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Les points positifs:
  • Le meilleur du Bronze Age
  • Des personnages approfondis
  • Utilise le contexte de l’époque
  • Ensemble sans fausse note
  • Une belle édition
Les points négatifs:
  • Comme d’hab, nécessite d’aimer le vieux

« C’est votre Suicide Squad, mon problème. » – Batman


  • Scénario : John Ostrander, Robert Greenberger, Paul Kupperberg, Keith Giffen, J.M. DeMatteis Dessin : Luke McDonell, Erik Larsen, Keith Giffen, Rob Liefeld – Encrage : Dave Hunt, Karl Kessel, Bob Lewis, Al Gordon, Malcolm Jones III – Couleurs : Carl Gafford, Gene D’Angelo, Juliana Ferriter

La version moderne de la Suicide Squad, celle que les lecteurs connaissent, est introduite il y a presque trente ans par le scénariste John Ostrander, dans l’après Crisis on Infinite Earths. Un concept simple, qui ne reprend de la série originale que le nom et la généalogie de son personnage principal : des missions périlleuses orchestrées par le gouvernement Américain sur toutes les zones où le droit international interdit à l’état d’intervenir. Une bande de black-ops puisés dans les prisons de super-vilains, assemblés autour de Rick Flag et Amanda Waller (quoi que celle-ci prenne une place bien moins importante que le colonel dans ce volume-ci). S’ils survivent, on leur accorde une remise de peine. Sinon ? Bon débarras. On a beaucoup parlé de la Suicide Squad récemment, et inutile de vous représenter en abondance les tenants et aboutissants de ce premier tome, déjà très chargé.

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Dans l’ensemble, la première série consacrée à la Force Spéciale X (amis francophones, bonjour chez vous) est un de ces éléments qu’il est important de lire pour les fans de DC ou de BD Américaine en générale. Plus que les pitchs modernes qui proposent une promesse similaire de série d’espionnage ou d’action militarisée, comme un genre presque justifié par ses propres codes, la Suicide Squad ressent le besoin de s’expliquer. Ostrander livre avec une certaine franchise le tour biographique de ses protagonistes, valeureux pour la plupart malgré les dilemmes moraux. Le but n’est pas (comme ce sera le cas en 2011) de présenter une escouade malsaine guidée par l’envie d’amener les héros plus bas que terre et une Waller plus que sadique. A l’époque, celle-ci se définit volontiers comme pragmatique : il faut que les choses soient faites, son mantra, et son idéal qui ne l’empêche pas d’avoir une certaine humanité derrière les pratiques douteuses commandées par l’impératif martial qu’elle met en oeuvre.

Dans le même état d’esprit, la Suicide Squad marche comme une véritable série d’équipe. Sans être profondément soudés, ou échapper aux crasses du vil Captain Boomerang, les membres de la Force X agissent en groupe avec un certain esprit de camaraderie. Le scénariste glisse aux principaux des fils rouges ou arcs de long terme en leur donnant le temps de s’épanouir individuellement, et laisse par ci par là quelques morts marquantes qui font avancer l’intrigue. L’écriture est fidèle à son époque : franche, et derrière une caractérisation qui passerait aujourd’hui pour trop simpliste (ou « kitch »), le volume respire avec un certain charme sur des intrigues droit-au-but, efficaces, qui arrivent à maintenir une tension ou quelques moments d’humour avec de réelles idées. Les meilleurs moments seront ceux qui utiliseront l’esprit post-Guerre Froide et les conflits réels, ou bien ceux qui iront chercher le team-up avec d’autres séries cultes de l’époque (en l’occurrence, deux moments incroyables avec la Ligue de Justice Internationale et la Doom Patrol).

Sans titre

Problème, comme pour de nombreux récits cultes du Bronze Age, cette jolie et très riche édition d’Urban demande un certain amour pour les vieilles histoires et la narration « à l’ancienne » (évidemment, parce que l’achat est un acte de soutien on ne peut que vous encourager à vous ruer dessus pour tous ces infâmes passéistes qui attendent encore le Swamp Thing de Moore, l’Animal Man de Morrison et tous ces petits trucs qui ont redéfini l’écriture classique de la BD au tournant ’80). De même que les dessins à la ligne claire et aux couleurs pleines changent radicalement du style moderne – à mon humble avis, pour le meilleur – l’ensemble a pris un peu de poussière et la traduction VF semble appuyer volontairement sur cet aspect, avec des locutions obsolètes de type « te fais pas la rate au court-bouillon, Flag« , histoire d’être bien.

Maintenant, dans l’ensemble, il n’y a en fait pas mille-cinq-cent histoires de la Suicide Squad à lire dans l’histoire de DC. Si beaucoup découvrent l’équipe avec le film, ce n’est pas par hasard : dans l’épicentre DC, la Skwad n’aura jamais été aussi importante que sous l’ère Ostrander, où elle participe à rassembler les morceaux du post-Crisis et redéfinir l’emploi du fameux archétype des vilains de comics. C’est donc une excellente lecture pour les collectionneurs, les fans de l’imprint et les curieux, mais pas forcément à conseiller à ceux qui rêvent de retrouver l’esprit de l’adaptation (car ce niveau de qualité pourrait leur brûler les yeux), et un merveilleux moment d’histoire comme peuvent l’être les éditions de Green Lantern/Green Arrow ou des Derniers Jours de Superman.

Il y en a un qui tire sur des gens, un autre qui lance des boomerangs, une qui ouvre des passages et ce mec là qui fait du karaté – en résumé, la Suicide Squad à l’époque d’Ostrander. Un auteur qui a su comment écrire une équipe, varier les genres et les aventures dans un ensemble toujours rythmé et jamais ennuyeux, joliment dessiné et les pieds ancrés dans son éditeur et son époque. Hé, après tout, combien de BD peuvent se vanter d’avoir Gorbatchev et Reagan à cinq numéros d’intervalles ? Pour ça et le reste (et parce que c’est mieux que ce que vous avez pu lire ou voir récemment), la Suicide Squad de l’époque est à lire, en attendant le second volume, et en espérant qu’il ne faudra pas un film pour que tous les chefs d’oeuvres du passé arrivent dans les mains du lectorat Français. Soyez meilleurs que les impératifs économiques, lecteurs, vous avez le devoir d’acheter les chefs d’oeuvres quand on vous les vend.