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Les points positifs:
  • Le début d’un run culte
  • Des personnages attachants
  • Un humour efficace
  • Des expressions faciales réussies
Les points négatifs:
  • Parfois redondant
  • Une équipe peu iconique

« Il est temps de rencontrer votre public ! » – Maxwell Lord.


  • Scénario : Keith Giffen et J.M. DeMatteisDessin : Kevin Maguire et Bill WillinghamCouleurs : Gene d’Angelo
    et Carl Gafford.

 

Urban Comics frappe un grand coup en éditant un titre phare des années 80, le cultissime Justice League International, scénarisé par Keith Giffen et John Marc DeMatteis et dessiné (majoritairement) par Kevin Maguire. Plongeons-nous un peu dans le contexte de sa publication initiale : nous sommes en 1987, alors que DC construit peu à peu son univers Post-Crisis, après le remarqué crossover Legends. C’est d’ailleurs dans ce dernier que les super-héros sont remis en cause par le gouvernement, suite aux manipulations de Glorious Godfrey, un lieutenant de Darkseid, et que la Ligue de l’époque se voit dissoute (tout est à retrouver dans l’ouvrage La Légende de Darkseid). Il est donc nécessaire pour l’éditeur de repartir sur de nouvelles bases, et le titre est mis entre les mains d’une équipe qui signe là son chef-d’œuvre. Soyons clairs, il s’agit d’une œuvre culte pour ceux qui aiment les comics de cette époque, et je vous déconseille de passer à côté. Je m’en vais tout de suite vous donner les raisons de vous (re-)plonger dans les aventures de cette improbable équipe.

Premièrement, il s’agit d’une version franchement atypique de l’équipe la plus prestigieuse de l’univers DC. Seul Batman est un personnage de premier plan, les autres étant plutôt des seconds couteaux (voire des C-Listers, pour certains) ce qui pour effet de nous montrer des héros qui sont loin d’être aussi stoïques que la ligue iconique, et qui ont beaucoup plus de failles, ce qui les rend plus humains et laisse à Keith Giffen toute latitude pour développer son humour si particulier. Ainsi, les différentes altercations entre Guy Gardner, qui fait office de Green Lantern officiel de l’équipe, et Batman devraient marquer tout le monde dès la première lecture, de même que l’obsession du Limier Martien (désolé, je me fie à la VF officielle) pour les oréos, et que dire de ce début d’amitié entre Blue Beetle et Booster Gold ? Le casting à la fois riche et original de la série, pourtant imposé par les éditeurs à l’équipe créative, fait clairement la force de ce comic-book. Les personnages sont redéfinis dans ce titre, ainsi Gardner devient le gros beauf que tout le monde connaît, Black Canary gagne une dimension féministe, Captain Marvel reste relativement puéril, même transformé… Seul Batman reste fidèle à lui-même, évitant autant que faire se peut les petites vannes et autres calembours. Cette apparente légèreté apporte un vent de fraîcheur à la franchise, mais ne vient pas pour autant détruire le souffle épique qui fait la renommée des aventures de la Justice League.

En effet, les aventures présentées sont d’envergure assez importante et comptent des situations bien délicates, qui demanderont de véritables moments de bravoure à cette belle bande de bras cassés qui constitue l’équipe (on ne compte plus les débordements de Gardner après la douzième page du tome). On touche à différents registres, passant du typique affrontement super-héroïque opposant nos héros à la Quinte Flush Royale à l’incident diplomatique impliquant l’arme nucléaire, tout en passant par les affaires mystiques du Dr. Fate. Chacune de ces aventures sait trouver le ton juste et parvient à doser habilement humour et développement intéressant de ses personnages et de son intrigue. Ceux qui suivent toutes les publications Urban Comics regretteront peut-être d’avoir en doublon le crossover avec le titre Suicide Squad de John Ostrander, mais il faut avouer qu’il est agréable de pouvoir obtenir l’intégralité de cette histoire en ne se procurant que l’un des deux livres.

C’est aussi cette série qui introduit le sombre personnage de Maxwell Lord, qui apporte une dimension politique à la série, puisqu’il s’agit d’un homme d’affaires qui cherche à redorer son blason en se présentant comme le mécène de l’équipe, alors qu’il semble tirer les ficelles  dans l’ombre… Cet homme ambigu mérite à lui seul que l’on s’intéresse de près à ce titre, tant son évolution sera importante dans les décennies suivantes. De même, les nombreuses évocations de thèmes géopolitiques confèrent au titre une dimension singulière, et l’on comprend assez vite les enjeux derrière cette idée de créer une « Justice League » qui perd son « of America » dans un premier temps, pour gagner un « International » dans son septième numéro.

En ce qui concerne le dessin, c’est franchement plus que propre et Kevin Maguire nous livre une superbe prestation. Ses personnages sont très expressifs, ce qui contribue à l’humour et à l’ambiance générale du titre, mettant en relief le travail des scénaristes. De même, son storytelling vient donner du rythme à la série, qui se montre extrêmement dynamique, ce qui a pour effet de fluidifier la lecture de ce pavé de plus de 400 pages, qui s’avale d’une traite sans risquer l’indigestion (oui, je me risque à la métaphore).

Le début de la série Justice League International, qui nous est proposé dans ce tome, est un véritable démarrage sur les chapeaux de roue et constitue une pierre angulaire de l’histoire de DC Comics. Passer à côté de ce volume serait une grave erreur. Certes, on perd la dimension iconique de l’équipe, mais cette itération loufoque de la plus grand équipe de l’histoire des comics vaut clairement le détour, et j’en recommande chaudement la lecture à tous ceux qui n’hésitent pas à se plonger dans les archives de l’univers DC.