Fables Tome 16 : Rose Rouge
Les points positifs :
  • Rose Rouge, un vraie leader
  • Des combats impressionnants
  • Les bonus
Les points négatifs :
  • Peut manquer d’accessibilité
  • Un cliffhanger frustrant

« Ta soeur a un coup dans le nez, Blanche. » – Le Prince Charmant à Blanche-Neige


  • Scénario : Bill Willingham Dessins : Mark Buckingham , Steve Leialoha, Inaki Miranda, Andrew Pepoy, Dan Green, Chrissie Zullo , Dave Johnson, Kate McElroy, J H William III, Joao Ruas, Adam Hughes – Colorisation : Eva de la Cruz, Dave Stewart
  • Urban Comics – Vertigo Classiques – Fables Tome 16 : Rose Rouge – 29 août 2014 – 256 pages – 19€

Après s’être remis d’un crossover ayant pour but de relier la série parallèle Jack of Fables à la continuité, s’être préparé à affronter une des pires menace ayant plané sur leur communauté en la personne de Mister Dark, il est temps pour les Fables de passer à l’action et de se ressaisir, en particulier Rose Rouge encore percluse dans sa douleur après la mort de Blue. Ce tome constitue un des plus imposants tomes de la saga du haut de ses 256 pages regroupant l’arc Rose Red( numéros #94-98), Dark City (#99) et Single Combat (#100). De plus, à l’occasion de la parution du numéro 100, Willingham et Buckingham ont convié un grand nombre de dessinateurs et célébrités afin de célébrer l’événement dont tous les travaux, questions et délires (oui il y a un jeu de l’oie avec des personnages à découper mais nous y reviendrons) sont réunis dans une partie « Bonus » bien fournie.

Une Rose fanée

Rose Rouge a toujours été un personnage ambigu depuis le début de la saga : jeune femme tourmentée alliant caprices, phases de bravoures et tendance à l’autodestruction. Alors que celle-ci se morfond refusant d’assumer sa fonction de chef de la ferme, une entité mystérieuse et métamorphe apparait dans le but de la sortir de sa torpeur et notamment en prenant la forme de la mère de l’héroïne ravivant de vieux souvenirs. En 1812, les frères Grimm publient un conte sobrement intitulé Blanche Neige (dont tout le monde connait l’histoire ou du moins ce que ce cher Walt Disney en a fait) ainsi qu’une autre conte moins connu : Blanche Neige et Rose Rouge. Néanmoins malgré un nom partagé par les deux héroïnes, celles-ci n’ont rien en commun. De ce fait, il est intéressant de voir avec quelle virtuosité Willingham use de son matériau de base tout en le réinventant afin lier les histoires entre elles. Remarquez que je reste évasif afin de laisser la surprise mais sachez que c’est un régal de découvrir la spirale conduisant Rose à devenir mesquine et manipulatrice expliquant le tempérament de celle-ci au début de la saga . De plus, l’auteur se livre à un cynisme décomplexé, présentant les versions moins perverties ou à minima moins endurcies par la vie que celle connue dans la saga principale. Ainsi, le Prince Charmant, plus grand coureur de jupons du 20ème siècle et de la plupart des siècles antérieurs regagne ses valeurs chevaleresques. Petit bémol sans en être réellement un, le plaisir de lecture de la série se situant en partie sur le décalage entre conte original et réinvention, il est plutôt conseillé de lire Blanche Neige et Rose Rouge afin d’apprécier le récit même si cela n’est pas nécessaire à la compréhension de ce dernier. Ce n’est pas spoiler que de révéler que Rose Rouge va en effet sortir de sa torpeur et elle va avoir fort à faire.

En son absence deux groupes idéologiques se sont formés chacun revendiquant sa volonté de diriger la ferme, l’un étant dirigé par Brock et fondé sur la croyance en laquelle Blue va revenir (laissant de l’espoir sur un potentiel retour du héros) et l’autre dirigé par Gepetto. Dans la précédente review, je m’étais permis une parenthèse afin d’expliquer que Fables était une série politisée à l’image de son auteur. Cela se confirme encore une fois avec un Gepetto, plus pervers narcissique que jamais incarnant parfaitement les mots de Schultheis « De vous à moi, je vous avoue, c’est moi que j’aime à travers vous ». Comme à son habitude, le despote sur le retour est manipulateur, démagogue et vente l’égo de ses partisans qui ne sont pas en reste non plus préférant oublier avec le temps que l’homme qu’ils soutiennent les a asservis pendant des décennies. Même si la tonalité de cet arc est pesante, ne vous y trompez pas, plusieurs histoires en parallèles apportent une certaine légèreté vraiment salutaire permettant de développer les intrigues des différents protagonistes comme par exemple la grossesse de la Belle ou les doléances faites à Rose.

Une déclaration de guerre

Pendant ce temps, Mister Dark finalise la construction de sa forteresse de darkitude (vous êtes habitués aux jeux de mots nuls) basé sur les ruines de l’ex Fabletown et sobrement intitulé Dark City. Nom dans lequel il est au passage possible de déceler une référence méta au film d’Alex Proyas dont certaines planches très bien dessinées par Inaki Miranda semblent inspirées architecturalement parlant. Envoyé à la rencontre de Mister Dark par Frau Totenkinder redevenue jeune, le Vent du Nord se charge de transmettre la proposition de combat à mort de la sorcière. Les dialogues quoi que savoureux de part les deux super puissances en jeux ne font pas dans l’originalité mais ont pour mérite de faire monter la tension pour le climax du centième numéro. Pas de grands développements de personnage néanmoins il est enfin possible de constater l’impact progressif de l’antagoniste ténébreux sur New York et l’égo trip constant de celui-ci mêlé à une once de puérilité le rendent presque attachant.

Let’s get ready to rumble !!!

Cela fait 10 numéros que la pression monte, que l’on attend cette rencontre, d’un coté Frau Totenkinder et ses ruses, de l’autre Mister Dark et son arrogance, que le combat commence. La série a eu son lot de combat dantesque mais rares sont ceux qui ont atteint ce niveau de violence En effet, même si le combat commence tranquillement, celui-ci laisse au fur et à mesure place au sang et la bestialité, les protagonistes se muant en monstruosité et usant de leur crocs dans une farandole de teintes somptueuses accentuées par le travail de Lee Loughridge, qui pour l’occasion utilise de la peinture pour la plupart des planches. Les dialogues, véritables combat psychologique biens rythmés et remplis de punchline contrastent avec le choc de l’affrontement, car malgré le chaos ambiant, les adversaires demeurent toujours courtois et conservent un langage soutenu. Le combat est entrecoupé de passages montrant l’évolution de l’accouchement de la Belle permettant de mettre au premier plan la Bête, trop longtemps resté comme le Bigby Eco+ de la saga. La situation finale dans laquelle sont laissés nos héros peut néanmoins s’avérer frustrante au vue de l’issue du combat n’apportant pas vraiment de résolution.

Fanboys, ceci est pour vous

Ce tome en plus des sept numéros comporte une myriade de bonus par des artistes différents. Pour commencer deux petites histoires, la première sur Poucette (pas marquante à mon sens) et la deuxième sur les trois souris bigleuses (les fans de Shrek reconnaitront) dont le principal intérêt reste les somptueux dessins de Joao Ruas. Vient ensuite un court récit manuscrit sur l’armée de Pinocchio plutôt sympathique. Le vrai point fort reste à mon sens les questions des célébrités sur l’univers aux quelles l’auteur répond avec l’aide de différents artistes pages après pages. Pour finir, Mark Buckingham propose un véritable jeu de l’oie, un théâtre et des personnages à découper puis monter ainsi que les plans de la citadelle de Mister Dark. En bref, une jolie agglutination de divers éléments constituant assurément le paradis du fanboy.

Un auteur inspiré, des dessinateurs qui le sont tout autant, une colorisation quasi sans faute et des bonus en pagailles, c’est tout ce qu’avait besoin la série pour célébrer dignement son centième numéro malgré un final pouvant frustrer et une accessibilité compliquée pour des néophyte du conte de fées. Huit ans après son commencement la série est toujours au niveau et ça se fête.