Attention les enfants, cette fois-ci c’est du gros. On va toucher à Monsieur Alan Moore. Je ne pense pas avoir à présenter Watchmen, ni son créateur à la barbe éternelle. Mais avant d’attaquer le gros du sujet, qui n’est autre qu’une étude comparative entre certains éléments bibliques, et donc sacrés ou historiques, dans l’oeuvre de Watchmen, je tiens à faire un petit aparté quand à l’objet de cette étude et ma vision de la chose.

Comme certains le savent, Alan Moore est obsédé par le sacré. Tout ce qui touche aux mythes et à la religion n’est donc pas présent par inadvertance, et je sais que je suis capable parfois de partir dans une interprétation parfois assez éloignée du sujet. Toujours est-il qu’en m’attelant à un rapport avec la Bible et en m’adressant à une communauté diverses autant par les valeurs, croyances ou autres affiliations à divers groupes, la Bible est ici vu comme une oeuvre littéraire, dont le sacré est compris en tant que valeur historique. Valeur qui peut être perçue et/ou acceptée comme chacun l’entend. De même, cet article part du principe que le lecteur a lu l’oeuvre d’origine ou a vu le film. Petite mise au point faite là dessus pour éviter tout malentendu, commençons !

1. Situation et contexte

2. Rorchasch : le martyre du martyr

3. Apocalypto

1. Situation, contexte et tout le tralala

Bien souvent, l’analyse de Watchmen se limite au contexte de la Guerre Froide, des tensions entre les Etats-Unis et l’URSS, une hymne à la paix par la destruction. Un récit dénonciateur ! Et si on ne peut pas lui enlever ce titre, qui est un peu la force première du titre, la plus perceptible, il reste une force tout aussi importante qui lui est conférée par son auteur. L’utilisation de mythes bibliques est tout simplement évidente. Mais savoir lesquels sont utilisés, la difficulté est toute autre. Débutons ici avec la situation dans laquelle se trouvent nos héros au moment présent. Rorschach est le seul justicier encore actif, la faute à une loi interdisant à tout justicier d’exercer si ce n’est au compte du gouvernement. Il s’agit de la loi Keene. Les super-héros ont eu leur heure de gloire par le passé, avec l’équipe des Minutemen, le temps d’une génération, la seconde s’étant rapidement vu disparaître peu de temps après l’apparition du Dr. Manhattan. Arrêtons nous en là pour le moment.

Comme le dit si bien le titre, je me focaliserai sur la Bible, mais plus particulièrement sur son dernier chapitre consacré à l’Apocalypse. Ce thème étant le sujet principal de l’oeuvre d’Alan Moore, qui voit dès ses premières cases passer Walter Joseph Kovacz avec une pancarte annonçant le jugement dernier. Intéressons-nous donc au contexte dans lequel était écrite cette Apocalypse. Les spécialistes jugent l’écriture de ces textes entre fin 60 et 95. C’est à dire entre le règne de Néron et de Domitien, ce qui laisse un petit nombre d’empereurs entre ces deux grands noms. Toujours est-il que la condition de la religion chrétienne, encore naissante, se portait mal et était très mal perçue des dirigeants et autorités romaines. La religion juive était une religion licita, une croyance (et non religion) tolérée par la loi. C’est à dire, que rien n’était fait à ceux qui y croyaient, l’illégalité étant de promouvoir sa croyance. En d’autres termes, on interdisait à la religion juive de se développer. De là naît le christianisme, d’une persécution, avant d’être, elle aussi persécutée. On entre alors dans ce cycle de création puis destruction, menant à une nouvelle création.

N’est-ce pas là la source même de Watchmen ? N’est-ce pas là la fonction primaire de l’apocalypse ? Purifier la terre par la destruction. Et à titre de comparaison, Alan Moore tient avec ses personnages créés à l’image d’idéaux politiques bien différents, la religion du super-héros. Un sentiment unique animé par des valeurs, des croyances, aux rituels violents, réprimés par un système qui compte bien s’octroyer les bienfaits de la croyance du peuple quitte à ce qu’ils ne croient plus en rien. Oui, car le système romain tenait à réprimander la religion chrétienne allant jusqu’à afficher des noms, tuer les croyants les plus convaincus, chassant le monothéisme en tant que mouvement incontrôlable.

Deadly Genesis

Avant d’entamer la première grande partie de cet article, j’aimerais faire un petit aparté dans cette partie centrée sur des personnages que je n’ai pas traités et dont je ne parlerai certainement plus, Night Owl et Silk Spectre qui sont incontestablement l’image même de la Genèse avec ces visions. Qui dit fin dit renouveau, et qui dit renouveau dit nouvelles origines. Et quitte à retourner aux sources autant se prévoir un couple symbolique. Ainsi Laurie et Dan seraient les Adam et Eve de ce nouveau monde. Alan Moore voyaient ces personnages comme étant les plus humains, et pour cause, ils sont le fruit des dieux qu’ils côtoient le long du récit. Cependant, malgré leur présence auprès d’eux, ils restent toujours ensemble, toujours à une certaine distance de ce qui se passe, ils ne bronchent pas devant les autres super-héros et ne semblent que suivre l’effet de groupe, comme si rien ne pouvait les perturber si rien n’est susceptible de les séparer. Car si cette destruction les inquiète, le décompte les rapproche bien plus l’un de l’autre. Et l’inquiétude vis à vis de cette destruction ne serait que la peur d’être séparé, comme le montre si bien ces quelques cases issues d’une des plus belles planches de cette oeuvre.

L’image joue un rôle essentiel dans l’interprétation des éléments. Et si le Dr. Manhattan est si évident à associer au Dieu créateur, je pense bien que les scènes sur Mars jouent un rôle important. Son expression marquant l’absence de toute émotion aussi. Alan Moore n’est pas l’unique artiste ayant donné vie à ce personnage, ni sa notoriété à l’oeuvre. Dave Gibbons signe ici, ce qui est encore à ce jour, son plus grand travail avec un style que j’associerais à notre regretté Moebius pour les  formes des corps nus aux muscles et os saillants sans aucune exagération, les couleurs qui dans la colorisation d’origine sont époustouflantes et surtout ce ton bleu donné à Manhattan. En un même style, l’artiste réussit à représenter la vie dans sa complexité, sa mécanique et se montrer d’une violence sans aucune retenue dans ce dernier chapitre.

Watchmen connaît ses scènes cultes, si bien que l’ensemble de l’oeuvre au découpage pourtant très cinématographique, est composé de véritables œuvres possédant elles seules le sens et les interprétations nécessaires que le texte n’a pas besoin de spécifier. Je pense notamment à cette image du Dr. Manhattan assis, seul. Une position banale dans un lieu inconnu et vaste, et où son apparence étrange ne surprend plus. Comment trouver son humanité où celle-ci n’est plus. Ou plutôt, comment se sentir comme un être humain là où il n’y a personne. De même, cette image sous-entend la création à partir d’une planète vierge, ce que commencera à réaliser Jon. Je me perds, mais il était impossible de limiter Watchmen à son histoire et ses textes.

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Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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6 Commentaires sur "Dossier – Watchmen : L’apocalypse selon Alan Moore"

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Witchdoctorseuss

Très intéressant , merci pour ce dossier :)

crazy-el

Tu t’es attelé à du gros calibre là lol Comme tu le mentionne c’est un sujet à développement. Une belle intro en tout cas. Merci.

Jo Ker
J’ai lu Watchmen il y a 2-3 mois à peine (oui, qu’est-ce que je faisais ces 30 dernières années ?), et j’ai été littéralement scotché par la qualité et la richesse du récit, un intemporel tout simplement. Je n’avais cependant pas fait le lien avec la Bible, donc merci pour cette analyse très intéressante. Je pense qu’il y a de quoi rédiger plusieurs thèses doctorales sur ce récit, et comme tu le dis, on est encore très loin de comprendre toutes les inspirations de Moore. Parmi les bonus de l’édition Urban, il y a quelques pages sur la réflexion de… Lire la suite »
batbear

Sacrée boulot ! Félicitations ! Je n’aurais jamais pensé faire un parallèle avec la bible. Merci pour ce partage

Billy Batson

Excellent travail Fuful qui dresse un parallèle extrêmement intelligent. Je retiens surtout le paragraphe sur la place de l’État et de manière générale la partie du Rorschach dont l’analyse est de toute finesse. Il y aurait matière à raconter beaucoup de choses mais tu arrives plutôt bien à rester sur ton sujet sans partir dans tous les sens, good job !

Para le pacifique Parademon
Para le pacifique Parademon
Concernant Rorschach, tu parles d’une contradiction « On saura que, comme lui, il était partisan du président Truman. Le président ayant lancé la bombe nucléaire. Ce qui ne concorde en aucun cas avec sa vision de justice. » C’est justement ce genre de choses qui fait que Watchmen est un grand comic : tous les personnages ont leurs idées, leurs contradictions, mais même les plus extrêmes ne sont pas jugées, ou en tout cas pas par l’œuvre directement, qui laisse le lecteur réfléchir sur ces questions en le dirigeant le moins possible je trouve. Ou en tout cas en lui donnant tellement… Lire la suite »
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