Review VF – Preacher Tome 5

Scénario : Garth Ennis - Dessin : Steve Dillon - Couleur : Pamela Rambo - Couvertures : Glenn Fabry

Urban Comics -Vertigo Essentiels - Preacher Tome 5 - 24 mars 2017 - 392 pages - 28 €

3

Il y a l’intellectuel Moore et ses grands thèmes, le polymorphe Ellis qui ne fait que s’améliorer, et il y a Garth Ennis, le taré invraisemblable. Avec PreacherEnnis construit sur du long terme son Transmet’, son Swamp Thing, son Huck’ Finn et son Sandman, grande épopée tant narrative que thématique sur tout ce qui jalonnera la carrière de l’autre grand britannique, à l’ombre de géants fans de récits ésotériques ou politisés. Sans doute le plus Américain des auteurs Anglais (avec Millar, en bien plus talentueux), ce scénariste là a la qualité rare d’être aussi brillant que malade. Capable de passer du rire aux larmes, de l’absurde hyper violent et gras à la finesse et à l’authenticité, et à créer de ces grands personnages qui font le sel de la BD par-delà les capes et les costumes. Bref, intro’ laconique terminée, si vous avez lu la série jusqu’ici vous êtes surement de mon avis de toutes façons. Maintenant, quoi de plus à dire sur ce tome qui n’ait été dit par le passé ?

« Nous nous sommes livrés à des actes sexuels extrêmement déviants, impliquant bondage et golden shower dans une chambre d’hôtel d’Austin. Voilà comment je l’ai connu. » – Mlle Catlash

Ce volume, qui marque l’avant-dernier de la publication par Urban Comics des aventures de Jesse Custer, comprend l’arc du Marchand de Viande, une réelle avancée dans le but de l’aventure, et quelques détails sur John Custer et les origines de Tulip. C’est large, assez vaste et toujours pertinent – pour ceux qui auraient pu découvrir le comics par le biais de la série tv (y a pas de honte), vous reconnaîtrez ici le fanatique du boeuf quelque peu sadique sur les bords, Ordin Quincannon, dans une version plus crasseuse et authentiquement raciste que son itération adaptée. Un énième tacle de l’auteur à l’Amérique profonde, avec son avis (corrosif ?) sur les « tarlouzes » du KKK, une assez grosse parenthèse sur le nazisme en passant et le regard tendre teinté de lucidité de l’auteur sur le Texas, sa quasi-patrie d’adoption d’où il puise l’entre deux du cowboy silencieux et la conscience de la redneck nation, ses cheeseburgers et sa tradition sudiste.

Cette atmosphère de western complètement assumée laisse à Ennis toute licence pour développer sa narration géniale d’hommage aux classiques de l’Amérique des chevaux et des six coups, avec le redresseur de tort et l’affreux entrepreneur local. Il continue d’explorer ses genres de prédilection avec une anecdote sur papa Custer, fidèle à son amour des récits de Guerre où les soldats, souvent blessés ou aux portes de la mort, se révèlent de bons gars unis par l’absurdité de conflits où ça s’entretue à contre-courant de l’utopie Américaine des gentils flics contre les méchants communistes, là-encore, le regard rétrospectif est assez génial et sonne comme un écho à un milliers de grandes oeuvres filmiques traitant du sujet.

Suivent les origines de Tulip (je n’vais pas tout vous raconter), et brode alors une réalité que certains auront peut-être évité depuis peu. Preacher n’est pas une série comique, pas non plus une série sur la religion ou le mysticisme. Preacher est un grand roman Américain. Un voyage à travers la nation du passé et du présent, où un héros de la bannière étoilé, fort de l’archétype strong-silent-guy voyage entre rêve et réalité à travers les tableaux de Grant Wood, Wyeth et Rockwell dans une perpétuelle démarche de respect, d’admiration teinté de mélancolie réaliste, et surtout, beaucoup d’absurde et de parodie au vitriol à base de sang et de déjections diverses. Les personnages de Preacher dialoguent, mais ils ne parlent pas : ils hurlent, criants de vérité et rayonnant d’un aura de génie naturel à l’image des galeries de portraits de Tarantino ou des Coen, presque tous fous ou distingués par un rictus d’anormalité les rendant justement plus réels dans un paysage qui a tout de loufoque, et pourtant de toujours concret.

J’ai besoin de vous rappeler tout ça pour la pertinence de chemins à nouveau croisés dans ce tome là, et pour vous rappeler qu’au fond, si on met de côté Dieu et la création, ne reste dans cette série unique en son genre que ses grands héros, ses dialogues crus et sa géniale bizarrerie, avec par dessus, une magnifique histoire d’amour qui n’envie rien aux classiques des comics de super-héros, par cette touche d’authentique et de ce que l’auteur met de lui dans chacun de ses héros. Qu’il traite, en définitive, avec assez de respect pour leur accorder le droit d’être plus que des créations de papier (voilà, c’est dit. J’vous ai dit que j’aimais Preacher ? Non ? Bah c’est vachement bien, vous devriez lire).

Tout ça mis de côté, on va le répéter pour le quota de défauts obligatoires : oui, Steve Dillon a un style hyper spécial et personne ne vous demande d’y accrocher. Cela étant dit, les couvertures de Fabry sont magnifiques, l’édition est soignée (et plutôt abordable dans le rapport poids/prix), c’est de la bonne came et vous auriez tort de vous en priver. Maintenant, vu que « les vrais » savent déjà comment ça finit, on va aussi se retourner vers la série TV et voir s’il y aurait moyen de faire ça un peu différemment, parce que je dois l’admettre, à relire et relire ce classique chaque année depuis dix ans, j’en viens à me demander si je n’ai pas envie de changer un ou deux détails. Mais, bon, c’est peut-être très personnel.

0 / 10 Notre avis
{{ reviewsOverall }} / 10 Votre avis (0 votes)
Les +
Un monument qui ne s'essouffle jamais
Garth Ennis, entre déconne et génie
La galerie de couvertures de Fabry en fin de tome
Les -
Toujours difficile si on accroche pas à Steve Dillon
C'est presque fini !
Urban Comics n'a pas encore publié Hitman
Ce que vous en pensez... CONNECTE-TOI POUR DONNER TON AVIS !
Order by:

Sois le premier à donner ton avis.

User Avatar
Vérifié
{{{ review.rating_title }}}
{{{review.rating_comment | nl2br}}}

Voir plus
{{ pageNumber+1 }}