Le week-end passé au Lille Comics Festival a été l’occasion de discuter comics entre collègues – non pas que nous n’ayons pas l’habitude de le faire, avec nos nombreux podcasts – et de s’intéresser de plus près au devenir de l’imprint Vertigo (vous retrouverez dès demain la vidéo de notre conférence sur le sujet). Alors que tout le monde est assez d’accord pour dire que la prestance de l’éditeur n’est plus celle qu’elle était à l’heure de ses plus grandes publications (PreacherScalpedFables ou encore 100 Bullets – et oui, on n’oublie pas The Sandman, rah, c’est bon là), le pas pour assurer que la mort de l’imprint est proche n’est pas encore franchi.

Pourtant, lorsqu’on s’intéresse aux publications Vertigo de ces derniers mois, et encore plus lorsqu’on regarde les sollicitations de l’éditeur, il n’y a vraiment pas de quoi sourire. Ainsi, en décembre, Vertigo sortira en tout et pour tout sept fascicules, parmi lesquels deux mini-séries, et cinq ongoing. Sur ces cinq ongoing, une seule a une réelle longévité (Astro City), une est un spin-off de l’univers de Sandman qui essaie de tirer profit de la diffusion d’une série télévisée qui s’en inspire vaguement (Lucifer), une autre est un spin-off de la série culte Fables (Everafter), et les deux restantes (Clean Room et Unfollow) sont les seules rescapées des douze titres qui ont été lancés il y a à peine un an.

Qu’est-il advenu du reste ? Mis à part certains titres qui avaient été annoncés d’emblée comme des mini-séries (tels que The Twilight Children ou Jacked), les autres ongoing ont toutes été sacrifiées plus ou moins rapidement sur l’autel des ventes, avec un record pour Slash & Burn et Last Gang in Town qui ont été très vite revues du statut d’ongoing à mini en 6 deux numéros à peine après leur débuts. Seul contre exemple de la contre performance du Vertigo de 2015, c’est le Sheriff of Babylon qui a été prolongé jusqu’à douze numéros (mais peut-être que c’était pour s’assurer d’avoir Tom King dans ses poches ? Non, on va être optimiste et se dire que c’est parce que le titre est juste très très bon). Une relance donc qui n’a pas pris, et la faute peut être portée sur beaucoup de facteurs : un désintérêt du public, un manque de communication, des titres qui n’arrivent pas à être assez provocants ou imaginatifs pour sortir du lot, l’omniprésence d’Image Comics sur la scène indé, des contrats plus aussi attractifs, etc… Difficile de mettre exactement le doigt sur ce qui va mal, mais les faits sont là : les chiffres de ventes de ces titres sont extrêmement faibles et la plupart des titres campent autour des 5000 exemplaires par mois, si ce n’est moins. Rendez-vous compte qu’en juillet dernier, Scooby Doo s’est mieux vendu que Suiciders, vous aurez une idée du malaise.

De la même façon qu’on associe maintenant Vertigo avec de très grands comicbooks d’une ère passée, il serait temps de se demander si l’Imprint lui même n’est plus qu’un vestige d’une autre époque, et qu’il vaudrait mieux arrêter les frais et cesser cet Imprint plutôt que de le laisser mourir à petit feu, tel que c’est l’impression actuelle qui nous en est donnée. Comme si le bloc éditorial fermait les yeux sur la réalité du marché et ne se décidait pas à vraiment chambouler le “comics game”, à se rendre de nouveau attractif, à repousser les limites du domaine, et à retrouver cet aspect provocateur qui avait su séduire le public et les créateurs il y a plus de vingt ans. Ce week-end, et comme nous aimons à le penser depuis la sortie de Doom Patrol #1, une petite once d’espoir émerge du nouvel imprint DC’s Young Animal, mené par Gerard Way (et Shelly Bond, beaucoup ont l’air de s’en foutre), grand ami de Grant Morrison qui est l’un des auteurs à avoir fait le bonheur de Vertigo. Des previews qu’on a pu avoir, le reste des séries Young Animal ont l’air d’être artistiquement solides, et d’avoir une approche réellement différente de ce qui est fait dans le DC Universe mainstream. Peut-être qu’en attirant le lectorat vers le genre “Rated M for Mature” avec des personnages DC, le pont sera créé pour faire découvrir les oeuvres du Vertigo actuel. Ce nouvel imprint sera en tout cas à surveiller de très près, il pourrait bien constituer le coup de fouet dont l’indé de chez DC aurait besoin.

5 Commentaires

  1. Justement, malgré un assez bon numéro de Doom Patrol, c’est assez difficile de retrouver ce qui faisait le charme de l’écriture de Morrison. Je pense que s’attendre à des récits aussi iconiques que ceux de Morrison & co est une idée à laquelle il faudra renoncer pour ne pas être déçu.

  2. Le descendant de l’esprit Doom Patrol, on l’a déjà eu dans les New52 avec Dial H. Ramenez China Mieville chez Young Animals et je serai ravi, de par son talent, son background et sa vision de la fiction, il est la l’héritier de Morrison, malgré toute l’affection que je porte à Gerard Way et son Umbrella Academy. Quand il a débarqué, Morrison n’a pas essayé d’être le nouvel untel, il a fait ce qu’il aimait sans se soucier de ce qui se faisait à côté, ce qui est complètement l’approche de Mieville avec ses romans.

    • C’est vrai que je ne connais pas du tout le romancier, mais bordel qu’est-ce que c’était cool Dial H. Mais il a continué de faire des comicbooks après ça ?

      • Il écrit pas mal donc il n’a peut-être plus le temps, à moins que DC ne lui ait tout simplement pas proposé de nouveaux projets… Je ne suis pas sûr qu’il ait la volonté de faire des comics si on ne vient pas le chercher, il a l’air assez occupé.

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