Preview Wacky Raceland #1
Les points positifs :
  • L’écriture de Rucka
  • On retrouve la vraie Wonder Woman
  • L’aspect déconstruction/méta
Les points négatifs :
  • Inégal graphiquement
  • Trop introductif
  • Un côté « tri sélectif » dans les origines du personnage

« I have been made a fool. No wonder the story keeps changing. » – Wonder Woman


  • Scénario : Greg Rucka – Dessins : Matthew Clark, Liam Sharp Encrage : Sean Parsons, Liam Sharp  Couverture : Liam Sharp, Laura Martin – Couleurs : Jeremy Colwell, Laura Martin 

S’il y a bien une renaissances qui était attendue de pied ferme par les fans, c’est celle de Wonder Woman sous la plume de Greg Rucka. Après deux ans de traitements indignes par le couple Finch, le retour de l’auteur sur un personnage qu’il connait bien avait, en effet, de quoi donner de grand espoir pour la série. Cette fois, ça y est, nous y sommes et même s’il est évidemment trop tôt pour se prononcer définitivement sur l’avenir du titre, force est de constater que tout ça sent quand même très bon.

Même si ces numéros Rebirth ont pour objectif d’offrir une histoire pour les fans, tout en restant assez clair pour les nouveaux lecteurs, l’angle d’attaque de Rucka ici est pour le moins singulier. Plus qu’une remise à plat des origines de Wonder Woman, c’est une réflexion sur sa nature que propose l’auteur en mettant en place une déconstruction de son personnage dans la première partie du numéro. Avec ce procédé, il amène même un aspect méta à l’oeuvre. En effet, il ne se gêne pas pour la faire se confronter à son passé aussi bien pré que post-Flashpoint. Du point de vue du personnage et donc de l’histoire, il s’agit d’un questionnement de l’héroïne autour de son rôle et de ses origines mais en prenant un peu de distance, on se rend vite compte que l’auteur oppose la nature profonde de Wonder Woman aux nombreux changements et retcons qu’elle a subi avec le temps. Il n’hésite alors pas à apporter un regard critique sur le traitement du personnage par les auteurs récents. La grande force du procédé, c’est qu’il se permet tout ça en proposant une oeuvre qui s’incorpore finalement très bien dans les enjeux de Rebirth. Il faut uniquement espérer qu’il ne s’agisse pas d’une technique facile pour, à l’avenir, faire le tri comme il le souhaite dans les éléments canoniques autour du personnage.

La dimension méta, que l’on pouvait déjà retrouver, d’une autre manière, dans le Batman de Tom King peut cependant laisser entrevoir les limites d’une initiative comme Rebirth. Si la réflexion des auteurs sur la nature de leur support est intéressante, il faut tout de même éviter que cela ne devienne plus important que ce que leurs histoires racontent. Heureusement ce n’est pas le cas ici et cet aspect parlera d’ailleurs surtout à ceux qui suivent le titre depuis un bon moment. Pour le reste, ce chapitre demeure une introduction assez sage. Rucka semble se refuser à montrer son jeu trop vite et ce chapitre ne devient alors qu’une mise en place pour la suite sans prendre énormément de risques narratifs. Néanmoins, le manque de prise de risques ne saurait faire oublier les nombreuses qualités présentes. D’abord, Rucka vient nous rappeler en vingt pages à peine qu’il est un des auteurs maitrisant le mieux l’écriture de l’Amazone. Il ne suffit que  de quelques lignes de monologues pour retrouver un personnage écrit à la perfection, dégageant une véritable stature héroïque. Même si l’ensemble a parfois des allures grandiloquentes, l’auteur fait honneur en permanence au personnage mythologique qu’est Wonder Woman.

Encore une fois si peu de risque sont réellement pris ici, la maitrise, l’expérience et le talent d’écriture du scénariste sont suffisants. D’autant plus que le numéro bénéficie d’une structure narrative particulièrement efficace. Passé une première partie consacrée à la déconstruction du personnage, Rucka utilise le reste pour poser les bases de son run. On le sait, le rythme de publication de la série sera utilisé pour raconter deux histoires en parallèle. Une sur les origines de Diana et l’autre se déroulant dans le présent. La force de ce chapitre, malgré ses allures de numéro zéro, est de présenter et de lier ses deux éléments de façon extrêmement naturelle et organique.

Cette « double histoire » est d’ailleurs symbolisée par le changement d’artiste dans le dernier acte du numéro. Même s’il est dommage de devoir composer avec deux styles très différents dès le numéro d’introduction à cette nouvelle ère, ce changement fait sens dans le déroulement du récit. Le passage de Clark à Sharp derrière la planche à dessins arrive, en effet, au moment où le personnage principal abandonne son apparence « New 52 » en changeant de costume et amorce donc pleinement son arrivée dans Rebirth. Malgré tout, le passage de témoin est assez brutal tant le style de l’un jure avec celui de l’autre. Même en ignorant ce fait, en ce qui concerne le travail des deux artistes, il faut tout de même avouer que l’ensemble est inégal. Les deux dessinateurs sont capables de livrer des planches superbes, avec quelques jolies trouvailles visuelles mais ils ne réalisent pas un travail irréprochable. Malgré une ou deux pages impressionnantes, qui relèvent le niveau, Matthew Clark offre des planches très classiques la plupart du temps et qui peinent surtout à retenir l’attention, la faute à un style trop passe-partout. Liam Sharp, lui, parvient à amener un réel supplément de personnalité à la série grâce à un coup de crayon assuré et à l’aspect old school. C’est d’ailleurs assez pour lui pardonner quelques problèmes, parfois, au niveau du visage de son personnage principal.

Sans répondre à toutes les attentes (qui étaient certainement trop élevées) liées à son arrivée sur le titre, Greg Rucka est, malgré tout, parvenu sans mal à faire de ce Wonder Woman : Rebirth une réussite. S’il reste de nombreuses questions en suspens quant à la direction réelle que prendra la double histoire de l’auteur, les bases sont posées de belles manières et surtout l’ambiance et la tonalité de la série déjà clairement définies. Ce numéro permet, en plus, de retrouver un personnage enfin bien caractérisé. Finalement, tout reste encore à faire mais il est bien difficile de ne pas avoir une confiance aveugle en l’équipe créative à la tête de la série.