Dans les années 1980, au sortir de la première Crisis, le personnage de Jonah Hex subit un vaste ravalement de facade. Transporté depuis son Far West natal vers un monde futuriste et sans loi, dystopie cyberpunk chère aux auteurs anglais de 2000AD et à la science-fiction pessimiste de la décennie, le cowboy devient Hex, un voyageur avec des épaulettes à la Mad Max et un flingue assorti dans le DC Proper de demain. Des robots, des méchants et des méchants robots, un consortium ou deux et des magnats de la finance malveillants, sur des routes pleines de soleil ou le Road Warrior plus ou moins fera cracher à sa pétoire la furie des bonnes vieilles valeurs d’antan.

Jurons et cicatrice en bouche, Hex sera une maxi en dix-huit numéros appréciée par les lecteurs Européens, fans de Dredd et de ses trucs de flics futuristes qui bottent les méchants à foison, mais ne trouvera pas un public pleinement réceptif sur le territoire Américain. Quelques efforts seront faits pour relancer la série, en y plaçant par exemple des têtes connues de l’éditeur, avec par exemple l’arc dont nous allons parler aujourd’hui avec de vrais morceaux de Batman dedans. Trip rétrofuturiste en approche.


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Gotham City, le futur. Après un premier échange de politesse dans le numéro précédent, celui-ci s’ouvre sur une chute commune du Chevalier Noir de X puissance 3 générations après le premier porteur du titre, entre les buildings croulants de New York/Gotham City – la localisation pêche à ce moment là. Accroché à une facade par chance et bat-grappin, Hex sauve le brave avatar de justice avant que ne cède son appui filaire. Le Batman accepte ainsi de le laisser partir, mais le prévient : déjà, sa copine au nom de strip-teaseuse Stiletta est probablement morte (suivez, je vais pas tout vous raconter) et ensuite, Batman n’aime pas les flingues. Aussi le cowboy a-t-il intérêt à vider les lieux rapidement. De l’autre côté la ville, la bande des vilains méchants maléfiques contemple le projet de faire rentrer des armes à Gotham York (ou New City, c’est selon) au nez et à la barbe de l’homme chauve-souris.

C’est dans un genre de bar/arène underground que se poursuit le récit, où l’on retrouve Stiletta le cerveau lavé et dans une tenue de catcheuse SM ou Mexicaine, affronter l’équivalent féminin de Triple H pour le plaisir des yeux et d’une cohue de spectateurs sadiques dans ce futur franchement coloré. Après un combat violent, la copine de Hex triomphe et plante une paire de kunaï dans le corps de son adversaire – parce que les gentils ont aussi le droit d’être méchants de temps en temps (bah oui, autrement, c’est ennuyeux). C’est à ce moment que Mad Hex la retrouve et la reconnaît, tente de l’appeler mais est dégagé par la sécurité qui le jette dans la poubelle du club. On notera que celle-ci est détenue par une compagnie baptisée Ace Garbage, peut-être un hommage à Ace Chemicals, ou alors pas du tout.

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De son côté, en sauvant un black aveugle attaqué dans une ruelle par une armée de punks blancs (« mais Trump a dit qu’on avait le droit ! » leur répondirent-ils à l’unisson – le héros leur lança « I’m the Goddamn Batman » et l’échange d’arguments s’en tint là. Suivirent une mandale ou deux, et patatra), le Batman apprend que les vilains fomentent quelque chose à l’est de la ville. Après qu’il soit parti, on comprend que ce black aveugle n’était pas aveugle – et peut-être pas black non plus d’ailleurs – mais qu’il s’agissait d’une ruse pour éloigner le justicier. En plein ciel, celui-ci découvre à bord de son Bat-Plane une usine en feu, et alors qu’il tente de sauver le quartier des flammes, les méchants maléfiques de la confrérie du mal odieux et malpoli en profitent pour activer une armée de robots géants, qui commencent à détruire la ville avec pertes et fracas. Sapristi.

Se rendant compte de la supercherie, le héros part en découdre avec les gundams pendant que Hex (qui passait par là dans un trajet inopiné et hasardeux) l’assiste, dans un team-up de légende entre un Batman du futur sans gadgets du futur et un cowboy avec un vieux pistolet deux-coups. Bref, combat, sacrifice du Chevalier Noir qui se jette dans une tour électrique pour créer un court-circuit de nature à stopper les gros robots, cliffhanger, stupeur, effroi, prostituées, et voilà, la suite au prochain épisode.

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Blague à part, je conseille aux amoureux de 2000AD, Verhoeven et Mad Max de jeter un oeil à la maxi Hex, qui, si elle reste avec le recul à ranger au banc des bizarreries inexplicables de la décennie ’80, un de ces plaisirs ultra-rétros d’exagération punk entre le cyberpunk et le super-héros, le Far West et le dystopique, plutôt très bien servie aux dessins et dans des délires de type « Cowboy contre robots » à enchaîner sur une playlist grosses guitares et synthé. D’ailleurs, en général, vous avez aussi le droit de lire tout Jonah Hex depuis cette période, ça ne vous fera que du bien aux yeux et au cerveau.