Alors que vous êtes tranquillement en train de savourer un chocolat chaud, enroulé dans votre couette Captain Cold, votre foie essayant tant bien que mal de survivre à une période de fêtes assassines,  votre devoir de lecteur de comics se rappelle à vous et vous vous sentez attiré par votre bibliothèque. A la recherche d’un récit sur le thème hivernal, seul le tome de Batman : Noël, acquis dans votre librairie préférée, est là pour vous contenter. Ennuyé et en panne d’inspiration ? Le récit Batman/Houdini : The Devil’s Workshop s’offre à vous.

En 1993, Howard Chaykin, créateur de la série American Flagg, et John Francis Moore, se voient confier par DC un projet d’Else World pour lequel l’éditeur leur donne carte blanche. Les deux hommes, emballés, acceptent alors et choisissent de déléguer la partie graphique de ce récit à Mark Chiarello pour laquelle ce dernier sera nommé aux Eisner Awards dans la catégorie meilleur peintre mais finira second. Le Monsieur s’en est tout de même assez bien remis ayant depuis remporté 3 Eisner Awards et 3 Harvey Awards. Maintenant que le contexte est posé, il est temps de vous conter ce récit atypique  bien loin de l’esprit de Noël.


Tout commence mal

1903 dans les quartiers pauvres de Gotham. Un homme au visage couleur craie capture une enfant et l’enferme dans le coffre de sa calèche. Son nom, Jack –Napier ou Nicholson ? – Schadenfreude, pouvant littéralement être traduit par « joie de faire du mal ».  Parallèlement, sur un toit de la ville, Harry Houdini, célèbre illusionniste de passage s’entraine à réaliser un tour devant les yeux émerveillés de Lady Victoria Vale, venue prendre des photos de l’artiste pour le journal local. Devant eux passe un train en direction de l’autre rive de Gotham, dans lequel notre jeune Bruce Wayne, tout droit revenu de Caroline du Nord, écoute son majordome lui conter ses récit de guerre contre les rebelles –les indiens dans le contexte. Par chance,  Jack, désorienté par le brouillard, heurte la voie ferrée et renverse la calèche. Néanmoins, le criminel, emportant l’enfant encore sonné, s’enfuit sous les yeux du jeune homme le plus riche de la ville. Enfilant le costume de Batman,  celui-ci fond sur le ravisseur mais  déchante très vite suite à un coup de marteau que lui assène Jack, qui s’enfuit dans le métro. Coup du sort, la police, déjà à cran du fait de l’augmentation d’enlèvements dans les bas quartiers de la ville depuis peu surnommés « The devil’s kitchen » , en conclut que Batman est le responsable de cette vague de crimes. A noter que le commissaire Gordon est bel est bien présent dans cet univers bien qu’étant simplement évoqué en toile de fond.

Au petit matin, Harry Houdini, notre narrateur, arrive à l’Arcadia Club. Il y découvre les personnalités de la ville, en particulier Mr Wayne occupé à draguer en apprendre plus sur la suffragette Lady Vale. En profitant pour se rapprocher d’eux, le jeune illusionniste comprend vite que le millionnaire n’est pas le gamin capricieux auquel il s’attendait, et en vient même à se lier d’amitié avec lui. C’est alors que le second antagoniste de cette aventure apparait, et ce n’est pas spoiler que de le dire du fait que, premièrement, ce dernier se prénomme « The Beef Baron » et que lorsque qu’un personnage vend ou s’occupe de viande dans un récit, il est presque obligatoirement méchant –Quincannon ? -, secondement, car le personnage ressemble comme deux gouttes d’eau à un Hugo Strange après une cure de 3 mois dans le Mac Donald le plus proche. Elijah Montenegro de son vrai nom, s’énerve de ne pas avoir été invité et l’est d’autant plus lorsqu’il se rend compte que le seul autre juif dans la pièce, en la personne d’Houdini, se moque de lui. Le fait qu’ils soient juifs est important pour la suite, si si je vous assure. Après avoir quitté le Club en mode drama queen, le Comte est rejoint par un mystérieux individu travaillant pour lui : Jack.

La ligue des spiritistes extraordinaires

Quelques jours plus tard, Bruce Wayne s’est enfin décidé à inviter Victoria au théâtre après avoir vu des affiches publicitaires style Mucha. La journaliste se demande comment Reinhardt, l’actrice principale de la pièce –et non un personnage d’Overwatch- arrive à rester jeune depuis tant d’années.  Allant dans sa loge, le binôme y découvre qu’elle est accompagnée de Montenegro.  L’actrice en profite pour inviter les tourtereaux à une séance de spiritisme et leur demande de transmettre l’invitation à Houdini afin que celui-ci tente de prouver qu’il y a supercherie, s’il y en a une.

A la tombée de la nuit, Bruce Wayne, costumé, part enquêter sur un des entrepôts du Beef Baron. Intercepté par le jeune illusionniste s’étant mis en tête de capturer le kidnappeur qu’est censé être Batman, un combat entre les deux hommes s’engage. Alors que Houdini manque de tomber dans le vide, Batman le rattrape et, comprenant son erreur, une alliance se forme ; d’autant plus que la situation l’exige !  En effet, Jack réussit à mettre le feu à l’entrepôt dans lequel des jeunes filles sont enfermées, mais  par miracle, le dinamic duo se la joue soldats du feu et arrive à les sauver. Par la suite, dans un mouvement de cape digne d’Albator, Batman disparait.

Le lendemain, le jeune illusionniste retrouve le jeune couple au salon de Lady Reinhardt. Ceux-ci  ne cachent pas leur scepticisme vis-à-vis de la pratique du spiritisme –à noter qu’un certain Constantine y est présent. La séance commence et alors que rien ne laisse supposer à un trucage, Martha Wayne et la mère de Houdini apparaissent, allant même jusqu’à leur parler. Idée intéressante bien qu’anachronique car bien que sa mère soit décédée en 1913, Houdini voyait en la pratique du spiritisme un moyen d’entrer en contact avec elle, ayant par la suite défendu publiquement la pratique comme une science.  Les deux hommes choqués sortent donc sur le balcon mais se reprennent vite, préférant privilégier l’objectivité au paranormal. Harry révèle alors qu’il connait le secret de Bruce – eh oui, en 1907, le modificateur vocal n’est pas encore de la partie -, L’occasion d’un flashback présentant un Batman en devenir, capturé par les indiens alors qu’il était soldat de Roosevelt et qui a été formé à l’art de la guerre par ces derniers. C’est d’ailleurs en vivant de l’autre coté de la barrière, en compagnie des peaux rouges qu’il a compris jusqu’où la cruauté de l’homme peut aller et a décidé de la combattre.

Et bon appétit bien sûr…

Les deux hommes  ne tardent pas à retrouver la trace du tueur au visage pâle dans une menuiserie. Batman se lance à la poursuite de Jack, tandis que l’escapologiste se  charge de délivrer les enfants. L’albinos se saisit d’une épée et fond sur son adversaire mais ce dernier le projette dans le vide et il finit sa « chute » plusieurs mètres plus bas,  « se brisant la nuque » – double références aux morts du Joker de Burton et de Miller. Houdini rejoint le chevalier noir et découvre avec horreur les cadavres des enfants disparus. Dépité d’avoir failli à la tâche qu’il s’était fixée, le justicier de Gotham manque de s’écrouler mais se rassure pensant que cette vague de crimes cauchemardesques est définitivement terminée. Et cela aurait pu en effet l’être, mais c’était sans compter sur la perspicacité du véritable héros de l’histoire. Ce dernier se rend vite compte que sa mère n’apparait pas sur les photos prises par Victoria lors de la séance de spiritisme et suspecte d’avoir été victime d’hypnose. Remontant la trace jusqu’à Reinhardt et Montenegro, il est grand temps pour notre duo d’aller les arrêter le plus rapidement possible, Victoria ayant été enlevée quelques heures plus tôt et les voitures de l’époque n’étant que peu performantes.

Néanmoins, c’était sans compter sur le nouveau gadget du chevalier noir qui, ayant investi dans les idées des frères Wright, s’est vu offrir un prototype de planeur. Une fois arrivé, le couple de méchants ne met pas longtemps à mettre Batman en déroute. En effet, twist narratif, les ravisseurs de Victoria sont en réalité des vampires, expliquant l’enlèvement des jeunes enfants dont ils buvaient le sang et  l’incroyable longévité de Reinhardt qui ne semblait pas vieillir.  Même attaché avec de lourdes chaines, celles-ci ne sont pas un problème pour le maitre de l’évasion. Alors que le chevalier noir part à la poursuite de Montenegro, ayant emmené Lady Vale, Houdini retourne dans la maison où il se fait attaquer par Reinhardt. Bruce est très vite dominé mais la kidnappée profite de l’inattention du vampire pour lui percer le cœur, l’envoyant derechef dans l’autre monde. Après un baiser passionné, Houdini les rejoint et le jeune couple le regarde d’un air interrogateur, se demandant comment un simple humain a pu défaire une vampire millénaire.

Prêts pour une des résolutions les plus improbables de l’histoire du comics moderne ? Vous vous rappelez sans doute que j’avais insisté sur le fait que les deux antagonistes ainsi que le héros soient juifs. En effet, pour vaincre Reinhardt, il s’avère que Houdini a giflé la vampire avec son étoile de David, produisant le même effet sur un vampire juif que la croix sur un vampire catholique. Après cette explication pas piquée des hannetons, à laquelle même les autres héros ont du mal à croire, nos héros finissent par se séparer, se souhaitant le meilleur.

Et ainsi se conclut Batman/Houdini : The Devil’s Workshop. Alors que dire ?  Si vous avez un soir envie de vous plonger dans un récit intrigant, assez décalé, fourmillant de bonnes idées et de références à l’univers DC, ce récit est fait pour vous. Néanmoins, pour ceux ayant envie de passer le cap, il est nécessaire d’apporter certaines précisions avant de se lancer. En effet, le récit ne bénéficiant pas de traduction et les personnages s’exprimant dans un langage plutôt soutenu, il est possible de rencontrer quelques soucis mais rien d’insurmontable, l’histoire se comprenant dans tous les cas très bien. Secondement, l’auteur faisant aussi de nombreuses références à la culture américaine, Internet sera votre meilleur ami afin de vous plonger au mieux  dans l’univers créé. Dans tous les cas, je vous conseille du moins d’aller jeter un œil aux planches de Chiarello pour une autre brillante itération, après Alex Ross, d’alliance  entre la peinture et le 9ème art.

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2 Commentaires sur "Showcase #137 – Batman/Houdini : The Devil’s Workshop"

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Leonidas

Ce truc a l’air vachement sympa. En tout cas les dessins sont superbes !

Billy Batson

Je l’avais lu il y a quelques mois et j’avais beaucoup aimé aussi bien l’écriture que le graphisme. Les dessins de Chiarello sont fantasmagoriques à souhait, Gotham apparaît comme une ville fantôme et les personnages, discernables par leur silhouette, semblent sortis d’un film expressionniste allemand. Les nouvelles origines de Bruce sont intéressantes et le contraste qui est créé entre lui et Houdini est plutôt intéressant. Une excellente lecture.

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