Fables Tome 17 : Super Team
Les points positifs :
  • Un hommage aux super-héros
  • Un habile mélange entre humour et émotions
  • Une leçon de colorisation
Les points négatifs :
  • Une résolution pouvant être frustrante
  • Le numéro d’introduction de Fairest fait le taff, mais rien de plus

« Pourquoi ne pas adopter une règle imparable cautionnée par plusieurs générations de lecteurs de comics ? » – Pinocchio à Ozma


  • Scénario : Bill Willingham Dessins : Mark Buckingham, Steve Leialoha, Eric Shanower, Terry Moore, Andrew Pepoy, Richard Friend – Colorisation : Lee Loughridge
  • Urban Comics – Vertigo Classiques – Fables Tome 17 : Super Team – 29 août 2014 – 160 pages – 15€

Le combat entre Mister Dark et Frau Totenkinder ayant débouché sur un statu quo, la menace perdure et la corruption envahit les territoires détenus par les Fables qui finissent tous petit à petit par y succomber. Tous ? Non. Un petit village de Fables résiste encore et toujours à l’envahisseur. En plus de développer les aventures du petit Bufkin ainsi que de proposer une ouverture sur la série parallèle Fairest, l’auteur rend ici hommage au genre super héroïque dans sa globalité, tout cela contenu en un seul tome, ce dernier étant composé de The Ascent (#101), Super Team (#102- 106) et de Waking Beauty (#107).

Un singe en quête de royauté

Dans le fameux Bureau perdu dans l’espace et le temps, le jeune singe s’interroge sur la suite des événements après avoir vaincu la terrible Baba Yaga. Et qui de mieux, pour lui indiquer la marche à suivre, qu’un miroir magique et la tête de la créature de Frankenstein ?. Pour faire avancer le récit, Willingham se livre à une démystification du héros antique, en particulier Hercule. Ainsi pour que la prophétie se réalise et devenir roi, le petit singe doit en passer par 13 travaux. Treize et non douze, allez vous me dire ? Non, car de son point de vue, valant mieux que le demi-dieu grec, il est normal qu’il doive en faire un de plus que ce dernier. Il est révélé par la suite que le Miroir magique lui ayant confié cette quête ne possède, de son propre aveu, aucun don de préscience expliquant que la plupart des parcours initiatiques se basent sur un postulat simple pouvant être résumé par : « Oublies que t’as aucune chance. Fonce, on sait jamais, sur un malentendu ca peut marcher » comme dirait Jean Claude Duss. Ainsi, comme vous l’aurez compris, l’humour est le vrai point fort du numéro à la fois dans les interactions entre les personnages mais aussi dans les situations et ressorts narratifs, introduisant par exemple une relation pseudo romantique entre le singe anciennement ailé et une lilliputienne. Je préfère délibérément passer sous silence la destination vers laquelle la quête de royauté conduira le héros pour ne pas gâcher la surprise mais sachez que même si ce royaume n’est pas touché par la corruption de Mister Dark, le pouvoir totalitaire en place (on y revient) n’est pas une bien meilleure option. Ce numéro constitue donc une bonne entrée en matière avant d’attaquer le gros du tome qu’est l’arc « Super Team ».

F-men : des collants et des costumes moulants

Avec l’arc « Super Team » , la série Fables se paye le luxe de rendre à la fois hommage au genre super héroïque reliant thématiquement le label Vertigo à sa maison mère DC Comics mais aussi à enfin en terminer avec Mister Dark, antagoniste principal depuis plus de trente numéros. Vous me permettrez ici une de mes digressions habituelles, néanmoins importante pour cerner le scénariste. Durant sa carrière et notamment pendant la parution de Fables débutée en 2002, Willingham a contribué en parallèle à de nombreuses séries plus classiques chez les deux géants de l’industries du comics. Ainsi, après avoir signé un numéro pour Marvel sur X men Unlimited, celui-ci a notamment travaillé plusieurs fois sur les personnages de Batman et Robin entre 2003 et 2006. De plus, l’auteur se révèle être un amoureux du multivers Dc ayant scénarisé l’arc« Days of Vengeance » de l’event Infinite Crisis (quand on ramène au premier plan d’une crise titanesque le personnage de Detective Chimp, on mérite le respect) ainsi que le volume 3 de Justice Society of America en 2009, laissant libre cours à son amour pour le Golden Age. Comme quoi, il est possible d’arriver à 60 ans sans être aigri et continuer à transmettre le flambeau de cette « catastrophe culturelle » que sont les super héros, n’en déplaise à Alan Moore (c’était gratuit et l’auteur de la critique s’en excuse). Ainsi, avec le nombre de personnages que compte la série avec chacun leurs pouvoirs et capacités, il est évident que Fables se devait d’avoir son arc super héroïque. Pari réussi.

Le pitch est simple, Pinocchio avec l’aide d’Ozma décide de monter une équipe, « les F-men » afin d’affronter Mister Dark et se lance dans une grande campagne de recrutement en vue du dernier combat des Fables. Chaque membres de l’équipe finale est ici un parodie de super héros célèbres que ce soit Ambrose fabriquant une armure, la Bête, extrêmement puissante mes ayant un pouvoir instable, ou Ozma dans son costume jupette/ cape (le combo gagnant de l’âge d’or) sans parler des noms tels que Captain Blueheart. Le personnage le plus intéressant reste néanmoins Pinocchio, tout du long en fauteuil roulant, incarnant « la force motrice du groupe » comme il le dit si bien. Le traitement du personnage est brillant car en plus de se considérer lui même comme un personnage de comics sans jamais briser le 4ème mur (Pinocchio se prenant pour un héros de comics sans jamais réaliser qu’il en est réellement un au travers de la vision du lecteur), le petit pantin devenu humain se permet d’énoncer des règles implicites aux comics afin de les expliquer à ses confrères. Buckingham au dessin glisse même une référence méta à l’âge de Bronze avec une planche reprenant le style des covers de l’event « Crisis on earth prime » paru en 1982 alors qu’il avait à l’époque 16 ans et se passionnait pour les comics. En parallèle du super héroïsme, le Vent du Nord, ayant appris l’existence du 7ème fils de Blanche et Bigby, débarque à la Ferme. Cet enfant caché étant un zéphyr, la loi du vent qu’il a lui même promulgué bien des années auparavant le contraint à l’abattre. La relation qu’entretient Bigby avec son père a toujours été tendue et les deux hommes n’ont jamais eu de sérieuse discussion de part leur irascibilité. Un vrai duel de répartie va alors s’engager faisant se demander au lecteur si la violence du Grand méchant loup n’est pas plus impressionnante dans son propos que dans sa force physique. En effet, les arguments sont puissants et font mal. Néanmoins, seul bémol potentiel du tome et sans spoiler, le résultat de la discussion et les conséquences de celle-ci pourront créer un sentiment de frustration chez le lecteur n’y voyant qu’un deus ex machina, même si bien amené, un peu facile.

Fairest nous voilà

La dernière partie de ce tome conte l’histoire de la Belle au bois dormant, laissée endormie dans la cité impériale après avoir plongé dans le sommeil la totalité de la population pendant l’assaut des Fables libres contre l’empereur. Annonçons la couleur tout de suite, rien de transcendant dans ce numéro malgré quelques bonne idées qui fonctionnent bien telles que l’organisation d’une file d’attente pour réveiller la belle d’un vrai baiser d’amour à l’image d’une Excalibur à retirer. Le réel but de cette courte histoire qui, ne vous y trompez pas reste plaisante à lire, est d’introduire la série parallèle Fairest. Série dont le premier tome débute sur Ali Baba découvrant dans une caisse d’un campement orque la Belle au bois dormant et la Reine des Neiges et dont la review est disponible sur le site.

Une leçon de colorisation

Que ce soit Eric Shanower et ses dessins détaillés, le travail très réussi de Terry Moore malgré des arrières plans un peu trop épurés ou un Mark Buckingham toujours au niveau, le véritable point fort graphique du tome est sa colorisation. Lee Loughridge est ici à son meilleur niveau, il se fait plaisir et ca se sent, particulièrement durant l’arc « Super Team ». En effet la construction du récit donne lieu à un jeu entre les nuances de grey gris de la part du coloriste, rendant la Dark City et Mister Dark saisissants tout en faisant ressortir le jaune des cheveux blonds de sa nouvelle protégée. De plus, les myriades de couleurs que lui offrent les différents costumes lui permettent de laisser libre cours à son talent, étant un habitué du genre puisque dessinateur et coloriste sur certains numéros de la série The Batman Adventures et des série DC Super heroes : The Flash et Superman. Pour finir, la confrontation nocturne entre Bigby et son père lui permet de sortir sa gamme de couleurs bleus un peu en péril depuis la mort de Blue. Du tout bon.

Le tome 17 de Fables est un très bon cru autant scénaristiquement que visuellement. Hommages aux super héros de comics mais aussi à leurs fans, la passion des personnes travaillant sur le titre se ressent plus que jamais. Les amateurs découvriront une histoire plaisante et des personnages diablement bien écrits tandis que les lecteurs plus aguerris s’amuseront à trouver les références et apprécieront l’hommage que leur rendent les artistes. Seul bémol, un final inattendu pouvant laisser un sentiment partagé entre la frustration et le contentement pour ne pas avoir décelé ce dénouement logique quoi qu’une peu facile diront certains.