Review VF - Fables Tome 20 : Blanche-Neige
Les points positifs :
  • Une conclusion parfaite pour Bufkin
  • Brandish
  • Shawn McManus aux dessins
  • Une fin qu’il fallait oser et qui choque
  • Lien avec les aventures de Fairest…
Les points négatifs :
  • … mais handicapant si elles n’ont pas été lues

« Où est ma femme ? » – Bigby Wolf


  • Scénario : Bill Willingham Dessins : Mark Buckingham, Steve Leialoha, Shawn McManus – Encrage Andrew Pepoy – Colorisation : Lee Loughridge

Les grandes séries se démarquent de part la constance de leur qualité et il est rare de voir un duo créatif aller si loin sans se perdre en chemin, que ce soit par un manque de cohérence narrative ou bien simplement d’idées. Des larmes, de l’épique et une bonne leçon de morale, voila ce qu’avait à proposer le précédent tome de la série. Excellente nouvelle, ce vingtième album contient, malgré un nombre de pages un peu moins imposant, toutes ces qualités, se permettant de conclure l’histoire de Bufkin et de marquer à jamais la communauté des Fables en rassemblant les arcs After (#124) et Snow White (#125 -129).

La fin d’un héros

En un numéro – de cinquante pages tout de même – Willingham arrive à conclure la révolution lancée par le petit singe et à en finir définitivement avec le personnage, le menant littéralement jusqu’à la tombe après une longue vie d’aventure. Nous retrouvons donc Bufkin, ex-bibliothécaire alcoolique et révolutionnaire malgré lui, là ou le précédent tome l’avait laissé : en fâcheuse posture, la corde au cou. Néanmoins, par un habile deus ex machina l’auteur fait de ladite corde un personnage à part entière puisqu’inhérent à beaucoup de contes (parce qu’entre les souliers chauffés à blanc et une décapitation, la pendaison reste un classique). La première partie du récit se concentre sur la guerre éclair que vont mener les révolutionnaires afin de renverser le tyran au pouvoir. Encore une fois, les plans farfelus du petit singe, habile mélange entre humour et ingéniosité, font mouche et le personnage accepte son rôle de leader non pas par nécessité comme pour le combat contre Baba Yaga mais par volonté de libérer le pays et défendre les innocents -témoignant de l’évolution du héros.

Le choix de Shawn McManus aux dessins est, en plus du coté « feel good » de la narration, le deuxième gros point fort du numéro, donnant vie au Pays d’Oz grâce à son utilisation astucieuse des courbes et sa colorisation tout en nuance jouant avec les couleurs pastels. A noter que le dessinateur, de part sa carrière, est un habitué des chefs d’œuvres Vertigo ayant en outre travaillé sur le titre Sandman de Neil Gaiman ainsi que le Swamp Thing d’Alan Moore. La deuxième partie du numéro narre les aventures de Bufkin, accompagné de Lily, et de leur romance impossible à travers les siècles, lui étant un singe et elle une lilliputienne. Quasiment entièrement conté par la Corde, les interactions et l’évolution de la relation entre les deux Fables est réellement touchante, celles-ci tentant par tout les moyens de se métamorphoser afin de pouvoir vivre leur amour. Willingham, malgré la simplicité de son message -« l’amour transcende la nature » – arrive à éviter de tomber dans le pathos en enrobant le récit d’une bonne touche d’absurde et d’humour noir donnant au petit singe la conclusion qu’il mérite.

Scott Pilgrim version Fables

Scott Pilgrim est une série de comics écrite et dessinée par Bryan Lee O’Malley dans laquelle le héros doit, afin de sortir avec la fille qu’il aime, vaincre l’intégralité des ex maléfiques de cette dernière. Quel rapport avec la série Fables me direz-vous ? Alors que Bigby, au volant de la voiture magique, part à la recherche de sa fille disparue à travers les monde, le maitre d’arme de Fableville se révèle être le prince Brandish. Anciennement promis à Blanche Neige, celui-ci est bien décidé à faire respecter ses vœux de mariage quitte à en finir avec le Grand méchant loup. Ce nouveau personnage peut être perçu comme une version maléfique du Prince charmant car derrière son sourire ravageur et son air désinvolte se cache un monstre cynique, froid et cruel ne laissant aucune chance à ses adversaires. Doté d’une habilité à l’épée faisant pâlir les plus grands du royaume et protégé d’un charme liant sa vie à celle de Blanche, la violence psychologique qu’il fait subir à l’héroïne est sans pareil, l’auteur aux travers des personnages se permettant une critique de la violence conjugale plutôt bienvenue. Contenu sur les deux derniers numéros, le combat final s’avère tout bonnement épique, Buckingham et Loughridge à leur meilleur retranscrivant à merveille la violence de l’affrontement sans négliger l’esthétique des attaques des deux adversaires.

Les deux dessinateurs avaient déjà montré leur talent lors du combat entre Mister Dark et Frau Totenkinder lors du numéro 100 mais ici, leur prouesse consiste à donner une impression d’équilibre des forces dans une rixe entre un loup de 5 mètres et un humain armé d’une épée. En parallèle de l’intrigue de Blanche neige, afin de donner un peu de légèreté dans un arc scénaristique assez dur psychologiquement à la fois pour les personnages mais aussi pour le lecteur s’identifiant à eux, La Bête essaye de trouver une solution pour éviter de se retrouver prisonnier de la Fée Bleue, ayant refusé de lui livrer Gepetto. Dans un ensemble de scènes pouvant être assimilées à un vaudeville, le shérif accompagné de l’espiègle renard Goupil vont monter, en opposition à celui de Blanche Neige, un simulacre de mariage entre les parents de Pinocchio tout cela sans demander leur avis aux intéressés. Très verbeux tout en restant intelligent dans son propos, les situations font mouche et les répliques rapides et biens senties sont un plaisir à lire se rapprochant de ce qu’un Aron Sorkin peut écrire pour le cinéma. Le récit se termine sur la même planche que le tome précédent montrant une Thérèse adulte sonnant à la porte de ses parents, bouclant la boucle et annonçant la reprise d’une time line normale.

Fables continue d’émouvoir et d’impressionner après plus de 120 numéros. L’ambiance reste sombre mais renoue avec la poésie inhérente à la série tout en soulevant des thèmes forts. Petit à petit, les arcs scénaristiques se concluent tel celui de Bufkin, premier à s’en aller mais sortant par la grande porte dans un final émouvant, drôle et intelligent à l’image du personnage. Seul bémol du titre qui n’en est pas vraiment un, la nécessité de lire la série parallèle Fairest se fait clairement sentir afin d’apprécier pleinement le récit notamment afin de comprendre d’où viennent la Belle au bois dormant et sa voiture magique – cela étant expliqué dans Fairest Tome 1 et Fairest : les Belles et la Bête. Sur ce, lisez Fables, lisez des comics et à la prochaine pour la review de la dernière grande crise du monde des Fables qui s’annonce d’ores et déjà dantesque.