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Les points positifs :

  • Extraordinaire palette d’artistes
  • Batman, sous toutes les coutures
  • Certains passages incontournables

Les points négatifs :

  • D’autres, moins
  • Tous les styles ne plairont pas

« J’aurais adoré le voir entre les mains de Siegel & Schuster. Enfin… c’est à ça que servent les rêves, je suppose. » – Marc Chiarello


  •  Scénario : Ted McKeever, Bruce Timm, Joe Kubert, Howard Chaykin, Archie Goodwin, Walt Simonson, Jan Strnad, Kent Williams, Chuck Dixon, Neil Gaiman, Klaus Janson, Andrew Helfer, Matt Wagner, Bill Sienkiewicz, Denny O’Neil, Brian Bolland, Katsuhiro Otomo, Paul Dini, Ty Templeton, Chris Claremont, Kelley Puckett, Steven T. Seagle, Warren Ellis, John Byrne, Paul Pope, John Arcudi, Paul Levitz, Brian Azzarello – Dessins : Ted McKeever, Bruce Timm, Joe Kubert, Howard Chaykin, José Muños, Kevin Nowlan, Richard Corben, Kent Williams, Jorge Zaffino, Simon Bisley, Klaus Janson, Liberatore, Bill Sienkiewicz, Teddy Kristiansen, Brian Bolland, Gary Gianni, Brian Stelfreeze, Alex Ross, Marie Severin, Steve Rude, Mark Buckingham, Tim Sale, Daniel Torres, Jim Lee, John Byrne, Paul Pope, Tony Salmons, Paul Rivoche, John Paul Leon, John Buscema, Eduardo Risso, Jordi Bernet
  • Batman Black & White Tome 1 – 25 mars 2016 – 372 pages – 28 € – DC Deluxe

Batman Black & White s’ouvre sur un avant-propos de l’éditeur Marc Chiarello, à l’origine du projet. En 1996, celui-ci réalise une idée lancée quelques années plus tôt après un dîner entre professionnels du milieu – une anthologie inspirée des titres Eery & Creepy de Warren Publishing. « Il n’existait pas de publication qui ait proposé un aréopage d’artistes aussi admirable », assure Chiarello, au souvenir de Creepy en particulier. Depuis la série initiale, qui avait vue se succéder certains des plus immenses noms du dessin de BD Américaine (Frazetta, Corben, Williamson, Ditko, etc), l’éditeur a retenu la proposition artistique des publications Warren comme un essai à renouveler dans l’ère moderne. Un premier volume est lancé, s’en suivent deux autres quelques années plus tard dans les back-ups de Gotham Knights, et un quatrième il y a deux ans en parallèle des New 52.

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Suffisamment d’histoires pour motiver Urban Comics à rééditer un immense témoignage d’artistes et de scénaristes venus renouveler la légende de E.C., dans une collection assez invraisemblable dans le tracklisting et la qualité de série intemporelle, plus Batman que Batman, de tous les bords, styles ou influences. Ce premier tome présente le premier volume et une partie du second, un suivi conséquent d’histoires courtes, scénarisées ou dessinées par une palette de noms dont vous isolerez votre premier contact (pour les crédits, voir plus haut). Commençons par les portes ouvertes  : ce bouquin est un indispensable. Qu’il s’agisse d’un bête amour de l’un ou l’autre des (immenses) talents présents, un genre de respect académique pour la légende des comics ou plus simplement, « parce que Batman », choisissez votre raison, mais il vous faut ce volume dans votre bibliothèque.

Tel quel, B&W ne se lit pas comme un relié classique. Enchaîner les pages ne sert à rien, et le récit en suivi a davantage l’air d’une collection de fables synthétiques, qui disent ce qu’est Batman, qui est Batman, du cartoony tantôt léger ou pesant, l’horreur ou le polar (une grosse partie des essais se présente comme des hommages aux films noirs et à l’esprit Golden Age porté par l’absence de couleurs). Prosaïquement, ce tome est un musée couché sur papier, une exposition d’artistes venus témoigner leur amour du séquentiel, sans couleurs ni intrigue de long terme, dans une leçon de découpage difficilement explicable en détails, au vu de l’immense variété de dessinateurs ici-présents. Quelques moments choisis : un excellent Gaiman/Bisley aux allures de behind-the-scenes, où le Joker et Batman sont deux héros de BD conscients, avant un tournage, qui lisent le journal et discutent du repas de ce midi avant d’entrer en scène; un Bruce Timm fantastique où l’auteur applique sa science du polar et plonge dans la psyché d’un Two-Face en quelques pages irréprochables; le Joker d’Alex Ross souvent édité en anthologie; et un Katsuhiro Otomo venu amener du Japon sa pierre à un édifice déjà bien haut. Tout ça. Et plus.

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L’inconvénient à la variété anthologique se pose cependant pour les amoureux de tel ou tel style, et de telle ou telle déclinaison du Chevalier. Les fans du super-héros seront plus en reste que les fans du détective, de même que ceux qui apprécient la bat-familly ou certains vilains se serviront moins que les amoureux du Joker ou du héros solitaire, tourmenté, héroïque, torturé ou valeureux. De même, l’éclectisme des styles fera appel à une curiosité du dessin que tout le monde n’appréciera pas, certains artistes très marqués étant présents (au hasard, Williams, McKeever ou Chaykin par exemple), au même titre que l’absence de couleurs qui forme l’essence de la série. Black & White s’adresse aux passionnés de bande-dessinée, une belle occasion de découvrir des artistes au style à part, ou bien d’être rebuté par ce dessin souvent aux antipodes du trait classique.

Cela étant, que cette idée ne rebute personne. La succession d’artistes (souvent aussi bons que rares chez les grands éditeurs, tout du moins aujourd’hui) apparaît comme le meilleur souvenir à retenir de 75 ans de Chevalier Noir, un défilé de petits récits à intercaler dans la légende par des génies à la hauteur du personnage, d’autant plus intemporelle dans la simplicité du noir et blanc, sans la colorisation emblématique de telle ou telle époque. Sur ce point (et d’autres) Chiarello a été à la hauteur de sa promesse. A l’image de l’édition V.O., Urban choisit d’ajouter au corps les couvertures, une galerie de dessins commentés, et la postface émouvante de l’éditeur, qui laisse à penser à l’utilité de ces récits pour les décennies à venir, ne serait-ce qu’en témoignage d’une génération d’immenses auteurs qu’on aurait aimé voir travailler sur le Chevalier (« hé, mais ça existe, regarde »).

Tant artistique que scénaristique, Batman Black & White respecte à merveille les codes d’une excellente anthologie. Pas historique, celle-ci se présente comme une collection de grands noms enchaînés, chacun libre de donner sa version du héros et de sa cité maudite, dans un ensemble réussi (pour ne pas dire mieux), et un objet à posséder que l’on soit fan des artistes présents ou désireux de se familiariser avec quelques uns de ces grands noms du dessin. Une belle édition, qui vaut son prix (si, discutez pas), et un volume à compléter avec les prochains. Je vous ai dit que Katsuhiro Otomo avait fait un passage sur ce premier tome ?