Couverture de Sandman tome 0 Ouverture
Les points positifs :
  • Une équipe créative du tonnerre
  • La magie de Sandman est là
  • Un style visuel qui colle très bien au scénario
Les points négatifs :
  • Parfois trop contemplatif
  • Vachement capillotracté
  • Globalement décevant

« Vous êtes ici parce qu’un enfant a vécu et qu’un monde est mort, il y a longtemps. » – Gloire, du Premier Cercle


  • Scénario : Neil Gaiman – Dessin : J. H. Williams III Colorisation : Dave Stewart Couverture : Dave McKean – (nan mais sérieux, vous avez vu cette équipe de malade ??)
  • Urban Comics – Vertigo Essentiels – Sandman Ouverture – 9 décembre 2016 – 248 pages – 22.50 € / 33.70 CHF

Désormais, le run entier de Neil Gaiman sur Sandman est bel et bien fini d’être publié chez Urban. Après le tome 7 en début d’année, place à Sandman Ouverture, qui est une série Vertigo très récente, et qui raconte ce qui se passe avant Sandman tome 1. Il est donc parfaitement logique que Urban le numérote d’un splendide 0. Est-ce que cette mini-série de 6 numéros est digne d’un des meilleurs runs qui n’ait jamais été écrit ? Parce que oui, revenir sur Sandman près de vingt ans après la génialissime série de 1989 n’a pas dû être une tâche facile pour Neil Gaiman. L’album contient l’intégralité de la série Sandman Overture, donc le numéros #1-6.

La mort d’un des aspects de Morphée le pousse à mener un périple, accompagné d’une petite fille nommé Espoir et d’un gros chat. Il va faire face à une folie qui est en train de s’emparer de tout l’univers et de le mener à la destruction, folie dont il est la cause.

Sandman et Gaiman sont bien au rendez-vous

Il est assez difficile de trouver par où commencer pour critiquer cette œuvre, alors je commence par ce qui marche très bien : on retrouve notre Sandman. Toute la magie de la série originelle est bel et bien au rendez-vous. Et encore une fois, c’est truffé de bonne idées partout. L’histoire s’ouvre sur la mort de Morphée qui a pris la forme du plante intelligente, sur une planète où l’espèce intelligente dominante sont des plantes. Des plantes intelligentes. Décidément, ce cher Gaiman est toujours en forme.

Après ce début en force, on assiste à une petite baisse de rythme, alors que le récit s’égare sur Morphée qui parle au Corinthien, puis qui se promène avec une clocharde qui a perdu sa famille. Heureusement ça ne dure pas très longtemps, et on se retrouve très vite avec le maître des rêves aux prises avec… une infinité de lui-même. En gros, Morphée se rencontre sous toutes les formes qu’il a pu prendre au cours ce son existence. On a donc droit à un patchwork infini de créature alien en tout genre, et un chat. Pendant un long moment pas vraiment intéressant, on assiste à un dialogue entre ces différents aspects, qui ne font que mettre en évidence que c’est rigolo de voir qu’il se parle à lui-même et en même temps pas à lui-même.

Après seulement l’histoire décolle enfin, lorsque Morphée va voir Gloire du Premier Cercle, et que celui-ci lui dit qu’une folie est en train de se répandre à travers les étoiles. On regrettera ici que le concept du Premier Cercle n’est pas plus développé que ça. Il semblerait que ce dernier est composé d’entité chargées d’établir des règles pour l’univers, mais il s’agit essentiellement de théories de fans. Par la suite, beaucoup de concept comme celui-ci, comme les parents des Infinis par exemple, vont avoir un rôle sans être assez développé.

On a aussi droit à quelque moments de poésie, par exemple lorsque Morphée raconte la fois où il a eu affaire avec un Vortex pour la première fois, où quand Désir lui a sculpté une amante pour le sortir d’un sacré pétrin. La série ne dure que six numéros, ce qui fait qu’on a qu’une seule histoire principale, mais Gaiman trouve toujours un moyen de raconter ce qu’il a envie de raconter.

Une partie visuelle hallucinante

Cela ne fait aucun doute, J. H. Williams III et Dave Stewart étaient LE dessinateur et LE coloristes à mettre avec Neil Gaiman pour écire Sandman. Leurs styles va tellement bien avec l’histoire, on regrette qu’ils n’étaient pas présents sur la série de 1989. Et en plus, bien évidemment, c’est absolument magnifique.

Si vous connaissez un minimum J. H. Williams III, probablement avec Promethea ou Batwoman, vous savez que le monsieur aime particulièrement les découpages un peu fou. Eh ben là, vous allez être servi. En effet il s’est vraiment laissé allé à toutes ses idées créatives pour découper les cases, et la majorité sont vraiment bien vues et originales. J’ai notamment en tête le moment où Destin appelle la Mort, et l’histoire continue dans les pages du livre que Destin tient à la main. Ou cet autre moment, lorsque Morphée parle avec les étoiles, et que les cases se mettent à partir en vrille (vous aurez vraiment l’air con lorsque vous tiendrez votre comics dans tous les sens en lisant ce passage). Ou encore dans ce passage avec le Corinthien où les cases sont… des dents. Ces cadrages fous se retrouvent tout au long du récit, ce qui se révèle parfois un peu épuisant à lire, notamment quand Délire arrive, avec son lettrage psychédélique.

Bien sûr, le talent de Williams III s’exerce bien au delà du cadrage. Les personnages, les décors, les expressions, tout relève de la perfection (et hop une petite phrase qui rime). On appréciera aussi beaucoup avec quel aisance le dessinateur arrive à représenter des entités un peu abstraites, comme le Temps, ou encore les étoiles. Quant à Dave Stewart, on peut dire que la colorisation, comme les dessins, mérite aussi un cinq étoile (dommage qu’on ait enlevé les notes sur le site). Dans certains passages, comme lors de la réunion de tous les aspects de Morphée, on a droit à de magnifiques fresques multicolores, tandis que dans d’autres moments, lorsque le maître des rêves parle à sa mère par exemple, les couleur tourne autour du même ton afin de faire ressortir une ambiance qui colle parfaitement à la situation. Personnellement, j’aime beaucoup l’aspect qu’il a donné au Corinthien.

Ah, et il y a aussi Dave McKean qui s’occupe des couvertures. Neil Gaiman, J. H. Williams III, Dave Stewart et Dave McKean réunis sur la même œuvre, peut-on rêver mieux ?

G ri1 compri lol

Mais cette œuvre n’est pas parfaite. Sans dire qu’elle est loin de la perfection, elle lui reste quand même du chemin à parcourir. Le principale problème est que… Ça ressemble énormément à du Grant Morrison défoncé à l’amiante.

Comme je l’ai dit, l’histoire va très loin et explore des concepts très poussés, comme le Premier Cercle, ou les parents des infinis, la Nuit et le Temps. Mais la surenchère de ces idées sans les développer, combiné au style très psychédélique de J. H. Williams III, donne quelque chose de très fouillis, et de surtout peu compréhensible. L’utilisation abusive de concept créés sur le tas et peu développés fait appel à des règles qui forcément nous sont inconnues, et que Gaiman se contente donc d’ignorer. En gros, parce que l’auteur pense qu’il peut faire n’importe quoi, il justifie n’importe quoi par n’importe quoi. Et ceci nous empêche de prendre l’enjeu au sérieux, vu qu’on se dit « il y aura sûrement une autre entité millénaire pour sauver la situation ou un truc du genre ». Et lors des retournements de situation (il y en a un particulièrement, dans la cité des étoiles), on ne peut pas réaliser l’ampleur de ce qu’on lit, parce que on ne comprend rien.

L’enjeu, parlons-en. Sandman nous a habitué à des trucs intimistes, raisonnables, poétiques. Le type qui rencontre Morphée tous les cent ans, la bataille de « c’est qui qui a la plus grosse » contre le démon pour récupérer son casque en enfer, et j’en passe. Ici, il s’agit de sauver l’univers. Cela tente visiblement de donner un côté épique et palpitant à l’histoire. C’est pas que c’est raté (parce que ce ne l’est pas), mais ce n’est pas compatible avec l’apparente magie que Morphée est censé émaner. Laisse le sauvetage de l’univers à Geoff Johns et à ses Green Lantern, Gaiman, tu es là pour nous faire rêver. Lorsqu’on tourne la dernière page, on a un arrière-goût de « c’était sympa mais sans plus ». La magie de Sandman est là, mais elle n’est qu’une décoration et ne sert pas le fond.

Et ce n’est pas un bon tome 0. Au néophyte, je recommande mille fois de commencer par la série publiée en 7 tome par Urban, car ce tome 0 utilise des concepts créés dans ces tomes. En plus, ils sont meilleurs.

Oui c’est bon. Oui ça se lit bien. Oui ça fait le café. Mais ça reste très en-dessous du run original. De tout le côté magique, mystique et rêveur, on ne nous en offre qu’une façade, certes une jolie façade, mais incapable de compenser le fond qui, malgré tout les trucs fous balancés à l’arrache, manque cruellement d’originalité. On a cependant droit à de magnifiques fioritures qui nous rappellent que Gaiman n’est pas la moitié d’un, et bien sûr à une partie graphique aux petits oignons absolument splendide. Au final, ce tome sonne comme un pétard mouillé… avec de la crème chantilly.