La récente édition de la Paris Comics Expo était l’occasion pour DC Planet d’aller à la rencontre de plusieurs auteurs français qui ont réussi à s’exporter aux US et dessiner pour DC Comics et autres éditeurs américains. Il y a Marguerite Sauvage dont l’interview est encore toute chaude sur le site, Elsa Charretier (qu’on irait bien ré-interviewer prochainement !), mais aussi Bengal (Batgirl) et celui qui nous intéresse aujourd’hui, Mauricet !

Au cours d’une longue interview de près de 3/4 d’heures, nous avons pu revenir sur la carrière de cet artiste belge d’origine, actuellement aux dessins de la nouvelle mini-série d’Harley Quinn, l’occasion de discuter de la popularité de ce personnage, du niveau de DC Comics actuellement, des différences avec l’édition franco-belge, de l’histoire derrière le projet Mystik U (vous vous en rappelez ???) et tout un tas d’autres choses que je vous laisse découvrir ci-dessous !

Nos remerciements vont une fois de plus à l’organisation de la PCE 2016 qui a permis à cette interview de se faire, et bien entendu à Mauricet pour nous avoir accordé de son temps !


Bonjour Mauricet. En premier lieu, pourrais-tu te présenter aux lecteurs de DC Planet qui ne te connaîtraient pas, toi ou ton travail ? 

Mauricet, 48 ans, je suis Bruxellois et jusqu’ici j’ai officié principalement dans le franco-belge avec quelques incursions sur le marché américain. Je suis surtout connu pour avoir travaillé sur la série Les Profs chez Bamboo, et pour être en charge actuellement du dessin de la série Boulard qui en est un spin-off. Depuis un an et demi jai été approché par DC Comics. J’ai commencé par dessiner un numéro spécial d’Harley Quinn pour Noël l’an dernier, ainsi que quelques petites choses comme Robin War ou Harley’s Little Black Book. Et là, je viens de démarrer une mini-série d’Harley Quinn avec Jimmy Palmiotti et Frank Tieri au scénario.

Belge donc, tu as grandi au pays de la bande-dessinée européenne. Quelles différences vois-tu entre cette scène et les comics books américains, que tu connais bien ? Comment les opposes-tu, ou au contraire quelles similarités y vois-tu ? 

Ha, c’est une question difficile… Pour moi, les approches sont complètement différentes. Il y a une approche beaucoup plus business dans le comics qui me plaît, mine de rien, j’entends par là que c’est carré, direct. Après c’est peut-être parce que j’ai fait 26-27 ans de franco-belge, que je me lasse… Et là, je découvre quelque chose de nouveau. Je sors aussi vachement de ma zone de confort. Je vais dire un truc un peu trash, mais pour résumer, j’ai un peu l’impression qu’en franco-belge on a parfois la culture de l’échec et qu’en comics on a la culture de la réussite. En FB, on fait des livres. Dans le comics, on en vend. Dans la franco-belge j’ai un peu l’impression qu’on est chacun dans notre coin, qu’on pense tous faire son grand chef d’oeuvre – je vais me faire des amis, tiens *rires*. Alors qu’on ne fait que de la BD. Et c’est exactement ce que je retrouve maintenant avec DC : je fais mon boulot, j’abats des pages, c’est ce qui me plaît. J’ai grandi avec la BD, mes parents étaient lecteurs : mon père, c’était Tintin et ma mère, Mickey :  tu rajoutes à ça le journal de Spirou et tu as ce qui m’a nourri jusqu’à l’âge de 10/11 ans… Jusqu’au jour où je découvre Strange, et là je vire un peu, beaucoup… Mais je continue malgré tout à adorer la BD. Je fais un grand écart continuel. Mais avec le temps, et l’évolution de mes goûts, je me rends compte que l’essentiel de mes lectures, c’est 90% de comics !

Tu as donc commencé avec Strange, mais au fil du temps, comment ta relation avec les comicbooks a-t-elle évolué ? 

J’ai démarré dans le franco-belge parce que j’ai aimé ça – et j’aime toujours ça – puis étant belge ça me semblait logique et plus simple d’aller me présenter chez Spirou dont les bureaux n’étaient qu’à quelques kilomètres de chez moi… Je me suis retrouvé à bosser neuf ans pour le journal. Ensuite il y a eu 5 albums chez Casterman. Puis Bamboo, qui est une super boîte. La meilleure à mon sens pour le moment… Du moins de celles que j’ai fréquentées. Pour ce qui est du comics, il a toujours été là un peu en embuscade je dirais. J’ai bossé pour DC Licencing il y a une quinzaine d’années. Des albums d’activités et de coloriage dans le style Bruce Timm. J’ai aussi fait une incursion dans l’univers de Tellos chez Image Comics. J’ai aussi dessiné une mini-série qui s’appelle The Crossovers chez Crossgen, autre éditeur américain… Donc je pense qu’à un moment, ça devait se faire : il y a 2-3 ans je me suis remis à faire les circuits de conventions américaines. Et mes rêves ont repris le dessus. J’avais juste mis tout ça un peu en veilleuse. Et puis, PAF ! DC calling… Ca tombait à point nommé. Je ronronnais. Je voulais sortir de mon rythme pépère, mon album par an. Dessiner comme au début. Comme un dingue. Compulsivement. Comme si ma vie en dépendait… Elle en dépend d’ailleurs.

Si je ne m’abuse, tu as fait une BD qui s’appelle Cosmic Patrouille et qui revisite les super-héros sous un air parodique. 

Oui, Cosmic Patrouille c’est un peu ce qui fait le lien entre mes deux univers. C’était comment rendre hommage du mieux que je peux aux deux genres…

Mais du coup les super-héros, tu les aimes ou tu les trouves ridicules ? 

Les deux. Ce que j’aime vraiment dans le super-héros pur et dur, c’est aussi ce que je n’aime pas : le côté manichéen, blanc ou noir. C’est très bien, c’est codifié mais bon, c’est aussi un rien simpliste. Même si tout ça évolue drôlement depuis quelques années. Et puis bon, on parle de super-héros mais le marché américain s’est aussi vraiment diversifié, même si la dominance ça reste les super-héros en collants et qu’il faut, à mon sens, tenter de passer par DC ou Marvel pour se faire une fan-base avant de passer à du creator-owned.

Il y a quand même des personnages qui profitent d’un travail avec plus de nuances… Puis en exemple, Harley Quinn c’est pas un personnage manichéen !

Harley Quinn, c’est compliqué, parce qu’elle est mise à toutes les sauces pour le moment. Quand elle est bien écrite, elle l’est un peu : d’un côté elle est Harleen Quinzel qui est censé être une personne plutôt raisonnée, et raisonnable, et de l’autre côté, elle est complètement borderline.

Bon ça a pas l’air d’être ton avis, mais des fois on a l’impression qu’il y a un certain snobisme auprès des artistes franco-belges envers le comicbook, et qu’ils préfèrent faire des romans graphiques, parce que la bande dessinée aurait une plus grande reconnaissance auprès du public francophone. C’est quelque chose qui est en train de changer, de plus en plus de lecteurs français lisent des comics. Mais toi tu t’es distingué de cette tendance depuis longtemps puisque notamment dans une interview tu citais Jack Kirby dans tes influences.

Hé oui, regarde mon t-shirt : c’est le Surfeur d’Argent de Kirby ! Mais, encore une fois, c’est compliqué cette question, j’ai l’impression que la plupart des collègues franco-belges de ma génération ne s’intéressent pas plus que ça aux comics. Il fut une époque où je citais Madureira et on me répondait ‘à tes souhaits !’ Alors oui, des fois on parle de Sean Murphy, ou Mignola mais ce sont des exceptions, puis ceux-là tendent plus vers ce que j’appellerai une forme de bande-dessinée mondiale, à la croisée des chemins. Mais sinon je crois que ça ne les intéresse pas. Il y a peut-être aussi une forme de dédain, parce qu’on travaille sur des personnages qui ne nous appartiennent pas, on a une approche morale du type « je crée mes personnages, je fais mes trucs à moi ». Et aussi, la franco-belge a quand même les yeux pas mal tournés vers le passé : si tu veux arriver à quelque chose, tu fais une reprise ! Et je suis passé par là, en faisant Les Profs et Boulard. A quelques exceptions près, si tu veux en vivre, tu finiras par faire un Blake et Mortimer, un XIII ou un Boule & Bill. Et c’est une perspective qui ne me plaît pas. Alors oui tu peux me dire que de l’autre côté de l’Atlantique, c’est pareil. Moi aussi, je ‘reprends’ Batman ou Harley… Mais c’est fait de manière plus irrévérencieuse. On s’en fiche de dessiner exactement comme Jacobs. Ca n’a aucun sens. J’ai du respect pour lui et son travail, mais je m’en fous de dessiner comme lui ; et je dirais que c’est pire que ça, je ne veux pas, mais alors là pas du tout raconter une histoire comme Jacobs. Où est l’intérêt de mettre des descriptifs de 5 lignes qui sont redondants avec l’image ? Dans le comics, on prend du vieux et on tente d’en faire du neuf. Avec plus ou moins de réussite certes. Mais on tente. Et puis, t’as les lecteurs… Le lectorat franco-belge vieillit, alors que le lectorat comics est varié et se régénère. – je ne suis pas tendre, je sais !!

C’est tout à ton honneur ! Et du coup au niveau graphique il y a aussi des différences, as-tu dû, et comment t’es tu adapté entre le franco-belge et les comics ? Parce qu’on peut dire que Les Profs et Harley Quinn, c’est pas la même approche… ?

Quand j’ai commencé à vraiment me dire que je voulais faire de la BD – j’étais pré-ado – et que j’ai commencé à suivre un cours dans une académie, je voulais faire du réalisme, et c’était difficile, ça ne marchait pas. Alors je me suis dit que j’allais prendre l’option la plus simple – qui en fait ne l’est pas – en faisant de l’humour, et c’est ce que j’ai fait. Mais il y a toujours eu des moments où je voulais faire quelque chose de plus personnel, et mon dessin humoristique ne s’y prêtait pas, donc… Mais je me préparais, en cachette ! J’ai toujours remplis des carnets de croquis de dessins tendant vers le réalisme. Je m’exerce régulièrement au modèle vivant, au nu… J’ai un constant besoin d’évolution. Je n’ai qu’une seule peur, celle de stagner, de dessiner pareil dans dix ans. L’intérêt de ce métier, c’est apprendre, évoluer. Chaque nouveau projet appelle à un renouvellement graphique. Si demain on me proposait quelque chose de ‘dark’ chez DC, je pense que j’irais vers quelque chose de plus abstrait ; j’aime l’idée que mon dessin change en fonction de ce que je raconte. Je dois être un peu polymorphe, même si intrinsèquement je suis un dessinateur humoristique.

En parlant de mainstream, ton premier travail chez DC c’était un numéro de Adventures of Superman ? 

Oh, ce n’étaient que quelques pages. J’ai rencontré Mike Wieringo, qui était le dessinateur d’Adventures of Superman à ce moment-là. On est devenus potes et on s’est rendus compte qu’on avait des similitudes graphiques sans qu’on n’ait été influencé l’un par l’autre. Je pense que Mike vient plus de l’animation japonaise, moi de l’humour, et comme Mike avait un peu de retard sur les numéros, il y avait un besoin de combler cinq pages… On me l’a proposé. Je l’ai fait. Au final c’est une aventure qui me laisse un goût amer. L’éditorial DC m’a paumé deux pages et m’a envoyé sur les roses quand je les ai réclamées…

Et comment la machine s’est-elle ensuite accélérée, avec Robin War, le Harley Holliday Special et maintenant Harley and her Gang of Harleys ? 

Quel titre ! *rires* Attends, il y eu des années entre mon passage à Metropolis et ce qui arrive en ce moment… En octobre 2014, j’ai revu Jimmy Palmiotti à la comic con de New York. On ne s’était pas croisés depuis les Marvel Knights… Il m’a demandé si ça me botterait de bosser sur un numéro de Harley. Noël avant Noël… Après ça, DC m’a proposé le second Graphic Novel de Teen Titans Earth One. J’ai refusé à contre-cœur pour cause de délais beaucoup trop courts… 4 mois et un scénar pas terminé… Je ne le sentais pas. Je regrette un peu aujourd’hui. Bah ! Ensuite il y a eu Mystik U, dans le cadre de DC You… Et ma rencontre avec la scénariste Alisa Kwitney.

Ha bon ?? Oh, alors parle nous de ce qui s’est passé avec Mystik U ! On n’en a plus jamais entendu parler depuis son annonce en fait !

Hé bien Mystik U ce furent principalement quatre mois de designs, de re-designs et de re-re-designs pour en arriver à louper la sortie groupée avec les autres titres du label et me retrouver 2-3 mois plus tard à me dire qu’on en est toujours au même stade, à savoir qui serait dans le cast et à quoi ils devraient ressembler… On a changé d’axe à 3 reprises. D’un truc steampunk on est passé à de nouveaux persos en civil pour finalement se décider à utiliser des personnages connus – et là ça a été la valse pour savoir qui était disponible ou non. J’ai fini par jeter l’éponge mais j’ai gardé contact avec la géniale Alisa Kwitney, une ancienne éditrice de Vertigo, et probablement l’une des scénaristes les plus sous-estimées dans le comics. On se parle très souvent, de nos projets personnels et communs. Mystik U revient très souvent dans nos discussions et Dan Didio en a reparlé récemment… Donc, qui sait ?… Mais il faudrait trouver l’occasion, le bon moment pour en faire un event important, parce que c’est à mon sens la partie la plus intéressante de l’univers DC : le mystique. A partir de là, j’étais comme qui dirait en jachère. Jimmy Palmiotti, qui m’aime bien, est venu me voir en me disant qu’il lançait une mini Harley avec Frank Tieri et que, si je voulais, il aurait bien aimé que je la dessine. Parfois c’est aussi simple que ça ! Du coup je m’occupe des six numéros.

Et concernant d’autres projets chez DC ? 

Le Gang occupe tout mon temps. Alisa et moi, on pitche pas mal de trucs mais ce n’est pas simple avec DC. Entre deux Rebirth… Mais l’idée de continuer ma collaboration avec eux m’emballe assez malgré tout. C’est une fabuleuse boîte à jouets et si, en plus on me dit « vas-y, joue ! ». Mes relations avec Jimmy Palmiotti et Alisa Kwitney sont excellentes donc il en débouchera forcément un truc ou l’autre dans le futur. J’aimerais bien aller faire un tour du côté de Vertigo même si je crois que leurs contrats sont un peu pourris – vaut mieux aller chez Image – mais le label garde malgré tout une certaine aura.

Tu fais partie avec Bengal, Marguerite Sauvage ou Elsa Charretier de ces artistes francophones qui se sont tournés vers les US. Tu as une façon de nous expliquer cet exode ? 

Je crois qu’il y a des rêves de gosses, des goûts de lectures qui nous amènent à ça. Et puis on dit souvent que l’herbe est plus verte ailleurs. Dans ce cas-ci, ça me semble vrai. Il y a aussi, pour moi, cette forme évidente d’émulation entre auteurs du côté américain ; chacun essaie de se démener en regardant aussi le travail des autres, et j’ai l’impression que tous les mois quelqu’un débarque avec un style nouveau et fait bouger les choses. Ca pousse à se dépasser et à aller de l’avant – et c’est ça qui est intéressant. Et d’un point de vue business, c’est plus facile de faire un bouquin là-bas et d’être traduit ici que l’inverse. Crois-en mon expérience. Les marchés étrangers n’intéressent que très peu les éditeurs de BD. L’invasion se fait à sens unique. Perso, je préfère de loin ne pas tenter de circuler à contre-sens. Mes travaux BD actuels ne sont traduits dans aucune autre langue alors qu’ils cartonnent en France… Ca m’emmerde. Moi j’ai envie d’être lu par un maximum de personnes.

D’ailleurs le milieu de la BD, pour un artiste en 2016, c’est quelque chose de difficile ? Tu t’en sors comment ?

Je pense qu’il ne faut pas se leurrer, c’est compliqué comme milieu pour s’en sortir et en vivre. Quelque soit l’endroit d’où tu viens et celui où tu veux bosser. : si tu n’arrives pas à abattre de la page et/ou que tu ne décroches pas la timbale, tu vas crever la dalle. Aujourd’hui pour un jeune auteur, il faut être rapide. Les conditions sont moins bonnes, le prix à la planche est revu à la baisse. On parle de plus en plus souvent de forfaits minables… Sans vouloir briser des rêves, ce n’est pas un métier que je conseillerais. Mais le marché américain offre plus de possibilités malgré tout je pense.

Pour revenir sur Harley, je suppose que tu as lu la série d’Amanda et Jimmy. Que penses-tu de l’évolution du personnage en deux ans ? Tu ne trouves pas que ça tourne un peu en rond et qu’ils déclinent trop la formule à coup de numéros spéciaux et de mini-séries ? Qu’est-ce que le Gang des Harleys apporte vraiment ? 

Je vais te répondre franchement, sur Harley on est à 25-26 numéros, est-ce que c’est pas quasi la seule série DC qui continue sur sa lancée depuis son départ ? Même si les choses sont parsemées d’éclairs de folies, l’histoire qui est racontée suit une continuité. L’arrivée du Gang par exemple ne s’est pas faite sans raison. Elle est expliquée, justifiée. Amanda et Jimmy vont quelque part quand même. Et ils amènent du fun, là où souvent on est un peu trop sérieux ou trop boyscout. Je ne suis pas fan de tout non plus, hein ! Je suis fan de Harley, mais le côté négatif c’est peut-être qu’on oublie un peu trop qu’elle est aussi Harleen Quinzel. Si on est à 100% sur de l’absurde et du dingue, à la fin ça devient une espèce de norme et ça finit par tomber un peu à plat. Souvent je me permets de dire à Jimmy ‘si c’est dramatique tout le temps, on prend le risque de ne plus l’être quand on doit vraiment l’être…’ Et parfois je n’accroche pas à l’humour, mais c’est aussi que l’humour de Brooklyn n’est pas forcément l’humour d’un gamin de Bruxelles ! Les codes peuvent être différents. Pour résumer, je trouve que Jimmy et Amanda s’en sortent plutôt bien sur Harley. On sent qu’ils se marrent et, ça, c’est essentiel. Et les lecteurs sont au rendez-vous.

Et d’un côté plus esthétique, sur l’apparence d’Harley qui est plus sexy depuis quelques années, ce n’est pas quelque chose qui te dérange ? Par exemple sur la planche du Harley et son Gang #1, la première fois qu’on la montre attachée…

Ha c’est sûr que, sans trop spoiler, les fans de bondage vont adorer ! *rires* Encore une fois, c’est pas forcément ce que j’écrirais si je devais écrire Harley. D’un autre côté, ça me fait marrer de dessiner ça. C’est comme pour les changements perpétuels de costumes, c’est marrant. Ceci dit, je reste fan du costume original mais dans l’univers DC actuel, il passerait moyen. C’est dommage, cette volonté de ‘réalisme’… Je crois qu’on a perdu un certain esprit quand on a commencé à mettre des plis sur les collants. C’est contre le principe même du collant, de la seconde peau. Donc dès qu’on commence à se battre pour des coutures, des tirettes, que ça devient trop sérieux… Il y a le cinéma pour ça. Le comics, ça devrait rester du comics. Ca doit être mon coté gardien du temple. Je m’en suis rendu compte quand j’ai lu Civil War : je me suis dit « ha c’est vachement bien, et en même temps c’est très loin de ce que je lisais gamin ». Est-ce que j’ai vraiment envie de lire ça ? Je suis assez vieille école : si ça fonctionne, ça fonctionne. Superman pour moi aura toujours son slip au-dessus du collant. Je ne suis pas super fan des nouveaux designs qui, en plus, changent tout le temps ! C’était le plus difficile pour moi avec Harley, c’était de me mettre à jour là-dessus : on en est où ? Pompons  ? Clochettes  ? Genouillères  ? Mais ça fait partie du jeu… Là on suit le mouvement Suicide Squad pour coller avec le film et Margot Robbie et le gardien du temple en prend un coup…

Mais tu approuves ce genre de rapprochement fait avec le cinéma ? 

Je comprends la démarche business, et je m’y plie. Il y a probablement pire comme costume pour le personnage et ce n’est pas le plus compliqué à dessiner. C’est déjà ça. Et puis, Harley c’est une fille, donc elle va changer de fringues souvent- et c’est pas sexiste, je le pense sincèrement. Le concept de son costume se prête aussi parfaitement aux variations. On le voit avec la multitude de cosplayeuses. Un phénomène qui a probablement influencé et incité Amanda et Jimmy à créer le Gang. Une façon de montrer que tout le monde peut-être une Harley. Même les garçons, avec Harvey Quinn *rires*.

Tu es plutôt confiant dans l’avenir de DC ? Malgré les relaunchs, les reboots ? Tu as envie de participer ? 

Marvel fait la même chose, j’ai juste l’impression qu’on s’amuse à compter les points. Oh, on a perdu trois points ce mois-ci, il faut faire quelque chose ! Je ne serais peut-être pas un bon éditeur, mais j’ai envie de dire : laissez les créateurs bosser sur les personnages qu’ils aiment, et fichez leur un peu la paix. Avec le recul, les vrais trucs qu’on a aimés, ce sont des runs d’auteurs qui ont aimé ce qu’ils faisaient et à qui on a foutu la paix. Pas besoin d’un Ultimate Crisis ou d’un Relaunch of the Rebirth. *rires*. Mais en même temps, c’est le marché ! Maintenant, on buzze plus sur qui va faire quoi que sur le fond ! On met l’accent sur ce qui ne devrait presque pas être vu. L’important ce sont les histoires qui sont racontées, pas le fait qu’untel revienne sur tel personnage. J’ai l’impression qu’on ne parle plus beaucoup du médium en lui même, mais plus de ce qu’il y a autour.

Mais quelque part c’est aussi ce que fait Image quand ils annoncent leurs séries…

C’est vrai, ils annoncent des noms ! Je sais par exemple que Fletcher, Stewart et Tarr vont faire quelque chose, mais je ne saurais même plus te dire le titre. Voilà, on vit à l’époque du buzz.