Cela étant, le succès est tel que les producteurs perdent le sens des réalités, et posent sur la table un projet de série Superman’s Pal Jimmy Olsen – le Silver Age n’a jamais été si évident – où l’interprète du jeune reporter roux serait devenu le héros d’un spin-off consacré à ses propres aventures, dans un monde où Superman serait artificiellement maintenu à l’écran via l’utilisation de stock-shots (des réutilisations d’images déjà tournées) et une doublure filmée de dos pour les interactions éventuelles entre le kryptonien et son pote à l’appareil photo. Cette anticipation (malsaine ?) du Jeu de la Mort sera immédiatement rejetée par Jack Larson, l’interprète de Jimmy, écoeuré de voir le respect de la production avec celui qui avait été son partenaire et ami à l’écran depuis de nombreuses années.

Dans l’après de ce départ prématuré, la production cherche néanmoins une dernière fois à grappiller sur le succès de la série, via un pilote pour une première série TV The Adventures of Superboy en 1961. Déjà à l’époque, l’aftermath de la surproduction de Superman laissait les studios se diriger vers les histoires d’origines tenues à Smallville, ce qui instaurera une tradition respectée plus tard par d’autres séries TV. Le pilote fut réalisé et treize scripts furent rendus, mais personne ne commanda le projet qui n’alla donc pas plus loin.

Le Superman de Reeves disparaît donc, ne laissant derrière lui que des décennies de rediffusions et une case vierge pour les futurs aventures d’Adam West, désormais toutes proches, aux côtés d’un piètre cartoon statique réalisé par Filmation.

4. George Reeves, He Who Was Superman

Pour les contemporains de la série Adventures of Superman, l’élément le plus important et celui auquel on attribue la pérennité du programme est attribué à l’interprétation de George Reeves. Premier (vrai) et authentique porteur des couleurs du héros en bleu à l’écran, aussi à l’aise en Clark Kent détendu au chapeau de côté, Reeves se révéla dans le personnage, que lui-même considérait pourtant comme une farce de gosses. Personnifiant à la fois l’héroïsme tricolore de la nation Américaine, son statut de héros oscillant entre bonté, assurance et complicité candide de papa cool pour les mômes, Reeves servira aussi d’inspiration pour certains des futurs acteurs à se glisser dans le costume du kryptonien : une synthèse de cette naïveté de vision des années ’50, et de héros pour enfant.

Né George Keefer Brewer en 1914, l’ironie du sort veut que ce soit le studio Warner Bros. qui demanda à l’acteur de se renommer George Reeves des années plus tard, lorsqu’il intégrera le casting d’Autant en Emporte le Vent pour un rôle mineur. D’origine allemande, l’homme connut ainsi son premier tournage aux côtés de Victor Fleming, avant d’enchaîner sur différentes productions de séries B où il croisera d’ailleurs celui-qui à l’époque n’était qu’un autre nom au générique des écrans de cinéma, Ronald Reagan. Ce début de carrière entamé, il fut comme des millions de ses compatriotes drafté par l’Armée des Etats-Unis après Pearl Harbor, où il participera aux spectacles vivants de levée de fond et, déjà trop habitué aux caméras, à différents films d’entraînement destiné à booster le moral des troupes.

De retour à Hollywood, la carrière de Reeves prend deux directions, à l’image de sa vie : il signe d’un côté pour interpréter le chevalier Galahad dans un sérial de série B, tout en continuant à recherches d’autres rôles dans un cinéma plus artistique. Il participe ainsi à From Here to Eternity, qui gagnera l’oscar du meilleur film en 1953, et à Rancho Notorious, un Fritz Lang de sa période californienne. Quand Superman survient, Reeves se retrouve piégé par un contrat très demandeur sur le plan horaire, le studio ayant intérêt à garder ses acteurs et exigeant d’eux une pleine visibilité. Cette difficulté se reflète sur sa filmographie, extraordinairement restreinte après l’obtention du rôle.

Mais l’acteur se pétrira du rôle, acceptant ce nouvel élan professionnel et financier. Il arrêtera de fumer pour ne pas choquer le public enfantin, se fit le porte-parole d’une association caritative, et s’entendait avec l’ensemble de son équipe. Au fil des ans, cependant, son association trop évidente au héros en bleu rend difficile ses évolutions de carrière. Il informe le studio de son envie de se retirer, ce que les producteurs considèrent comme envisageable, et pensent même à aller chercher Kirk Alyn, le Superman de la Columbia. Reeves tente de monter sa propre société de production de son côté, sans succès fautes de financement, et dut finalement accepter de reprendre le rôle sous la promesse d’une augmentation de salaire.

En 1958, après avoir à nouveau échoué à être financé sur son projet de réaliser son propre long-métrage, Reeves est en proie à de grandes difficultés financières. Superman lui apparaît désormais comme un fardeau, lui qui est désormais âgé de 45 ans et estime n’avoir pas fait grand chose de sa vie. Cerclé par une vie amoureuse relativement trouble, qu’il tient à l’écart des médias, l’acteur ne semble plus trouver la force de continuer, et finit par se suicider le 16 juin 1959.

En 1960, Reeves obtient son étoile sur le Hollywood Boulevard pour sa contribution à l’industrie télévisuelle, et en 1985, il est nommé à titre posthume au panthéon des 50 qui ont fait l’Histoire de DC.

5. Biopic et hommages

La mort de George Reeves fera partie des mystères d’Hollywood pendant de nombreuses années. A une époque plus pernicieuse sur les manigances de studios, certains (parmi lesquels la mère de l’acteur) attribuent en effet ce décès à une rivalité amoureuse : depuis de nombreuses années, George était l’amant de Toni Mannix, épouse du producteur Eddie Mannix, un des très grands nom de la cité Hollywoodienne formé par Louis B. Mayer, et œuvrant dans l’ombre pendant l’âge d’or du cinéma pour étouffer les scandales internes aux acteurs de la Metro Goldwyn Mayer.

Connu pour avoir évité la prison à de nombreuses grandes figures du 7ème Art, Mannix se hisse après des années de loyaux services à la vice-présidence de MGM, où la fermeté de sa politique dans une Amérique où le paparazzi business se développe à grande vitesse, lui bâtissent une réputation d’homme ferme, dur, et talentueux. Quand il épouse la danseuse Toni Lanier, épousée Toni Mannix, en 1951, le couple s’autorise une relation libre si les deux parties acceptent de ne pas faire de vague. Le producteur prend une maîtresse Japonaise, et Toni prend un amant d’origine kryptonienne. Cet écart extra-conjugal ne sera un secret pour personne, y compris les acteurs de la série, pas plus que pour l’entourage de Mannix, qui rencontre même Reeves selon la légende de l’histoire.

Parce qu’il y a une histoire, et qu’il y a une légende (qui alimentera les émissions d’enquêtes alternatives des années durant). Lorsque la mère de Reeves apprend le suicide de son enfant, elle refuse d’y croire et pense immédiatement à une machination. Mettant un détective privé sur l’affaire, celui-ci révèle des incohérences dans le dossier : pas d’empreintes digitales sur l’arme, ni de brûlures sur le corps de l’acteur comme cela est généralement le cas après un suicide. Le corps est retrouvé sur le ventre, là où la logique l’aurait vue tomber sur le dos, et surtout, Neill et Larson, ses partenaires à l’écran, refusent de valider la théorie. Très attachés à leur ami et collègue, ceux-ci expliqueront plus tard que ce-dernier n’avait pas de pensée morbide et n’aurait certainement pas été le genre de personne à se suicider.

Lorsque Reeves est retrouvé mort, le regard de ses proches se tourne vers Eddie Mannix et sa femme Toni. Différentes théories échafaudent, avant qu’une seconde autopsie vienne reconfirmer la théorie du suicide, sans aucune forme de débat. Les détails resteront flous, et le séisme d’une Amérique au Superman suicidaire continuera de remuer les esprits pendant les générations à venir. En 2005, le studio Focus Pictures met la main sur un scénario baptisé Truth, Justice & the American Way, récit de l’enquête sur la mort de George Reeves grandement romancé, mais bien documenté.

Contemporain à sa sortie du Superman Returns de Bryan Singer, le film sera rebaptisé Hollywoodland, un des rares films hors Warner à présenter un Superman en costume, dans ce métrage où Reeves est incarné par Ben Affleck, pour l’ironie agréable du sort (l’acteur cherchait à l’époque à se distancer de ses rôles de premier plan dans des films à gros budget). Le détective fictionnel Louis Simo est de son côté joué par Adrian Brody, tandis que l’excellent Bob Hoskins interprète Mannix – oui, il y a un film où Super Mario assassine Superman, j’vous promets, et c’est complètement fou.

Plutôt très fidèle aux faits, le film conclura lui aussi à la thèse du suicide. Le métrage a, malgré un aspect téléfilm préjudiciable, la qualité de son interprète, en un Affleck jovial fidèle à ce qu’était le Clark Kent du Golden Age – il recevra à cet effet différentes nominations et quelques prix, en plus d’avoir pu enfiler le costume rudimentaire de Superman fidèle à celui de l’époque (le gris comme le bleu et rouge). En définitive, même classée, la mort de Reeves a sans doute plus choqué le public par la découverte des fêlures et de la profonde déprime de celui qui était, aux yeux de millions d’enfants, le héros de l’espoir et de l’optimisme. Car la grande qualité de Reeves aura été, à l’image de son personnage, de marquer son époque par la qualité morale de son héros, plus que pour sa richesse scénaristique ou scénique que le monde ne découvrira que plus tard, par d’autres biais.

Le devenir ultérieur de l’équipe fut aussi auréolée d’hommages divers. Après l’échec des producteurs de la série Superboy en 1961, on retrouva LarsonNeill et Phyllis Coates la première Loïs dans les premières conventions de pop culture où les fans auront bien grandi, dans les décennies suivantes. Neil et le premier Superman de Columbia Kirk Alyn furent présents dans une scène coupée au montage du Superman de Richard Donner en 1978, où les deux acteurs interprètent les parents de la Loïs de Margot Kidder, fidèles à la tradition des passations de pouvoirs que respectera plus tard la chaîne CW dans ses nombreuses séries.

On les retrouva ensuite dans les séries Superboy de la fin des années ’80, dans des épisodes de Loïs & Clark, et une Neill très âgée en femme mourante de Lex Luthor au début du Superman Returns de Singer en 2006. On retrouvera également chacun d’eux dans divers documentaires rétrospectifs sur l’histoire du héros en bleu.

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crazy-el
crazy-el
7 années il y a

Tu l’as vu le film Hollywoodland? Beau dossier Corentin. Reeves demeure encore dans la mémoire des gens. Sur Facebook il existe une douzaine de comptes dédiés à l’acteur.

crazy-el
crazy-el
7 années il y a
Répondre à  Corentin

Bienvenu. J’ai de très beaux souvenirs enfant quand j’essayais de regarder la série sur notre veille TV noir et blanc avec ses oreilles de lapin lol lol La série jouait sur la chaîne NBC, il fallait je joue avec les oreilles de lapin pour que je puisse voir au moins la silhouette de Superman au vol lol Des fois c’était impossible, j’entendais seulement le bruit du vent que faisait l’effet de Superman dans son vol. Et j’étais satisfait, parce que mon imagination faisait le reste. lol lol

Blue
7 années il y a

George Reeves, le fameux acteur retrouvé suicidé d’une balle derrière la tête x) Bon dossier en tout cas ^^

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