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Urban a révélé il y a quelques semaines ses plans pour la publication de Rebirth, et comme toujours, certains se sont encore révoltés contre l’arrivée d’un magazine Suicide Squad, et l’absence de Superman sans jamais se dire que sans cet éditeur rien de tout ça ne serait possible. J’ai comme l’impression que bon nombre de lecteurs VF ne savent pas, ou ne se rendent simplement pas bien compte de l’évolution phénoménale qu’a provoqué Urban Comics et son rôle dans l’histoire de la publication de DC en France. Il aurait été difficile d’imaginer tout cela il y a quelques années. Alors vous allez sans doute me prendre pour un vieux doyen, dont les explications sont dépassées, ou si vous êtes attachés à votre colère pour unique raison d’agir, dire que j’écris tout ça pour un coup de pub à Urban. Mais ce n’est là qu’un simple constat, pour l’unique raison que je ne comprends pas pourquoi certains râlent et se plaignent envers un éditeur qui a réussi ce qu’il a entreprit et sans quoi on serait encore en train de pleurer auprès d’un éditeur qui n’a que rarement écouté ses lecteurs.

Brève histoire de la publication française de DC Comics

Off My Mind #40 - La publication française de DC 1De manière générale, on résume la publication de DC en France comme étant un énorme bordel. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Entre les années 40 et 60 on retrouvera ça et là quelques histoires dans des journaux, mais je laisse ce travail à Jean-Michel Ferragatti jongler entre Les Ailes Rouges et Yordi. Mais c’est à partir de 1965 que le mode de publication américain apparaît en France, et c’est bien de ça dont je vais vous parler, en tentant d’être le plus synthétique.

C’est tout d’abord Interpresse qui acquiert les droits des titres Superman, Action Comics, Batman, Detective Comics, et tout ce qui se rapporte aux histoires avec ces personnages. Tout d’abord apparaît un seul et unique magazine Superman. Puis apparaît le personnage de Batman. L’éditeur amène alors un magazine Superman et Batman, puis donne au personnage de Batman son propre magazine qui comptera une centaine de numéros. L’éditeur s’arrêtera à ces deux personnages et ne prendra aucun risque pour amener aucun autre héros. Et pour cause, un autre éditeur, certainement plus connu, Aredit (devenu ensuite Artima) possède les droits de nombreux autres héros DC et, contrairement, développe de multiples magazines appelés Petits Formats. Pour exemple Atom a eu son magazine en 1971 jusqu’en 1974. Flash possède un passé troublé en France. Un magazine possédant son nom et dont la publication a été lancée en 1960 par Aredit laisse penser qu’il ait intégré le sommaire assez rapidement, et admirez ces couvertures retravaillées ! Sublime horreur d’une étrange censure ! De même à partir des années 70, Aredit amène une autre salve de magazines : Aquaman, Green Lantern, la maison relance Flash dans un magazine qui lui est uniquement consacré, mais aussi Spectral qui voit la première apparition de Swamp Thing. On se souviendra aussi de Monde Futur, un Petit Format contenant des récits de science-fiction qu’on considérerait de « très kitsch », et avec ça les aventures de Adam Strange.

Off My Mind #40 - La publication française de DC 2Les droits de Superman et Batman passent ensuite à Sagedition, que l’on connaît bien plus pour ses magazines Superman Géant, Superman Poche, et de même pour Batman. Et c’est bien tout ce que maintiendra l’éditeur, on notera uniquement deux tentatives d’intégrer deux nouveaux personnages sur le marché : Superboy et la Légion des Super-Héros en 1979 et Supergirl en 1983. Superman et Batman trouvent ici leurs dernières publications françaises avant une longue et triste période de vide. Dans les années 80, c’est en quelques sortes l’ascension d’Aredit/Artima qui multiplie les magazines, entre Les Géants des Super-Héros qui contenait de très bonnes histoires tirées de la série The Brave and The Bold, la relance de Demon avec un contenu bien plus élargi avec Ragman, Arion, Arak, mais encore Warlord, et qui au final n’a contenu que très peu de numéros de The Demon par Kirby. C’est certainement en ce sens que les publications françaises durant ces années étaient perçues comme un énorme bazar. Un bazar certes, mais un trésor dans le sens où on ne sait jamais, aujourd’hui, dans les braderies, sur quoi on va tomber en achetant un numéro de Spectral ou Faucon Noir. Et puis, certains magazines contiennent des séries phares. Par exemple Les Défenseurs est l’unique publication française de Infinity Inc. , une véritable pépite de l’époque bien méconnue aujourd’hui. De même pour les deux magazines La Ligue de Justice qui ont vu la fin du long run de Gerry Conway. Aussi, il fut une époque où la Légion avait son propre magazine partagé avec Aquaman dans Les Vengeurs. Je sais, il n’y a aucun rapport entre les deux titres, et c’est un peu taper sur Marvel.

Aredit/Artima en perd les droits à la fin des années 80. Ce qui n’a pas empêché la publication de The Dark Knight Returns en 1987 en deux volumes. Ensuite Comics USA s’en va surfer sur le succès de Batman entre ses deux films, et publiera le Deadman de Doug Moench et Kelley Jones. Donc entre 1988 et 1997, aucun magazine DC n’existe, ce qui fait que nous sommes passés à côté de Knightfall, Death of Superman et autre Terminal Volicity. Tant d’événements des années 90 que nous avons attendus et attendons encore. Enfin, Semic reprend DC, pour la simple et bonne raison qu’ils ont perdus les droits de Marvel. Le point positif étant que l’éditeur donnera sa chance à l’univers DC à travers le magazine culte Strange, moins d’un an. S’en suit un magazine JLA, reprenant tous les deux mois deux numéros durant deux ans. Entre temps on remerciera Zenda, Reporter, et Le Téméraire pour leurs publications qui ont permis l’arrivée en France de récits cultes : Ronin, V pour Vendetta, Sandman et d’autres. Semic connaîtra rapidement sa fin. Après ses Special DC, l’éditeur lance ses séries régulières : Superman, Batman et Generation DC (qui publiera les titres Teen Titans, Outsiders et Batgirl).

Off My Mind #40 - La publication française de DC 3En 2005, on s’attaque au plus gros : Panini Comics. On pourra en dire tout le mal qu’on veut, et je ne pourrais qu’approuver. Entre les traductions ridicules, le papier basse qualité, et une sélection étrange en ce qui concerne les titres publiés (un défaut de plus en plus insupportable chez l’éditeur) sans oublier le tirage toujours limité de leurs magazines. Doux souvenir que ce Batman Univers numéro 1 qui est monté à 140 euros deux semaines après sa sortie. Néanmoins, l’éditeur a su créer le lectorat et intéresser son public avec trois magazines de 96 pages : DC Universe, Batman et Superman. De même, en librairie Panini crée des collections dans le but de compléter ses kiosques. Je pense à la collection Big Books, assez chers pour des tie-in d’un event, mais en tant que lecteur VF, c’était toujours appréciable d’avoir le choix de prendre ou non. En général, il s’agit de récits complets, de mini-séries comme Batman et les Monstres, Trinity ou encore les DC Archives (déjà mis en place avec Semic avant de disparaître). Le problème est que si des efforts ont été fait d’entrée de jeu, Panini devenu l’unique éditeur de comics en France, face à Delcourt, qui luttait avec Spawn, Hellboy, et qui a retrouvé un second souffle avec Star Wars et Walking Dead, Panini s’est rapidement reposé sur ses acquis. Entrainant alors la chute des magazines comme Superman, se retrouvant en librairie durant quelques années. Ne laissant plus que DC Universe et Batman et ce jusqu’à fin 2011. Il y aurait beaucoup à dire tant la période Panini est parsemée de modifications et d’erreurs.

Panini Comics annonce donc l’arrêt de ses magazines après décembre 2011. Les premières interrogations et rumeurs mènent donc l’hypothèse selon laquelle Delcourt aurait racheté les droits à Panini. On apprend plus tard qu’il s’agit de Dargaud et que celui-ci créera une branche spécialisée. C’est alors que Urban Comics fait son apparition et lance ses premiers albums. Et entrer dans le monde de l’édition avec pour premier album Watchmen, c’est fort. Comme toujours les premiers râleurs se montrent. Panini avait déjà réédité l’oeuvre d’Alan Moore dans de multiples collections pour la sortie du film. Malheureusement pour eux, c’est un succès pour l’éditeur qui a conservé la traduction originale de Jean-Patrick Manchette et créé l’édition ultime de l’oeuvre culte dans un format cartonné et un papier mat. Cette brève et si longue partie n’a pour autre but que vous permettre d’avoir un certain recul sur l’implantation de DC Comics en France, et la chance que c’est de ne plus tomber dans des parutions incertaines, limitées, voir complètement absentes du paysage des comics en France. Les comparaisons sont peut-être nombreuses, mais elles permettent de nous rappeler qu’au final, pour gueuler il faut en avoir les raisons.

Le Point Urban

Off My Mind #40 - La publication française de DC 4

François Hercouët est à la tête de la nouvelle boite et son nom fait le tour des journaux plus ou moins liés au monde de la bande-dessinée. Il travaillait auparavant chez Delcourt sur des titres comme Star Wars, Invincible, ou Hellboy. D’où un système similaire en terme de chronologie pour DC que celle des time-lines de l’univers étendu de Star Wars. Alors les interviews tombent de toutes parts, généralement assez banales, surtout en ce qui concerne les journaux, et autres magazines plus ou moins culturels. Chaque interview mène à un même point. Urban Comics a pour but « d’implanter les comics en France ». Assez prétentieux, mais peut être perçu comme la volonté d’implanter sa licence et donc de la faire évoluer. Sans nous en rendre compte, en tant que lecteurs, Urban nous a emmené revisiter les classiques du genre passés ou inaperçus sur nos contrées, ou tout simplement jamais publiées. Ces éditions arrivent à intéresser les nouveaux lecteurs comme les anciens, puisque l’éditeur offre (façon de parler) une édition d’une qualité bien supérieure à ce qu’on a pu voir auparavant. Un gage de qualité que nous avons demandé à plusieurs reprises à Panini Comics qui nous servait des traductions de plus en plus lamentables. Je pense que certains se souviendront des quelques « Gotham Ville » dispersés dans quelques récits de Batman.

Après tout ce que j’ai pu vous raconter dans les grandes lignes de ces cinquante années d’exploitation d’une licence et de publication dans ce pays, si ces maisons ont pris des risques différents, elles ont toutes contribuées à faire subsister ces personnages et implanter ces comics en France, comme dit vouloir le faire François Hercouët. Là où est son erreur à ce propos est qu’il a réussit à multiplier l’exploitation de la licence. Qui aurait un jour pensé voir du Nightwing en France ? Ou bien du Batgirl ? Est-ce que vous pensez qu’en ayant continué avec Panini Comics on aurait autant de choix qu’avec Urban aujourd’hui ? On se plaint du Wonder Woman de Finch, des publications en librairie qui ne font pas sens selon vous. Se plaindre du run quand on est lecteur de la version française est un luxe qu’on n’aurait jamais pu avoir sans ce système de publication d’Urban.

C’est un juste milieu entre cette notion d’entreprise et de passion. Vous allez sans doute remettre ça en doute, mais je n’ai jamais vu une conférence Panini pour donner son planning, ni même une réponse concrète, et encore moins positive, lorsqu’il s’agissait de demandes de publications. No Man’s Land, KnightfallDeath of Superman, qu’on aime ou non, un lecteur VF y a accès. Et les demandes étaient nombreuses, pourtant la publication de ces arcs étaient un risque pour Panini comme il l’a été pour Urban. Peut être moindre, puisque l’éditeur a su conquérir le lecteur de BD, comme le néophyte jeune comme adulte.  Cela résulte d’un cheminement intelligent entre récits cultes et introduction à des personnages. L’éditeur a su s’adapter aux demandes de kiosques, et a pu bénéficier des New 52 comme point d’entrée. Sans parler des adaptations et la montée en popularité des personnages. Malgré cela, Urban avait une stratégie de vente et un plan découpé selon des auteurs, et des oeuvres majeures dans le but de donner le moyens aux lecteurs de faciliter leur entrée dans le monde des comics. Et puis on doit bien toucher notre valise.

Iron Fist

Off My Mind #40 - La publication française de DC 5Et voilà que 5 ans plus tard, avec l’arrivée de Rebirth et l’annonce des magazines, un groupe d’irréductibles lecteurs d’un pessimisme imperturbable se voit outré vis à vis des magazines annoncés. A ces réactions j’ai simplement envie de dire : « Mec (ou Mademoiselle), tu te rends compte que tu as le moyen d’avoir 185 pages de comics pour moins de 6 euros ? ». Pour moins de 20 euros un lecteur VF a droit à un mois de comics. Plus de 550 pages !  A titre de comparaison, un lecteur VO débourse pour les séries publiées par Urban dans ces trois magazines, plus de 60euros par mois. C’est tout simplement impensable, surtout quand aucune hausse des prix n’est annoncée par l’éditeur ! Alors que la quantité est presque doublée ! Pour rappel, Panini nous augmentait les prix sans aucune raison, et se cachait derrière des excuses de meilleure qualité du papier, d’une meilleur édition, d’un nouveau format. Alors que le travail éditorial de ce côté était bien plus faible comparé à celui des magazines Urban.

Effectivement, Superman n’a plus son magazine. Mais il n’est pas mort pour autant. De même pour Green Lantern. Justice League Rebirth est un parfait compromis pour laisser les séries ayant du mal à fonctionner dans un magazine solo en les faisant cohabiter dans l’univers de la Justice League, comme cela pouvait être le cas auparavant avec DC Universe. De plus le personnage verra toutes ses aventures publiées en librairie. Je ne comprends peut-être pas la plainte, peut-être s’agit-il d’un simple caprice de vouloir avoir ces aventures en kiosque, mais le seul point négatif d’un point de vue critique est un magazine Suicide Squad. Alors ce dégoût est peut-être du au film, et aux pseudo cinéphiles si attachés à cette passion de détruire une licence pour son adaptation, mais encore une fois, il s’agit d’un côté commercial et un point d’entrée pour un public sensible à ces personnages pouvant se mettre à lire des comics par intérêt pour ces personnages. Et puis qui va vous obliger à acheter ce magazine ? Même si je pourrais vous le conseiller pour Deathstroke (qui risque fort de sortir en librairie ceci dit).

Tout ça pour vous dire qu’avant de crier au viol, assurez-vous de ne pas tenir le mauvais rôle vis à vis d’une annonce qui vous est de loin favorable. Séchez vos larmes, il fait bon être lecteur de comics.