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Les points positifs :
  • Le parcours de l’infâme Herr Starr
  • Un tournant dans l’histoire
  • L’humour cradingue, parfois absurde, toujours génial
  • Garth Ennis et la société
Les points négatifs :
  • La descente de l’infâme Cassidy
  • Comme d’hab, demande d’accrocher aux dessins
  • Si quelqu’un comprend tout ce qu’Arseface raconte…

« Guhnuhd wuhld » – Arseface


  • Scénario : Garth Ennis Dessin : Steve Dillon, Peter Snejbjerg, Richard Case, Carlos Ezquerra – Couleurs : Pamela Rambo, Matt Hollingsworth, Nathan Eyring, Grant Goleash – Couvertures Glenn Fabry
  • Urban Comics- Vertigo Essentiels – Preacher Tome 4 – 26 août 2016 – 392 pages – 28 €

Quatrième volume de la série Preacher publié en VF – si vous aviez déjà les trois précédents, cette critique ne sera pas super utile vu que la série se vend d’elle-même, par sa renommée, sa qualité et le besoin urgent qu’une bande de retardataires a eu de rattraper en urgence pour avoir le droit d’appeler la dernière adaptation en date « infidèle » (le terme est amusant). Et cependant, même vingt ans après, on ne rappellera jamais assez à quel point l’ami Ennis a, il fut un temps, brillé au firmament de son triptyque HitmanHellblazer et Preacher, trois de ses meilleurs bouquins autant inscrits dans le DC conventionnel que son annexe de créateurs aux séries autonomes. Pour aller vite, ce quatrième volume mérite votre argent autant que les précédents, et le reste du texte qui suit ne sera qu’un remplissage de formalité.

Preacher - Book Four (2011) (Digital) (Darkness-Empire) 064

L’histoire s’ouvre ici sur la vie du malveillant Herr Starr, génie du mal obsessionnel et carriériste, qui part d’une carrière dans les forces d’intervention allemandes pour arriver au sommet de la principale organisation du complot terrestre. Différentes étapes gravies, un parcours exemplaire, raconté avec la verve habituelle de l’auteur dont le talent revient aussi à créer d’excellents vilains : froid, calculateur, dégueulasse et sociopathe, Starr évolue comme un antagoniste génial au révérend Custer. Avec ses valeurs, son combat, et sa propre vision des choses. Ce segment permet aussi de montrer les coulisses du Grail, avec les racines de son plan pour asservir (ou libérer, c’est selon) le monde des Hommes – là-encore, l’humour noir de l’auteur fait effet, quand on comprend que l’église protège depuis deux mille ans la lignée du Christ, aboutie en deux héritiers difformes et demeurés par deux millénaires de reproduction consanguine.

En bouclant avec le présent, on retrouve les trois héros à un tournant de l’histoire, quand leurs chemins vont se séparer par la force des choses et des explosions nucléaires. L’ensemble du volume est écrit avec justesse, bien rythmé et riche en événements, avec les moments de vie, d’amour et de bromance cher à l’auteur. Mêmes références aux vieux western et au portrait incarné par Jesse du « strong silent guy », le cowboy qui s’est trompé d’époque avec sa nana féroce et son meilleur pote alcoolique qui cherche la rédemption. Mêmes critiques envers la société Américaine, avec le trait aussi épaissi que possible sur les militaires, les médias et les groupes d’opinions, caricatures tarées de figures du quotidien plutôt très avérées. Et, encore une fois, même délire absurde et phénoménal de la vie d’Arseface (pardon, mais je refuse de l’appeler « tête de fion »), adorable gosse défiguré à la carrière musicale étonnante, et à l’imaginaire décidément bien fourni.

Preacher - Book Four (2011) (Digital) (Darkness-Empire) 058

Tout est génial, les dialogues donnent à chaque scène une tournure culte instantanée, et l’humour quoi qu’omniprésent ne borne pas la série à n’être qu’une tranche de rigolade au milieu du désert : Preacher transpire l’humanité de son trio de tête, et quoi que ce volume soit plus prompt à faire avancer l’intrigue, on y trouve comme à chaque fois l’esprit subtil de l’homme derrière ses blagues et ses bouteilles de whisky. Le tome s’enrichit des bonus aussi compris dans l’édition VO, dont le plus intéressant reste le récit des origines d’Arseface, un pamphlet sur la jeunesse redneck des années ’90 dans l’ombre de Cobain et des drames familiaux (avec un hommage à Forrest Gump de circonstance – bref, c’est bien).

Cela étant, quoi que le dessin soit lui aussi unique en son genre, on peut se permettre de ne pas apprécier le trait de Steve Dillon le long de ces trois-cent pages de récit : loin de correspondre aux critères « modernes », le style de l’artiste épouse le propos de son auteur. Chaque personnage a une véritable gueule, une de ces têtes pas possibles qu’on imagine nées d’un mariage entre cousins ou dans le middle-west justement assez loin du cliché de cinéma. Dillon souligne le style d’Ennis par son trait inhabituel, aux allures grossières mais souvent assez fouillé et expressif, et qui au final fait complètement partie de l’aventure.

Quatrième volume de la série Preacher publié en VF – et le quatrième à posséder pour ceux qui aiment la bande-dessinée. Rares auront été les récits de la qualité de Preacher dans l’histoire de Vertigo ou le paysage contrasté du comics des années ’90 : bons personnages, bonne intrigue, une richesse de sous-textes probante avec des dialogues explosifs, l’ensemble sent le whisky et la poussière du désert, les soirées pizza-western avec une bande de potes ou la plus belle histoire d’amour écrite dans un comics pareil – si vous êtes encore en train de lire, expliquez moi en commentaires ce que vous cherchez dans ce texte et qui vous occupe le temps nécessaire pour foncer au libraire ramener ce volume chez vous. Non, vraiment. Expliquez moi.

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briciius
briciius

que du bonheur ce comics !!

par contre je me demande combien de tomes urban à prévu ?

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