Review VF - Fables Tome 23 : Adieu
Les points positifs :
  • Grandiose
  • Réunion de talents
  • Blue
  • Les combats
  • Conclusion pour tous les personnages
  • Fin intelligente et cohérente…
Les points négatifs :
  • … mais l’absence de climax peut frustrer
  • C’est fini
  • Un rédacteur en position latérale de fragilité

« Voilà qui conclut mon Histoire des Fables dans le monde des communs. » – Ambrose Wolf


  • Scénario : Bill Willingham Dessins : Mark Buckingham, Neal Adams, Aaron Alexovich, Laura Allred, Michael Allred, Russ Braun, Rachel Dodson, Terry Dodson, Mark Farmer, Lee Garbett, Peter Gross, Gene Ha, David Hahn, Niko Henrichon, Hoelle Jones, Tod Klein, Teddy Kristiansen, Megan Levens, Nimit Malavia, Lan Medina, David Petersen, Mark Schultz, Bryan Talbot – Encrage Steve Lehialoha, Andrew Pepoy, Dan Green, José Marzan Jr. – Colorisation : Lee LoughridgeAndrew Dalhouse

Petit à petit les pages se tournent et l’histoire arrive à son terme. L’occasion d’un dernier « Adieu » à tous les personnages que le lecteur a appris à aimer au fil de cette très longue série ayant marqué le monde du comics et devenue une des pierres angulaires de Vertigo après 12 années de publication. Séparations tantôt déchirantes, tantôt épiques et parfois même amusantes, voila ce que le dernier tome de Fables a à proposer, ce tome se composant, en plus du numéro 150, des dernières histoires de chacun des personnages principaux ainsi que d’une brève interview de l’auteur à la fois sur la série mais aussi sur sa manière de travailler.

Digression sur « Everafter from the pages of Fables »

Ce dernier numéro reprend l’action exactement là ou le lecteur l’avait laissée. Alors que Bigby, transformé en machine à tuer fonce sur ses enfants, Connor s’interpose. Jusque là assez peu développé, le personnage est pourtant celui désigné par la prophétie comme le « héros intrépide » et techniquement le plus fort de la meute. Pendant très longtemps, avant de le sacrifier, Willingham avait laissé penser que Darien serait, de par son caractère arrogant et son talent -#DamianWayne- le véritable héros aventurier parmi les sept enfants. Ainsi, Connor, dans le feu de l’action révèle son véritable pouvoir en se transformant en une bête gigantesque, faisant passer le grand méchant loup, bien qu’enragé, pour un chihuahua. En effet, grandissant de plus en plus, il est expliqué que même à ce niveau, le jeune garçon se contient, car il pourrait aller jusqu’à avaler la Terre entière si la situation devait l’y forcer. Bigby arrive alors à reprendre ses esprits mettant fin à la menace. Cette révélation marquante pose néanmoins un problème scénaristique majeur pour la suite des aventures de Connor dans la série Everafter. La série propose de faire du personnage un agent secret œuvrant dans l’ombre pour le bien de l’univers des Fables. Alors que cela fonctionnait pour son père qui en tant que Sheriff, déjouait des menaces en secret, la puissance du personnage est telle qu’il est difficile de lui opposer une véritable menace à combattre. Il est d’ailleurs montré par la suite, dans la dernière histoire de Connor, que ce dernier a plus vocation à voyager de monde en monde pour sauver la veuve et l’orphelin pour le plaisir d’être un héros, que de travailler en groupe, lui même pouvant régler n’importe quel problème, en restant un loup solitaire – désolé pour la blague. Ainsi, en plus de perdre le coté poétique de Fables, Everafter souffre d’un problème scénaristique majeur et manque de réels enjeux.

Une guerre entre généraux

Une fois Bigby sauvé, le numéro s’articule autour d’une succession de face-à-face entrainant de nombreuses révélations. Après la mort de Lancelot, Ambrose est obligé d’affronter Brandish, épéiste émérite et qui plus est immortel. Un combat évidemment perdu d’avance, mais laissant le roi se fendre d’un laïus sur la création d’un état, sa reconnaissance et les lois qui incombent à ses dirigeants. Si vous avez suivi les précédentes review je vous laisse le soin de vous faire un avis sur ces morts, tout en vous rappelant que la série est de l’aveu de l’auteur, une métaphore du conflit israélo palestinien. Le résultat de la bataille ne faisant pourtant aucun doute, Brandish s’écroule, mort. Il est révélé que la quête pour laquelle le jeune oiseau traversait les mondes depuis maintenant plusieurs numéros consistait en réalité, non pas à prévenir des renforts, mais à retrouver le cœur du prince afin de le tuer. Ainsi, sans deus ex machina, Willingham arrive à en terminer avec un des principaux antagonistes de la saga tout en laissant au lecteur un léger feeling Pirates des Caraibes 3. A noter d’ailleurs qu’IGN avait suggéré l’auteur pour écrire le scénario de graphic novels basés sur le personnage de Jack Sparrow.

Le second combat marquant est celui entre Totenkinder et Cendrillon. Un combat à mort entre maitre et élève qui se révèle intense à suivre sans jamais être, hormis sa résolution, montré directement. En effet, le combat et la violence des coups entre les deux femmes restent toujours suggérés, la bataille n’étant dépeinte que sous le prisme des explosions et de la destruction progressive de Fableville sublimée par la colorisation de Lee Loughridge. Un combat assez puissant émotionnellement car, contrairement à celui de Brandish, le lecteur reste attaché aux deux protagonistes et le choix d’un camp ou de l’autre dépendra fortement de la lecture des spin-off de la série, Cendrillon étant énormément moins présente que Totenkinder dans Fables mais étant au centre de : Cendrillon : Bon baisers de Fableville, Fairest Tome 4 et Fairest : Les Belles et la Bête. Willingham arrive à mêler conte de fée et ironie dramatique dans son final, la jolie blonde achevant la sorcière d’un coup de soulier de verre, avant de succomber.

La guerre de Fables n’aura pas lieu 

Pendant ce temps, Rose Rouge et Blanche Neige sont toutes les deux prêtes au combat, ayant réuni leur armée en prévision de l’ultime bataille ayant lieu le lendemain. Le choc promet d’être dévastateur. Bon, maintenant, dis- nous enfin qui gagne entre les deux sœurs qu’on en finisse !!! Eh bien… personne. Et c’est sur ce point que se sont concentrés les débats à la sortie de ce numéro. En effet, cela fait plus de trois tomes que la tension monte et que le destin lui même pousse les deux femmes à s’affronter, celles-ci étant condamnées à s’entretuer –« Il ne peut en rester qu’un » comme disait Christophe Lambert. Dans la soirée, Rose rouge descend parmi ses troupes voulant être certaine de leur conviction à se lancer dans la bataille. Néanmoins, un soldat drapé de bleu reste en retrait. Blue est enfin de retour, et, bien qu’il ne révèle pas son identité, ne va pas se retenir de critiquer son ex, loin de là. En effet, au fur et à mesure des questions, la volonté de la jeune femme va progressivement diminuer et la conduire à aller parler à sa sœur pour mettre fin à la bataille, avant que la boucherie ne débute. Les deux sœurs décident donc d’un commun accord d’enterrer la hache de guerre et de s’éloigner le plus possible pour éviter que la malédiction ne s’abatte, et ne se retrouveront qu’une fois par siècle.

Certains ont hurlé au scandale, d’autres au génie. Il est temps de contraster le propos. Rose Rouge apparait dès le premier tome comme un personnage en pleine crise existentielle, une jeune femme vivant depuis toujours dans l’ombre de sa sœur qui lui reproche son manque de maturité. Par la suite, après que Blanche Neige ait fondé une famille, Rose jouera un rôle déterminant dans l’éducation de ses neveux et nièces. En ce dernier tome, Rose est maintenant aussi puissante que Blanche Neige. Elle s’est donc prouvé et a prouvé aux yeux de tous qu’elle n’était plus un second couteau mais l’égale de sa sœur, reconnue par tous. De plus, le sort des enfants Wolf après la guerre l’a fait totalement renoncer au combat. Une guerre de ne lui apporterait rien à part détruire le cercle familial qui lui a permis de se stabiliser. Au final, cette résolution s’avère, bien que frustrante, cohérente en tout point avec l’évolution des protagonistes au cours de ces 150 numéros.

Ainsi, Willingham donne une dernière morale à sa fable géante : la discussion et la réflexion valent généralement mieux que l’action. La morale étant, dans le cas présent, d’autant plus glaçante du fait que la discussion entre les deux sœurs ayant été trop tardive, la mort de leurs meilleures amies respectives –Cendrillon/Totenkinder – aurait pu être évitée.

Il était une fin

Passé ce dernier numéro, de nombreuses questions demeurent et énormément de personnages n’ont pas eu de conclusions à leur arc narratif personnel. Ainsi, « il était une fin » est là pour corriger cela et répondre à toutes les questions. Alors que l’auteur aurait pu facilement tomber dans le larmoyant, le panel de style est assez diversifié pour donner une fin digne et représentative de chacun. Pour exemple, après la réunification entre le monde des Fables et le monde des communs, Pinocchio est élu président des USA, les américains ayant choisis le seul candidat qu’ils savaient ne pas pouvoir être un menteur. La dernière histoire de Darien, quant à elle, est proprement glaçante, dépeignant le jeune homme brisant le quatrième mur et interrogeant paniqué le lecteur sur les conséquences de son sacrifice. En réalité, toutes ces histoires sont des ouvertures sur des suites potentiellement exploitables et permettant au lecteur de rêver encore un peu. Ainsi, l’histoire de la Dame du Lac entraine un nouveau cycle de 7 prophéties et Gepetto continue de rassembler des forces. Comme à son habitude, Willingham réunit un large panel de dessinateurs, tous des habitués, et assigne à chacun l’histoire correspondant le plus à leur style graphique. Petit bémol de la part d’Urban, ceux-ci aurait pu être listés, n’étant pas plus nombreux que d’habitude, plutôt que de se contenter de la mention « collectif » obligeant les lecteurs à aller chercher dans la VO pour pouvoir les lister.

Dernière histoire concluant la saga Fables, celle de Blanche et Bigby s’avère véritablement émouvante et permet de revoir nos héros plusieurs centaines d’années après le numéro 150 –mais n’ayant pas vieilli Fables oblige. Pour cette dernière histoire, Mark Buckingham est au dessin, accompagné d’Andrew Dalhouse, le second coloriste de la série. On sent vraiment que le dessinateur s’en donne à cœur joie, imaginant les nouvelles générations de Wolf à venir, ainsi que leurs conjoints(es), les présentant sur une frise foisonnant de détails. Mark Buckingham boucle la boucle, ayant quasiment dessiné tous les numéros depuis le vingtième de la série, ayant scénarisé un tome entier de Fairest et s’étant occupé seul du numéro #150 de Fables faisant pas moins de 50 pages.

Nul doute qu’à ce stade, les personnes ayant dépassé le tome 20 n’ont pas attendu cette review pour acheter ce dernier tome et je les invite à me faire part de leur avis. Alors à qui s’adresse cette conclusion ? A toi, jeune lecteur ne connaissant la série uniquement que par le prisme du jeu de Telltales, car la saga Fables est une aventure à au moins lire une fois. Avec ce dernier tome se conclut un monument du comics et de Vertigo. Mais pour votre rédacteur, s’achève ici le récit qui lui a véritablement fait commencer les comics, qui lui a appris à les apprécier véritablement en tant qu’art et qui aujourd’hui fait qu’il se retrouve à rédiger des articles afin que d’autres partagent cet univers. Sachez que ce fut un plaisir et un honneur de vous faire découvrir cette série. Ainsi, il était une fois, pour la toute dernière fois : Laissez- vous tenter par Fables, laissez- vous tenter par Vertigo et surtout, lisez des comics !!!