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Les points positifs :
  • L’écriture en ellipses de Tom King
  • C’est (très) beau
  • Calendar Man
  • Second niveau de lecture
Les points négatifs :
  • Trop introductif
  • Les inquiétudes du format de parution “Rebirth”

“It’s like a calendar, seasons. It always comes around again.” Bruce Wayne


  • Scénario : Tom King & Scott Snyder – Dessins, Encrage, Couverture : Mikel Janin – Couleurs : June Chung
  • DC Comics – Batman : Rebirth #1 – 01 Juin 2016 – 24 pages – 2.99$

Les saisons passent, s’en vont et viennent dans l’année comme les volumes des héros de comics dans l’agenda périodique des décideurs éditoriaux. Il y a quelques années, Batman reprenait au numéro #1 sous l’émérite duo Snyder/Capullo, et tout le monde s’en félicitait. Cinquante-et-un épisodes plus tard, après un bilan plus mitigé des idées en dents de scie du scénariste, le printemps du relaunch fait éclore deux nouvelles pousses aux branches du quasi-centenaire, avec le duo (gagnant ?) de Grayson, Tom King et Mikel Janin. Si oncle Snyder reste en arrière-plan pour le traditionnel passage de pouvoirs, cette entrée en matière est déjà symptomatique d’un changement de direction tant scénaristique qu’esthétique, réclamé par de nombreux lecteurs, et par d’autres moins. On commence ?

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Batman : Rebirth n’est pas un retour à la continuité originale du détective DC. Quelques rappels sont faits à l’Histoire, avec le choix du vilain et quelques hommages glissés çà et là à de précédents travaux (le coup de pied dans l’arbre vient de Year One, si vous ne l’aviez pas reconnu), mais l’ensemble reste perméable à ceux qui avaient sauté le run de Snyder ou les différentes séries hebdomadaires qui auront cimenté la Gotham des New 52. Le numéro n’est pas plus une déclaration d’amour à la continuité passée qu’à celle récemment établie, et ne demande que quelques fondamentaux. D’abord, deux personnages à comprendre pour les nouveaux arrivants : un aime les calendriers, et l’autre est issu de la série We Are Robin, un titre présentant une génération de jeunes auto-proclamés sidekicks potentiels. Vous êtes à jours ? Bon. Alors parlons d’écriture.

Déjà à l’oeuvre dans Grayson et certains passages de Omega Men, le style très elliptique de Tom King est ici largement appliqué. Plutôt qu’un récit évoluant par étapes définies, le scénariste choisit de montrer quelques scénettes peu dialoguées où le message passe efficacement et immédiatement. Avec une économie de texte (et un amour de la réplique bien cadrée), King déconstruit le Batman de Snyder habituellement bavard et très entouré. Ces moments sont autant les graines plantées par un auteur qui tend d’abord à se situer par rapport à ses personnages plutôt que d’engager un début de récit classique. On retrouve tout de l’efficacité punchy de Grayson, dans un texte qui évite cependant l’humour potache et auto-référentiel de l’espion trapéziste – si les pages restent colorées (on va y revenir), King se borne ici à “l’esprit Batman“, appliqué par couches : héros, super-héros, détective, formateur de jeunes générations, homme d’affaires. Si ce portrait est assez complet, il reste en perpétuel retrait, par pudeur ou parce que le scénariste veut d’abord gagner ses gallons. L’axe très personnel d’antan est ici aux abonnés absents.

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En terme de récit, King utilise avec adresse tout le motif des relaunchs en seconde lecture de son histoire, justement basée sur un vilain obsédé par le recommencement perpétuel, avec un nouveau sidekick, une nouvelle équipe et un nouveau numéro #1. Avec le renouvellement des saisons, qui ne font que s’enchaîner pour boucler et reprendre au point de départ, l’auteur s’explique lui-même comme un nouveau cycle. Le numéro s’ouvre et se boucle sur la même image d’Alfred et ses… fruits verts moches (je crois que ce sont des abricots), l’image de l’arbre et de la nature, et par le dialogue entre Lucius et Bruce on retrouve cette même idée d’une “autre aventure” dans l’immense cycle de l’auteur qui passe et de l’auteur qui suit. Le symbolisme fonctionne, la narration aussi. King livre un très bon premier numéro, qui semble en dire plus long sur sa démarche qu’au premier abord.

Pour continuer sur les qualités, la plus évidente saute aux yeux : c’est beau. Si Mikel Janin (non, pas “jeanun”, sérieux faites un effort) s’était déjà sorti de ses ambiances en spirales à la Steranko sur le dernier numéro de Superman, il livre ici un splendide condensé de sobriété et de pleines pages, toujours à l’aise avec son partenaire scénariste dont il accompagne le rythme avec la qualité habituelle. Si par endroits, Dick Grayson avait la tête d’Archer, ce Bruce Wayne lui ressemble (logiquement) et garde l’aspect physique du héros de Capullo, il garde un visage marqué et une stature musculeuse plus impressionnante qu’esthétique – le dessinateur s’arrange d’ailleurs très bien du nouveau costume, étrangement plus convainquant que le premier draft de Jim Lee. Les pleines pages sont superbes, la narration évolue par un faisceau de cases dans la case qui guide le texte (comme d’hab), les couleurs de June Chung (partenaire à la ville de Jae Lee, ça se sent à deux moments) sont magnifiques, en gros c’est beau et bien écrit, donc tout va bien. Sauf que.

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Ce premier numéro a comme défaut majeur d’être justement un premier numéro. Après la longue intro’ de Johns, le ton semble posé pour ces numéros affublés du sous-titre “Rebirth“, qui consiste plus à ouvrir un statu quo qu’un arc en devenir, et le problème se pose de savoir si ce numéro paraît court parce que le format est désormais passé à deux numéros par mois, ou s’il ne l’est que volontairement. Plus simplement, cette intro’ est une véritable intro’, qui sert surtout au scénariste à s’approprier un personnage très marqué par les dernières années, et reste léger en terme d’intrigue. Cela dit, ce n’est pas vraiment un numéro #1 au sens strict, on attendra donc de voir si tous obéissent au même besoin de morceler. D’autant que ce n’est pas un défaut réel en soi.

Batman : Rebirth #1 arrive comme le printemps (ce qui ici veut dire : avec la pluie, mais soyons poétiques et essayons d’y croire). Après des années passées sous la plume de Snyder, le détective change de mains et annonce son propre renouvellement, l’histoire qui fait suite à l’histoire et reprend le cycle perpétuel des relaunchs, de l’arc après l’arc, du scénariste après le scénariste, en somme, le passage d’une saison à l’autre dans l’éditorial et la vie en perpétuel cycle du super-héros. C’est beau, c’est bien écrit, avec un retrait et une pudeur louable – surtout vu ce qui s’est fait avant – il faut maintenant attendre d’en lire plus pour confirmer les qualités de cette entrée en matière, encore trop sobre pour être jugée à long terme. 

Bon, maintenant la review est finie, on sort le champ’ et les feux d’artifice : Snyder est parti, et c’est le moment de célébrer.

21 Commentaires

  1. J’avoue que la crainte d’avoir qqch de “morcelé” etait présente chez moi aussi.
    Apres bien que l’intrigue soit légère, je pense justement que c’est parceque c’est un rebirth et non un numéro . Ce n’est pas un début d’arc mais plutôt une introduction à l’univers. J’ai bon espoir sur le fait que les numeros suivant présenteront qqch de tout a fait bon.

    Et ne boudons pas notre plaisir : c’etait beau, bien ecrit et super agreable a lire ! Vivement la suite :)

  2. J’ai accroché mais sans plus, difficile de se faire un avis sur 1 seul numéro.. Janin fait le même visage a Dick et à Bruce je trouve… Calendar Man mouais pourquoi pas, au moins ça change du Joker qui est quand même apparut trop de fois dans le run de Snyder.. J’ai un arrière goût de déception vis à vis de ce premier numéro tant je m’attendais à quelque chose de grandiose.

    SPOIL

    Le gros point noir, ça reste quand même la combinaison Power Rangers Jaune..

    Fin du SPOIL

    Voilà. En espérant que les numéros suivants soit meilleur :)

  3. SPOIL
    Je suis d’accord avec gwegs. J’aime beaucoup Duke, mais son costume est vraiment, vraiment moche. J’ose espérer qu’il évoluera. (Je suis nouveau ici, est-ce que cette information nécessite vraiment un bandeau spoil ?!)
    FIN SPOIL

    • Si tu dis le nom, oui. Mais honnêtement, c’est pas un numéro à suspens, le “spoiler free” c’est juste pour les allergiques à toute information supplémentaire.

  4. Bon…le Batman N52 était en dent de scie et j’ai pas cherché à poursuivre à tout prix le run de Snyder. J’avais du mal à accrocher à son Batman mais là le découpage, les superbes couleurs et la narration hachée me donnent espoir de m’apprécier à nouveau la série Batman.
    Après le seul “gros” défaut consiste à ma probable mécompréhension de Rebirth. Je m’attendais à un gros truc et des répercussions dans chaque numéro “… Rebirth #1”, mais à part le Rebirth #1 qui avait un twist et quelques indices concernant l’évolution générale à venir des titres, ici c’est juste une intro et on pose/défini le statu quo comme tu l’as dit Corentin.

    Du coup ce fut sympa mais très/trop court. Ils auraient pu enlever la mention “Rebirth” du titre pour directement le nommer Batman #1 que ça ne m’aurait pas gêné, au contraire. (même constat pour Superman Rebirth #1 et GL Rebirth #1)

  5. Janin c’est Grayson mais c’est aussi Justice League Dark ! et sa Zatanna n’avait rien à envier à son Dick Grayson niveau sex-appeal

  6. Janin a toujours du mal avec les visages masculins :/ A part ça c’est très très beau oui. J’espere une narration plus simple que Grayson qui était des fois compliquée a suivre.
    Je suis un peu déçu aussi que Duke devienne acolyte (Puisqu’ils se refusent a utiliser le robin ?) de Batman. On oublis ses amis parfois tout autant compétent ? L’idée de We are robin c’était quand même qu’en formant un groupe, tout le monde pouvais faire quelque chose. Et ouaip la tenue m’emballe pas.
    M’enfin j’ai quand même vachement aimé. Le coté très doux de la narration va tellement bien avec la coloration. Hate d’en voir plus. (Et c’était tout de même mille fois mieux que Superman Rebirth).
    Le fruit est un avocat au passage :p.

  7. Pas mal mais sans plus… Sachant que Calendar Man ne sera pas centrale dans le premier arc du run (et il m’a fait ni chaud ni froid ce vilain), Bruce qui fait des tractions dans le vide (mouais), Duke qui pourra être intéressant… Bref, on peut pas vraiment juger sur une introduction mais je ne suis pour l’instant pas ultra emballé, mais j’aime beaucoup Tom King donc on verra bien!

  8. C’était une bonne lecture ! J’ai bien aimé l’idée de King d’utiliser Calendar Man et les saisons pour faire un parallèle avec les relaunch, les #1, etc. Janin est très bon aux planches, comme d’habitude. C’est juste dommage que Bruce Wayne ait exactement la même tronche que Dick Grayson, mais bon. C’est surtout les dessins de Finch que j’attends de voir.

  9. C’est le premier numéro où le costume de Batman est vraiment réussi. Finalement je le trouve très beau.

  10. Bien emballé. Je respire un peu après le run de Snyder. C’était très introductif mais je le sens bien King là dessus. Vivement Batman #1!!

  11. C’est le premier Rebirth que j’ai lu et il m’a un peu décontenancé. Je m’attendais à une histoire one-shot, mais avec une conclusion qui ait un peu plus d’impact tout de même. Du coup c’est une lecture honnête, mais pas incroyable non plus, surtout que je suis loin d’être fan du style de Janin. Reste le Calendar Man qui est superbement réinventé et une narration plutôt intelligente.

    J’aime bien Tom King sur Vision qu’il écrit en face, donc j’ai quand même de l’espoir pour la suite du run. Surtout que l’idée des justiciers Gotham et de Batman qui essaye d’arrêter un avion m’intriguent.

  12. Un numéro sympathique à l’aspect méta qui a plus pour fonction d’introduire l’auteur sur le personnage qu’un véritable arc. Cependant, la narration sous forme d’ellipses et le tour que semble faire l’auteur sur les facettes de Bruce donne une impression de pas grand chose à se mettre sous la dent. Je suis quand même curieux de voir ce que King va faire. Niveau graphique, c’est très beau, avec de jolies idées.

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