Fables Tome 18 : l'Héritier du vent
Les points positifs :
  • Un numéro de Noël au top
  • Un bon collectif de dessinateurs
  • Beaucoup de révélations…
Les points négatifs :
  • … mais une histoire qui avance peu
  • Buckingham pas toujours à son meilleur

« Je suis Darien, le chef de meute. Papa l’a dit et répété cent milliards de fois. Je suis celui qui peut tout faire. » – Darien Wolf à un Zéphyr


  • Scénario : Bill Willingham Dessins : Mark Buckingham, Rick Leonardi, P.Craig Russel, Zander Cannon, Ramon Bachs, Adam Hughes – Encrage Steve Leialoha, Andrew Pepoy, Shawn McManus, Dan Green, Ron Randall, Jim Fern Colorisation : Lee Loughridge, Lovern Kindzierski

Le Vent du Nord s’étant sacrifié afin de faire disparaitre la menace que représentait Mister Dark, il serait temps que les Fables reprennent une vie normale, me diriez-vous. Que nenni, il n’en est rien. En effet, pour maintenir l’équilibre entre les vents cardinaux, un héritier doit être choisi et qui de mieux désigné qu’un des petits enfants de la tribu Wolf pour prendre la relève ? Cette semaine, un tome de Fables hivernal, celui-ci contenant « Inherit the Wind » (#108 -111), « All in a Single Night » (#112), faisant office de numéro spécial Noël et In Those Days (#113), une collection d’histoires courtes.

Un héritier à choisir d’urgence

Comme dit précédemment, un héritier au trône du Nord doit être désigné. Et des héritiers, il n’en manque pas. En effet, au nombre de six (l’identité de Ghost étant toujours cachée), cet arc permet enfin de développer la personnalité et les traits de caractères principaux de chacun, constituant le point fort de l’histoire. Bien qu’archétypaux, les enfants de Bigby sont tous attachants et intéressants dans leur manière de penser et d’appréhender la future nomination, que ce soit Blossom priant pour ne pas être choisie ou bien Connor possédant un grand cœur et de bons atouts mais n’envisageant même pas de pouvoir gagner face à son frère Darien, qui lui, en tant que chef de meute, se voit déjà roi. A noter que Darien peut être perçu de part sa personnalité comme un homologue de notre cher Damian Wayne ce qui évidemment promet du grabuge. De plus, viendront s’ajouter à la fête leurs trois oncles vents cardinaux aussi arrogants les uns que les autres (rappelant fortement les trois princes des enfers du run de Garth Ennis sur Hellblazer, en moins taquins bien entendu). Parallèlement, la quête de Bufkin afin de renverser le pouvoir en place continue et il est plaisant de voir le petit singe évoluer que ce soit dans sa capacité à prendre des décisions décisives ou bien sa transformation en véritable leader. L’auteur comme à son habitude se permet de glisser une critique acide des régimes totalitaires par le biais d’une mascarade de procès plutôt bien écrite et dans laquelle les répliques font mouches. Néanmoins, malgré la myriade de révélations et d’éléments importants, une impression étrange de lenteur se dégage du récit du fait que celui-ci sert avant tout à une transition vers la fin de l’aventure.

I wish you a merry christmas !

L’hiver est, pour la plupart des personnes, synonyme de fêtes de fin d’année. Ainsi, il était normal, la date de parution du numéro tombant un 21 décembre, que la série se dote d’un épisode spécial noël. Le personnage de Rose Rouge est de nouveau mis à l’honneur amenant subtilement le récit vers la future grande et dernière crise qui déchirera les Fables. Le pitch est simple : un grillon vient chercher Rose, choisie pour être une des nouvelles incarnations de l’espérance et l’emmène dans un périple destiné à lui faire rencontrer les autres représentants de l’espoir. A l’image du conte « The Cricket on the Hearth » dont est tiré le grillon, il se dégage, comme à l’accoutumée avec les œuvres de Dickens, une atmosphère plus mélancolique que festive même si l’auteur s’autorise quelques touches d’humour afin d’éviter de tomber dans le glauque juste avant le réveillon. Les protagonistes rencontrés sont tous biens trouvés mais le plus intéressant reste néanmoins les morales donnés par chacun notamment celle donnée par la Vengeance, personnifiée en une femme criblée de pieux et épouse de la mort. Il est préférable de ne pas dévoiler l’identité des autres mais une chose est sure, vous ne verrez plus Noël de la même manière après cette lecture.

En ce temps là

Une collection d’histoires courtes sert de conclusion à ce tome. Toutes biens écrites, celles-ci cachent pour la plupart derrière leur innocence apparente de vraies révélations sur l’univers de la série et la suite du récit. En effet, parmi les plus marquantes, l’histoire du Magicien Kadabra révélera la raison pour laquelle Gepetto, à l’époque empereur, a laissé la communauté des Fables en paix pendant plusieurs dizaines d’années tandis que l’histoire de la Tortue Monde (fans de Terry Pratchet bonjour) dévoilera les origines de ce protagoniste qui, quoi que méconnu, apparaitra dans Fairest. En parlant de Fairest, la dernière histoire relatant les aventures d’un porc épic tombé amoureux d’une humaine est, en plus d’apporter une vraie note de légèreté plutôt rares dans ce tome, graphiquement splendide puisque dessinée par Adam Hughes à qui l’ont doit la plupart des covers de la série parallèle.

Un Buckingham légèrement fatigué mais soutenu par un bon collectif

Le travail de Mark Buckingham au dessin est titanesque, ayant signé quasiment toutes les planches depuis le numéro 5 de la série. Néanmoins, celui-ci accuse une légère baisse de qualité dans son travail, notamment au niveau de certains visages et ombres. Cela peut s’expliquer par la difficulté à suivre un rythme de parution surtout avec le nombre de nouveaux personnages. En effets même si les enfants de la tribu Wolf sont connus des lecteurs, il n’était à l’époque, pas nécessaire à la narration de pouvoir les différencier clairement. De plus, un vrai travail a été apporté au design des vents cardinaux Ouest, Est et Sud s’inspirant respectivement des indiens d’Amérique, de Bouddha et de la culture Vaudou africaine. Le collectif invité pour le dernier numéro est un véritable vent de fraicheur, chacun ayant une pate qui lui est propre différant du style de Buckingham sans jamais que la transition soit choquante visuellement. Mention spéciale encore une fois aux dessins d’Adam Hughes mais aussi à ceux de Ramon Bachs que la colorisation de Lee Loughridge (qu’on ne présente plus) sublime. 

Cette semaine, une review plus courte qu’à l’accoutumée pour ne pas gâcher les surprises qui sont nombreuses. En effet, l’histoire n’avance pas vraiment mais regorge de petits détails qui se révéleront cruciaux pour la suite des événements, le tome étant une transition vers l’acte final de la série. Même si Buckingham est par moment en deçà de ce à quoi il nous a habitué, le collectif présent sur le dernier numéro est une véritable réussite. Je me permets, en cette conclusion de venter les mérites de Ramon Bachs, dessinateur méconnu qui gagne à être mis en lumière de part sa passion et son talent n’ayant pas une seconde hésité à, devant le refus des éditeurs, à kickstarter son dernier projet « Fiction Squad » afin de le mener à bien. Certains pourraient voir en ce tome une baisse du niveau global de la série mais rassurez vous, ce n’est que pour mieux repartir en fanfare dès le prochain sans jamais s’arrêter jusqu’à la conclusion.