Batman Empereur Pingouin
Les points positifs :
  • Les dessins et la coloration sont réussis
  • Une galerie de méchants impressionnante
Les points négatifs :
  • C’est fade
  • Ça manque d’ambition
  • Narration elliptique parfois erratique

« Il y a quelque chose dans l’air, ce soir à Gotham. » – Batman


  • Scénario : John LaymanDessins : Jason Fabok, Andy Clarke, Henrik Johnsson, Sandu Florea, Jason Masters, Scott EatonColoration : Jeromy Cox, Blond, Brett Smith Encrage : Jason Fabok, Andy Clarke, Jason Masters, Jaime Mendoza
  • Urban Comics – DC Renaissance- Batman Empereur Pingouin – 03 février 2017 – 312 pages – 28 € – Contient: Detective Comics: Emperor Penguin (Detective Comics 13-18) + Detective Comics #19-21

Si vous aimez les oiseaux en plus des chauves-souris, vous allez adorer une des dernières sorties d’Urban Comics qui a publié vendredi dernier Batman Empereur Pingouin. C’est un ouvrage à la qualité graphique indéniable, le travail de l’équipe artistique étant toujours soigné et très plaisant à regarder. Par contre, le scénario est relativement fade et cette série tombe dans les écueils qu’on retrouve dans la plupart des New 52 (lecteurs VF, courage, c’est bientôt fini).

Un ouvrage dépendant des autres séries

Ce run de John Layman, dessiné principalement par Jason Fabok et Andy Clarke est bourré de références aux storylines des autres séries Batman – à savoir celle de Snyder, le Batman : Le Chevalier Noir d’Hurwitz et Batman Incorporated de Morrison, sans oublier Talon de James Tynion IV et les autres titres de la Bat-famille. Donc, en gros, si vous n’avez pas lu ou vous n’avez qu’une vague idée de ce qui se passe dans les autres titres Batman, vous allez avoir un peu de peine à suivre l’intrigue de ce run, et surtout, vous allez vous faire spoiler grave. Et même si, comme moi, vous avez lu la plupart, Batman Empereur Pingouin reste plutôt fade pour la même raison : il est complètement dépendant des évènements qui ont marqué les titres des New 52 et qui empêche l’histoire écrite par Layman de se développer à fond.

Bon… et pis il faut dire qu’il y a un problème avec le titre, d’abord. Parce que, qu’on se le dise, il n’y a pas de pingouins empereur. Non, madame. Il y a des manchots empereurs par contre… alors je suis bien consciente que les traducteurs chez Urban ont dû être bien embêtés au moment de traduire « Emperor Penguin ». Oui, parce qu’un pingouin en anglais, c’est un « razorbill » (je sais) et un manchot, un « penguin ». Mon cher Pipadou vous expliquera ça en des termes bien plus scientifiques mais moi je vous ai fait un petit montage sur paint (quel talent), pour vous expliquer en images. Donc, à droite, un pingouin et à gauche des manchots empereurs.

Un scénario sans originalité

Ce petit détail linguistique éclairci, revenons sur ce qui me fait dire que j’ai trouvé ce comic book fade. En réalité, j’ai plutôt été déçue par toutes les promesses qu’il n’a pas remplies. Au départ, je trouvais le postulat de base assez sympa : un sous-fifre malin et ambitieux veut voler la vedette à son chef, le Pingouin, Oswald Cobblepot. Il réussit et se positionne en tant que nouveau parrain de la pègre gothamienne. Cela en faisant revenir et en tentant d’utiliser contre lui certains ennemis mythiques de Batman comme Poison Ivy, Geule d’Argile ou Zsasz. Pas mal, non ?

En plus de cela, une autre histoire s’entremêle avec l’intrigue principale : celle de Francine et Kirk Langstrom que Layman revisite à sa façon, sans grande originalité mais sous un angle différent et ça n’est pas si mal fait.

Sauf que… c’est mal réalisé, en partie parce que le scénario a dû être soit adapté, soit écrit de façon à correspondre aux events de Deuil de la Famille et Endgame qui ont affecté Batman et ses coéquipiers. Ainsi, les storylines principales sont parfois éclipsées pour faire place aux évènements et cela rend la narration erratique. Qui l’est déjà un peu car elle utilise de nombreuses ellipses. Si on ne lit pas le volume en un ou deux « coups », cela peut être difficile à suivre.

En dehors de cela, le scénario et la caractérisation n’apportent rien de nouveau à l’univers ou au personnage de Batman. Ce n’est clairement pas ce que cette série cherche, contrairement au titre de Snyder qui a voulu chercher l’originalité à tout prix, quitte à y sacrifier la logique et la qualité parfois. Donc, vous me direz, ça n’est pas plus mal, c’est une histoire de Batman classique, avec des gadgets, Alfred qui se fait du souci pour lui, ses coéquipiers qui lui font la tête pour une raison X ou Y et des retournements de situations improbables. Et ça serait chouette… si on n’avait pas déjà lu ça mille fois auparavant. Parfois, j’avais vraiment l’impression de lire une pâle copie de Batman Silence (Jeph Loeb et Jim Lee). Par contre, Urban semble avoir fait un meilleur choix éditorial que leurs homologues outre-atlantique qui n’avaient pas inclus les numéros 19 à 21, ce qui laissait les lecteurs carrément sur leur faim.

Et la storyline avec Mio… vraiment bof. On imagine que ça va se poursuivre dans la série plus tard mais pour le moment, ça finit en queue de poisson et ça ne donne pas envie d’en savoir plus.

Des dessins toujours beaux

Le gros point positif de cet ouvrage, c’est les dessins. Que ce soit les personnages, les décors, l’encrage ou la coloration, tout est réussi. Les passages dédiés aux Langstrom sont dessinés par Andy Clarke dont le style est bien différent de celui de Fabok. Son encrage donne un peu un effet de gravure. J’avoue que j’aime moins que le style impeccable de Fabok mais ça permet de différencier les deux histoires et c’est loin d’être désagréable à regarder.

Le découpage est impeccable si pas toujours original. Mais il faut avouer que les scènes où Batman débarque du Bat-copter sont quand même super bad-ass. Le comic dans son ensemble ne manque d’ailleurs pas de moments mythiques justement, mais ils sont noyés dans le reste.

Les personnages sont bien dessinés, avec des designs originaux pour les nouveaux méchants, que ce soit le Boute en Train ou Empereur Pingouin. Et il faut dire que Batman est toujours super bien dessiné. Un gros plus de l’ouvrage est la galerie de couvertures et de croquis rassemblés à la fin du tome. La plupart sont vraiment beaux et permettent d’admirer le talent des différents artistes qui ont officié sur la série ou qui ont dessiné des couvertures alternatives, comme mon chouchou Dustin Nguyen.

En bref, Batman Empereur Pingouin est un ouvrage qui n’est pas désagréable à lire mais qui comporte très peu d’éléments originaux. C’est une histoire de Batman classique, cependant la narration donne l’impression d’aller dans tous les sens. Et si vous n’avez pas suivi les autres séries autour du personnage, vous risquez d’être déçu. Pour moi, ce run est encore une bonne idée sacrifiée sur l’hôtel de l’event-pour-faire-vendre.